lundi 4 novembre 2019

Tout de trop


Sur le fronton du Temple de Delphes étaient gravés deux principes que je mentionne périodiquement dans mes articles et qui devraient guider l'humanité :

"Connais-toi toi-même" et "Rien de trop".

Dans cet article, je vais avancer que notre société fait exactement le contraire du deuxième principe : il y du trop en tout ou presque tout. Et comme illustré sur l'image, l'être humain se porte mal et fait du mal à la planète.
Dans un deuxième temps, j'en appellerai au premier principe pour nous aider à activer le deuxième.

Du trop en tout

Je présente par avance mes excuses à toutes celles et tous ceux qui se sentent démunis de tout ou de beaucoup et qui pourraient mal ressentir ce que je vais écrire. Je précise que les propos qui suivent concernant globalement la société de consommation dont on voit bien qu'elle est injuste et qu'elle laisse de côté beaucoup d'êtres humains et exploitent aussi le peu de moyens qu'ont les personnes les plus démunies.

Dans beaucoup d'articles et de modélisations que je réalise, j'ai l'impression de tirer un fil à partir d'une petite idée qui me vient, inspirée d'une lecture, d'un visionnage, d'une discussion. Il arrive aussi qu'elle débarque dans mon esprit sans forcément pouvoir l'attribuer.

La petite idée qui m'est venue en l'occurrence, inspirée de nombreuses lectures de livres et d'articles sur l'empreinte des activités humaines sur la nature, c'est que l'on consomme beaucoup trop. Je vous propose de suivre le fil comme moi je l'ai fait dans ma tête :

La société de consommation nous pousse à acheter trop de choses, tout le temps et de plus en plus, frénétiquement, avec une excitation façon feu de paille jusqu'à épuisement de toutes les parties prenantes humains et autres qu'humains..





Il y a une corrélation extrêmement forte entre le trop de choses achetées avec un trop de choses fabriquées, notamment du fait du faible taux de réutilisabilité : quand on veut acquérir une chose, on veut l'acheter neuve et si possible encore plus récente et moins chère que celle du voisin. On pourrait aussi en fonction du niveau d'utilisation, l'emprunter, la louer. Si on en a vraiment besoin très souvent, on pourrait l'acheter d'occasion voire même l'obtenir gratuitement.

Pour beaucoup de ces choses, leur fabrication nécessite trop de matières premières (minerais, combustible, eau, ...) ;  certaines sont rares (notamment pour la fabrication des dispositifs numériques) au vu des réserves et de leur niveau de ressourcement. Trop de choses fabriquées avec trop de matières premières conduisent à une SURexploitation des ressources (SUR étant synonyme de TROP).

La fabrication de ce trop de choses provoque une émission de trop de Gaz à Effets de Serre (GES) et trop de pollution. Trop par rapport à ce que la planète peut supporter. Ces trop de choses fabriqués ont nécessité la construction d'infrastructures ayant contribué à détruire trop d'écosystèmes.

Les organisations qui fabriquent recherchent à réduire les coûts de manière trop drastique - et cela est valable pour tous les maillons de la chaîne - faisant peser cette réduction de coûts sur les êtres humains (piètres conditions de travail et bas salaire). C'est là qu'il faut prendre conscience que le "trop" se conjugue de manière souvent avec un "pas assez", notamment au niveau social et en terme de qualité. L'augmentation de la quantité se fait quasiment toujours sur le dos de la qualité. La baisse de la qualité relève quelques fois d'un dommage collatéral. Mais nous voyons depuis quelques années se développer un phénomène déloyal, inacceptable et condamnable : l'obsolescence programmée : on veut nous faire acheter trop souvent le même type d'objet dont la durée de vie est volontairement, artificiellement réduite. Ce qui produit trop de déchets dont beaucoup sont en plastique, difficilement recyclables et donc avec un coût écologique de traitement trop élevé.

La réduction des coûts de production a fait externaliser la production dans les pays à bas coûts salariaux. De ce fait, les kms parcourus par les choses et par les composants participant à ces choses ont explosé. Les choses parcourent trop de kms, dont une partie à travers les océans avec des portes-conteneurs qui consomment trop d'un carburant de trop mauvaise qualité (pétrole lourd). . Il y a aussi le transport routier qui amène à avoir trop de camions sur les routes et autoroutes. Avec des impacts négatifs en matière de réchauffement climatique et de pollution de l'air pour ces deux modes de transport.

Des choses qui, par ailleurs, passent par trop d'intermédiaires. L'alternative étant bien évidemment le circuit court, l'allongement des cycles de vie (produits plus solides, de meilleure qualité, ayant plusieurs vies), avec des conditions de travail décentes pour chaque personne contribuant au cycle de vie.

Je reviens à l'achat : pour nous pousser à l'achat, nous sommes littéralement bombardés par trop d'informations (notamment sur les écrans) nous incitant à passer commande trop vite (achat impulsif) et à être livré trop rapidement (du jour au lendemain, voire dans l'heure qui suit). Mais quelques fois, c'est contre-productif : nous nous trouvons face à trop de choix pour un même produit et on peut s'en trouver paralysé. C'est l'idée que défend Barry Schwartz dans son livre "Le paradoxe du choix" (cf mon article Une fausse piste pour le bonheur : accumuler des ressources et des options).



Un terme fait référence à la quantité d'information invraisemblable à laquelle nous sommes confrontés en permanence : l'infobésité. Elle se traduit diversement avec le numérique : trop d'emails, trop de notificationstrop de SMS, trop de messages sur les réseaux sociaux, trop d'amis sur les réseaux sociaux qui en réalité n'en sont pas, trop de temps passé devant son smartphone, sa tablette, son ordinateur. Il y a aussi une amplification attendue dans les toutes prochaines années : trop d'objets connectés ; un "trop"qui va de pair avec moins d'humains connectés entre eux dans la vraie vie. Une autre explosion des usages : trop de vidéos en streaming qui fait suite et se conjugue avec un trop de photos qu'on prend pour un oui ou pour un non et qui se trouvent stockées sans qu'on l'ait demandé sur des serveurs et pour longtemps. Tous ces usages numériques qui ont une empreinte écologique trop importante et qui sont trop méconnus dans la population.

Toutes les pollutions visuelles et sonores et la sur-information ont été évoquées par Matthew Crawford dans son livre "Contact". Il introduit la problématique de l'écologie de l'attention et une idée fort pertinente : considérer l'attention comme un bien commun dont il faut que nous nous préoccupions collectivement et individuellement. J'en parle dans mon article Le temps sur la table : attention, résonance et bienveillance (1) sur laqvt.fr. En effet, l'enjeu est d'importance : nous sommes de moins en moins en capacité de nous concentrer et de plus en plus impatients. Autant de raisons qui accélèrent l'autodestruction de l'humanité.

Il n'y a pas que l'infobésité : il y a aussi l'obésité tout court. L'humanité en est arrivée à un point où la suralimentation touche plus d'êtres humains que la malnutrition. Nous mangeons trop, trop mal et trop vite. Il y a aussi trop de gaspillage alimentaire.

Et inversement, nous ne faisons pas assez d'activités physiques et nous ne dormons pas assez.

Je liste quelques autres "trop" sans aller plus loin : trop d'ondes, trop de lumière, trop de bruit, des exploitations agricoles trop grandes (et aussi des espaces trop petits pour les animaux), trop de choses à faire, trop de déforestation, des villes trop grandes, des consommations d'énergie trop élevées, trop d'injustices, trop de violences commises envers les femmes, les enfants, (notamment au sein de la cellule familiale), les hommes, les animaux, trop d'indifférence, trop d'individualisme, trop de compétition, trop de notations et de chiffres, trop de menaces à la liberté individuelle (caméras, objets connectés, compteurs communicants, ...), trop de place à l'argent et aux biens matériels, trop de dépressions, trop de burnout, ...

Et puis quelques autres "pas assez" en commençant par celui qui plante l'enjeu global de soin de nos écosystèmes humains et autres qu'humains : pas assez d'actions déterminées à la hauteur compte tenu de l'ensemble des informations à notre connaissance sur l'état de la planète et des perspectives court, moyen et long terme (cf notamment les rapports du GIEC). Et puis il n'y a pas assez de bienveillance, pas assez de confiance, pas assez de coopération, pas assez de proximité, pas assez de connexion avec la nature, pas assez de tempérance, pas assez de responsabilité, ... Dire qu'il n'y en a pas assez, signifie qu'il y en a tout de même car il ne faut pas dresser un tableau trop désespérant. Des femmes et des hommes, de tout age, agissent pour la planète, intégrant les êtres humains, nous montrent qu'on peut vivre plus simplement, plus léger et plus heureux.

Tirer le fil du "trop" risque de m'emmener à écrire un article trop long. Je vous propose de continuer à prendre conscience par vous-mêmes d'autres "trop" et de "pas assez".

Connais-toi toi-même !

Après cet état des lieux non exhaustif des "trop" dans lequel j'ai commencé de-ci, de-là, à évoquer des alternatives, j'en viens à proposer un levier important qui nous permettrait d'explorer et de pratiquer le "Rien de trop !" : il s'agit de "Connais-toi toi-même !".



