mardi 29 décembre 2020

Tolérance ET Indignation - Chronique sur la Bienveillance - Episode 16

 


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Voici le 16ème et dernier épisode de l'année 2020 de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Dans l'actualité récente se sont succédées des informations d'emprisonnement de personnes du fait de leur opinion ou de leur exercice de métier de journaliste, ou en tant que lanceur·se d'alerte :
  • En Arabie saoudite, la militante des droits humains Loujain al-Hathloul condamnée à cinq ans et huit mois de prison, reconnue coupable de "diverses activités prohibées par la loi antiterroriste" (cf article France TV Info)
  • En Chine, la "journaliste citoyenne" Zhang Zhan, arrêtée en mai dernier pour avoir diffusé sur Youtube des vidéos considérées comme "provocation aux troubles" a été condamnée à 4 ans de prison (cf article France TV Info)
  • Selon Reporters sans Frontière rapporté par la Tribune de Genève, 14 journalistes sont en prison pour avoir fait leur métier. La moitié des journalistes emprisonnés pour leur traitement de la pandémie se trouvent en Chine. Sur toute la planète, près de 450 journalistes ont été empêchés de faire correctement leur métier dans la couverture de la pandémie. 
  • Le bilan 2020 de Reporters sans Frontières rapporte la mort de 50 journalistes tués pour avoir exercé leur mission d'information.
Les deux condamnations relatées précédemment ont fait l'objet d'une réaction de la part de l'ONU, le jour même de leur annonce. L'ONU demande leur libération.

Je constate que beaucoup de personnes avec qui j'échange sur le sujet de la bienveillance pensent "monde des bisounours" à l'évocation de la bienveillance : il faut être gentil, ne pas dire ce que l'on pense, être complaisant, ... dans un monde qui en réalité est dur. Or, selon ma modélisation de la bienveillance, elle se traduit par 3 grands types de comportements :


La bienveillance mérite d'être vue au-delà d'une ambition minimale qui serait de ne pas faire de mal : elle consiste aussi à poser des actes voulant faire le bien. Mais il ne faut pas s'arrêter là : il faut aussi faire face aux situations où du mal est fait à autrui. D'ailleurs la loi en France prévoit ce type de cas quand l'intégrité d'une personne est menacée : la protection contre une menace et l'assistance à personne en danger. Toute personne qui ne s'oppose pas alors que sa propre intégrité n'est pas menacée ou qui n'alerte pas alors qu'elle pourrait le faire peut être condamnée pour non-assistance à personne en danger.
En quelque sorte, on peut considérer que les deux derniers items de ces 3 comportements de bienveillance sont cadrés par la loi. Ces dernières années, on a vu une forme d'extension à l'échelle de la planète : la non-assistance à planète en danger (exemple : l'article Des ONG attaquent l’Etat pour non-assistance à planète en danger), sachant que de plus en plus l'une deviendra indissociable de l'autre.

Dans la vie courante, nous ne sommes probablement pas très souvent confrontés à des cas où nous pourrions être poursuivis pénalement pour ne pas avoir signalé ou ne pas nous être opposés à des actes menaçant l'intégrité d'autrui. Et encore, les chiffres sur les violences conjugales, les violences familiales (dont les violences sexuelles) envers les enfants n'étant pas marginales, probablement que notre devoir de signalement mériterait d'être exercé plus souvent. Je renvoie à une interview vidéo récente d'Adrien Taquet par Loopsider pour quelques chiffres et des enjeux en la matière.

La bienveillance est un équilibre assez délicat à trouver entre tolérance et indignation ; aussi bien au niveau individuel que collectif, Le risque étant de jouer cette conjugaison tolérance et indignation à l'envers : s'indigner pour des broutilles et être complaisant face à des comportements indignes. Je fais partie de celles et ceux qui trouvent incroyable et anormal que les violences sexuelles aux enfants, la pédophilie ne constituent pas une des priorités nationales et mondiales les plus fortes à investir à la fois en matière pénale qu'en matière de prévention. Adrien Taquet va dans ce sens en voulant rééquilibrer le budget sur ces questions entre prise en charge des enfants victimes et prévention.

L'indignation pour faire bouger les lignes, pour rectifier, pour stopper, pour réduire la malfaisance ou l'indifférence : OUI. L'indignation pour exprimer une frustration, pour tourner en boucle, pour tomber dans le ressentiment, pour s'enfermer dans des thèses complotistes et floues : NON.

La tolérance d'idées qui ne sont pas les nôtres mais qui sont respectueuses de la différence (genre, race, religion, culture, façons de faire, sexualité, ...), ... : OUI. La tolérance qui rime avec complaisance, lâcheté, intérêt (je pense notamment aux Etats qui refusent de dénoncer les exactions commises dans d'autres pays car leurs intérêts économiques pourraient être menacés), indifférence : NON.

La bienveillance est un art difficile à exercer car certaines situations sont ambivalentes, complexes, avec une problématique fixation des frontières de la tolérance d'une part, et de l'indignation d'autre part. Elles peuvent être mouvantes en fonction de notre état émotionnel, psychique, cognitif du moment. Mouvantes aussi, selon qu'on se trouve seul ou plusieurs face à une situation : quelques fois on se laisse entraîner par d'autres à surjouer l'indignation (souvent quand entre en jeu la comparaison avec d'autres qui seraient avantagés). D'autres fois, on tolère ce qui ne devrait pas l'être parce que le groupe se positionne sur une position tolérante ; position que l'on peut considérer comme complaisante ou lâche en prenant de la distance. La non-ingérance (vie privée, politique intérieure d'un Etat, ...) étant souvent l'argument brandi pour une tolérance qui pourrait s'avérer, si ce n'est coupable, au moins irresponsable en terme de bienveillance.

Il me semble que s'il y a un sujet sur lequel cet équilibre entre tolérance et indignation représente particulièrement un enjeu, c'est celui de la sexualité, avec une notion fondamentale sur laquelle notre société a beaucoup à travailler : le consentement. Et particulièrement, pour les enfants : est-il concevable de se demander s'il y a eu consentement pour des actes sexuels entre un adulte et un enfant, et de pouvoir qualifier l'acte alors de viol ou non ? Il y a aussi une très mauvaise compréhension de la notion de "devoir conjugal". Beaucoup de personnes, dans toutes les classes d'âge considèrent le devoir conjugal comme une obligation à consentir des actes sexuels à l'initiative du conjoint à son bon vouloir.
Je reviendrai sur ce sujet capital de bienveillance dans une prochaine chronique (cf Sexualité - Le sens des mots et des maux - Chronique sur la Bienveillance - Episode 18).

Tolérance ET Indignation, c'est aussi conjuguer :
  • l'art de l'écoute, de l'empathie, l'art de se taire pour écouter d'abord et l'art de la curiosité exploratrice et de l'Attention Réciproque qui permettent de mieux comprendre autrui (c'est quoi vraiment ce que tu vis, tes perceptions, tes aspirations, tes besoins, tes attentes);
  • avec l'art de l'appréciation et de la gratitude ; la tolérance renvoie à l'idée d'acceptation de la différence et il s'agit non seulement d'acceptation, mais aussi d'aller plus loin : apprécier cette différence, l'éventuelle complémentarité qu'elle facilite, pouvoir s'en enrichir, ressentir de la gratitude, exprimer cette gratitude. Je renvoie à ma modélisation du processus du gratitude ;
  • avec l'art de l'affirmation de soi bienveillante, de ne pas se taire, et dès lors de la communication non-violente ;
  • avec l'exigence de justice et de justesse, en considérant ce qui va et ce qui ne va pas et la conscience que le négatif pèse plus que le positif (je renvoie à mon article Nourrir en retour dans lequel j'évoque la ligne de Losada) ; avec un enjeu dont nous n'avons pas suffisamment conscience : les feedbacks positifs qui mériteraient d'être au moins 3 fois plus nombreux que les feedbacks négatifs, alors que nous sommes dans une société où le manque de temps raréfie singulièrement les feedbacks positifs.
  • avec l'art de l'humilité ; humilité qui repose sur la lucidité à la fois sur soi-même et ce qui nous entoure ;
  • et un commun qui permet de jouer de bonnes partitions de la musique complexe de la tolérance et de l'indignation : le discernement. Le discernement tellement crucial pour appréhender aussi que notre vie est remplie d'ambivalences en nous, en les autres, dans les situations auxquelles on est confronté. Ce qui crée une complexité face à laquelle il serait bon de ne pas se précipiter de trouver des raccourcis qui font aller dans une facilité qui bien souvent ne rime pas avec la bienveillance, et notamment, quand elle passe par le jugement lapidaire.
Alors, oui, et il faut bien le dire, l'écrire, le diffuser avec force : la bienveillance rime avec exigence. C'est super dur à pratiquer la bienveillance et ce ne peut être qu'un cheminement et non une étiquette posée sur le dos de chacun, binaire (être bienveillant ou non).


lundi 28 décembre 2020

2020 sous la pression des chiffres. En 2021, défrichons un monde qui se libère des chiffres


Dans mes vœux de 2018 sur lesverbesdubonheur.fr - vidéo ci-dessous - je dénonçais le diktat des chiffres.


