lundi 1 mai 2017

Pour donner plus de chances aux bonnes résolutions : mémorisation prospective, théorie du hamburger et règle des 20 secondes

Mettre en branle des bonnes pratiques et les maintenir pour cultiver son bonheur ou plus généralement pour inscrire des bonnes résolutions dans son quotidien n'est pas chose aisée et j'imagine que tout le monde se heurte plus ou moins à la réalisation des "bonnes" résolutions.

Je vous présente trois outils évoqués dans des livres de spécialistes de la psychologie positive.

Commençons par Rébecca Shankland, psychologue française, auteure du passionnant Les pouvoirs de la Gratitude qui, à la fin de son ouvrage, consacre quelques pages à des méthodes pour "s'en tenir à son plan" dont une dédiée à l'utilisation de la mémoire prospective ou mémorisation prospective.

La mémorisation prospective

Le mémoire prospective est "la capacité que nous avons à prévoir à l'avance une action à effectuer dans le but de ne pas oublier de nous rappeler de le faire au moment choisi".

Rébecca Shankland propose 2 prérequis pour assurer une bonne pratique ou la réalisation d'une bonne résolution :


  • être suffisamment motivé; ce qui renvoie aux bénéfices attendus pour soi-même et éventuellement aussi pour d'autres; j'ajoute qu'il est important que la motivation comporte bien une dimension personnelle car si la motivation n'est que tournée vers autrui, il y a un risque d'une mise en tension par autrui ou par soi-même ("après tout, pourquoi ferais-je cela pour lui faire plaisir, alors que ça ne me rapporte rien, et en plus ça me coûte beaucoup ?")
  • adhérer suffisamment à la méthode utilisée pour aller dans le sens recherché; par exemple, si je suis fumeur et que je veux arrêter de fumer, certaines méthodes me parleront plus que d'autres.
    Sur le sujet de la gratitude objet du livre de RS, on peut se sentir plus ou moins à l'aise avec chacune des pratiques proposées (journal de gratitude, lettre de gratitude, visite de gratitude, ...). Bien entendu, autant choisir la méthode qui nous semble la plus accessible et la plus plaisante
En quoi consiste la méthode de mémorisation prospective proposée par RS ? C'est une méthode en 4 questionnements successifs dont je reprend les grandes lignes en ajoutant mon grain de sel :

1/ L'INTENTION : Quelle est la pratique que je veux mettre en place ?
Il s'agit à la fois de formaliser l'intention et d'identifier la pratique qui me semblera la plus à ma portée et / ou la plus agréable. Mettre en place une bonne pratique nous fait souvent sortir de nos habitudes voire "sortir de notre zone de confort" (formulation très à la mode). Alors, tant qu'à faire, autant choisir la pratique qui apportera le plus de plaisir.

2/ LE MOMENT : Quand ou à quelle occasion je veux réaliser la pratique ?
Il y a deux cas de figures à prendre en compte :
  • le premier est relatif aux bonnes pratiques que je veux réaliser périodiquement; par exemple : aller à la piscine tous les samedis matin, faire des exercices de musculation du dos tous les matin au lever, écrire dans mon journal de gratitude tous les dimanches soir, ...
  • le deuxième est relatif à des pratiquse à réaliser lors de situations déterminées; par exemple : ne pas m'énerver quand ma fille n'a pas pris sa douche à 7h30 le matin, dire merci à mon collègue chaque fois qu'il me rend un service, ne pas changer de files d'attente toutes les 2 minutes quand je suis devant les caisses au supermarché, ... 
Pour le premier cas, plus on est précis, plus on se donne de chance de réaliser la pratique. Par exemple, il est plus efficace que je décide d'aller à la piscine tous les samedi matin à 10h00 que de me dire que j'irai à la piscine tous les weekends, sans plus de précision.
Pour me donner plus de chance, la mémorisation prospective m'invite à m'imaginer en train de réaliser la pratique au moment choisi ou à l'occasion de la situation déterminée.

3/ LE RAPPEL : Comment me rappeler plus facilement que je vais réaliser la pratique ?
Rébecca Shankland fait référence à deux types d'indice qui peuvent aider à se rappeler d'activer la pratique :
  • les indices spatiaux : c'est quelque chose dans mon environnement qui va me rappeler d'entrer en action; par exemple, pour la piscine le samedi matin, la veille au soir, je peux mettre mon maillot de bain en évidence pour le lendemain matin; si je décide de m'hydrater régulièrement toute la journée, je peux poser une bouteille d'eau sur mon bureau.
  • les indices événementiels : il s'agit de me définir des stratégies prédéfinies en fonction des caractéristiques de la situation; par exemple, si j'ai décidé de ne plus m'énerver face aux multiples sollicitations non désirées au téléphone, je peux me définir des réactions/phrases que je délivrerai sans y mettre de l'affect, en restant poli et en décourageant les interlocuteurs non désirés de se remanifester (je peux coupler avec un indice spatial, par exemple un émoticon joyeux collé sur la base de mon téléphone).