Comme je l'ai évoqué dans l'article récent L'insoupçonnable et l'insoutenable, je propose d'aborder cette connaissance de soi-même - un vaste sujet - à travers deux questions à enchaîner avec une troisième question, notamment par rapport à nos envies de consommation :

  1. "En ai-je vraiment besoin ?"
  2. Si oui, "Suis-je obligé de l'acheter neuf ?"
  3. Si oui, "Puis-je me le permettre au regard des enjeux climatiques et sociaux ?"
Si on répond "oui" à la dernière question, on a tout intérêt à faire une pause avant d'acheter et se reposer la 1ère question après la pause.


La première question développe notre capacité au discernement entre les besoins vitaux et les besoins de confort dont Sébastien Bohler dit dans son livre Le bug humain qu'il s'effrite dangereusement. Peut-être qu'à la lecture de cette première question renouvelée autant de fois qu'on veut acheter (qu'on est invité à acheter) vous viendra à l'esprit la pensée "Oui, mais à ce moment-là on n'achète plus rien, on va vivre dans une cabane, une grotte, ...". Pourtant, je vous assure qu'elle est très efficace. Le site internet riendeneuf.org consacré au défi "Rien de neuf" lancé par Zero Waste France rapporte que les personnes qui ont suivi ce défi pendant un an répondent bien souvent "Non" à cet autoquestionnement de la première question.

La deuxième question relève à la fois de l'introspection ("ne serais-je pas en train de faire un caprice ou de me faire avoir par la société de consommation ?") et de la recherche d'alternatives à un achat de produit neuf.

La troisième question relève de la connaissance du monde. Pour répondre aux deuxième et troisième  questions, il faut à la fois s'informer (et pas seulement être informé) et être lucide et honnête vis-à-vis du monde et de soi-même.

L'intelligence humaine fait les progrès technologiques actuels et annoncés qui peuvent nous faire répondre de manière biaisée à la 3ème question. En effet, on nous présente des innovations technologiques qui plus ou moins objectivement ont des impacts de ralentissement, réduction de l'empreinte humaine. Je prends l'exemple de dispositifs à base de micro-algues expérimentés dans les villes pour absorber le CO2 dont on annonce qu'ils équivalent chacun à la capacité d'absorption de 50 arbres. On nous annonce par ailleurs que ce qu'on achète consomme moins : voitures, smartphones, ampoules, ... C'est beau l'esprit humain et ça peut en rassurer certains sur l'avenir de la planète. Seulement c'est sans compter l'effet rebond : ce genre d'information peut nous amener à consommer d'autant plus, et au bout du compte en consommant plus des choses qui ont des effets négatifs un peu moindre ou alors qui sont compensés par des dispositifs apparemment miraculeux sauveurs de la planète, la résultante est une augmentation globale de l'empreinte humaine. Nous éloignant d'autant plus des objectifs de réduction appelés à grands cris par les scientifiques (notamment le GIEC), par l'ONU, par un ensemble d'ONG et par une partie de la jeunesse dont Greta Thunberg est une vibrante représentante. Si on ne change pas nos habitudes de consommation, non seulement la réduction ne sera pas à la hauteur, mais il faudra peut-être s'attendre à des augmentations de l'empreinte humaine et de l'emballement climatique.

Je conseille à nouveau l'excellent MOOC "Zéro déchet" organisé par le Mouvement Colibris et par Zero Waste France qui pose particulièrement bien, non seulement la question du déchet, mais aussi quantité de sujets comme celui du contenant de ce qu'on achète, du contenu. Il a pour principe premier, en phase avec ce que je viens d'évoquer : "le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas" qui est à entendre dans le sens "la meilleure façon pour réduire les déchets, c'est de ne pas acheter ce dont on n'a pas vraiment besoin".

Dans ce MOOC est interpelé un point que je n'ai pas évoqué dans cet article mais qui aurait pu l'être : le trop d'emballage. Ce qui fait revoir aussi l'introspection en 3 questions qui doit être adapté pour prendre en compte les besoins vitaux que l'on peut réaliser de manière plus ou moins écologique, et donc notamment en prenant conscience des emballages alimentaires. D'une manière plus générale, il s'agit de réduire le plus possible les emballages à usage unique.

La pratique déterminée, humble et coopérative de "Connais-toi toi-même", "Rien de trop" et "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" est selon moi un enjeu pour prendre soin de la planète, de ses écosystèmes (l'être humain en faisant partie) et pour favoriser le bien-être et le bonheur. Une pratique qui doit diffuser dans nos actes quotidiens, notamment ceux liés à notre consommation.



dimanche 27 octobre 2019

Bienveillance et cellule familiale


Avec cet article, je continue à évoquer le sujet de la bienveillance auquel je m'intéresse depuis quelques années sur le champ professionnel. J'ai pris ce sujet à bras le corps depuis le début de l'année 2019 sur toutes les dimensions de la vie au-delà la sphère professionnelle. J'ai conçu une modélisation qui investit la bienveillance de la manière la plus large en intégrant celle envers soi-même, envers la nature, envers autrui et envers les communautés et collectifs auxquels on appartient.



Une manière encore plus satisfaisante pour moi qui essaye de tendre à réduire la séparation entre l'être humain et la nature, est d'intégrer la nature dans les 3 autres dimensions : moi, autrui et les collectifs et communautés. Je suis élément de la nature, autrui est humain mais aussi autre qu'humain ; et les collectifs et communautés comportent aussi des autres qu'humains. Mais j'entends bien que c'est un saut conceptuel que tout le monde n'est pas prêt à franchir bien qu'il relève de l'évolution des espèces.



Je propose dans cet article de considérer plusieurs niveaux d'imbrication en partant de la cellule familiale. Je suis convaincu que la culture de la bienveillance passe beaucoup par ce qui se passe dans la cellule familiale. J'entends ici cellule familiale comme foyer : un couple avec ou sans enfants, et éventuellement avec un ou des ascendants (donc possiblement 3 générations).

J'ai construit des schémas en adaptant le concept de "holon". Un holon est une entité qui est à la fois un tout et fait partie d'un tout. La cellule familiale est un tout (un ensemble de personnes) et fait partie d'un tout (notamment comme foyer fiscal au sein de la République Française pour une famille de nationalité française résidant en France). Je décrirai un peu plus loin en quoi chaque membre de la cellule familiale est lui-même un holon.

Pour celles et ceux qui veulent survoler l'article, le diaporama ci-dessous permet de le faire. Pour les lectrices et lecteurs qui veulent se donner le temps d'une lecture plus complète, je détaille ces schémas et je met en avant quelques enjeux et des conseils après le diaporama.



Je vais m'intéresser à la bienveillance dans la cellule familiale à travers 4 dimensions. La première étant que la cellule familiale est composée de membres.

La cellule familiale est un tout



Ses membres sont des êtres humains, mais on peut facilement intégrer la dimension de nature en considérant les animaux domestiques vivants dans la cellule familiale. A noter en passant que le statut juridique d'un animal domestique est "bien meuble" et aussi par ailleurs "être vivant doué de sensibilité" (ce qui n'est pas le cas des animaux sauvages dans la loi). La loi punit contre la malveillance (atteintes commises à l'encontre de l'animal ou abandon).

On peut poser le principe suivant : la cellule familiale doit collectivement prendre soin de ses membres. La loi impose aux parents de prendre soin des enfants et aux conjoints de se devoir mutuellement respect, fidélité, secours et assistance.

Ce que ne dit pas la loi et qui me semble un point central d'éducation de la bienveillance, c'est qu'on peut attendre aussi que les enfants mineurs prennent soin de leurs parents et de leurs grands-parents quand ces derniers contribuent à l'éducation. Je constate régulièrement autour de moi en quoi ce n'est absolument pas le cas et que des parents et grand-parents subissent impuissants des comportements d'enfants qui, non seulement ne sont pas dans la bienveillance, mais ont des paroles et des actes manquant considérablement de respect. Je parle ici de respect dû à un autre être humain et non d'un respect qui serait dû à une personne adulte du fait de l'autorité parentale. Ce que je veux dire, c'est que ce constat n'est pas dicté par une forme de nostalgie d'un temps plus ancien où les enfants étaient au garde-à-vous devant leurs aînés. Il me semble que nous avons vécu une forme de mouvement pendulaire en quelques dizaines d'années qui nous a fait passer d'un excès d'autorité (voire de l'autoritarisme) à un règne de l'enfant capricieux roi. L'enjeu de bienveillance et de bon sens est de trouver un juste milieu où chacun est respecté et considéré, avec évidemment un niveau d'asymétrie où les parents portent le rôle de nourrir, de protéger, d'éduquer leurs enfants. Mais l'éducation doit aussi intégrer selon moi l'apprentissage de la bienveillance de l'enfant envers lui-même, envers ses frères et sœurs, envers ses parents et grands-parents, envers les animaux domestiques du foyer et de tout être humain et autre qu'humain. Une bienveillance aussi vis-à-vis de la cellule familiale, c'est à dire des actions de contribution à la vie de la cellule familiale, et notamment quand il devient suffisamment maître de ses gestes, des actions pour participer à des tâches d'intérêt général. La bienveillance concerne aussi le mode de pensée, les paroles et les gestes d'altruisme.
Il s'agit aussi de prendre soin, d'être attentif à l'état de fatigue de chacun des membres. L'enfant peut y être invité. Par exemple par une mamie ou un papy qui dit à son petit-fils : "Maintenant, tu vas jouer un peu seul parce ce que j'ai besoin de me reposer. Tu sais, je n'ai plus la force et l'énergie de tes parents.".