Un monde à la fois obnubilé et gouverné par les chiffres avec quelques caractéristiques associées :

  • le chiffre qui sert tantôt de carotte, tantôt de bâton (et pas seulement en nombre de coups de bâton) ;
  • une culture du mensonge et de la triche. On triche diversement avec les chiffres : ils sont faux, tronqués, présentés en valeur absolue sans les mettre en perspective, ou alors en pourcentage avec une formulation volontairement manipulatrice (ex : "il n'a obtenu que 70% de réussite") ;
  • le choix du moins-disant à la fois par les entreprises, les administrations, les collectivités locales, les particuliers. Un moins disant qui se fait souvent sur le dos des conditions de travail et sur la planète. Avec en cas de mécontentement du résultat un retour dans les dents du type "vous en avez eu pour votre argent". Et en réalité, on ne se plaint même pas car on a introjecté que ça fait partie des risques ... et on continue de plus belle en flattant son ego pour pas cher d'avoir acheté pour pas cher. Des petites poussées d'adrénaline qui engendrent, gravent et aggravent des comportements addictifs de consommation. Permettez-moi ce raccourci trivial qui résume un bilan perdant-perdant "On achète de la merde à des gens qui traitent comme de la merde simultanément nous clients, celles et ceux qui fabriquent et transportent (conditions de travail de merde), et la planète" ;
  • une fracture et un grand écart entre ce qui est fixé comme objectif et la réalité, entre ceux qui décident des chiffres et ceux qui font, entre ceux qui profitent des chiffres et ceux qui les subissent ;
  • une logique d'évaluation qui se généralise et qui prend souvent la forme plus de mesure que d'évaluation, privilégiant le quantitatif au qualitatif, en prétextant qu'il faut "objectiver". Evaluation et rationalisation sont devenus deux maîtres mots, y compris dans l'Economie Sociale et Solidaire (ESS).
  • une précarisation et une ubérisation qui détourne le droit du travail : de plus en plus de personnes voient leur revenus dépendre de la quantité produite individuellement.
  • une dénaturation, une dislocation, une désagrégation du métier. Quand le métier n'est pas réduit à un geste technique, il est complètement dénaturé par une omniprésence du contrôle de gestion, des indicateurs, et bon nombre de nos concitoyens passent un temps monumental à rendre compte de leur travail plutôt que faire le travail qu'ils ont appris à bien faire et qu'ils ne peuvent plus bien faire, faute de moyens et de temps suffisamment consacré.
  • une multiplication des options possible qui conduit à l'indécision et du mal-être psychologique
  • il ne s'agit pas seulement de comportements collectifs, mais de comportements individuels : la logique du chiffre envahit nos habitudes du quotidien.

2020 sous la pression des chiffres

Depuis fin 2017, époque à laquelle j'ai conçu ce diaporama, les choses ne sont pas allées en s'améliorant. En 2020, elles ont même empiré carrément du fait de la pandémie covid-19 : nous avons été bombardés de chiffres et notre quotidien a été rythmé de chiffres et par des chiffres. J'en donne quelques-uns chronologiquement :
  • une quantité de masques insuffisante qui a probablement conduit à annoncer pendant quelques semaines à la population que les masques étaient non seulement inutiles mais qu'il était inapproprié et irresponsable d'en porter (alors que les populations asiatiques ont l'habitude depuis longtemps d'en porter pour éviter les contaminations de virus et que c'est hautement recommandé par les autorités de santé là-bas). Et quelques temps après, c'est le fait de ne pas en porter qui est devenu irresponsable voire coupable. Un effet de balancier que l'on retrouve fréquemment dans notre société, et chaque mouvement étant présenté comme le fruit d'une certitude absolue.
  • une quantité de morts ;
  • une quantité de clusters (terme qui a débarqué dans beaucoup de foyers, qui pour autant ne sont pas forcément des foyers de contamination - en me permettant ce petit trait humoristique) ;
  • une question d'âge : à quel âge, quel risque, quel potentiel de contamination, ...
  • une quantité de personnes en réanimation ;
  • un nombre de jours de confinement ;
  • un nombre de jours avant une date de clause de revoyure (autre nouveau terme qui est entré dans bon nombre de foyers) ;
  • un nombre de jours avant le déconfinement ;
  • une quantité d'argent (au niveau individuel et collectif), variant de quelques dizaines euros à des dizaines de milliards, des chiffres qui donnent le tournis pour les derniers et qui fleurent le "pas assez" et le sentiment d'injustice pour les premiers ;
  • les chiffres du chômage qui un jour sont catastrophiques, et l'autre jour sont encourageants ;
  • une quantité d'activités économiques qui ont disparu, disparaissent ou vont disparaître ;
  • une quantité de nouvelles contaminations ;
  • une quantité de vagues : 1, puis 2, puis 3 et des suivantes en perspective.
Il ne s'est pas passé beaucoup de jours - à part une brève accalmie pendant quelques jours en août -  sans que les perspectives de nos lendemains ne dépendent pas d'un ou plusieurs chiffres et la plupart du temps, des chiffres anxiogènes.

A la pandémie, se sont ajoutées les élections municipales en France, avec son lot de sondages et de chiffres, et avec un suspens sur le nombre de jours qui pourraient s'écouler entre le premier tour et le deuxième tour.

On a eu droit aussi à un autre suspens à l'échelle internationale, d'une intensité dramatique bien plus grande et impactante pour la planète et les êtres vivants qui y habitent que les élections municipales en France : les élections présidentielles et législatives aux Etats-Unis. Des chiffres qui ont été contestés, qui ont été recomptés pour certains. Des voix dont Trump ne voulait pas qu'elles soient décomptées parce qu'elles ne seraient pas en sa faveur. Un suspens qui continuera probablement à durer de manière moins intense jusqu'au jour où Trump quittera la Maison Blanche.

Pour revenir en France, nous avons eu droit aussi à deux scandales écologiques et démocratiques : la généralisation des compteurs Linky qui met fin à l'utilisation de millions de compteurs parfaitement en ordre de marche. Des compteurs Linky destinés à donner encore plus de chiffres transformant Enedis en opérateur de données. Il y a aussi la 5G, avec un chiffre qui s'insère même dans l'appellation de la technologie. La 5G qui nous donne la possibilité de transporter encore plus d'informations et encore plus vite. A accepter les yeux fermés sous peine de se voir assimiler à un amish par un Président de la République qui a beaucoup (ab)usé de chiffres en 2020. En passant, il me semble important de pouvoir féliciter tous les chefs d'Etat et pays de cette planète qui ont décidé de faire passer la santé humaine avant la santé économique (il y en a d'autres qui ne l'ont pas fait, notamment aux USA et au Brésil). Et Emmanuel Macron et la France font partie de la grande majorité des pays qui ont privilégié la santé humaine, ce que j'essaye d'apprécier à sa juste valeur. Je n'aurais pas forcément parier avec assurance sur un tel choix des gouvernants si on m'avait présenté un tel scénario comme sujet d'anticipation en 2019 (en particulier avec un ratio du nombre de morts en 2020 sur la population mondiale égal à 0,02%). 

Et on finit cette année par un chiffre dans tous les médias en France, un chiffre qui nous fait revenir à l'actualité de la pandémie : 6. 6 convives au maximum pour les repas de fin d'année. Des chiffres aussi pour fixer les heures de début et de fin du couvre-feu.