4/ LES BENEFICES : Quels sont les bénéfices attendus ?
Comme je l'ai évoqué dans les prérequis, il faut que j'y trouve des bénéfices pour moi et pas seulement pour autrui. 
Si je me trouve dans le cas particulier de vouloir substituer une mauvaise habitude par une bonne habitude (par exemple en matière d'hygiène de vie), il s'agit de considérer ce que je vais y gagner sans forcément me mentir à moi-même (le mensonge serait "j'ai tout à gagner et rien à perdre"). Je vais y gagner sur un plan et peut-être y perdre sur un autre plan.
En réalité, et en restant sur le plan rationnel, je m'aperçois que je m'accroche à une mauvaise habitude non pas parce qu'elle me fait particulièrement plaisir, mais tout simplement parce que l'habitude est bien ancrée et qu'en sortir me semble au-delà de ma portée, même si je veux bien convenir qu'un autre comportement serait plus profitable et potentiellement gagnant-gagnant.
Plus je serai en mesure de prendre conscience des bénéfices, de les imaginer, de les visualiser plus je me sentirai motivé à changer.
Et dès que je vais commencer à réaliser la bonne pratique ou la bonne résolution, il sera très important que je prenne conscience au fur et à mesure des bénéfices concrétisés pour renforcer ma motivation.

Les bénéfices vus à travers la théorie du hamburger

Sur le sujet des bénéfices, une façon de mettre en évidence les bénéfices est de s'inspirer d'une théorie proposée par un autre spécialiste de la psychologie positive : Tal Ben Shahar. Dans son livre L'apprentissage du bonheur, il s'intéresse aux bonnes pratiques en faisant notamment référence à Aristote : "Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée".
Et pour bien comprendre les enjeux des habitudes et des bénéfices qu'on peut attendre à mettre en place des bonnes pratiques, il évoque la "Théorie du hamburger".

Avec la théorie du hamburger, TBS met en évidence deux types de bénéfices : les bénéfices à court terme (le plaisir immédiat) et les bénéfices à moyen et long terme (en particulier, ce qui fait du bien à notre santé, à la santé d'autrui et à la préservation de la planète). Il promeut à travers cette théorie les pratiques et les stratégies de vie, créatrices de bonheur, conjuguant le plaisir immédiat ET la préservation du futur.

Quatre cas de figure ressortent de son modèle :
  • le comportement "bienheureux" : une personne qui allie plaisir du moment et préservation du futur (bénéfice présent et futur); imaginez un burger qui soit bon au goût et bon pour votre santé
  • le comportement "viveur" ou "hédoniste" : une personne qui se désintéresse des impacts négatifs sur le futur et se focalise sur son plaisir immédiat (en constatant que la société de consommation a tendance à privilégier ce type de comportement); imaginez un burger qui soit bon au goût mais qui à force d'en manger met en danger votre santé
  • le comportement "défaitiste" ou "nihiliste" : une personne qui ne cherche ni le plaisir, ni à préserver son avenir; imaginez un burger écœurant et mauvais pour la santé
  • et le comportement "fonceur" ou "arriviste" : une personne focalisée sur le bénéfice à venir et incapable de prendre du plaisir dans l'immédiat, imaginez un burger sain mais qui serait fade


La règle des 20 secondes

Pour revenir aux outils qui donnent plus de chances aux bonnes résolutions, je fais appel à Shawn Achor qui a été élève de Tal Ben Shahar. Shawn Achor évoque dans son livre Comment devenir un optimiste contagieux une règle qu'il a intitulée "La règle des 20 secondes".

En quoi consiste-t-elle ? Avant de la décrire, je reprends en quelques mots l'anecdote personnelle qu'il cite dans son livre : à une période de sa vie, il a pris le décision de se remettre à un instrument de musique qu'il avait délaissé depuis quelques années : la guitare. En parallèle, il avait pris conscience qu'il donnait un trop grande place à sa télévision. Se reposant sur une sagesse populaire selon laquelle il faut 21 jours pour inscrire une habitude dans son quotidien, c'est donc le temps qu'il se donne un bon matin pour une bonne résolution : se remettre à la guitare. Seulement, 21 jours plus tard, il fait le constat affligé que sa bonne résolution a duré exactement 4 jours. En tant que professionnel de la profession, il s'est trouvé vexé, chamboulé, déprimé d'être mis KO au bout de 4 rounds. Il décide alors de s'intéresser à ce qui avait pu casser son bel élan.
Est né de ce travail d'analyse la règle des 20 secondes qui met en évidence que nous avons besoin d'une énergie d'activation de l'action. C'est un peu comme pour le vélo : en terrain plat, le plus dur, ce sont les premiers coups de pédale.


L'idée principale de cette règle est de faire tout ce qui nous paraîtra le plus astucieux pour nous faciliter la réalisation de l'action. Si on n'est pas capable de passer à l'action en moins de 20 secondes, il est probable qu'on ne le fera pas. Par exemple, pour sa pratique de la guitare, SA s'est aperçu qu'il avait bloqué simplement parce que sa guitare se trouvait dans sa chambre alors que son lieu de vie était son salon. Il a donc installé un support de guitare dans son salon, mettant ainsi sa guitare à portée de main. Il a ainsi construit une forme de chemin de moindre résistance à sa guitare.
Inversement, sa télévision étant trop facilement activable, il a placé la télécommande de la télévision à l'endroit le plus éloigné de son salon.
En éliminant au maximum les obstacles à la pratique de la guitare et en ajoutant des obstacles à sa mauvaise habitude de regarder la télévision pendant des heures, il a réussi ainsi à se remettre à la guitare et à changer sa vie quotidienne en se désintoxiquant de la télévision qui lui prenait 3 heures par jour.