Il y a aussi la bienveillance entre les adultes dans la cellule familiale. L'accélération des rythmes n'y est pas propice : moins de temps pour prendre soin les uns des autres et puis avec le stress, on se parle mal, on se rabroue, on ne se parle plus, on se dispute, on veut avoir le dernier mot, on joue à celui qui fera le plus plaisir aux enfants, ... On pratique le proverbe "qui aime bien châtie bien" dans le sens "qui aime bien châtie". On se permet de se lâcher avec son conjoint comme on ne se permettrait pas de le faire à l'extérieur alors qu'une vision bienveillante du couple voudrait au contraire qu'on traite encore mieux son conjoint que des personnes externes au couple puisqu'il nous est précieux. Les carences en matière de bienveillance vont de l'absence de bienveillance (dont l'indifférence) jusqu'à la malveillance dans les paroles et/ou à travers de la violence physique. Ce qui est insupportable, intolérable et malheureusement trop fréquent au sein des couples. 200 000 à 547 000 personnes (selon les chiffres) sont victimes de violences conjugales par an en France, très majoritairement des femmes. Aux Etats-Unis, 36% des femmes ont été victimes au moins une fois dans leur vie d'un viol, de la violence physique ou du harcèlement par leur partenaire. Une violence dont les enfants ont pu être témoins.

Il y a aussi la maltraitance des enfants : L'OMS estime qu'1 milliard d’enfants de 2 à 17 ans dans le monde ont subi des violences physiques, sexuelles, émotionnelles ou des négligences au cours de l’année écoulée.
La bienveillance relève à la fois d'actions pour faire du bien et à la fois de la réduction et de la suppression d'actions malveillantes et maltraitantes dans les paroles et dans les gestes. Il s'agit aussi d'être attentif à ce qui se joue en la matière entre les enfants et en particulier entre les plus âgés et les plus jeunes, entre les plus forts et les plus faibles, entre les garçons et les filles. Il y a aussi l'attention à porter dans les relations entre les enfants et les animaux domestiques. L'attention est une chose, l'éducation à des comportements bienveillants en est une autre comme je l'ai indiqué précédemment.

La cellule familiale doit reconnaître la singularité de chacun de ses membres et mettre en valeur chacun.

Il y a aussi la responsabilité commune de s'assurer que tout le poids de l'entretien de la cellule familiale ne soit pas portée par une seule personne ; il s'agit culturellement souvent de la mère qui cumule souvent de nos jours 3 missions : une vie professionnelle, l'éducation des enfants et les tâches domestiques (courses, cuisine, ménage). Cumul parce que le conjoint sous-contribue ou parce que la cellule familiale est monoparentale.

S'il devrait être de la responsabilité de la cellule familiale et de chacun de ses membres de s'assurer que la répartition des tâches est équilibrée, c'est aussi une responsabilité de la société de promouvoir un tel équilibre. Mon article constituant une modeste contribution de ma part. J'ai moi-même été éduqué à contribuer très jeune par mes parents et je n'en ai retiré que des bienfaits pour ma construction. Je suis convaincu que c'est cette forme d'éducation de la bienveillance qui m'a permis de ne pas me réfugier derrière le statut de mâle quand j'ai commencé ma vie de couple ; j'ai ainsi pu contribuer pleinement et naturellement à ma cellule familiale en tant que mari et beau-père.

Passons à la deuxième dimension qui fait de la cellule familiale partie d'un ou plusieurs tout.

La cellule familiale fait partie de sur-ensembles



Une cellule familiale telle que je l'ai définie fait partie d'ensembles plus vastes. Notamment, deux sur-ensembles familiaux : la famille du père et la famille de la mère avec les grands-parents de chaque côté, les tantes, oncles, cousines, cousins. Des sur-ensembles qui sont peut-être virtuels, couchés sur un papier donnant l'arbre généalogique des deux familles, ou alors bien vivants avec des moments de rassemblement de tout ou partie de la famille et une vie collective qui s'organise par exemple pendant les vacances d'été, Noël, ...
C'est à la fois la cellule familiale qui a son identité propre dans le sur-ensemble plus vaste et chaque membre de la cellule familiale qui joue son propre rôle dans le sur-ensemble.

La cellule familiale a un sentiment d'appartenance par rapport à la famille plus vaste, elle la constitue et aussi elle peut contribuer. Par exemple pour des vacances passées ensemble, chaque cellule familiale va apporter sa contribution financière.

La bienveillance par rapport au sur-ensemble familial conjugue plusieurs aspects :

  • la solidarité par rapport aux autres cellules familiales, notamment si une est en difficulté (tensions familiales, séparation, divorce, problèmes financiers, problème de santé d'un des membres, décès, ...)
  • une contribution juste lors des rassemblements, à la fois en terme financier et en terme d'énergie apportée
  • une attention et un respect portés aux membres qui se traduit dans les paroles et dans les actes

En me situant dans un environnement français, la cellule familiale fait partie aussi de la République française. Elle est un foyer fiscal qui contribue financièrement plus ou moins à la République à travers des impôts directs et indirects.
Sa bienveillance se manifeste aussi par son esprit civique, par l'application des valeurs de la République Liberté - Egalité - Fraternité, en cadrant la dimension "liberté" par le principe "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres". Selon moi, c'est un principe fondamental de bienveillance ; un principe bien connu mais qui me semble de moins en moins pratiqué.

Puisque je suis sur le sujet de la liberté, cela m'offre une transition avec la troisième dimension : la cellule familiale a sa propre autonomie et veut être reconnue en tant que telle.

La cellule familiale est autonome




En quelque sorte, la cellule familiale prend soin d'elle-même en tant qu'entité qui est unique et veut être reconnue et considérée pour sa singularité. Elle veut s'autodéterminer et s'auto-organiser mais cela dans la cadre de la loi. Cela nous fait revenir à la notion de liberté qui s'exprime dans un cadre.

La cellule familiale définit ses propres règles. Culturellement, ce sont les adultes qui le font et, dans un système patriarcal encore bien présent qu'il s'agit de déconstruire, c'est souvent l'homme qui impose son point de vue.

La culture de la bienveillance au sein d'une cellule familiale doit travailler à gommer l'aspect patriarcal pour viser la parité. Une parité qui est non seulement à rechercher du fait du genre mais aussi du rapport de force qui s'est établi entre les deux personnes du couple indépendamment du genre, du fait de la personnalité de chacun.
Il y a aussi la place donnée à la parole, à l'intelligence, aux besoin et à l'envie des enfants de contribuer à l'établissement des règles. Comme je l'ai évoqué précédemment, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse faisant des enfants les rois. Il faut que progressivement au fur et à mesure que les enfants grandissent, qu'ils soient amenés à contribuer aux décisions et aux tâches. Le rôle de la cellule familiale, aidée par l'éducation à l'école, est d'en faire des êtres responsables en capacité d'affirmation de soi bienveillante. C'est le rôle des parents, mais aussi des grands parents s'ils sont présents et des frères et sœurs plus âgés. J'entends quelques fois des grands-parents se dédouaner de la dimension éducative en prétextant qu'ils veulent cantonner leur rôle à celui de faire plaisir à leurs petits-enfants. Ce qui conduit bien souvent à en faire rapidement des grands-parents chicouf ("chic, les petits-enfants arrivent" puis "ouf, ils sont partis") ; quelques fois, ils sont complètement dépassés par les événements et menés par le bout du nez par des petits-enfants les bousculant par la parole voire par les gestes. Se limiter au plaisir et aux désirs insatiables des enfants relève selon moi du perdant-perdant : cela ne prépare pas les enfants à la vie, notamment à l'apprentissage de la frustration ; d'autre part, les grands-parents se compliquent eux-mêmes leur vie. Ce que je dis là est bien évidemment aussi un enjeu pour les parents.

Au contraire, la bienveillance, qui n'est pas à confondre ni avec une gentillesse passive, ni avec la complaisance, comporte une forme d'exigence vis-à-vis de l'enfant. Elle l'appelle à la responsabilité, à regarder au-delà de son nombril et de l'appétit de son striatum (cf mon article L'insoupçonnable et l'insoutenable), à savoir du plaisir immédiatement, de plus en plus et de plus en plus souvent. La bienveillance appelle à bien distinguer deux notions : "faire plaisir" et "faire du bien". La bienveillance consiste à faire du bien et quand c'est possible, en faisant plaisir. Il s'agit aussi d'apprendre à l'enfant à prendre plaisir à ce qu'il fait et non pas attendre ou désirer des activités supposées lui apporter du plaisir.

Quand les adultes en charge de l'éducation dans la cellule familiale ne sont pas en ligne sur la motivation première ("faire du bien" ou "faire plaisir") cela crée inévitablement des tensions et des déséquilibres dans la cellule familiale et des opportunités pour les enfants de louvoyer pour obtenir la réalisation de leurs désirs. Tout le monde y perd, y compris pour le·s parent·s adoptant le mode "faire plaisir" qui peuvent obtenir la préférence des enfants, mais pas forcément plus d'affection et certainement ils s'en retrouvent moins considérés et respectés. A contrario, adopter la bienveillance dans l'éducation est une approche gagnant-gagnant ; tout le monde y gagne : les enfants à court, moyen et long terme (y compris quand ils deviendront parents eux-mêmes), les parents et la solidité et la durabilité de la cellule familiale.

Si la cellule familiale recherche l'autonomie, qu'elle fait partie de sur-ensembles, elle vit aussi en interaction avec autrui, que ce soient d'autres cellules familiales ou d'autres individus.