En 2021, défrichons un monde qui se libère des chiffres

La Société et les Territoires de la Bienveillance auxquels j'aspire et que j'ai modélisés, sont basés sur une logique plus qualitative que quantitative, et cela à plusieurs égards. En voici quelques-uns de manière non exhaustive :
  1. le rapport au temps : plutôt que de compter ou de maximiser le nombre de choses que l'on fait dans sa journée, nos journées méritent d'être constituées de moments qui font sens, qui prennent soin tout à la fois de nous-mêmes, d'autrui, des personnes qui comptent le plus pour nous, de nos écosystèmes. Des journées avec des temps pour l'action, des temps pour la réflexion, dynamique et statique, des temps forts, des temps faibles. Passer de la logique "gagner du temps pour faire encore plus, encore plus vite", le nez dans le guidon, du temps qui se chiffre --> à la logique "Donnons-nous du temps POUR la bienveillance et PAR la bienveillance" qui nous libère du diktat du temps et de l'urgence ;
  2. les prises de décisions : plutôt que de n'utiliser que des objectifs chiffrés avec une vision court terme et en se limitant aux coûts et bénéfices égocentrés ---> considérer les coûts et bénéfices non financiers et surtout en n'essayant pas de les traduire en chiffres. Tout n'est pas chiffrable, notamment en matière de savoir-être et de santé psychologique et sociale. Il faut considérer plus largement sur deux dimensions : une dimension temporelle - les impacts à moyen et long terme - et une dimension spatiale - les impacts directs et indirects ici et ailleurs (notamment pour l'ensemble de la planète) -. Il s'agit aussi de poser deux questions de bon sens : "De quoi a-t-on réellement besoin ?", et "Peut-on vraiment se le permettre, compte tenu de l'urgence environnementale, sociale ou démocratique ?". Des prises de décisions au niveau individuel ou collectif ;
  3. la fixation des objectifs : une certaine culture de la défiance conjuguée avec une déconnexion accrue des décideurs par rapport à ceux qui font, a conduit à piloter les personnes et activités avec des chiffres, rien qu'avec des chiffres, faisant du pilote des chiffres LA personne centrale du système. Des chiffres imposés, non discutables et souvent irréalisables, peu empreints d'éthique et peu respectueux de la réalité des personnes. De telles façons de fixer les objectifs --> à faire évoluer dans le sens d'une co-construction qui repose sur la réalité du terrain, sur les capacités des personnes et qui prennent en compte les perceptions et les aspirations (3 dimensions de l'Attention Réciproque) de toutes les parties prenantes. Une fixation des objectifs qui s'appuie sur la confiance et qui, dès lors, n'a plus besoin de cette prison de chiffres qui aliène.
  4. la reconnaissance des actes : nous vivons dans un monde qui a deux grands défauts, deux formes d'accrocs de bienveillance tels que je les ai mis en évidence dans l'échelle de la bienveillance : une absence de bienveillance - les actes ne sont pas reconnus, pas de feedbacks, silence radio, ... - ou de la malveillance - les actes insuffisants sont montrés du doigt, voire les personnes critiquées négativement de manière inconditionnelle (on les traite de "nulle", "incapable", ...). La critique est assise sur les résultats par rapport aux objectifs - quantitatifs - ; les mêmes objectifs dont je viens de dire qu'ils sont souvent irréalistes. --> Une juste reconnaissance des actes prend en compte bien plus que le résultat et le quantitatif : l'énergie et l'engagement, la bienveillance, les actes altruistes, le savoir-être, les connaissances, les problèmes rencontrés, les problèmes résolus, l'agilité dans le contournement ou la résolution des problèmes, ... On peut aussi s'appuyer plus globalement sur les 15 gestes de reconnaissance au quotidien que j'ai modélisés ;
  5. nos actes de consommation : notre société de consommation libérale et mondialisée pousse à acheter de plus en plus de choses qui ne correspondent pas à nos besoins essentiels, à chercher le moins disant au niveau prix (qui bien souvent est aussi moins disant en matière écologique, sociale et de responsabilité sociétale - notamment fiscale). Le bol alimentaire croit de manière importante par contagion des modes de consommation Outre-Atlantique. Idem pour la contagion des habitudes de consommation des loisirs et des objets connectés. --> la sobriété heureuse promue par Pierre Rabhi se concrétisant par consommer moins mais consommer mieux, durable, équitable, appréciable, admiratif, reconnaissant, ... Elle cultive aussi l'idée du "juste prix" et favorise tous les échanges non monétisés, le don et l'altruisme ;
  6. nos liens sociaux : la logique du chiffre, on la trouve de manière très symptomatique avec les réseaux sociaux : les nombres de pseudo "amis", la quantité de "j'aime" et de "je partage" aux publications que l'on a semées sur la toile. --> Or, ce qui compte vraiment, c'est justement celles et ceux qui comptent vraiment, et elles et ils sont peu nombreux et méritent qu'on leur accorde pleinement notre attention (donc notre temps).
Pour 2021, si nous arrivons à ne pas nous laisser submerger par les inévitables chiffres du Covid-19 dont nous serons abreuvés, nous pouvons individuellement et collectivement investir déjà quelques fils parmi les 6 fils que je viens de tirer, dans nos différentes sphères de vie qui sont autant de territoires possibles de culture de la bienveillance.

Je vous souhaite une bonne fin d'année, en petit comité, mais sûrement de qualité. Et vous avez bien compris que le qualitatif en alternative au quantitatif est le propos central de cette publication.

Je vous adresse mes meilleurs vœux pour 2021 et pour vos proches, des vœux de bonne santé (au sens de l'OMS) pour vous, pour votre entourage, pour les écosystèmes auxquels vous appartenez, et pour la planète dont nous faisons tous partie intégrante.




mardi 22 décembre 2020

Des sourires pour les fêtes de fin d'année - Chronique sur la Bienveillance - Episode 15

 

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Voici le 15ème et probablement avant-dernier épisode de l'année 2020 de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Après avoir été fortement déconseillés au printemps, les masques nous sont imposés depuis en papier - la plupart du temps jetables et jetés (aïe aïe pour la planète) ou en tissus (c'est mieux pour la planète).
Ne plus voir la bouche de nos interlocuteurs gêne beaucoup la communication. Le plus difficile étant pour les personnes sourdes qui lisent sur les lèvres. 
On se plaint aussi de ne plus voir les sourires. Remarquez, qu'on ne voit plus non plus l'inverse : les personnes qui font la gueule.
Mais le sourire ne se joue pas qu'au niveau du bas du visage. La preuve en est dans la vidéo que je vous ai concoctée pour le démontrer et aussi pour vous amener des sourires et de la chaleur humaine en cette fin d'année : 

Le sourire est le premier geste de reconnaissance de ma liste des 15 gestes de reconnaissance au quotidien. Un geste qui ne coûte pas cher et qui rapporte beaucoup en terme de bienveillance dans notre société de tensions. On peut dire merci à nos neurones miroirs qui s'illuminent comme des feux d'artifices dès que l'on sourit : les personnes en face vont automatiquement sourire, un peu comme nous baillons en réaction à quelqu'un qui baille devant nous. Le sourire est donc éminemment contagieux et ce serait dommage de ne pas utiliser ce levier formidable de convivialité et de fraternité. Le sourire fait fondre la glace et nous permet de créer de la proximité. 

Pas n'importe quel sourire, le vrai sourire, le sourire sincère, celui qui ne trompe pas parce qu'il se voit dans les yeux (précisément par la contraction du muscle orbiculaire de l'œil - cf Sourire de Duchenne)  et qu'il s'entend dans la tonalité de la voix. Et en réalité, il est assez facile de distinguer la sincérité de l'obséquiosité, voire de la duplicité. 

ATTENTION : message adressé à certains hommes : ce n'est pas parce qu'une femme vous sourit que c'est un appel à rejoindre son lit. Dans la société et les territoires de la bienveillance que j'appelle de mes vœux et que je promeus, les femmes citadines peuvent sourire simplement par fraternité, par convivialité, parce qu'elles sont joyeuses, ... dans la rue, dans les transports publics, dans les ascenseurs sans avoir peur de se faire importunées voire pire, violées.

A l'occasion du confinement du printemps, j'ai consacré plusieurs jours à croiser ces gestes de reconnaissance avec 4 dimensions de bienveillance (mon premier modèle comportait à l'époque les 4 dimension : soi, autrui, les collectifs et communautés auxquels on appartient, et la nature). Je vous redonne ci-dessous le diaporama que j'avais construit pour le geste "Sourire et regard" :

 

Ce diaporama au format pdf.

Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'années avec des sourires, probablement moins nombreux que d'habitude, mais peu importe car la qualité vaut mieux que la quantité.




dimanche 20 décembre 2020

Etre citoyen-consommateur ? Chiche ! - Chronique sur la Bienveillance - Episode 14

Dites, vous prenez quelle porte en première intention ?
Dites, vous prenez quelle porte en première intention ?

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Voici le 14ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Elle constitue une réaction à ... une réaction sur Facebook du compte I-boycott.org à la phrase suivante d'Emmanuel Macron :

"Je pense que le changement se fera d'abord par le citoyen-consommateur".

Si je devais résumer ma réaction à la phrase du Président, ce serait "Chiche !". Et je suis assez convaincu 

  1. qu'il serait surpris lui-même par le résultat si une partie importante de la population faisait de même,
  2. qu'il ne pourrait plus gouverner ensuite comme il le fait maintenant, et la perspective d'un 2ème mandat deviendrait très improbable.

Je suis convaincu que le niveau de conscience de la population est insuffisant (notamment parce qu'il n'est pas cultivé) sur l'idée suivante : chaque fois que nous consommons, nous avons le potentiel d'exercer un pouvoir déterminant, au quotidien, alors qu'en tant qu'électeur, c'est une fois tous les ans en moyenne. Et notre pouvoir d'électeur-électrice disparaît une fois que le bulletin est tombé dans l'urne.

Si on observe deux grandes "innovations" en 2020 : qui en tant que citoyen a demandé qu'on lui change son compteur électrique par un compteur Linky ? Qui en tant que citoyen a demandé la 5G ? Et pour ces deux sujets, les questions pas du tout secondaires : quels usages, quels risques pour la santé des humains, du vivant, de la planète ?

En réalité, l'emballement climatique et l'utilisation excessive des ressources de la planète devraient nous faire poser deux questions aux échelles collectives et individuelle :

1/ En a-t-on vraiment besoin ? (ou autre formulation : Et si tout ce dont j'ai réellement besoin était déjà là ? )

2/ Au vu de l'état la planète peut-on se le permettre ?

Sachant que, c'est bon, rassurons l'auteur du propos en référence : on a largement dépassé le niveau de confort des Amish ;-) 

Donc effectivement, comme il l'est dit dans le billet de I-boycott.org, il est un peu facile de renvoyer à la responsabilité individuelle, car il y a évidemment les responsabilités collectives, et notamment au niveau national et européen. Avec des forces qui nous dépassent largement individuellement et qui peuvent nous mettre dans un sentiment d'impuissance. Impuissance renforcée du fait d'un déficit de démocratie directe à tous les étages, y compris au niveau local. C'est pourquoi j'ai lancé le manifeste Urgence climatique, sociale et démocratique pour les élections municipales 2020 il y a un an et porté le Pacte pour la transition et la déclaration d'urgence climatique pour les élections municipales dans l'Entre-Deux-Mers. La transition ne peut être seulement qu'écologique, elle est aussi démocratique, sociale, sociétale, spirituelle. 