En conclusion, je veux citer ce même Shawn Achor qui résume de manière très pertinente en très peu de mots, l'enjeu des bonnes résolutions et du chemin qui mène de l'intention à l'action : "Le sens commun n'est pas l'action commune". On peut être nombreux à penser et à affirmer que tel ou tel comportement est bon et vertueux, MAIS ce n'est pas pour autant facile de le pratiquer dans la réalité.

Les outils et conseils proposés précédemment visent à nous faciliter l'activation et le maintien d'une bonne pratique dans le temps. L'enjeu étant bien d'atteindre le moment où la bonne pratique devient une habitude et peut alors se maintenir sans effort.

dimanche 30 avril 2017

La paix naît de la bienveillance, de la confiance et de la gratitude

La paix naît de la bienveillance, de la confiance et de la gratitude.

Pouvoir connaître des situations et des moments où la bienveillance est partagée, où la confiance mutuelle est présente et où on peut et sait dire merci à la vie, à celles et ceux qui y contribuent de près et de loin. Pouvoir connaître tout cela amène à la paix intérieure, la paix dans les relations interpersonnelles et la paix dans l'écosystème dans lequel on se trouve.
La paix est le plus grand des conforts et des cadeaux que l'on peut construire ensemble. Un cadeau qui se construit.

dimanche 9 avril 2017

Des verbes du bonheur autour du Repair café

Le dispositif de Repair Café, vous connaissez ? Une idée née aux Pays-Bas en 2009. C'est Martine Postma qui en est à l'origine.

Aujourd'hui, il y a 1 252 Repair Cafés dans le monde avec plus de 400 aux Pays-Bas.

Je vous rassure le Repair Café n'est pas un repaire mal famé où l'on prend des risques à mettre les pieds.

Au contraire, on peut espérer entrer avec un objet qui ne fonctionne plus et qu'on s'apprêtait à jeter et en ressortir :


  1. avec l'objet qui sera peut-être devenu fonctionnel, et pas par l'opération du saint-esprit (quoi que, certains entrent pour montrer leur objet qui ne fonctionne pas et quand ils veulent montrer en quoi il ne fonctionne pas, il revient à la vie; c'est l'inverse de l'effet démo bien connu des informaticien-ne-s qui, quand elles-ils veulent faire une présentation de leur logiciel devant un public, le logiciel plante)
  2. avec peut-être de la confiance en plus et des savoirs en plus pour être en capacité la fois prochaine de pouvoir soi-même le réparer. Parce que le principe du Repair café, c'est d'essayer de réparer avec des experts bénévoles; il s'agit que la personne qui amène son objet soit tant que faire se peut partie prenante de la réparation. Maintenant, bien entendu, les gestes techniques qui nécessitent de l'expérience ne sont pas forcément à la porté de main du propriétaire de l'objet
  3. avec le plaisir de faire partie du camp "pot de terre" qui veut offrir une alternative à la société de consommation, "pot de fer", où l'on jette sans même réfléchir; pire que cela, puisque bon nombre de fabricants organisent l'obsolescence programmée
  4. avec le plaisir et la fierté d'avoir pu peut-être contribuer à la réparation
  5. avec de la gratitude sur plusieurs aspects : la personne qui  a accompagné à la réparation, les bénévoles qui étaient à l'accueil, les personnes qui ont lancé et qui animent le Repair café, l'initiatrice de ce mouvement, ...
Un Repair café a été monté récemment au sein de le Cabane à projets (Créon, 33) le centre social et culturel du Créonnais.

Je me suis rendu au Repair café, 2ème séance de sa toute jeune existence, pour amener une multiprise parafoudre de marque APC. Vous allez peut-être me dire qu'il n'est pas forcément utile de faire de la publicité pour une marque sur ce blog. En réalité, il s'agit plutôt d'une contre publicité et vous allez vite comprendre pourquoi.

Mais commençons par le commencement, j'arrive dans la salle des 1000 clubs à Créon hier, samedi 8 avril 2017. Je vois de loin des personnes s'affairer juste à l'extérieur. Un rotofil qui donnait visiblement du fil à retordre.
A l'entrée, un accueil avec 3 bénévoles pour enregistrer les demandes et faire signer le papier, à l'instar de l'entrée des cliniques et hôpitaux pour une intervention : une décharge pour éviter les malentendus avec les mauvais coucheurs ou mauvaises coucheuses qui viendraient au Repair Café en consommateur d'un service et qui pourraient porter plainte parce que leur objet ne leur serait pas rendu en fonctionnement ou s'il sortait de l'opération dans un état encore pire qu'à son entrée dans les lieux.

Des bénévoles à l'accueil qui se sont mobilisés, non pas parce qu'ils sont doués en bricolage, mais parce qu'ils apprécient le projet et qu'ils ont envie de donner du temps pour remplir un rôle administratif. Dans un Repair café comme dans beaucoup de dispositifs, on  a besoin de compétences diverses et pas seulement de compétences techniques liées au cœur du projet.
Et c'est bien la conjugaison de tous ces rôles qui font la réussite du projet et non l'efficacité de tel ou tel. Chacune et chacun apporte sa pierre à l'édifice.

Dans "Repair Café" il y a "Café". Un coin était donc réservé pour prendre un café ou un thé avec un petit gâteau, et même quelques magazines pour celles et ceux qui trouveraient le temps long à attendre leur tour. Une autre solution pouvant être de faire la curieuse ou le curieux pour faire le tour des opérations à cœur ouvert en cours.

Au bout d'une dizaine de minutes, arrive mon tour. Je suis pris en charge avec ma multiprise, le câble pendant lamentablement à mon bras, à l'image de l'état de fonctionnement du boîtier.