La cellule familiale est en interaction avec autrui



La bienveillance dans la relation à autrui permet de vivre en bon voisinage, et de jouer la fraternité et la solidarité.
J'ai intégré les animaux domestiques en tant que membres de la cellule familiale. Dans le même esprit, autrui est à entendre ici comme humain ou autre qu'humain. Il s'agit donc aussi des autres animaux domestiques, des animaux sauvages et de manière plus large des ressources de la planète.
Il est important de noter à cette étape un aspect capital de la bienveillance : la bienveillance n'est pas binaire : bienveillant ou malveillant. Chacun met la barre plus ou moins haut. C'est particulièrement facile à expliquer dans le rapport aux animaux, et notamment en ce qu'ils peuvent entrer dans notre alimentation :

  • pour certains, manger de la viande n'est pas malveillant ; mais par contre, ils veulent traiter bien et avec affection les animaux domestiques et veulent que les animaux d'élevage bénéficient de conditions décentes d'élevage, de transport et d'abattage
  • d'autres ne sont pas prêts à ne plus manger de viande mais conçoivent bien que ce n'est pas bienveillant de le faire ; par contre, ils veulent bien baisser leur consommation ; ce qui met en évidence l'écart qui peut exister entre les intentions et les actes, et entre les paroles et les actes
  • d'autres encore considèrent que la bienveillance par rapport aux animaux impose de ne pas manger de viande ; entre en jeu alors pour cette conception la position que l'on peut tenir vis-à-vis d'autrui : exiger que tout le monde adhère à cette conception (éventuellement par des mesures d'imposition violente), essayer de convaincre, agir pour soi-même, ...
Voici ce que donne le schéma global avec ces 4 dimensions :



La Réciprocité

J'ai un peu évoqué la question de la réciprocité en filigrane dans les parties précédentes. 
Je vais la développer plus précisément car elle est capitale selon moi pour que la bienveillance soit généralisée et pleine au sein la cellule familiale, en interaction avec l'extérieur.




Avant de préciser les différents lieux de réciprocité, commençons par distinguer plusieurs formes de réciprocité :
  • la réciprocité "contractuelle" : par exemple, l'Etat doit soutenir la cellule familiale, notamment financièrement
  • la réciprocité "culturelle" :  par exemple, par obligation familiale, la cellule familiale ayant des soucis financiers est aidée par le reste de la famille
  • la réciprocité "spontanée" : par exemple, sans que la cellule familiale en ait fait la demande, une famille amie lui prête un groupe électrogène face à une coupure de courant qui commence à durer 
  • l'appel à la réciprocité ; il s'agit pour la cellule familiale de demander un juste retour de bienveillance à sa propre bienveillance ou d'appeler avec force à la bienveillance si on est malveillante avec elle ; par exemple, la cellule familiale particulièrement active dans la vie de la commune demande une aide à la commune face à une inondation intervenue au domicile
Je précise maintenant les 3 lieux de réciprocité :
  • la réciprocité venant du haut : la cellule familiale attend que les familles d'appartenance la respectent et fassent preuve de solidarité familiale le cas échéant. Concernant l'appartenance à la République française, elle attend la solidarité nationale en cas de problème et de pouvoir bénéficier de toutes les aides et soutiens auxquels elle a droit pour subvenir à ses besoins vitaux, à travers notamment les politiques familiales ; elle bénéficie aussi de l'éducation prodiguée par l'Education nationale qui mérite d'être réalisée en bonne alliance avec l'éducation donnée au sein de la cellule familiale ; il ne s'agit donc plus ici seulement de réciprocité mais aussi de coopération
  • la réciprocité venant du bas : la cellule familiale prend soin de ses membres (collectivement et à travers le comportement individuel de ses membres) ; il faut aussi que ses membres contribuent à la vie et à la bonne santé de la cellule. Elle attend que les membres aient un sentiment d'appartenance (sentiment que la cellule cultive de son côté), qu'ils fassent corps, qu'ils la protègent, qu'ils aient "l'esprit de famille" et qu'ils contribuent activement selon l'âge des membres, leurs capacités et leur disponibilité. Je rappelle ce que j'évoquais précédemment : il faut une juste répartition des tâches pour éviter la situation où la cellule tient par l'énergie d'un seul de ses membres.
  • la réciprocité venant d'autrui : la cellule familiale ayant des relations bienveillantes avec autrui attend qu'autrui soit aussi bienveillant avec elle. Elle attend fraternité et solidarité en cas de besoin.
Nous venons donc de voir longuement la cellule familiale. Intéressons-nous maintenant plus brièvement au niveau inférieur : l'individu, membre de la cellule familiale. 


Le membre de la cellule familiale

Le membre de la cellule familiale peut être considéré lui-aussi comme un holon et donc à travers les 4 mêmes dimensions que la cellule familiale.

On a donc les 4 dimensions que je ne vais pas lister dans le même ordre. Je commence par le lien qui raccorde l'individu avec le niveau supérieur que je viens de traiter, à savoir la cellule familiale :
  • l'individu appartient à la cellule familiale. Il la constitue en partie et contribue à sa bonne santé. Je ne répète pas ce que j'ai déjà expliqué pour la cellule familiale en tant qu'ensemble de membres desquels la cellule familiale attend une bienveillance réciproque
  • si l'individu appartient à la cellule familiale, il ne s'y confond pas. Il a sa propre identité, sa singularité, ses propres aspirations qui vont au-delà de la cellule familiale. Il s'affirme et a besoin d'autonomie. Autant d'aspects que les enfants acquièrent au fur et à mesure qu'ils grandissent et la cellule familiale a un grand rôle pour aider à un bon développement physique, psychique et social, en coopération avec l'Education nationale. Si l'individu doit être bienveillant avec ce qui n'est pas lui, il doit être bienveillant aussi avec lui-même et notamment pour une juste confiance en soi, estime de soi et affirmation de soi. Il ne doit pas s'oublier, oublier ses propres aspirations. C'est un juste équilibre à trouver pour éviter les deux extrêmes : l'oubli de soi et l'égocentrisme/égoïsme. Ne pas s'oublier appelle à une autre dimension qui n'est pas souvent présentée comme je vais maintenant le faire :
  • l'individu est aussi un tout : il est constitué d'organes, constitués eux-mêmes de tissus, et on peut descendre la chaîne successivement à la cellule, puis à la molécule puis à l'atome. Etre bienveillant pour cette dimension consiste à prendre soin de son corps, des différents organes, leur faciliter la vie. C'est notamment prendre soin par une alimentation saine, un sommeil suffisant et réparateur, une activité physique suffisante ; c'est aussi de ménager et assurer une bonne santé physique et psychique. Il faut connaître ses limites et ne pas trop tirer sur la corde. (Je renvoie à mon article Enjeu de recharger les batteries). Il est important de se connaître et de s'intéresser à ce que la recherche a pu nous apporter comme connaissance sur la biologie humaine pour prendre soin de notre santé de manière holistique (holistique et holon ont la même racine), à savoir dans sa globalité. Une globalité qui prend en compte le corps avec la frontière qui le sépare de son environnement. En effet, il ne faut pas s'arrêter à nos organes mais prendre en considération le microbiote (ensemble appelé aussi "flore" de micro-organismes qui nous colonisent - essentiellement des bactéries et qui cohabitent avec nous) qui est en nous (estomac, colon, poumons, parties génitales, bouche, oreilles) et sur nous (peau), en participant notamment aux fonctions digestives et à la protection face aux microbes pathogènes. Nous nous exclamons de la beauté de la nature et de son intelligence coopérative en voyant dans un documentaire un rémora (poisson) fixé par une ventouse sur la peau d'un requin pour le débarrasser de ses parasites. Notre microbiote agit en mutualisme ou symbiose avec nous de manière similaire. Ceci doit nous rappeler une idée centrale : nous sommes des êtres vivants au même titre que les autres vivants de la planète, avec un cortex plus développé, soit, mais nous sommes autant la nature que n'importe quel autre vivant et c'est un non sens de séparer l'être humain et la nature puisque l'un constitue l'autre, parmi beaucoup d'autres. Ce qui m'amène à dire que la culture de la bienveillance va avec celle de l'humilité, de la lucidité et de la coopération.
  • l'individu est en interaction avec d'autres êtres humains et autres qu'humain. Puisque mon propos initial était de m'intéresser à la cellule familiale, commençons par les êtres qui composent la cellule familiale : le membre de la cellule familiale se doit d'être bienveillant avec chaque membre de la cellule familiale, qu'il soit humain ou animal domestique. La responsabilité du membre de la cellule est donc à deux niveaux : une responsabilité vis-à-vis de la cellule (1ère dimension présentée dans cette liste) et la responsabilité envers chacun des autres membres. Bien évidemment on attend naturellement que la bienveillance soit du ressort des parents, avec une asymétrie qu'il ne s'agit pas de remettre en cause. Cependant, et je l'ai évoqué précédemment dans l'article, je suis convaincu de l'importance d'apporter dans l'éducation des enfants l'apprentissage de la bienveillance envers les autres membres de la cellule familiale et au-delà de la cellule. C'est notamment le cas pour les garçons pour lesquels on peut avoir tendance à trop insister dans l'éducation sur les capacités qu'ils doivent développer pour se défendre, ne pas se laisser faire, rendre coup pour coup, faire face à un monde de coups bas qui ne ferait pas de cadeaux, ... La bienveillance va aussi en direction de ce qui nous entoure et de la préservation des ressources de la planète.