Je suis convaincu qu'une voie et une voix inspirante et efficace sont celle de la bienveillance à travers l'idée de Société et de Territoires de la Bienveillance

Donc :

1/ Soyons à la hauteur du pouvoir qui nous est donné - de fait - en tant que consommateur et il est beaucoup plus important que nous le pensons et que nous le saisissons dans nos différents actes de consommations. Un pouvoir qui sera d'autant plus important à appréhender et à exercer si nous nous regroupons et nous stimulons (dans la bienveillance et l'inspiration et non pas dans la stigmatisation et la culpabilité) dans un élan commun où nous saurons que nous avons beaucoup plus à gagner qu'à perdre, dans une approche gagnant-gagnant et une proximité plus grande entre consommateur et producteur.

2/ Exigeons et contribuons à une classe politique et une démocratie directe qui soient à la hauteur des vrais enjeux pour la santé humaine (physique, psychique, sociale), celle du vivant et des ressources de la planète. Sachons déconnecter le bien-être de l'individu de la croissance (de nombreuses études ont montré que le bonheur et l'espérance de vie n'augmentent pas au-delà d'un seuil de confort). Et inversement, considérons que la priorité est de permettre une vie décente à celles et ceux qui ne l'ont pas. Faisant ainsi de la pleine santé des humains, des écosystèmes et de la planète d'une part, et de la réduction/élimination de la pauvreté, du patriarcat, et de la violence d'autre part des priorités, à envisager dans l'interdépendance et dans l'intercoopération entre pays, régions, territoires (au sens générique).

3/ Exigeons et contribuons une économie dans laquelle la qualité de vie au travail est consacrée, avec des gouvernances partagées et un quotidien du travail basé sur la confiance, l'autonomie et la coopération. Une économie qui puisse trouver des alternatives à l'échange monétaire et le culte de la propriété et du secret.

Des dynamiques indissociables que j'avais déjà promues sur laqvt.fr et listées de manière plus exhaustive pour les enjeux de Qualité de Vie au Travail dans l'image ci-dessous :


Je consacrerai prochainement une chronique à ce qui se joue bien au-delà de l'argent dans un acte d'achat de produit ou de service.


lundi 14 décembre 2020

Développer la bienveillance dans un groupe

 Le 3 décembre dernier, j'ai évoqué Jean-Michel Cornu, spécialiste reconnu de la coopération et de l'intelligence collective, auteur du livre précieux "Le guide de l'animateur, une heure par semaine pour animer une grande communauté" disponible en librairie et aussi en téléchargement gratuit. Dans l'article  Un "Salut, ça va" qui parle beaucoup pour introduire une échelle de la bienveillance du 3 décembre, j'ai présenté un des éléments centraux de ma modélisation d'une Société de la Bienveillance : une échelle de la bienveillance avec 3 segments : malveillance, absence de bienveillance et bienveillance.

Jean-Michel Cornu m'a invité à contribuer à une de ses chroniques vidéos hebdomadaires sur l'animation de groupes. Voici donc le lien vers cette chronique intitulée : Développer la bienveillance dans votre groupe avec Olivier Hoeffel.

Cette chronique fait référence à 3 articles ou pages de ce blog lesverbesdubonheur.fr :

Voici ci-dessous un document de support à mes propos dans cette chronique. Pour télécharger ce document.


Je vous invite fortement à découvrir les travaux de Jean-Michel Cornu si vous ne les connaissez pas. Je vous donne plusieurs fils à tirer :

Pour les collectifs qui auraient téléchargé son guide et qui l'auraient trouvé utile (ce dont je ne doute pas), je les invite à un geste de réciprocité et de bienveillance : acheter la version papier. Jean-Michel Cornu a développé un modèle économique mixant gratuité/mise en commun et revenus monétaires de son travail. Il contribue beaucoup aux communs, et je trouve juste et bienveillant qu'il puisse être rétribué pour ses apports précieux.

samedi 12 décembre 2020

Urgence climatique et Société de la Bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 13

 


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Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 13ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Il fait écho au 5ème anniversaire de l'accord de Paris et à l'interpellation réalisée par de Greta Thunberg sous forme de vidéo à cette occasion :

J'ai personnellement consacré du temps et de l'énergie pour porter la Pacte pour la transition et l'Urgence climatique sur le territoire de l'Entre-Deux-Mers pendant les élections municipales de 2020 avec Anne-Geneviève Dutertre faisant partie du mouvement de la Transition et Noëlle Bernard et Marc Saumagne du mouvement Colibris. Je me suis particulièrement intéressé à la question de l'urgence climatique depuis septembre 2019, et je l'ai évoquée principalement dans mon article Le papillon, la serre et le permafrost (ou pergélisol).

J'ai conçu un diaporama pour promouvoir l'urgence climatique, diaporama que j'ai utilisé dans des interactions avec des personnes et des groupes pendant la campagne des municipales, dans une posture non partisane.

J'ai revisité ce diaporama pour le mettre en lien plus étroit avec mon travail de modélisation d'une Société et de Territoires de la Bienveillance.

Ce diaporama téléchargeable au format pdf, est articulé autour des idées suivantes :

  • l'urgence climatique n'est pas que le cri de Greta Thunberg mais d'un ensemble d'individus, d'associations, de pays et territoires déjà touchés, et par l'ONU très active sur le sujet avec António Guterres, son secrétaire général, en pointe et pas avare d'interpellations y compris pour appeler les peuples à mettre la pression sur leurs gouvernants, ce qui constitue probablement une première pour une telle fonction nommée par des gouvernants.
  • il y a la conjonction de l'urgence climatique (notamment les émissions de gaz à effets de serre) et le fait que les êtres humains ne respectent pas les capacités de régénération des ressources de la planète : l'humanité utilise 1,7 fois les capacités annuelles et pour la France, c'est encore pire : c'est 2,7. Comme quoi, non seulement il y a urgence, mais ce n'est pas un petit changement qui serait nécessaire mais bien un gros changement de braquet.
  • Des points de bascule ont été franchis, d'autres sont en train de l'être et il y a risque d'emballement.
  • Comme le dit Greta Thunberg, pour agir, il faut d'abord avec la lucidité de l'état de la planète et des risques encourus. Je reviens sur une idée développée par le climatologue David Spratt selon qui c'est l'association de deux émotions qui nous mettre en mouvement : la peur des risques et l'espoir que des solutions sont possibles. J'ai mis en évidence ce que j'appelle "des marches de la bienveillance" montrant que l'action passe par des marches qu'il faut franchir une par une avant de se mettre en mouvement.
  • la deuxième partie du diaporama reprend quelques idées centrales de la société de bienveillance telle que je l'ai modélisée, notamment l'échelle de la bienveillance, les 4 dimensions indissociables, la bienveillance en verbes, les responsabilités, la vision écosystémique et le lien que l'on peut faire entre les considérations environnementales, celles des impacts du patriarcat et celles de la paix


mercredi 9 décembre 2020

Tant qu'il y a de la vie, il y a des trésors d'émotions - Chronique sur la Bienveillance - Episode 12

Voici le 12ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance

Deux vidéos m'ont particulièrement ému dans les quelques jours qui se sont écoulés. C'est de l'émotion à l'état brut qui méritent d'une certaine façon de s'abstenir de commenter. Mais d'un autre côté, comme elles parlent aussi de bienveillance je vais néanmoins me permettre d'en glisser 2 ou 3 que vous lirez ou non après le visionnage de ces vidéos, qui constituent certainement la substantifique moëlle de cet article.

Elles mettent en scène deux artistes qui sont chacun probablement vers la fin de leur parcours et on a peine imaginer qu'ils peuvent encore susciter encore d'émotions du fait de leur talent artistique.









Je veux mettre en évidence le phénomène de bienveillance contagieuse concernant la première vidéo :

  • une association apporte son soutien aux personnes âgées en leur faisant écouter de la musique
  • cela fait du bien aux personnes en question, et ici en l'occurrence à cette ancienne danseuse professionnelle
  • et ça fait du bien aux personnes qui ont pu voir la séquence vidéo
  • et peut-être que les moments qui ont suivi ont été emprunts de plus de douceur dans les interactions interpersonnelle

3x3 + 1 principes pour une Société et des Territoires de la Bienveillance

 


Cet article fait partie du dossier dédié à une Société et des territoires de la Bienveillance que j'ai modélisée depuis 2019.

Je propose 3x3 + 1 principes pour guider à la co-construction d'une Société et des Territoires de la Bienveillance :
  • 3 principes de bon sens ;
  • 3 principes éthiques ;
  • 3 principes à combattre ; 3 principes sur lesquels s'appuie la société libérale, individualiste, de consommation, de compétition, de défiance, ... et de destruction des écosystèmes et de ce qui devraient être considérés comme nos richesses et nos biens communs.
  • 1 principe sans lequel rien n'est possible.
Vous trouverez ces 10 principes synthétisés sous forme d'une image en fin d'article.