Alors, c'est comme chez le médecin "Qu'est-ce qui vous arrive ?" Oui, parce que, qui irait au Repair Café pour présenter un objet en bon état ?

Et je raconte alors le son et lumière vécu quelques semaines plus tôt : des étincelles et des bruits de feu d'artifice qui sortent de la multiprise alors que j'étais en train d'actionner le bouton 0/1.

J'aurais pu mettre l'objet à la déchetterie, voire pire : la mettre dans ma poubelle. Que nenni ! J'ai tout de suite eu l'idée de l'amener à la prochaine séance du Repair Café et je n'ai même pas pris le temps de regarder si je pouvais éventuellement essayer de regarder l'intérieur de plus près.

Et c'est là que va démarrer la partie contre publicité de cet article. Quand nous jetons un coup d'oeil avec mon binôme de réparation sur l'objet malade, nous nous apercevons que le boitier est fermé avec 6 vis, dont 3 vicieuses fabriquées dans le même moule tordu.

Je ne vous ferai pas un dessin. En revanche, je peux vous montrer une photo, et aussitôt dit, aussitôt fait, voici une photo du vice incarné en vis :



Tous les experts de l'équipe technique ont beau faire le tour de leurs boites à embouts : pas le moindre bout d'embout à l'horizon qui correspond à la vis. En passant, je signale la solidarité de l'équipe technique auquel a fait appel mon binôme pour essayer de relever le défi d'ouverture du boitier.

Mon binôme s'empare à défaut d'un tournevis plat bien classique et commence à triturer une des 3 vis. Je ne vous cache pas que j'étais tout dans mes pensées qui me voyaient prendre le chemin du retour bredouille quand je le vois passer à une 2ème vis sans aucun signe particulier sur son visage.
Je l'interroge : "vous y êtes arrivé". Non seulement, il y est arrivé mais les 2 autres vis vicieuses ont droit au même sort, toujours avec la même placidité du déplombeur de vis APC. Je dois dire que si j'y étais moi-même arrivé, il est clair que je ne serai certainement pas resté dans la même placidité.

A votre avis : la vicieuseté d'APC s'arrête-t-elle à 3 vis ? Vous devinez que non. Car une fois les entrailles à l'air libre et 2 autres vis - pas vicieuses cette fois - enlevées pour retirer la carte électronique contenue, en fait, il s'est avéré impossible de l'enlever réellement car probablement des soudures devaient la maintenir au boitier, au-delà des 2 vis.

2ème pensée négative de ma part pour un retour bredouille, d'autant plus qu'un des experts qui passe par là fait l'hypothèse qu'un composant serait mort.

Seulement voilà, mon binôme est non seulement placide mais aussi tenace. Il m'entraîne à l'extérieur où successivement il projette de l'huile spéciale pour composants électroniques sur la carte électronique puis à l'aide d'un compresseur envoie de l'air sous pression à l'intérieur du boitier.

"Ca se tente" me dis-je, pas complètement convaincu.

Je vous passe la suite, pour arriver au résultat : la tentative était la bonne et la multiprise est à nouveau fonctionnelle, avec 3 vis vicieuses en moins que je remplacerai d'ici peu par 3 vis normales. Ce qui constituera, soit dit en passant, ma plus grande part à cette réparation dans laquelle finalement j'ai laissé faire le maître.

Quels sont les verbes du bonheur que j'évoque dans le titre de cet article à propos de ma première expérience au Repair Café de La cabane à projets ?

Apprendre : J'ai appris plusieurs choses et j'ai retenu une leçon : la prochaine fois, si cela devait se reproduire, je pense pouvoir être capable de faire la même opération, d'autant plus que je n'aurai plus les vis vicieuses sur mon chemin. Je me suis aussi fait la réflexion que dès lors que je fais une opération à cœur ouvert, j'ai intérêt à prendre des photos au fur et à mesure du démontage. Ca peut servir au remontage.

Partager : j'ai fortement senti le partage à plusieurs niveaux : celui des compétences, celui d'un projet commun entre les personnes engagées bénévolement dans le projet; mais aussi avec les bénéficiaires du dispositif qui partagent une vision alternative à la société de consommation

Interagir : contrairement à une autre possibilité qui serait de déposer son objet chez un réparateur qui ferait lui-même la réparation ou serait un point de dépôt pour une réparation dans un autre lieu, l'interaction n'a rien à voir avec la basique relation client-fournisseur. Nous avons interagi avec mon binôme, nous avons progressé en interaction dans le processus de diagnostic et de réparation, même si c'est essentiellement lui qui a mis la main à la pâte.


Inventer et réinventer : Le Repair Café est un dispositif qui réinvente ce que les générations précédentes faisaient naturellement : réparer les objets cassés tant qu'il était possible de le faire et jouer la solidarité et la gratuité.
Le Repair Café est donc à la fois une réinvention et une invention. Une invention parce que le dispositif est original et qu'il profite à plein de l'internet pour se propager dans le monde entier.