La réciprocité de la bienveillance au niveau de l'individu

J'ai expliqué précédemment pour la cellule familiale que la bienveillance devait être vue de manière réciproque. C'est aussi le cas pour l'individu.


J'ajoute aux types de réciprocité évoqués pour la cellule familiale (contractuelle, culturelle, spontanée et appel à la bienveillance) un cinquième type : la réciprocité originelle. Une réciprocité qui joue en particulier pour la bienveillance par rapport au corps. En réalité, la bienveillance envers le corps peut être considérée comme un "juste retour des choses" de l'individu par rapport à la bienveillance orchestrée en notre faveur par la merveille d'horlogerie qui nous constitue, aidée, comme je l'ai dit précédemment, du microbiote sans lequel nous serions bien mal en point. Il nous faut lui faciliter la vie. Il nous faut le ménager. En ce sens, je renvoie à une citation anglaise particulièrement parlante et puissante :

"Take care of your body. It's the only place you have to live
Jim Rohm 

Et si on a du mal à considérer son propre corps comme partie intégrante de la nature, on peut au moins le voir comme notre maison qui nous abrite, qu'on apprécie particulièrement, qu'on entretient et qu'on chouchoute pour s'y sentir bien.

Cette réciprocité originelle mérite aussi d'être vue du côté du rapport à autrui en tant que ressource de la planète : depuis le début de l'humanité, les ressources de la planète nous offrent gite, chauffage, outils, nourriture, eau, ...et quantité de choses pour assurer nos besoins vitaux et notre confort. 

C'est notre devoir de réciprocité de bienveillance que d'en prendre soin, de les apprécier, de les préserver, d'assurer leur reconstitution, de les bichonner et non au contraire de les exploiter outrageusement. Les exploiter de la sorte peut être vue en quelque sorte comme l'ingratitude la plus totale. Il nous faut absolument discriminer ce qui relève de nos besoins vitaux et de notre confort, et limiter autant qu'il est nécessaire pour la préservation et le renouvellement des ressources, et en premier lieu pour nos besoins de confort dont on pourrait largement se passer (en réalité, pour certains besoins de confort, les consommateurs ne les ont pas demandés et ce sont les entreprises qui les ont créés puis poussés via la publicité).



Enseignements autour du ET

Je termine ce long article sur la bienveillance et la cellule familiale par l'éclairage de la tendance de l'être humain à opposer des idées comme il fait aussi pour des principes ou des valeurs . Au contraire, je lance une invitation à les conjuguer. En voici quelques-unes :
  • être bienveillant avec sa cellule familiale ET bienveillant avec autrui ET bienveillant avec soi-même ET inviter à la réciprocité les autres membres de sa cellule familiale ET, plus généralement autrui.
  • quand on cherche à faire plaisir, essayer de l'associer avec le sens  ; "plaisir ET sens" synthétise l'idée du bonheur d'après Tal Ben Shahar, un des fondateurs de la psychologie positive. Faire du bien peut se pratiquer en alliant plaisir et sens, en notant que ce n'est pas toujours possible et qu'il ne faut pas faire passer le plaisir à tout prix
  • l'être humain a besoin d'un double sentiment de reconnaissance : une reconnaissance d'appartenance ET une reconnaissance de distinction (chacun est unique, avec ses talents, forces, ... et veut être reconnu pour cela, y compris dans les situations où il se fond dans un collectif ou une communauté)
  • il faut rendre indissociable liberté ET responsabilité
  • de la même façon, l'autonomie et le sentiment d'autonomie méritent d'être cultivés en conjonction avec la conscience et le sentiment d'interdépendance qui conduisent à la gratitude ; cultivée seule, l'autonomie conduit au sentiment artificiel de surpuissance et d'invulnérabilité tout en déconsidérant et dévalorisant ce qui en réalité au-delà de lui-même contribue à sa vie.
Tirer les fils de la bienveillance peut nous mener très loin et je suis convaincu qu'il est nécessaire de le faire pour réinstaurer une symbiose entre les êtres humains et les autres parties prenantes de la planète. C'est aussi un enjeu pour la paix dans nos sociétés, dans nos cellules familiales, dans nos relations interpersonnelles et pour notre paix intérieure.

mercredi 23 octobre 2019

Combien ça coûte ... vraiment ?

La lecture du livre Le bug humain de Sébastien Bohler m'a donné l'occasion de me pencher sur un enjeu que j'avais déjà perçu il y a quelques années à la lecture du livre L'apprentissage du bonheur de Tal Ben Shahar, un des fondateurs de la psychologie positive. Il s'agit de la capacité de l'être humain à faire ses choix en prenant en compte l'avenir. Il s'agit d'un élargissement temporel notamment par rapport à notre santé : intégrer les impacts à moyen et long terme de nos actes sur notre santé physique, psychique et sociale. Il peut s'agir de la consommation de nourriture salée/sucrée/grasse, de sodas, de l'alcool, de la cigarette, ...  mais aussi de nos comportements numériques (emails, réseaux sociaux, surf sur internet, jeux, ...). Autant de comportements participant à l'explosion de l'obésité et des addictions.

La tendance de notre société à l'égocentrisme pose aussi l'enjeu de la capacité à prendre des décisions en intégrant les impacts sur autrui, sur d'autres territoires et sur la planète. C'est le cas par exemple pour une industrie qui produit des gaz à effet de serre (GES), des pollutions des eaux ou par voie aérienne qui vont diffuser bien plus loin que les alentours. Il s'agit là d'un enjeu d'élargissement spatial.

Je prends l'exemple de l'achat d'une voiture.

Au-delà du choix du modèle et du type de besoin, la question souvent centrale est : "A quel (bon) prix je vais l'obtenir ?" Et en passant, c'est toujours mieux de la payer un peu moins cher que les autres pour flatter son ego. La question "Combien ça coûte ?" étant entendu comme "Combien ça me coûte maintenant ?".

Un premier niveau d'élargissement temporel est souvent actionné à travers un critère souvent important au vu du prix des carburants : la consommation. On se projette en avant pour évaluer plus ou moins précisément l'impact sur le porte-monnaie, mois après mois.

Ce qui est probablement beaucoup moins souvent le cas, c'est d'évaluer le coût d'entretien, le prix des pièces détachées, l'éventuel surcoût d'assurance dans le cas de renouvellement d'une voiture.

Pour généraliser, l'élargissement temporel pour le cas d'une voiture fait prendre en compte dans la décision d'achat le coût d'usage et pas seulement le coût d'acquisition. Quand je dis "coût", il s'agit  pour l'instant de l'aspect financier.

Si on reste au niveau individuel (l'acheteur) le mot "coût" peut-il avoir un autre sens ? Oui :

  • l'énergie plus ou moins grande dépensée pour choisir la voiture, pour négocier âprement le prix, éventuellement pour la financer, pour se débarrasser de la voiture précédente de la manière la plus avantageuse, en profiter pour changer d'assurance, ...
  • l'énergie éventuelle dépensée à convaincre son conjoint qui trouvait peu opportun ce changement de véhicule
  • le stress que quelqu'un raye ce beau bijou
  • l'agacement de constater que pour le moindre petite chose à changer, il faut passer par la case garage car cela nécessite un équipement professionnel
  • le fait de moins marcher depuis l'achat de la voiture qui rend encore plus sédentaire et donc impacte négativement la santé
  • ...
Passons à un élargissement spatial qui pose la question "Combien ça coûte au-delà de ce que ça me coûte à moi ?".

Imaginons que j'achète un gros SUV, en m'étant acquitté du malus automobile car il est plus polluant que la moyenne (le malus peut aller jusqu'à 10 500€ en 2019 et 12 500€ en 2020). J'ai largement les moyens de me le payer et de payer une consommation supérieure à la moyenne.



En quoi ce choix fait qu'il coûte plus à la société et à la planète ?
  • plus de pollution à l'usage : des plus gros rejets de CO2
  • en cas d'accident avec un piéton ou un autre véhicule, les risques de mortalité pour autrui est multiplié par 2 dans le premier cas et par 3 dans le second
  • de manière plus anecdotique mais à noter : les SUV sont plus longs et prennent plus de places en stationnement dans les rues
  • pour les personnes aux revenus plus modestes qui veulent acquérir ce type de voiture, ne reste que la possibilité d'acheter des modèles anciens encore plus polluants.
Globalement, combien ça coûte à la planète ? Il n'y a pas que l'émission des gaz à effet de serre due à l'usage de la voiture. Il y a l'impact environnemental du fait de la production du pétrole, de son raffinage pour obtenir le carburant nécessaire pour rouler. Pour revenir en amont : il y a l'empreinte écologique de l'extraction des matières premières qui entrent dans la fabrication de toutes les pièces de l'automobile, celle de leur acheminement, de la fabrication, du transport de la voiture, surtout si elle a été fabriquée sur un autre continent. Et puis, pour terminer le cycle de vie, il y a les coûts de recyclage du véhicule.

Et évidemment, plus souvent on change de voiture, plus on participe à la recréation de coûts en amont et en aval de l'usage. A noter que l'augmentation attendue du taux d'accès à l'automobile en Chine dans les années qui viennent pèsera certainement en tant que frein à la réduction des GES.

L'élargissement spatio-temporel dans la prise de décision d'achat d'un nouveau véhicule permet de freiner un achat qui serait principalement déclenché par le désir, le plaisir et/ou la comparaison sociale (mon voisin s'est acheté une voiture récemment et me nargue). 

Parlons des gadgets !