3 Principes de bon sens

Interdépendance et coopération pour une pleine santé

Nous pourrions avoir le meilleur système de santé en France, les hôpitaux les mieux équipés, leur personnel le plus justement rémunéré et bien traité, les territoires les mieux maillés en terme de professionnels de santé, ce système ne pourrait pas tout faire à lui tout seul : il faut que chaque individu prenne soin de lui-même et prenne soin des personnes autour de lui. En ressortent donc 3 niveaux de responsabilité :
  • la responsabilité individuelle ;
  • la responsabilité interpersonnelle, pour les proches et les moins proches, dans la fraternité au sens large (une valeur de la République insuffisamment activée) ;
  • les responsabilités collectives.
J'entends ici le mot "santé" dans le sens très pertinemment défini par l'OMS : 

"Un état de complet bien-être physique, mental et social,
et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité
"

A noter que la conception de la bienveillance telle que je la propose procède de la même logique : la bienveillance ne consiste pas seulement en l'absence de malveillance, mais en la conjonction d'actes bienveillants, l'évitement de la malveillance et la dénonciation de la malveillance.




Pour en revenir à la santé, une (bonne ou pleine) santé passe notamment par l'hygiène de vie (alimentation, sommeil, activité physique, évitement de comportements à risques, ...), l'articulation juste de nos sphères de vie, des activités porteuses de sens, des relations interpersonnelles qualitatives et bienveillantes, une attention à la prévention des risques, une autonomie, un sentiment de pouvoir contrôler un minimum de choses, ...

Une articulation de responsabilités à activer face à des situations préoccupantes dans le monde d'aujourd'hui : la suralimentation (on meurt plus dans le monde de suralimentation que de sous-alimentation), les conduites addictives de toutes sortes, les dépressions et les burnouts. Il s'agit aussi des violences commises envers les enfants, les femmes, les violences interraciales, les conflits armés, ... tout ce qui atteint l'intégrité de l'individu. Particulièrement en responsabilité collective, il y a évidemment aussi à faire face à la pauvreté (pauvreté va de pair avec pauvre santé), mais j'y reviens dans les 2 principes suivants.

A noter que l'on retrouve cette même articulation pour la Qualité de Vie au Travail.

La santé humaine, c'est une chose, mais je suis convaincu qu'il faut raisonner plus large. Voici un extrait du livre "Et si la santé guidait le monde ?" d'Eloi Laurent paru récemment : 

"C'est ici qu'interviennent l'espérance de vie et la pleine santé qui doivent devenir nos boussoles communes, à même de nous orienter les yeux grands ouverts dans un monde où bien-être humain et vitalité des écosystèmes sont irrémédiablement entrelacés et projetés ensemble à toute allure dans une spirale de plus en plus vicieuse qu'il nous faut à tout prix inverser".

Cet extrait dit plusieurs choses :
  • il y a une interdépendance entre l'humain et les écosystèmes,
  • actuellement cette interdépendance est niée, n'est pas prise en compte suffisamment et génère une spirale négative,
  • au contraire, nous avons besoin de considérer cette interdépendance dans nos prises de décisions pour créer une spirale positive. Une spirale positive qui naît selon moi d'une coopération gagnant-gagnant intégrant toutes les parties prenantes, humains et autres qu'humains. C'est ce que je développe dans ma modélisation, notamment à travers les mots-clés "Dimension" et "Gagnant-gagnant"
Donc entendre la santé de manière plus large, c'est considérer la santé de chacun de nos écosystèmes humains (cellules familiales, collectifs- dont les collectifs de travail, communautés) et avec les autres qu'humains, et les appréhender dans l'interdépendance et l'inter-coopération. Ce qui nous amène à considérer en même temps et de manière indissociable la santé des individus, la santé des collectifs et communautés humaines et la santé de la planète.

Quand il s'agit d'un collectif, il faut investir la santé à la fois de l'entité collective et des individus qui la composent. Une façon de prolonger l'expression "Un esprit sain dans un corps sain" ... par "Un corps sain dans un écosystème sain".

Ce principe appelle donc à une vision écosystémique et holistique de la santé et de la bienveillance.

Eloi Laurent écrit dans son livre "Interdépendance et coopération sont les deux principes vitaux de notre monde". 

"Priorité à nos besoins vitaux !"

Connaissez-vous la règle de 3 pour la survie édictée par Ron Hood, professionnel américain de la survie ? Voici la règle d'origine qui depuis a été complétée :
  • On ne peut survivre à plus de 3 mn sans oxygène ;
  • On ne peut survive à plus de 3 jours sans boire ;
  • On ne peut survivre à plus de 3 semaines sans nourriture.
Il s'agit bien entendu de comprendre ces règles plutôt comme un ordre de grandeur. En effet, chaque individu a ses propres capacités à un moment donné, dans un contexte donné (lieu, température, personne isolée ou non, ...)

Je me réfère maintenant à Virginia Henderson dont j'ai eu l'occasion de parler dans l'article Et si tout ce dont j'avais besoin était déjà là ?. Infirmière et chercheuse américaine, elle a développé en 1947 un modèle mettant en évidence 14 besoins fondamentaux :


En ressortent des priorités que tout individu, tout activité humaine, toute politique publique devrait considérer dans sa conscience, ses prises de décisions et ses actes. J'en mets en avant 6 :

  • L'air. L'air que nous respirons est essentiel. En notant que dans certaines grandes métropoles sur la planète, la santé est mise en danger du fait de la pollution. J'élargi à l'atmosphère : il nous faut prendre soin d'avoir une atmosphère respirable et qui nous protège. Un enjeu brûlant est celui des gaz à effets de sphères que j'ai particulièrement évoqué dans mon article Le papillon, la serre et le permafrost (ou pergélisol).
  • L'eau. L'eau que nous buvons et qui nous sert aussi à notre hygiène. La sécheresse avance d'année en année, et c'est donc un enjeu central, déjà maintenant. Il y a aussi l'enjeu de la pollution des nappes phréatiques, des océans avec tous les résidus en matière plastique, les rejets et déjections des activités domestiques, industrielles, agricoles et de transport maritime.
  • La terre. Les sols qui nous permettent de nous nourrir, et aussi sur lesquels nous construisons nos habitations. Ils sont vivants et ils faut les laisser vivants, limiter la bétonisation, limiter la surexploitation des terres agricoles, la pollution par l'utilisation massive d'intrans, ... Nous avons besoin de respirer, les sols aussi.
  • Le feu. C'est un échange avec mon ami Christian Bruneteau qui m'a conduit à ajouter ici cette 4ème priorité, inspiré du quatuor air-eau-terre-feu que l'on retrouve dans beaucoup de sociétés depuis la nuit des temps. Les incendies en Amazonie, en Australie, en Sibérie, ... représentent des enjeux importants, notamment quand ils sont volontairement activés pour des raisons économiques. Les incendies ont des conséquences importantes notamment à travers les émissions de CO2 et la disparition simultanée de capacités de puits de carbone (une forme de double peine pour la planète, la biodiversité et les humains).
  • Les relations humaines. Dans un monde où de plus en plus de personnes de tout âge se trouvent isolées, soit carrément toutes seules soit parce que le foyer est mono-parental, l'enjeu est de taille. Un sentiment d'isolement existant aussi dans le monde du travail avec la tendance forte depuis quelques années à casser l'esprit collectif et avec le désenchantement vis-à-vis du monde syndical. La pandémie de la Covid-19 amplifie d'autant plus ces phénomènes (les personnes âgées dans les Ehpad, les personnes en télétravail, les personnes qui se trouvent sans activité).
  • La paix. Nous avons besoin de faire la paix en nous-mêmes, dans nos foyers, dans les activités économiques, entre les communautés, entre les pays. La non-violence mérite d'être cultivée dans toutes les strates de la société. Il y a un enjeu très important du fait du patriarcat qui cause de la violence aux enfants et aux femmes. J'aurai pu mettre "Sécurité" plutôt que "Paix". Il est important de pouvoir en effet se sentir en sécurité. Mais dans la mesure où ce mot peut renvoyer à une acception sécuritaire, le mot "Paix" me semble beaucoup plus approprié et plus large si on l'entend à travers les différentes dimensions que je viens de citer.
Et force est constatée que malheureusement ces 6 enjeux ne constituent pas des priorités depuis quelques dizaines d'années. Notre société actuelle a tendance à réagir aux événements du moment pour chacun de ces sujets, et séparément. Elle trouve des solutions éphémères ou artificielles. Elle compte sur la technologie pour résoudre des problèmes de malveillance, alors qu'en réalité, il s'agit tout simplement déjà de faire face à nos responsabilités de bienveillance à tous les niveaux de la société. Il nous faut prendre la mal à la racine et revenir au bon sens, à celui qui nous reconnecte à la nature, à notre nature véritable.

Je suis convaincu que l'emballement climatique nous forcera à nous recentrer sur ces priorités. Tout l'enjeu est que ce ne soit pas vécu comme une contrainte et avec le système d'exploitation de ... l'exploitation et de la compétition. Au contraire, il nous faut faire de ces objets de priorité des communs, de la matière à haute coopération et inspiration. Soyons inspirés et enthousiastes et non pas contraints dans un esprit qui nous ferait y aller à reculons et en ordre très dispersé.

"Moins de confort pour les uns, une vie décente pour les autres !"

Si nous ne connaissiez peut-être pas la règle de 3 de la survie, nul doute que le proverbe "L'argent ne fait pas le bonheur" vous est familier et peut-être même qu'il vous cause de l'urticaire parce que justement, de l'argent vous en manquez et que vous vous dites que c'est un proverbe de riche pour les riches et qui en plus n'en tiennent pas du tout compte.  