Ressentir : Pour peu qu'on utilise ses capacités à ressentir des émotions, elles sont bien présentes : l'espoir de réparer un objet (d'autant plus s'il peut y avoir un rapport sentimental avec cet objet - ce qui n'était pas le cas pour mon objet), l'intérêt porté à la façon dont les experts diagnostiquent et réparent, la joie des uns et des autres (voire l'émerveillement) quand un objet est réparé, la fierté de la réparation et de participer à ce modèle alternatif, l'inspiration qui nous est donnée pour faire face aux prochaines pannes d'objets, 

Apprécier : Il s'agit ici à la fois du lien qu'il y a avec le fait de ressentir des émotions parce qu'on est dans la conscience de tout ce qui se passe dans ce cadre. Apprécier, c'est aussi dans le sens "donner de la valeur". Implicitement, venir au Repair Café, c'est donner de la valeur à l'objet qu'on amène. Sinon, il aurait été jeté. C'est donner de la valeur à ce que chacun apporte au projet Repair Café et pas seulement aux experts bénévoles (il y a  les bénévoles jouant un rôle administratif, les salariés de La cabane à projet qui soutiennent ce projet - avec un coucou à Fred en passant -, ...).

Gratifier et reconnaître : L'appréciation est un préalable à la gratitude (je renvoie à mon article récent "Merci !" naît de l'attention, avec un feu d'artifice d'émotions positives). L'appréciation conduit à une émotion : la gratitude. Le ressenti de la gratitude fait du bien, mais elle mérite d'être complétée par l'expression de la gratitude. Puisque le Repair Café est gratuit, c'est bien la moindre des choses  - et pas seulement en terme de politesse comme on nous l'a appris enfant) de remercier, que la réparation ait pu être réalisée ou pas. Et si elle ne l'a pas été, évitons cette expression tout faite qui a tendance à sortir à l'insu de notre plein gré : "Merci ... quand même".

Et donc à travers cet article, j'exprime ma gratitude à l'initiatrice des Repair Café, à celles et ceux qui ont monté et soutenu le Repair Café à La cabane à projets, celles et ceux qui y participent en tant que bénévoles, aux salariés de la Cabanes à projets qui soutiennent le projet, aux personnes qui m'ont accueilli, à Jean Loup qui m'a expliqué avec enthousiasme ce qui s'était joué avant ma venue, aux experts bénévoles qui ont contribué de près ou de loin à la réparation de ma multiprise et évidemment à mon binôme qui en toute placidité et humilité a mené son action avec efficacité et convivialité.

Longue vie aux Repair Cafés, et en particulier à celui de la Cabane à projets !








Le sens de l'essentiel pour les échéances électorales qui se rapprochent

Le 23 février dernier, je publiais sur ce blog l'article Et si tout ce dont j'ai réellement besoin était déjà là ? dans lequel je faisais référence aux 14 besoins fondamentaux du modèle proposé par Virginia Henderson en 1947. Elle était infirmière, enseignante et chercheuse américaine.

Je les redonne ci-dessous :
L'élection présidentielle est dans deux  semaines, puis viendront les élections législatives.

J'ai décidé de partager avec vous ma réflexion par rapport à ce que nous pourrions attendre des programmes et des candidats.

D'abord en une phrase "Centrer nos réflexions et nos actions par rapport aux besoins fondamentaux des êtres humains".

Je dis bien des êtres humains et pas seulement des françaises et des français. Car le bonheur des uns ne devrait pas se construire dans l'ignorance ou sur le dos des personnes qui n'ont pas le même modèle de Carte Nationale  d'Identité ou de passeport.

Quels sont ces besoins fondamentaux ?

Je vais m'arrêter sur les deux premiers du modèle de Virginia Henderson qui en réalité fait référence à trois besoins : respirer, boire et manger. Je pourrais aussi en prendre d'autres dans la liste, mais ces trois premiers suffiront dans un premier temps pour évoquer l'idée de fond.

Respirer

Respirer nous semble tellement évident, facile, implicite, dû qu'on oublie facilement des évidences et quelques constats :

  • il ne peut pas survivre à plus de 3 minutes sans respirer (variable selon ses capacités pulmonaires)
  • la pollution dans le villes accroît les allergies et les crises d'asthme
  • dans certaines vallées alpines, le taux de pollution est inquiétant et récurrent; je vous engage à utiliser votre moteur de recherche préféré sur internet pour voir l'abondante matière sur le sujet
  • pour sortir de l'hexagone, nous avons probablement tous vu des images montrant la pollution dans les grandes métropoles chinoises et la population qui doit circuler avec des masques sur le visage.
La priorité N° 1 devrait être d'assurer à toutes et à tous de pouvoir respirer dans de bonnes conditions et de ne pas prendre de risque pour sa santé dans ce geste basique : la respiration

Boire

Avez-vous conscience que personne ne peut survivre sans boire au-delà de 3 jours (là aussi ,c'est une moyenne qui dépend de l'individu et de l'environnement où l'on se trouve) ?

L'eau comme l'air sont des biens communs dont nous sommes collectivement dépositaires vis-à-vis des générations futures.

Une autre priorité N°1 devrait être de faire de l'eau un bien commun, gestion à partager avec toutes les autres personnes de la planètes, avec tous les Etats de la planète. L'eau ne devrait pas être une marchandise et ne devrait pas donner lieu à profits.

Se nourrir

Pour la nourriture, on a un peu plus de marge : environ 30 jours en moyenne.
Les 3 chiffres que j'ai évoqué reprennent ce que certains appellent "la règle des 3" : la vie s'arrête au bout de 3 minutes sans respirer ou 3 jours sans boire ou 30 jours sans manger.

A l'instar de l'air et de l'eau, il faut considérer ce besoin, comme celui de la survie.
Mais pas seulement : l'air, l'eau et les aliments que nous consommons ne doivent pas créer  à court, moyen ou long terme des dégâts pour notre santé. Et l'enjeu essentiel est donc sur deux dimensions : survie et préservation de la santé.