Le niveau élevé de prix d'une voiture représente un frein et une forme de garde-fou contre un achat impulsif. Ce qui n'est pas le cas quand on entre dans un magasin vendant toutes sortes de choses à des prix défiant toute concurrence : 1, 2, 3, ... 5 euros. Il y a une tendance à acheter même si on n'en a pas besoin parce que ça n'est pas cher, parce que c'est original, parce que c'est à la mode, ... Souvent on a bien conscience que ce n'est pas qualitatif, pas solide, ... mais quel risque prend-t-on puisque ça ne vaut rien ?

Et justement à la fois :
  • ça ne vaut effectivement rien et très rapidement ça finira aux mieux à la déchetterie pour recyclage et au pire dans la poubelle classique mélangé avec les épluchures et la bouteille de lait en plastique vide. Et sans trop de regret, ni trop de scrupule, avec grosso modo l'idée qu'on en a eu pour son argent, ce qui est en réalité faux puisqu'on a quand même payé un petit quelque chose pour rien. Petit quelque chose multiplié par toutes les fois où l'on achète ces riens, ça finit par ne plus faire rien selon le principe que les petits ruisseaux font les grandes rivières.
  • ça coûte en réalité pour la planète en pratiquant l'élargissement spatio-temporel, ce que je vais préciser ci-après
En effet, ces choses, bien souvent en matière plastique sont issus du pétrole, qu'il a fallu extraire. Il y a eu le processus de fabrication sur d'autres continents parce que ça ne coûterait pas ce prix fabriqué en France ou en Europe. Il y a donc à prendre en compte aussi le transport maritime dans des containers sur des bateaux gigantesques fonctionnant au pétrole lourd, donc très très polluants. Et en fin de boucle, ce que je disais précédemment, l'empreinte écologique en tant que déchet. Je n'ai pas de chiffre, mais probablement que le coût pour la planète d'un gadget payé 1€ doit peser bien plus lourd. 

Une extase qui coûte cher


Et c'est ici que j'enfile ma casquette de spécialiste de la Qualité de Vie au Travail pour une prise de conscience que l'élargissement spatio-temporel doit prendre en compte non seulement la dimension écologique mais aussi la dimension sociale avec une idée fort simple : un petit prix est très souvent (voire systématiquement) corrélé avec de petites conditions de travail de toutes celles et ceux qui ont contribué à l'achat : extraction, fabrication, transport, et vente dans des magasins discount qui sont souvent aussi "discount" en matière de conditions de travail des salariés. "petit" pouvant aussi qualifier la taille des êtres humains qui ont contribué : j'évoque ici le travail des enfants dans certains pays.

Au bout du compte et je me permettrai cette synthèse triviale : on achète de la merde fabriquée dans des conditions de travail de merde, en rejetant de la merde dans l'atmosphère, et très vite après l'achat en jetant cette merde comme déchet dont le traitement rejette aussi de la merde. Tout ça pour un euro.

Conclusion : beaucoup d'objets qu'on achète coûtent beaucoup plus à la planète qu'ils nous coûtent financièrement au moment de l'achat. Des objets qui seront passés dans nos vies comme des étoiles filantes mais qui contrairement aux étoiles filantes laissent une balafre indélébile. N'est-on pas débile ?

Je conseille vivement le MOOC "Zéro déchet" qui pose particulièrement bien, non seulement la question du déchet, mais aussi quantité de sujets comme celui du contenant de ce qu'on achète, du contenu avec pour principe premier : "le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas" qui est à entendre dans le sens "la meilleure façon pour réduire les déchets, c'est de ne pas acheter ce dont on n'a pas vraiment besoin".

Ai-je fait le tour de la question de l'élargissement spatio-temporel ? Au-delà de considérations sur l'humilité et la lucidité, la réponse est NON. En effet, il y deux autres aspects que je traiterai dans un prochain article :

  • il faut considérer non seulement les coûts mais aussi les bénéfices et en résultante, le rapport coût/bénéfice (Sébastien Bohler explique qu'il existe 3 types de neurones dans le striatum - partie du cerveau la plus ancienne - pour les 3 niveaux d'évaluation) sachant que la tendance actuelle est de chercher un profit/plaisir immédiat pour un coût minimum, le coût étant évalué de manière très partiel
  • je me suis centré dans le présent article sur l'acheteur individuel, ce qu'on appelle le "consommateur". Il me faut aussi évoquer les acheteurs institutionnels (entreprise, administration, association, ... ) ou collectifs (groupement d'achat) et ce en quoi les Etats entretiennent la consommation frénétique.

mardi 15 octobre 2019

L'insoupçonnable et l'insoutenable

Un sacré bug humain bien ancré

Le remarquable livre Le bug humain de Sébastien Bohler met en évidence un fonctionnement frénétique de notre cerveau et l'impact négatif considérable, inégalé dans l'histoire de l'humanité, sur nous-mêmes porteurs du cerveau, les autres qu'humains et plus globalement sur la biosphère.



Bon nombre de phénomènes biologiques et comportementaux décortiqués dans son livre ainsi que leurs impacts, chiffres à l'appui sont insoupçonnables pour une très grande majorité de la population mondiale. Ils sont insoupçonnables et aussi insoutenables dans le sens où notre avenir est mis en péril du fait de la conjugaison de types de comportement et d'activités humaines ne se fixant aucune limite.

Suffirait-il que l'insoupçonnable soit mis au jour pour régler les problèmes ? Non ! Ça n'est pas suffisant. En revanche, c'est strictement nécessaire.

Je prends l'exemple qui pourrait représenter l'enjeu le plus important aujourd'hui et probablement celui correspondant à un des besoins les moins vitaux : les vidéos.

L'utilisation des nouvelles technologies de la communication contribue à ce jour à 4% des émissions mondiales des gaz à effet de serre. En 2025, à savoir demain ou presque, cette contribution passera à 8% - carrément multipliée par 2 - alors même qu'un certain nombre d'Etats se sont engagés à les faire baisser globalement. 75% des flux sont imputables aux vidéos dont un tiers sont pornographiques. Les vidéos sont aussi celles qu'on regarde en streaming sur la télévision (via les services de type Netflix, en n'oubliant pas les visionnages de programmes télé en replay). A cela s'ajoutent les sites dédiés aux vidéos tel YouTube et la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux tel que Facebook.
Deux phénomènes participent à cet emballement (on peut dire qu'une augmentation de 100% relève effectivement d'un emballement) :

  • Les standards de résolution des vidéos vont en croissant avec une augmentation du poids des vidéos. La généralisation de la fibre optique rendant cette augmentation transparente en terme de temps de réponse. La fluidité reste la même voire s'améliore mais le volume de données et les dépenses énergétiques pour assurer le trafic explosent
  • Les individus sont invités à proposer leur propre contenu (ce qu'ils filment avec leur téléphone mobile) avec une mode qui se développe : la diffusion en direct... de tout et n'importe quoi. 

En résumé : entre ceux qui regardent des vidéos pornographiques de manière compulsive (principalement des hommes et malheureusement beaucoup d'adolescents qui se construisent une approche faussée et destructrice de la sexualité), ceux qui raffolent de vidéos de chatons, de vidéos gag,... ceux qui s'enfilent à la queue leu leu tout une saison d'une série sur Netflix, on augmente significativement les émissions de GES pour des activités de distraction alors qu'on essaye avec peine par ailleurs de les réduire pour des besoins vitaux (notamment pour la nourriture, le chauffage,...), autre enjeu de réduction que je ne remets nullement en cause. Je veux simplement mettre en évidence le sacré paradoxe qui fait mettre en avant des enjeux de réduction pour des besoins vitaux et passer sous un relatif silence des enjeux concernant des besoins non vitaux.

Je dis relatif silence car un rapport publié en 2019 a alerté et à été relayé par les médias.

Lien vers une infographie produite par le site internet novethic.fr (en notant que ce rapport indique que la pornographie représente 27% ; le livre de Sébastien Bohler donne un chiffre plus élevé : 1/3).

Suffit-il d'être conscient de cet enjeu lié au visionnage pour faire évoluer les comportements ? La réponse est la même que pour tous nos comportements dont nous savons qu'ils participent à l'emballement climatique : consommation de viande, utilisation de véhicules diesel, voyages en avion,...

Je donne un exemple qui me permettra de relayer des conseils : l'INC (Institut National de la Consommation) prodigue des conseils avisés sur la bonne utilisation des vidéos dans l'article Quels sont les impacts du streaming vidéo sur l'environnement ? Avec l'ADEME Avant de vous précipiter pour cliquer le lien, je vous engage à lire les quelques mots qui viennent : l'INC fait donc de l'information et du conseil pratique ... sauf qu'elle le fait sous forme de vidéo. Heureusement, il y a aussi un texte reprenant ces conseils, qui se trouve après la vidéo. Donc mon conseil, ne déclenchez pas la vidéo, et prenez connaissance du texte. Le paradoxe étant qu'on veut agir pour réduire l'empreinte des vidéos et qu'on fait passer le message avec une vidéo alors que le texte était largement explicite et suffisant. Paradoxe et incohérence sont bien au cœur du problème.