De nombreuses études ont été menées depuis la dernière guerre mondiale, notamment aux Etats-Unis, et elles montrent qu'en effet un accroissement du niveau de vie n'affecte pas le niveau de bonheur qui reste inchangé. MAIS, il faut compléter ce proverbe par "... mais le manque d'argent fait le malheur". Ces mêmes études ont effet montré qu'en-dessous d'un seuil de revenu, tout accroissement du revenu augmente le niveau de bonheur jusqu'à un niveau de revenu décent où les accroissements n'ont plus d'impact.

Dans la société de consommation actuelle, avec les effets de l'adaptation hédonique, ma conviction est même que l'accroissement des revenus, du confort, du plaisir, des biens matériels, peut être dans certains cas contre-productif et rendre moins heureux.

3 Principes éthiques

"Connais-toi toi-même ... autrui et tes écosystèmes !"

"Connais-toi toi-même" était une maxime gravée sur le fronton du Temple de Delphes. Précédemment, je présentais des principes de bon sens, "Connais-toi toi-même" procède aussi du bon sens.
Un principe qui appelle à l'attention à ses propres aspirations, besoins, ce qui fait sens. Il appelle aussi à la lucidité et à de la vérité. Ne pas se raconter des histoires à soi-même et aux autres. Parce que la situation actuelle de la planète est due en partie au fait qu'on refuse de voir la vérité et de voir sa propre responsabilité. J'ai évoqué en décembre 2018 la lucidité et la vérité dans l'article Les enjeux du bonheur en verbes, sous forme de diaporama commenté. Ces verbes sont tout aussi importants pour une Société de la Bienveillance.

Se connaître soi-même est indispensable et en même temps, il est tout aussi nécessaire de nous donner du temps pour nous connaître entre individus et connaître les écosystèmes naturels et humains dans lesquels nous vivons et pour lesquels nous avons un rôle à jouer. Rôle que nous jouerons d'autant plus efficacement que nous aurons appris à bien connaître celles et ceux avec qui nous jouons. 

Un principe qui investit nos capacités à la curiosité, à l'attention, la connaissance, l'écoute, l'observation, la patience, ... et avec en bienfaits l'appréciation, l'émerveillement, l'apprentissage, la gratitude, ...

"Le mieux est l'ennemi du bien !"

Sur le fronton du temple de Delphes était aussi écrit "Rien de trop !". J'aurais pu choisir ces mots, mais je leur ai préféré "Le mieux est l'ennemi du bien" qui m'est cher depuis de longues années et dont il faut remercier Voltaire. Plus récemment, le psychologue américain Barry Schwartz qui s'est intéressé au paradoxe du choix a montré que la société actuelle nous met très souvent dans une situation d'avoir à choisir entre de multiples options, ce qui nous met en tension, voire dans l'impossibilité de choisir. Il fait une contre-proposition au "Monsieur Plus" symbolisant le monde actuel : un "Sam'Suffit". J'ai préféré moi l'appeler "Sam'Vabien" pour faire écho à la sobriété heureuse promue par Pierre Rabhi, le fondateur du mouvement Colibris. Une idée du contentement qui va dans le sens suivant : plus je me contente de peu, et de plus de choses je vais me satisfaire. Ce principe s'oppose à l'idée d'excellence et de perfection.

"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme !"

La science serait-elle notre sauveur en tout et pour tout ? Fait-elle le bien en tout et pour tout ? Certainement pas quand on voit la prolifération des armes, des objets connectés qui nous déconnectent les uns des autres, des progrès médicaux pour nous faire artificiellement plus jeunes, des équipements qui abrutissent, des progrès technologiques qui laissent des gens sans emploi pour grapiller un pouillème de bénéfice. Il nous faut donc sortir de l'effet hypnotique des nouvelles technologies.

Pour relier ce principe emprunté à Rabelais avec le principe "Moins de confort pour les uns, une vie décente pour les autres !", il faut considérer tous les impacts de biens et services de confort ou qui nous facilitent la vie à travers la question : pouvons-nous nous le permettre au vu de l'état de la planète ? Et bien des fois la réponse : c'est sûr que ça pourrait être utile, mais le bilan écologique et humain est clairement négatif. Et pire, il arrive que la réponse soit : en fait, ça ne sert pas à grand chose.

Ce qui induit trois grands niveaux de responsabilité : "Faire de la science en conscience", "Faire des choix de société en conscience" et "consommer en conscience".

3 Principes à combattre

La bienveillance, ce n'est pas seulement poser des actes de bienveillance mais c'est aussi éliminer, éviter des actes malveillants et des mauvaises habitudes. C'est aussi les dénoncer et les combattre. Voici 3 principes contre lesquels il faut appeler à la vigilance pour nous aider à repérer nos mauvaises habitudes et les comportements malveillants.

"La fin justifie les moyens !"

Un principe qui fleure mauvais le cynisme. Certains l'habillent de pragmatisme ou d'efficacité ou de rationalisation. Peu importe les moyens, du moment qu'on atteint l'objectif qu'on s'est fixé.  C'est un peu comme si on mettait un projecteur sur le "Quoi", alors que pour le "Comment", on le cache sans aucune gêne, soit dans une boite noire, soit sous un nuage de fumée. C'est ce que font beaucoup d'activités économiques invoquant le secret industriel. Au contraire, une société de la Bienveillance repose sur la transparence et la fierté de montrer son savoir-faire et de jouer son rôle de développement durable pleinement.

"Le temps, c'est de l'argent !"

Notre monde souffre d'une omniprésence et d'une pression du temps. Tout est ramené à l'argent et au temps que l'on relie étroitement. Même les personnes à la retraite se retrouvent piégées alors qu'elles n'ont aucune raison de l'être : il faut que leur temps soit utile. Avec cette pression du temps, il y a aussi la pression de l'urgence, de l'impatience. Une focalisation sur le court terme qui abandonne toute considération qui ferait voire plus loin que son nez.

"Tout de suite, encore, et encore plus, sans limite et après moi le déluge !"

Dans son livre "Le bug humain" (cf mon article L'insoupçonnable et l'insoutenable), Sébastien Bohler évoque les 5 tendances destructrices de ce présent principe auxquelles nous pousse une partie de notre cerveau : le striatum.


Il nous faut donc être vigilant à ne pas vite tomber dans ces travers induits par le cerveau reptilien. Conscience, attention, patience, soif de connaissance et valorisation des actes de bienveillance et de coopération sont des leviers pour ne pas être des marionnettes de nos pulsions destructrices, et instrumentalisées par une société capitaliste.

1 principe sans lequel rien n'est possible

"Donnons-nous du temps POUR la bienveillance et PAR la bienveillance !"

J'en termine par ce principe que dès le début de mes travaux j'ai considéré comme premier, indispensable et incontournable. Un principe qui fait office également de slogan puisque toute cette modélisation en est imprégnée en filigrane. Pas un des éléments de modélisation ne fait pas appel à ce principe.
Parce que nous sommes précieux, notre entourage est précieux, notre planète est précieuse, le vivant est précieux, le temps que nous nous devons de leur accorder est précieux. Il est sacré. En en le sacralisant, on relaxe le temps parce que l'on peut abandonner le temps qu'on accorde à des choses qui n'en valent pas la peine.
Je développe cette idée plus en avant dans l'article Donnons-nous du temps PAR la bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 9. Je m'explique en particulier sur l'emploi de la première personne du pluriel qui fait de ce principe moins une injonction personnelle qu'un élan commun.








Problème de bienveillance et avec la bienveillance



Cet article fait partie du dossier dédié à une Société et des territoires de la Bienveillance que j'ai modélisée depuis 2019.

Voici un bref constat en deux points sur ce qui ne va pas selon moi avec la bienveillance actuellement dans notre société. Avant d'en arriver à ces deux points, il est important que je dise que, par ailleurs, il y a aussi des choses qui vont bien en matière de bienveillance, et notamment en période de crise. Pablo Servigne et Gauthier Chapel dans le livre "L'entraide, l'autre loi de la jungle" expliquent que les êtres vivants sont plus facilement dans la coopération dans les contextes de crise.

Donc, il faut bien considérer un constat préliminaire aux deux autres négatifs que je vais évoquer : la bienveillance dans notre société est très ambivalente, il y a le meilleur comme le pire, sur un spectre très large.