Une autre priorité N°1 est donc que chacune et chacun puisse manger pour survivre et préserver sa santé.

Quelques mots sur le "comment"

Dans la plupart des pays démocratiques, nous procédons à travers notre vote à une délégation de pouvoirs. C'est la cas en France : nous élisons un-e Président-e, des député-e-s, (indirectement des sénatrices et sénateurs), des conseillères et conseillers régionaux, des conseillères et conseillers départementaux, des conseillères et conseillers municipaux.

Dans le monde du travail, où la démocratie est assez balbutiante, nous élisons des délégué-e-s du personnel, des membres du CE. Dans les coopératives, on élit des administratrices et administrateurs.

A tous les niveaux, par notre vote, et d'une certaine manière, nous donnons notre pouvoir à une personne ou un groupe de personnes qui pendant une période donnée vont prendre des décisions et mener des actions. Et ce, bien souvent, sans concertation.

En simplifiant, par notre vote, non seulement nous donnons notre pouvoir, mais en quelque sorte nous abandonnons notre pouvoir. Nous le récupérons le temps de nous trouver dans un bureau de vote pour l'élection suivante et quelques heures après nous l'avons abandonné une nouvelle fois.

De mon point de vue, ce système, qui se reproduit depuis des années, a deux gros inconvénients :
  • donner un pouvoir à des personnes qui deviennent des professionnels de ce pouvoir et qui pour certains les déconnectent des réalités et leur font prendre la grosse tête; pouvoir qu'ils ne peuvent plus quitter dans une logique de "la fin justifie les moyens"
  • mettre l'électeur et citoyen dans un rôle de consommateur : je veux dire par là que la responsabilité est transférée au politique et il est attendu de lui qu'il fasse tout; et quand ça n'est pas à la hauteur des attentes et des promesses (souvent légères), il se plaint et se dit, au mieux qu'il va voter la prochaine fois pour quelqu'un d'autres, au pire se dire que les politiques sont tous pourris et basculer dans l'indifférence, le cynisme, le fatalisme ou l'amertume.
Je trouve qu'il est  temps de passer à une démocratie carrément participative qui mette chacune et chacun dans la co-responsabilité, et par exemple déjà sur l'essentiel : sur la gestion de l'air, de l'eau et de notre nourriture.

Vous allez peut-être me dire : "Quel lien avec le bonheur, puisque c'est le sujet de votre blog ?".

Pour moi, il est clair : le bonheur se nourrit de petits riens ... à partir du moment où nous pouvons nous donner collectivement et individuellement l'essentiel. 
Plusieurs études ont confirmé l'adage "l'argent ne fait pas le bonheur" ... avec la précision suivante : au-delà d'un seuil plancher, celui qui nous fait avoir l'essentiel pour vivre en bonne santé (respirer, boire, manger) et aussi avoir un toit sur la tête.

Et pour rebondir sur le titre de mon article du 23 février : et si l'enjeu essentiel des prochaines élections était que la démocratie à laquelle on aspire devrait nous permettre de co-gérer ce dont nous avons réellement besoin, en tant que communs, et de cultiver l'appréciation et la gratitude par rapport à cette sobriété que Pierre Rahbi appelle la "sobriété heureuse".

Sur le sujet politique et bonheur, je rappelle que la Fabrique Spinoza a interpellé les candidations à l'élection présidentielle à travers 14 propositions.

dimanche 2 avril 2017

La gratitude vue comme une rencontre et une succession d'attentions

Dimanche dernier 27 mars 2017, je vous proposais l'article "Merci !" naît de l'attention, avec un feu d'artifice d'émotions positives centré sur un schéma pour le processus de gratitude; avec la prise de conscience que c'est un chemin avec des obstacles, mais aussi avec de belles émotions à vivre, avec un effet gagnant-gagnant et un cercle vertueux indéniables.

Je continue ce dimanche 2 avril 2017 sur le sujet de la gratitude et toujours autour du processus de gratitude en mettant en évidence en quoi ce processus met en jeu la rencontre d'attentions entre le donneur et le bénéficiaire d'un acte altruiste, que ce soit un cadeau ou une aide apportée.

Voici un nouveau schéma, décliné du précédent :


Sont indiqués en couleur verte toutes les attentions qui sont mises en jeu, que ce soit du côté du donneur que du côté du bénéficiaire.

Dans le schéma de la semaine dernière, je mettais en évidence que du côté du bénéficiaire, la gratitude naît de l'attention.
Du côté du donneur, c'est aussi l'attention qui est à l'origine de son acte altruiste. Sans attention portée au futur bénéficiaire, il n'y a pas d'acte altruiste.

En passant, je signale le processus au niveau du donneur attention --> intention altruiste --> action altruiste.

En matière de reconnaissance, il est très important de prendre conscience que l'acte altruiste est en soi une attention et un signe de reconnaissance envers le bénéficiaire.

L'acte altruiste est un geste qui réclame de l'attention à la fois du donneur et du bénéficiaire. Pourquoi ?