Sébastien Bohler a le très grand mérite de nous faire prendre conscience qu'une partie centrale de notre cerveau, la plus ancienne, le striatum, nous pousse au plaisir à bon compte, applique le principe "la fin (faim) justifie les moyens", ne s'intéresse nullement au futur, fonctionne en mode Mr Toujours Plus, en recherchant le moindre effort et sans cesse en se comparant avec ceux qui ont plus que lui.
Imaginez que vous viviez avec un conjoint ou un enfant avec de telles caractéristiques ! Prenez quelques secondes ! Imaginez votre enfant qui vous réclame quelque chose ; il pigne, il s'énerve, il vous énerve. Vous résistez, vous résistez et peut-être qu'à un moment vous allez céder. Il vous demanderait la lune, vous auriez de sérieuses raisons pour ne pas répondre à sa demande particulièrement insistante. Sauf ce qu'il vous demande lui tend les bras, c'est plus au moins accessible pour votre porte-monnaie ... et finalement vous cédez pour être tranquille ... 5 minutes, car au bout de 5 minutes ce qu'il vous aura demandé n'aura plus d'intérêt (peut-être finira-t-il à la poubelle ?) et il pleurniche maintenant pour autre chose. Et au bout d'un moment, vous n'avez plus envie de vous battre et vous accédez à ses demandes ; au moins vous avez le sentiment d'être tranquille. Ne serait-ce pas une illusion, d'ailleurs ?
Peut-être que c'est votre réalité, malheureusement ? Auquel cas, je vous plains très sincèrement.

Par contre, ce qui est sûr, c'est qu'un tel monstre d'égoïsme est en nous, plus ou moins présent : le striatum est au cœur du cerveau, il veut faire sa loi, il ne lâche rien, jamais. Ce qui fait son niveau de présence et de poids dans les décisions, c'est la force de la connexion qui part du cortex vers le striatum. Le cortex est la partie du cerveau qui sait prendre en compte le futur et qui sait planifier. Ce qui rend un humain responsable c'est non son intelligence en soi, c'est sa capacité à réduire la domination du striatum sur le cortex. Le problème n'est pas le manque d'intelligence. Au contraire, le gigantesque problème depuis le début de l'ère industrielle c'est que la grande intelligence d'un petit nombre (les inventeurs, les concepteurs de processus et les communicants) a été mise au service du striatum, notamment du fait de décisions politiques. Sébastien Bohler rapporte des propos très éclairants d'un document remis en 1929 à Herbert Hoover, président des États-Unis : "L'enquête montre… que les désirs sont insatiables ; un désir satisfait ouvre la voie à un autre. Pour conclure, nous dirons qu'au plan économique un champ sans limite s'offre à nous… notre situation est heureuse, notre élan extraordinaire". Vous noterez le côté presque jubilatoire. Bref, des propos dont il est visible qu'il est influencé par le striatum de l'auteur du document ; jubilation qui a fait tâche d'huile chez les capitalistes et chez les politiques, notamment les libéraux. La croissance est partout, dans toutes les bouches, dans presque tous les systèmes d'exploitation y compris sur le sujet écologique avec l'idée de "croissance verte".

Le cortex est donc d'une certaine façon à l'image du striatum : super ambivalent ; son côté créatif et astucieux peut être constructeur ou destructeur. Et c'est le niveau de conscience qui fait basculer d'un côté ou d'un autre. Rabelais a parfaitement résumé l'enjeu bien avant l'époque industrielle "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Sur le fronton du Temple de Delphes étaient inscrits "Connais-toi toi-même !" et "Rien de trop !". Voltaire a écrit dans La Bégueule "Le mieux est l'ennemi du bien". On ne peut pas dire que l'invitation à la conscience et à la sagesse soient choses nouvelles.

Il y a ambivalence aussi côté striatum : il est le moteur de la survie et de l'apprentissage. Mais non canalisé, il nous met dans des comportements frénétiques et inconsidérés.

Biologiquement, tout se joue au niveau des connexions neuronales entre le cortex et le striatum : plus elles sont solides et actives et plus elles peuvent inhiber l'activité frénétique du striatum.

Bon, on fait quoi maintenant ?

Depuis quelques années avec de nombreuses études aidées par l'imagerie médicale, les scientifiques ont tiré un enseignement : la neuroplasticité du cerveau.

L'espoir est donc de pouvoir se muscler la connectivité entre le cortex et le striatum. Chacun de nous peut agir en ce sens pour lui-même et pour son entourage, notamment avec ses enfants. Il s'agit essentiellement d'apprendre où de réapprendre la patience, à prendre des décisions en intégrant les impacts moyen et long terme. Un des enjeux centraux selon moi réside aussi dans la culture de l'appréciation et de la gratitude pour éviter les fuites en avant, la banalisation, le sentiment que les choses sont dues. Il y a aussi à faire face à la lassitude de situations qui ne suivraient pas la logique Mr Toujours Plus. J'appelle la logique inverse : "Sam'vabien"

Mais le faire chacun de son côté n'est pas du tout suffisant : il faut que la société dans son ensemble favorise la patience et la prise en compte du futur dans les décisions dans toutes les strates de la société et sur tous les champs (économique, politique, éducatif, culturel,...).

L'idée d'une articulation entre responsabilité individuelle et collectives que j'ai mis en avant très fréquemment dans mes articles à propos de la Qualité de Vie au Travail sur laqvt.fr

Et individuellement, il ne faut pas tomber dans le piège que je perçois souvent dans les propos de quelques personnes rétives à l'écologie que je côtoie : l'attentisme du fait que la société et les acteurs ayant la plus grande empreinte écologique fassent le premier pas, sous prétexte que l'effort individuelle serait une goutte d'eau dans un océan.

Deux questions apparemment simples et structurantes me semblent centrales au niveau des décisions individuelles et collectives
  1. "En ai-je vraiment besoin ?"
  2. "Puis-je me le permettre au regard des enjeux climatiques et sociaux ?"
Répondre "Non" à une de ces questions doit nous conduire à ne pas activer le comportement, et si possible sans se sentir frustré outre mesure. Et il sera peut-être nécessaire de renoncer à un comportement alors qu'on a répondu "Oui" à la première et "Non" à la deuxième. Par exemple : "Oui", j'ai besoin de mon ordinateur, mais s'il faut à un moment prendre la décision d'arrêter de l'utiliser si le niveau de connaissance sur l'emballement climatique le justifie, je le ferai. Mais déjà, à titre personnel, j'ai décidé de ne plus diffuser sur ce site de nouveaux diaporamas en mode vidéo commentée.

Pour éviter la frustration, il me semble nécessaire la prise de conscience suivante : dans la mesure où nous devons baisser l'empreinte écologique et qu'elle ne peut se traduire que par une baisse des activités humaines et du consumérisme, il nous faut accepter l'idée de ne plus disposer de tout immédiatement. Accepter d'attendre certaines choses, de faire une croix sur d'autres. Quand on parcourt son habitation et que l'on recense les objets un par un, il est facile de voir qu'on pourrait s'en passer d'un certain nombre, notamment en matière de vêtements.
Je suis convaincu qu'aller vers la sobriété ou plus de sobriété peut avoir une dimension exaltante, voire de challenge pour les personnes qui aiment bien fonctionner dans ce mode (mais attention au retour de manivelle une fois l'objectif atteint parce que l'esprit de challenge, c'est du striatum pur jus). 

Il y a aussi à refuser individuellement et collectivement des comportements trop longtemps tolérés. Je pense notamment à l'obsolescence programmée. Ce qui renvoie à de multiples responsabilités :
  • Celle des entreprises de produire des objets durables
  • Celle des salariés d'entreprises jouant de l'obsolescence programmée pour peser sur les dirigeants
  • Celle des consommateurs pour boycotter les produits concernés et favoriser les produits vertueux
  • Celle des consommateurs pour conserver longtemps leurs objets et ne pas céder à la mode et à l'attrait de nouvelles fonctionnalités gadget
  • Celle des pouvoirs publics pour penser une société durable, en ne se laissant pas obnubilés et enfermés par la variable "emploi"
  • Celle des pouvoirs publics pour mettre en place des mesures punitives face aux comportements manifestement déloyaux
Je termine par l'expression de ma gratitude à Sébastien Bohler et à tous les scientifiques qui ont contribué à la connaissance qu'il rapporte avec beaucoup de clarté et de manière très accessible.
J'ai essayé d'apporter ma modeste contribution par mes réflexions exprimées dans cet article et par l'invitation à la fois enthousiaste et insistante à lire son livre

Tout l'enjeu maintenant est de mettre fin à un paradoxe :  plus notre niveau de connaissance des lois de la nature augmente plus nous la détruisons avec l'illusion que l'intelligence humaine saura trouver une parade, la plus ultime étant de trouver un autre habitat que la terre une fois qu'on l'aura rendu inhabitable aux êtres vivants, nous y compris.

Alors avant de penser à quelle hypothétique planète on pourrait coloniser, sauvons-en une bien réelle : la terre qui nous fait le cadeau unique de nous abriter et dont nous sommes chacun coresponsables de sa bonne santé et en préservant la nôtre puisque nous en faisant partie intégrante. Il s'agit aussi comme pour l'utilisation des toilettes : laisser aux suivants dans le même état qu'on l'a trouvée à notre arrivée (et si possible dans un meilleur état puisqu'elle est déjà bien atteinte).

lundi 23 septembre 2019

Aligner "pourquoi", "quoi" et "comment", sous le signe de la bienveillance

Ce lundi 23 septembre 2019 pourrait être une date capitale pour la biosphère (ensemble des organismes vivants - dont les êtres humains - et leurs milieux de vie) : les Chefs d'Etat ont été invités instamment par António Guterres, Secrétaire général de l'ONU, à faire des propositions concrètes pour faire face à l'emballement climatique. Une conférence climat est organisée ce jour au siège de l'ONU à New-York. A cette occasion, le GIEC présentera un nouveau rapport sur le sujet du réchauffement climatique.