Je me focalise maintenant en quelques mots (que je développerai dans mon livre en cours d'écriture) sur ce qui cloche avec la bienveillance dans le monde d'aujourd'hui

  1. Problème DE bienveillance : un problème qui se voit à l'état inquiétant de notre planète, de ses richesses, les êtres vivants qui y habitent, notamment les êtres humains. Un état largement imputable aux activités humaines et à aux comportements individuels des humains. Il n'y a que les climatosceptiques - heureusement pas si nombreux - pour trouver que c'est un état normal, et surtout une évolution normale. Comme l'illustre l'image du début de cet article, la branche sur laquelle nous sommes assis est en train de céder. Si j'avais un minimum de capacités en dessin, j'aurais fait le même type de dessin avec un personnage qui en même temps tient un flambeau en train de mettre le feu à la branche du dessus, ce qui aurait à la fois l'impact de mettre le feu à l'arbre et de rendre l'équilibre du personnage sur la branche plus instable. Je dis sans ambages ma conviction : nous sommes en train de franchir le cap de l'inquiétant pour basculer vers le catastrophique. Mon autre conviction, et qui explique aussi pourquoi je mets autant d'énergie dans ce travail de modélisation : seule la bienveillance nous permettra de comprendre et d'agir efficacement face aux enjeux actuels et à venir, sans tomber dans la violence. Mais encore faut-il savoir de quoi on parle. Et c'est l'objet de mon 2ème constat.
  2. Problème AVEC la bienveillance (avec le concept de bienveillance) : l'idée de bienveillance est largement inopérante dans la plupart des sphères de vie, et en premier lieu dans le monde du travail qui a été le point de départ de mon travail. Le mot est à la fois fourre-tout, assimilé à complaisance, miroir aux alouettes, une valeur qui n'est qu'affichage. On en arrive même à la débaptiser pour revenir à son essence (c'est ce qu'a fait Patrick Tudoret dans son livre "Petit traité de bénévolence" que je conseille vivement). Ma démarche est plutôt de (re)donner de la substance et ses lettres de noblesse à la bienveillance. Un enseignement important en la matière est une acception trop répandue de la bienveillance comme binaire : bienveillance ou malveillance. Or, et c'est le premier élément de modélisation sur lequel j'ai travaillé, la bienveillance est à considérer selon moi sur une échelle, un continuum avec 3 segments : la bienveillance, l'absence de bienveillance et la malveillance. En effet, la dégradation de l'état de notre planète, du vivant, de la santé humaine, de pauvreté d'une partie de la population mondiale, des relations humaines et inter-communautés est non seulement causée par des actes malveillants incontestables - et tout de même contestés par certains - mais aussi, et c'est tout aussi grave, d'un manque d'attention et d'actes bienveillants, souvent par manque de temps, avec un diktat de l'urgence et du toujours plus, plus vite, plus grand, plus haut et le mot "Excellence" à toutes les sauces. Pour reprendre l'image du début de l'article, nous scions la branche en sifflotant ou alors on reste dessus alors qu'elle craque sous notre poids sans rien faire. Sauf que pour un arbre, on pourra peut-être trouver une autre branche ou un autre arbre, alors que nous n'avons qu'une seule planète, celle qui nous abrite, nous nourrit, nous alimente, nous réchauffe ET nous offre une compagnie essentielle à nous, êtres sociaux.

Genèse de mes travaux de modélisation sur la Bienveillance

 

J'ai démarré en 2018 un travail de modélisation sur la bienveillance, non seulement dans le monde du travail, mais pour toutes les sphères de vie. J'y ai consacré beaucoup d'énergie à partir de 2019.

En quelques mots voici ce qui m'a conduit à entamer ce travail : en qualité de promoteur de la Qualité de Vie au Travail et notamment avec ma casquette de responsable éditorial de laqvt.fr, site internet d'actualité sur la QVT (site en sommeil actuellement), j'ai pu constater en quoi la santé au travail était mise à mal par de la malveillance, et surtout par une absence ou une insuffisance de bienveillance. Y compris pour les actrices et acteurs de la santé au travail par rapport à eux-mêmes(question d'alignement/congruence). 

J'ai constaté aussi que le concept de bienveillance est inopérant dans le monde du travail. J'ai décidé de me pencher sur ce sujet. Il m'est vite apparu évident que ce sujet de la bienveillance au travail ne pouvait être traité que dans un cadre plus large incluant les autres sphères de vie.

Je me suis également appuyé sur deux travaux de modélisation réalisé dans le passé :

  • un premier travail que j'ai réalisé en 2008 autour des différents sujets que j'aborde depuis régulièrement, et surtout depuis 2011 :  le concept de réseau de sphères pour analyser la Qualité de vie ;
  • un deuxième travail de modélisation sur le concept d'Attention Réciproque (que j'avais nommé initialement "Symétrie Des Attentions") et que j'ai rapporté mi 2017 sur laqvt.fr (Dossier Attention Réciproque).

J'ai peu à peu investi l'idée d'une Société et de Territoires de la Bienveillance avec plusieurs aspects de modélisation que je viens partager ici sur ce blog http://lesverbesdubonheur.fr, en m'aidant notamment de 20 mots clés, dont 5 mots clés centraux.

Pour concevoir ces éléments de modélisation, je me suis également appuyé sur la période 2019-2020 sur une expérimentation de certains de ces éléments dans le cadre d'engagements et d'interactions que j'ai eu avec des collectifs ou communautés.

J'ai commencé à évoquer mes travaux de modélisation pour la toute première fois début 2018 dans l'article La Bienveillance, chalet pour la Confiance.




samedi 5 décembre 2020

Une société de la Bienveillance en 20 mots

 J'ai créé il y a quelques jours une page dédiée à ma modélisation d'une Société et des Territoires de la Bienveillance. J'y ai présenté notamment un diaporama commenté restituant quelques éléments clés de mes travaux de modélisation. Restitution autour de 20 mots. 20 mots qui feront l'objet d'un ouvrage sur lequel je suis en train de travailler.

Je fournis maintenant divers formats pour accéder à cette restitution :

  • un diaporama commenté (durée 12mn22) dans lequel je balaye très rapidement chacun des 20 mots. J'ai sous-titré la vidéo à l'attention des personnes malentendantes (il faut activer les sous-titres dans la vidéo Youtube).
  • NOUVEAU un fichier au format pdf reprenant le contenu du diaporama (images + textes).
  • un accès sur l'image interactive ci-dessous où chaque mot clé est aussi rapidement décrit (même contenu que le diaporama précédent, mais avec une vidéo par diapositive), ce qui permet d'aller papillonner à loisir. NOUVEAU En survolant chaque mot clé avec la souris, le texte de la partie est affiché avec une image réduite de la diapositive sur laquelle vous pouvez cliquer pour la voir en taille normale :





jeudi 3 décembre 2020

Un "Salut, ça va" qui parle beaucoup pour introduire une échelle de la bienveillance



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Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 11ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Une fois n'est pas coutume, il est inspiré d'une actualité récente qui m'est propre mais pas seulement : j'ai été invité par Jean-Michel Cornu, spécialiste reconnu de la coopération et de l'intelligence collective, auteur du livre précieux "Le guide de l'animateur, une heure par semaine pour animer une grande communauté" disponible en librairie et aussi en téléchargement gratuit (un modèle économique original alternatif centré sur le bien commun; cf son site internet). Invité à contribuer à une de ses chroniques vidéos qui sera consacrée à la pratique de la bienveillance dans un groupe. Une chronique qui sera publiée sur son site internet prochainement. Je signale qu'il avait déjà donné lui-même quelques clés sur le sujet en mai 2017 dans la vidéo "La bienveillance : la règle la plus efficace dans un groupe".

J'ai centré ma contribution sur une échelle de la bienveillance que j'ai modélisée, et je profite donc de cette occasion pour présenter rapidement cette échelle en introduction de la vidéo à venir et dont je donnerai ici le lien dès sa publication par Jean-Michel Cornu.

L'échelle de la bienveillance a été le premier élément que j'ai modélisé dans le cadre des travaux que je mène depuis début 2019 sur le sujet de la bienveillance. Et c'est bien normal que cette échelle soit en quelque sorte le point de départ puisqu'elle est issue d'un constat auquel je suis arrivé après plusieurs années de promotion, d'observation et de pratique de la Qualité de Vie au Travail.

Un "Salut, ça va" qui parle beaucoup quand on s'y arrête

Dans le cadre du mois de la convivialité que nous avions organisé fin 2011 pour le site laqvt.fr, site d'actualité sur la Qualité de Vie au Travail (QVT) dont je suis le cofondateur et responsable éditorial, j'avais écrit un article un peu humoristique et impertinent intitulé "Salut, ça va ? … !". Un titre avec un "?" et un "!" montrant que le ton pouvait avoir toute son importance.

J'ai décidé de présenter ici mon échelle de la bienveillance en partant du "Salut, ça va" (SCV) qui a un potentiel de bienveillance, de convivialité et de reconnaissance. Je distingue 3 types de "Salut, ça va" exprimés à l'oral quand deux personnes se croisent : 