  • parce que le bénéficiaire n'est pas forcément demandeur
  • parce que le donneur, même si son geste est désintéressé, peut être en attente d'un signe de reconnaissance, ou ou moins d'un feedback; par exemple, il n'attend pas forcément un "merci", mais s'il voit que le bénéficiaire est content et/ou que son geste a été utile, cela peut lui suffire
  • parce que si le bénéficiaire se trouve trop en position basse (ex : il a peut-être l'impression de ne plus avoir son mot à dire, ou le cadeau qu'il reçoit est démesuré) et le donneur trop en position haute (ex : il prend le pouvoir ou son geste est trop ostentatoire) , l'acte altruiste peut avoir un effet contre-productif : créer de la distance entre les deux protagonistes alors que l'acte devrait avoir comme bénéfice secondaire de les rapprocher ou de solidifier la relation.
C'est la raison pour laquelle, toutes les indications en vert sont importantes car pour peu que l'attention soit insuffisante, de part ou d'autre, les effets de l'acte altruiste peuvent être amoindris, voire négatifs.

Par contre, quand l'attention est présente chez le donneur et le bénéficiaire, que le donneur réalise son acte altruiste avec respect, bienveillance et humilité, alors les émotions positives sont au rendez-vous, et pour l'un et pour l'autre, et de manière multiple, comme je l'ai indiqué dans le schéma précédent.



dimanche 26 mars 2017

"Merci !" naît de l'attention, avec un feu d'artifice d'émotions positives


Je commence cet article par un vœux qui pourra sembler manquer d'humilité : que votre vision de la gratitude à vous lectrice ou lecteur soit aussi radicalement transformée (positivement) que la mienne après ma lecture du livre "Merci !" de Robert Emmons, mon appropriation de la gratitude et la conceptualisation et la pratique du processus que j'ai élaboré, objet du présent article.

Voici le schéma de ce processus que je vais détailler, point par point



1/ L'origine : l'attention

Le point de départ de la gratitude est l'attention. De mon point de vue, la gratitude ne se peut se concevoir sans un préalable d'attention. Quand notre esprit est occupé par des pensées (qu'elles soient négatives, neutres ou positives) ou quand on est pris par le temps, il n'y a pas de place pour la gratitude.
Il s'agit de l'attention que l'on porte au moment présent, à nos sensations, aux autres personnes, à ce qu'elles font pour nous personnellement, pour nos proches, pour le bénéfice de nos projets, de ce à quoi nous tenons. Une attention portée aussi à l'environnement tout autour de nous, à sa beauté, à son étrangeté, en utilisant tous nos sens.
Cette attention est facilitée quand on vit le moment en pleine conscience.
En notant que l'attention peut constituer elle-même un geste de reconnaissance. C'est le 5ème des 10 gestes de la reconnaissance au quotidien.

2/ L'appréciation

L'attention et tous nos sens activés nous donnent l'opportunité de vivre une émotion positive : l'appréciation. Une émotion que l'on vit dans son corps et qui peut se combiner avec une dimension cognitive : se dire à soi-même "c'est chouette !", "c'est trop bon", "ça me fait du bien", "oh temps, suspend ton vol !", ...
Pour apprécier, et comme pour l'attention, il ne s'agit pas d'être dans l'urgence. Cela nécessite de se faire le cadeau de se donner du temps et aussi de ne pas avoir autour de soi quelqu'un qui vous fasse une petite remarque du genre "tu ne penses pas que tu as autre chose à faire que de rester le nez en l'air ?"

L'appréciation est donc une émotion positive; mais ce serait dommage de s'arrêter en si bon chemin, car il y a d'autres émotions positives qui nous attendent si on le poursuit. Ou alors, si on en fait le but final systématiquement, on serait dans une vision nombriliste du monde.
Pourquoi ? Parce que beaucoup des choses que nous pouvons apprécier sont attribuables à autrui.

3/ L'attribution

Imaginez que quelqu'un vous rende service. Vous appréciez ce geste et bien évidemment l'action d'attribution est immédiate : vous savez bien à qui vous le "devez" : celle ou celui qui vous a rendu service.
Pour d'autres occasions, ce peut être un peu plus compliqué. Par exemple, vous arrivez le matin au bureau. Il y a une cafetière à votre bureau et quelqu'un a préparé le café, vous vous en êtes servi et vous le dégustez  tranquillement et en plus il est particulièrement bon.
Bien sûr, vous pourriez en rester là. Mais vous pourriez aussi rechercher qui a préparé le café pour le collectif. Peut-être découvrirez vous que celui (celle) qui l'a préparé est particulièrement désintéressée parce que lui (elle) boit du thé qu'il (elle) a préparé le café en parallèle dans un élan altruiste.
J'appelle cela "la petite enquête". Celle que l'on peut mener aussi le matin en été quand quelqu'un a eu l'heureuse idée d'ouvrir les fenêtres le matin pour rafraîchir les bureaux.

Maintenant que vous savez qui a préparé le café ou qui a ouvert les fenêtres, non seulement vous avez vécu une émotion positive en dégustant le café ou en ressenti avec délice le courant d'air frais, mais vous allez pouvoir entrer de plain pied dans le champ de la gratitude.

Avant donc d'aborder franchement la gratitude, je veux préciser que dans certains cas, l'attribution ne semble pas une étape pertinente : par exemple, si j'admire un paysage, en première intention, je ne vois pas à qui attribuer ce moment. Si je crois en un dieu, je peux l'attribuer à ce dieu. Mais je peux aussi l'attribuer à toutes et celles et tous ceux qui ont participé à la préservation de ce paysage, connus ou inconnus. Et donc en réalité, cette action d'attribution a le mérite quelques fois de nous faire prendre conscience de l'interdépendance entre nous et quantité d'êtres présents ou passés sur cette planète. En dernier ressort, on peut aussi penser "Merci la vie !".