L'enjeu est de taille : réduire de manière importante l'impact des activités humaines sur le climat. Et pour ce faire, et vu l'urgence, il est nécessaire selon moi que les sociétés et les individus changent de paradigme et organisent leurs pensées, leurs paroles et leurs actes autour de l'idée de bienveillance : nous, êtres humains et autres qu'humains, habitons la même maison ; nous faisons partie d'une même grande famille et il s'agit à la fois de réparer la maison et d'en faire usage de la meilleure façon pour qu'elle ne se désagrège pas à une vitesse incroyablement plus grande que celle des générations précédentes, dans une forme de boulimie autodestructrice, faisant fi des générations futures et même des générations présentes. Autre enjeu : qu'elle n'extermine pas une partie de ces habitants.

Je vous propose le schéma suivant (1) pour introduire 4 axes de bienveillance (modèle de ma conception dit "bienveillance à 360°") :


Il s'agit donc d'exercer une bienveillance de manière conjuguée et indissociable vis-à-vis
  • de soi-même, 
  • de la nature, 
  • d'autrui 
  • et des collectifs et communautés auxquels on appartient. 
Bienveillance à comprendre au sens BienVeillance, à savoir veiller au bien, dans les intentions, dans les décisions et aussi dans les actes. La bienveillance ne peut être sans acte.

Une telle bienveillance appelle à une juste conscience sur 3 dimensions :
  • la réalité de la situation de la planète et de nos sociétés, sans déni ; en écoutant les scientifiques qui rapportent leurs observations, y compris avant qu'elles ne fassent consensus au sein d'organismes comme le GIEC (ce qui prend du temps), en faisant vivre judicieusement le principe de précaution, d'autant plus quand cela n'impacte que notre confort et notre frénésie consommatrice ;
  • les impacts de nos comportements, en sachant interroger tous nos comportements, les plus banals (allumer une lampe, acheter des oignons qui viennent de Nouvelle Zélande, ...), ceux qui vont dans le sens de la facilité, voire de la fainéantise (motorisation des volets, portails, prendre sa voiture pour quelques centaines de mètres, ...), ceux qui relèvent d'une recherche de la meilleure affaire possible ou du moins cher, ceux de l'accumulation de gadgets, ... ;
  • nos responsabilités individuelle et collectives : celle de peser sur les autorités pour faire bouger les politiques publiques et celle de jouer nos rôles (chacun de nous en a plusieurs) dans les différentes sphères de vie, en veillant à la bien-portance des écosystèmes selon les 4 axes présentés précédemment.
Un changement de paradigme qui doit nous aider à un diagnostic des activités humaines, y compris donc nos propres comportements et à la coconstruction d'un nouveau rapport de l'être humain avec la nature et avec ses semblables. On peut le faire autour de 3 questions fondamentales :
  • Pourquoi on fait les choses (pourquoi voudrait-on les faire) ?
  • Que fait-on (que voulons-nous faire) ?
  • Comment fait-on les choses (comment voudrait-on les faire) ?
J'attire l'attention sur le "comment" : je constate que bien des projets "vertueux" sur le "pourquoi" et le "quoi" font l'impasse sur le questionnement du "comment" et reproduisent exactement les mêmes façons de faire que les modèles archaïques et/ou vicieux dont ils seraient des alternatives. Dit autrement, on veut fabriquer le paradis en utilisant des façons de faire délétères. 

Quand je dis "délétère", je veux en distinguer deux types, ce qui me permettra de présenter la 2ème caractéristique principale du modèle de bienveillance 360 : 
  • la malveillance : tension, agressivité voire violence (physique ou/et psychologique), gestes obscènes, ...
  • l'absence de bienveillance : souvent due au manque de temps, à un sentiment d'urgence ou à une prégnance du projet par rapport à l'individu; l'absence de bienveillance se traduit par un déficit de reconnaissance, de convivialité, de feedback (rétroaction), de soutien en cas de difficulté, de considération ; en quelque sorte, l'individu avec ses aspirations et ses attentes, se sent oublié, voire inexistant
Autrement dit : la bienveillance n'est pas une valeur binaire dont l'antivaleur serait la malveillance. En réalité, nos écosystèmes et nos sociétés souffrent à la fois de malveillance et à la fois d'absence de bienveillance, sachant que la 2ème peut avoir des impacts négatifs encore plus grands que la 1ère, d'autant plus qu'elle est plus banale et qu'elle fait l'objet de moins de culpabilisation et d'actions pour y remédier.

Si on veut construire un monde plus bienveillant, il faut le faire de manière bienveillante. Et de ce point de vue, on apprend en marchant, sinon la bienveillance ne reste qu'une vague idée, valeur dépourvue de substance et de chair. Il faut que les personnes qui utilisent le mot, qui en font la promotion puissent l'incarner avec détermination et avec humilité, car (presque) personne n'est exemplaire (certainement pas moi), au même titre que (presque) personne n'est exemplaire par rapport à son empreinte écologique (pas moi non plus).

Une bienveillance à 360° sur le "pourquoi", le "quoi" et le "comment" pour aborder ce changement de paradigme auquel nous ne pouvons plus nous soustraire, et qui suscitera, je l'espère, de beaux élans d'enthousiasme plutôt que d'y aller à reculons

Choisissons un monde de demain bienveillant plutôt que de nous en voir imposer un malveillant par un emballement climatique qui surviendrait dans des sociétés centrées sur la compétition, l'individualisme et la défense du territoire et des ressources.

(1) Ce schéma à 4 axes présentant l'inconvénient d'une séparation entre l'être humain et la nature, j'en ai conçu également un autre en intégrant la nature dans chacun des 3 autres axes : 
  • la nature est en moi (je suis un organisme vivant comme un autre avec des cellules)
  • "autrui" peut être humain comme autre qu'humain ; celles et ceux qui ont des animaux domestiques le comprendront bien ; idem pour celles et ceux qui ont des rapports étroits avec leurs plantes
  • les collectifs et communautés ne sont pas qu'humains : ils peuvent être aussi inter-espèces. On peut ainsi aussi ajouter aux collectifs et communautés les communs
Ce qui donne le schéma revisité suivant :


dimanche 15 septembre 2019

Une date clé pour la planète : lundi 23 septembre 2019 ?


A l'initiative d'António Guterres, Secrétaire général de l'ONU, le sommet action climat 2019 est organisé à New-York lundi 23 septembre 2019.

"Ce sommet constituera une étape déterminante dans la coopération politique internationale et incitera de vastes mouvements de soutien au cœur de l’économie réelle. Ensemble, ces évolutions enverront des signaux politiques et commerciaux puissants et donneront un nouvel élan ... nécessaire pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris et les Objectifs de développement durable."

Dans un discours du 10 septembre 2018 (traduction automatique en français), le Secrétaire général de l'ONU a alerté sur la lenteur avec laquelle les pays concrétisent leur engagement par rapport à l'Accord de Paris. L'objectif est de "maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2°C, et de mener des efforts encore plus poussés pour limiter cette hausse à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels".

L'année dernière, presque jour pour jour, le Secrétaire de l'ONU avertissait de l'urgence et évoquait un cap à court terme pour changer réellement les politiques et comportements :
« Si nous ne changeons pas de cap d'ici 2020, nous risquons de passer à côté de l'essentiel qui fait que nous pouvons éviter un changement climatique galopant, avec des conséquences désastreuses pour les populations et tous les systèmes naturels qui nous font vivre. »
Avec notamment les incendies dans les forêts amazoniennes et sibériennes, cette urgence est objectivement renforcée. Un nouveau rapport du GIEC devrait donner de nouvelles informations sur l'évolution du réchauffement climatique et des préconisations. Espérons qu'il prendra en compte au mieux les inquiétudes de chercheurs travaillant sur les effets du dégel du permafrost (cf mon article précédent Le papillon, la serre et le permafrost (ou pergélisol))

Ce faisant, António Guterres s'adressait aux Etats, mais aussi aux citoyens, en insistant sur la participation des jeunes et des femmes :
"Il est impératif que la société civile - les jeunes, les groupes de femmes, le secteur privé, les communautés de foi, les scientifiques et les mouvements populaires du monde entier - appellent leurs dirigeants à rendre des comptes".

L'initiative de Bill De Blasio, maire démocrate de New-York, et de l'administration scolaire de la ville fait écho à cela : ils ont donné leur feu vert pour que les élèves des écoles s'absentent de leur classe pour aller participer à la grande manifestation qui aura lieu le vendredi 20 septembre 2019 ; manifestation emmenée par la jeune Suédoise Greta Thunberg. Un potentiel de plus d'un million d'élèves.

Ces deux événements sont organisés dans le cadre d'une semaine internationale sur le climat qui aura lieu du vendredi 20 septembre au vendredi 27 septembre 2019. Le vendredi 20 septembre centré sur les jeunes de tout age.

En France, des événements auront lieu les vendredi 20 et samedi 21 septembre 2019 sur l'ensemble du territoire. L'organisation Greenpeace propose une page internet pour connaître les lieux de ces manifestations.

On ne sait pas forcément comment participer au changement climatique et plus globalement au développement durable au-delà de manifester. Je vous invite à consulter deux guides très concrets élaborés par les Nations Unis pour quelques pistes d'actions, y compris quand on a tendance à rester dans son fauteuil :