  • le SCV bienveillant qui s'exprime sur un ton interrogatif : "Salut, ça va ?". Un SCV qui laisse grande ouverte la porte à une réponse, qu'elle soit positive ou négative, ou ambivalente car le monde n'est en rien binaire et notre quotidien est parsemé de bien, de moins bien et de problèmes, de soucis, de frustrations, d'agressions verbales, d'intimidations, ... Un SCV qui sait se donner du temps, surtout si la réponse est négative (tout ou partie). Du temps pour l'écoute, l'empathie, la compassion, un soutien moral voire une aide à proposer. Un SCV qui sera exprimé donc sur un ton interrogatif, mais peut-être de manière guillerette si notre humeur est au beau fixe et qu'on peut s'attendre à ce qu'il en soit de même pour la personne en face. Ou alors, un ton attentionné plus feutré parce que l'on sait que la personne ne va pas bien ou n'allait pas bien la dernière fois qu'on l'a croisée. Un SCV bienveillant avec un spectre large entre une petite attention polie apportée à l'autre jusqu'à une bienveillance très engagée qui peut conduire à offrir du temps, de l'énergie, peut-être de l'argent, à une personne qui en a bien besoin.
  • Le SCV ni malveillant, ni bienveillant que j'appelle le SCV minimum syndical . Un SCV qui s'exprime plus avec un point d'exclamation qu'un point d'interrogation. Peut-on vraiment appeler cela de la convivialité ? Car il sonne faux. D'ailleurs, comme je l'explique dans mon article de décembre 2011 sur laqvt.fr, entre le début du moment où l'on apostrophe autrui d'un "Salut, ça va !" et la fin de la phrase, on a franchi quelques mètres.  Et la personne qui voudrait répondre se trouverait face à un dos. Ce SCV est devenu tellement commun que je pense que nous devons être nombreuses et nombreux à répondre machinalement "Bien et toi ?" alors même que cela ne va pas forcément bien, voire que ça va mal. J'ai eu l'occasion récemment de visionner une vidéo humoristique traitant de ce sujet. Elle met en scène un salarié qui ose répondre "Non" et les impacts qui en découlent.
    Ce SCV est en réalité sans substance et à peine mieux que l'absence de SCV. Nous sommes ici dans une zone d'absence de (vraie) bienveillance. Vous allez peut-être me dire qu'un SCV creux, ça ne mange pas de pain et que c'est neutre. C'est probablement neutre quand tout va bien. Mais en revanche, quand la personne en face ne va pas bien, l'absence de SCV ou un SCV creux peuvent être considérés comme une non assistance, une non bienveillance, une non attention à personne qui ne va pas bien, ou qui pourrait ne pas aller bien. Mais sans vraie attention comment savoir si elle se sent mal ?
    Je m'attarde un peu sur ce type de SCV parce qu'il est très fréquent et qu'il illustre un des maux de notre société et notamment de la vie au travail : l'absence de SCV ou le SCV creux sont causés par le sentiment de manque de temps, un déficit de culture des relations interpersonnelles et le fait que la bienveillance envers l'individu est loin d'être une priorité dans beaucoup de strates de notre société.
  • Le SCV malveillant, plein de sous-entendus, lui avec un point d'exclamation. Un “Salut, ça va !” dans lequel l'intonation a toute son importance, et où règnent les sous-entendus. Prenons le cas d’un (petit) chef voyant arrivé un subordonné (petit) cadre, les mains dans les poches à une heure plus tardive que d’habitude, sous-entend qu’il est un peu trop cool, et que ça va un peu trop bien pour lui, compte tenu de la pression qu’on pensait lui avoir mis dessus. Il s'agit d'une malveillance feutrée qui fera place peut-être dans la phrase qui suit à une engueulade plus directe, qui, pour le coup sera dépourvue de sous-entendus et où la malveillance sera non discutable.


L'échelle de la Bienveillance, avec 3 segments, dont le segment médian qui n'est pas neutre

En généralisant sur la façon d'aborder, d'accueillir autrui, on peut considérer donc 3 grandes tendances :
  • la bienveillance,
  • l'absence de bienveillance, se conjuguant d'une absence de malveillance
  • la malveillance.
Chacune de ces 3 tendances comportant un spectre (des nuances) dans lequel se joue aussi une question d'intentionnalité : la bienveillance, l'absence de bienveillance, la malveillance, sont-elles intentionnelles ou non intentionnelles ?

J'en viens à l'échelle de bienveillance qui peut être un outil d'analyse des comportements dans notre société, à considéré dans différents territoires, de manière globale ou de manière très concrète sur tel ou tel événement :

Malveillance et surtout absence de bienveillance sont selon moi des caractéristiques de la société de consommation, d'une société libérale, individualiste avec une économie extractive qui fait du mal ou prend insuffisamment soin de la planète, des êtres vivants, des individus, de leurs aspirations, de leur singularité. Avec comme paradoxe pour une société individualiste qui, collectivement, ne considère pas la singularité et raisonne quantitativement avec des chiffres et des grands nombres. En revanche, j'appelle de mes vœux une société de la Bienveillance construite donc résolument sur la bienveillance. La bienveillance dans l'ADN, en filigrane, à toutes les strates, dans tous les territoires, dans tous les esprits, dans toutes les prises de décision, ... J'essaye à la fois d'y contribuer modestement dans mon quotidien et à la fois avec mes apports de modélisation que je partage en tant que bien commun (licence Creative Commons). Elle est basée sur une coopération gagnant-gagnant, une économie circulaire et symbiotique, avec un concept clé : l'écosystème, comprenant des humains, des autres qu'humains, des ressources de la planète. Avec un triple objectif ; prendre soin de soi, d'autrui dans l'écosystème et de l'écosystème dans sa globalité. J'y vois un enjeu moral central : quelle planète et quelle société allons-nous laisser aux nouvelles et futures générations ?

Une phrase pour résumer chaque segment de cette échelle de la bienveillance :
  • pour la bienveillance : "Tu m'es précieux !"
  • pour l'absence de bienveillance : "Désolé, on n'a pas le temps"
  • pour la malveillance : "La fin justifie les moyens". En un mot, ce serait "Cynisme"
Cheminer vers une Société de la Bienveillance consiste à la fois à éliminer les pensées et actes malveillants, et à la fois à produire plus de pensées et d'actes bienveillants, à casser deux cercles vicieux au profit d'un cercle vertueux, ici schématisés pour le territoire professionnel :




Et vous dans votre travail, vous avez l'impression de vous trouver dans quel cercle ? C'est peut-être compliqué de choisir ? C'est normal, car si la bienveillance n'est pas binaire, si elle s'envisage plutôt avec une échelle avec 3 segments, et avec des nuances, on s'aperçoit aussi vite qu'il peut y avoir des sujets sur lesquels on se trouve dans un segment et puis d'autres sujets sur d'autres segments. Et puis on peut aussi être pour un sujet donné à la fois sur plusieurs segments, certains événements pouvant être classés dans un segment, d'autres ailleurs. Par exemple pour le "Salut, ça va", j'ai passé un bon moment en étant bienveillant avec une personne qui en avait besoin. Ensuite, j'avais du travail qui m'attendait et j'ai filé vite fait vers mon bureau en faisant exprès de ne pas dire bonjour pour éviter d'être arrêté dans mon élan de rejoindre mon bureau. En notant à travers cet exemple qu'on peut être facilement faillible en matière de bienveillance et que l'on peut aisément nous reprocher, en généralisant notre absence de bienveillance qui aura été jugé sur un événement ponctuel. La bienveillance est assurément sacrément exigeante.

Pour abandonner le territoire médian de l'absence de bienveillance, temps, proximité et gratitude sont probablement les leviers :
  • du temps parce que le manque de temps est la cause principale de l'absence de bienveillance
  • plus de proximité avec la planète, les personnes, les autres qu'humains nous les rendra plus précieux et naturellement nous trouverons le temps et l'attention juste, pour eux
  • plus nous serons dans l'appréciation et la gratitude, plus il nous sera évident et juste de prendre soin de nos écosystèmes. Et moins nous nous éparpillerons vers des sujets d'attention de consommation et de manifestation de l'égo (notamment sur les réseaux sociaux) qui sont en réalité tellement futiles et consommateurs de temps (pas étonnant qu'on dise en manquer, même à la retraite).
Je détaillerai cette échelle de la bienveillance et la façon de l'utiliser dans le livre sur lequel je travaille, mais avant d'en terminer avec cette rubrique, il me semble important d'aborder un point capital qui suscite souvent beaucoup de malentendus, de tensions, de lectures de pensées : il s'agit de notre capacité au discernement entre ce qui relève de la malveillance et ce qui peut être mis au compte de l'absence de bienveillance.

Du discernement, vous dis-je, parce que sinon on mélange tout et ça crée des tensions !

Et je reprends mon illustration du "Salut ça va". Imaginons que je croise mon chef dans le couloir le matin et qu'il ne me dise pas bonjour. Si je commence à me faire un discours intérieur autour d'un scénario selon lequel mon chef aurait fait exprès de ne pas me saluer (peut-être aurait-il quelque chose à me reprocher ?), j'y verrai un acte de malveillance. 
Par contre, si j'observe qu'il a l'air débordé depuis un certain temps et que cela fait plusieurs fois qu'il ne me salue ni moi ni mes collègues, j'y verrai plus facilement une absence de bienveillance due à sa surcharge de travail. Absence de bienveillance qui pourra pour autant me peser, d'autant plus si je rencontre des problèmes et que j'aurais besoin de sa bienveillance.
Convenez que le discernement n'est pas facile, surtout quand la lecture de pensées se met en marche ou quand l'estime de soi n'est pas au beau fixe, ou si on est plutôt pessimiste, ou si on a une (petite) tendance à la paranoïa.

Ce discernement est capital car il permet de limiter les tensions. En soi, il est porteur de bienveillance pour ne pas créer d'amertume, de ressentiments infondés ou mal fondés. Il peut l'être aussi, si, plutôt que de monter en tours, je me mets dans une posture de compassion envers mon chef et que j'essaye de prendre de ses nouvelles et lui proposer de le décharger si possible (pour autant que ce type de bienveillance soit bien reçu par mon chef, ce qui est loin d'être culturel).

La chronique vidéo évoquée en début d'article a été publiée par Jean-Michel Cornu le lundi 14 décembre 2020 Développer la bienveillance dans votre groupe avec Olivier Hoeffel.