4/ Le ressenti de la gratitude

Quand on évoque la gratitude, on va souvent un peu trop vite en l'assimilant à l'expression de la gratitude, ce qui nous renvoie probablement à notre éducation pendant l'enfance "dis merci à la dame qui vient de te donner un bonbon !", "et on dit quoi ? Merci !" Quand je me remémore les messages parentaux que j'ai pu recevoir et que j'ai vu administrer à des générations qui se sont succédé et avec la vision panoramique que j'ai acquise sur la gratitude, je me dis qu'on ne nous a vraiment pas cultivé les vertus de la gratitude par le bon fil. On a utilisé avec nous les leviers du devoir et de la politesse alors que celui des émotions positives eut été plus pertinent et plus plaisant.

En effet, la gratitude est en premier lieu et en premier temps une émotion positive. Quelque chose que l'on peut ressentir dans son corps. Je me souviens avoir ressenti un jour une émotion positive tellement puissante que mon corps a été traversé d'un frisson qui a circulé du haut de ma nuque jusqu'au bas de mon dos. En notant en passant, que la gratitude ressenti à cette occasion ne se rapportait pas à un événement du présent mais au cours d'une pensée de gratitude envers quelqu'un qui avait donné beaucoup d'énergie et de ses compétences pour un projet que nous avions en commun.

5/ L'expression de la gratitude

Alors franchement, je vous le dis : ce serait tout de même dommage de ressentir de la gratitude pour quelqu'un et ne pas la lui exprimer.
Sauf que bien entendu, il y a des freins : on n'a pas le temps, on n'a pas eu le réflexe de l'exprimer au moment du geste qu'autrui a fait pour nous, on n'ose pas le remercier car on sait que c'est une personne qui a du mal à recevoir les remerciements et les compliments, ...

Et c'est d'ailleurs le moment de prendre conscience d'un effet miroir très important : en tant que spécialiste de la Qualité de Vie au Travail, je sais encore plus que d'autres en quoi la reconnaissance est en moyenne une attente non assouvie des individus au travail. Quand on visualise le processus décrit dans le schéma donné dans cet article, on voit le nombre d'étapes et de conditions préalables pour atteindre cette étape 5. Et donc, il est possible que nous soyons autant frustrés de ne pas recevoir de la reconnaissance d'autrui, qu'autrui est frustré de ne pas recevoir de reconnaissance de notre part. Ce qui, entre parenthèses, fait alors considérer le sujet de la reconnaissance au travail avec un angle très nouveau : celui de la culture de l'appréciation et des émotions positives; une autre façon de voir ce nouvel angle : aborder la reconnaissance non pas par celle qu'on attend mais par la gratitude qu'on ressent et qu'on exprime. Je ne vais pas plus loin dans cet argumentaire que je reprendrai probablement prochainement sur laqvt.fr

6/ L'attention portée au feedback

Exprimer sa gratitude pourrait être considéré comme le bout du chemin de gratitude.

En réalité, et bien souvent, le chemin continue parce que l'expression de la gratitude est une interaction (exprimée en face à face ou par écrit via une lettre ou peut-être aussi via les réseaux sociaux). Et la personne bénéficiaire peut réagir, avec diverses formes de retours. Par exemple :


  • "tu le mérites bien"
  • "ce n'est qu'un juste retour des choses"
  • "en fait, je n'ai fait que t'écouter et c'est toi qui a trouvé la solution à ton problème"
  • "c'est super gentil de me remercier, je n'ai tellement pas l'habitude de ça. Alors, à mon tour, je te remercie. Tu n'imagines pas le bien que tu viens de me faire"
  • un "j'aime" sur un commentaire "merci" posté sur Facebook
L'attention portée au feedback donne donc l'opportunité de ressentir de nouvelles émotions positives. Elle permet de construire ou de cultiver des liens.

Elle boucle la boucle et consacre le cercle vertueux de la gratitude qui nous fait voir la vie plus belle, les autres aidant, le monde plus beau et le lendemain plus attirant.

J'évoque le mot "lendemain" car si la gratitude peut se vivre en direct live, elle peut aussi se cultiver par l'intermédiaire de rituels en différé; c'est le cas par exemple pour l'utilisation du journal de gratitude que j'ai présenté sur ce blog (le journal AGIR).

Je signale pour terminer le livre de Rebecca Shankland, chercheuse en psychologie positive, spécialiste de la gratitude. Il est intitulé "Les pouvoirs de la gratitude"







dimanche 12 mars 2017

15 propositions pour inciter les candidats à la présidentielle à s'intéresser au bonheur

La Fabrique Spinoza, thinktank du bonheur citoyen, vient de publier 15 propositions présidentielles pour le bonheur citoyen.

Ces propositions sont articulées autour de 3 axes :



  • Réenchanter la démocratie
  • Améliorer la qualité de vie au travail 
  • Favoriser la confiance et l’épanouissement dans le monde éducatif




  • Gageons que tout ce qui pourrait être mis en oeuvre dans le monde éducatif engendrerait aussi des impacts positifs à terme dans le monde du travail. C'est un des grands principes de prévention : plus on agit en amont, plus on est efficace.

    "Favoriser la confiance et l'épanouissement" ... pourraient aussi être de beaux enjeux pour la démocratie et la vie au travail.

    Cette initiative sur les réseaux sociaux a son hashtag : #bonheur2017