mardi 28 septembre 2021

Santé mentale et bienveillance - Chronique sur la Bienveillance et la rentrée - Episode 35

 



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Voici le 35ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par la tenue depuis hier lundi 27/09/2021 jusqu'à aujourd'hui mardi 28/09 des Assises de la santé mentale voulues par le Président de la République en 2019, prévues en 2020 et reportées pour cause de confinement.

Santé et santé mentale

Je reprends une nouvelle fois dans mes articles la définition de la santé par l'OMS :

"La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité".

La santé mentale est donc une composante indissociable des deux autres composantes de la santé (physique et sociale). 

En s'inspirant de cette définition, la santé mentale ne se réduit pas à l'absence de maladie ou de trouble mental. L'enjeu en matière de santé mentale est donc non seulement la prise en charge et la prévention des maladies et troubles psychique mais aussi de promouvoir et de contribuer au bien-être psychique.

L'OMS ayant travaillé à une définition propre de la santé mentale :

"La santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté".

3 dimensions de la santé mentale sont énoncées sur Santé publique France :
  • la santé mentale positive (contribuant à l'état de complet bien-être physique, psychique et social) ;
  • la détresse psychologique réactionnelle ; c'est la réaction à un événement traumatique ou à une difficulté existentielle ;
  • les troubles psychiques de durée variable ; ils peuvent être liés à des facteurs génétiques.

Force est de constater que les systèmes de santé sur la planète sont très très loin du compte, avec déjà une véritable insuffisance de prise en charge des maladies et troubles dont le nombre s'est élevé avec la crise du Covid, notamment chez les jeunes et les personnes âgées.

A noter que 4 des 10 principales causes mondiales d'incapacité sont liées à des problèmes de santé mentale : la dépression (N°1), les problèmes d'alcool (N° 5), la schizophrénie (N°7), les troubles bipolaires (N°9).

Les idées toutes faites

La reconnaissance de la santé mentale et des malades se heurte à des idées toutes faites qu'il s'agit encore de déboulonner.

En voici quatre particulièrement fréquentes :
  • les maladies mentales assimilées à la folie ou à la démence ; le terme "malade mental" étant lui-même connoté "fou" ;
  • un certain nombre de maladies et de troubles, notamment la dépression et les troubles anxieux étant mis par beaucoup sur le compte d'un manque de volonté et de ne pas savoir prendre sur soi ;
  • psy = psychanalyse, avec une grande confusion sur les différences qu'il y a entre psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste. Et j'en profite pour les exposer car il n'est pas forcément facile de s'y retrouver :
    • un·e psychiatre est un médecin, avec une spécialisation "psychiatrie", dont les séances sont remboursées par la Sécurité Sociale. Il peut délivrer des médicaments et prescrire une hospitalisation ; et selon leur orientation, ils utilisent une ou plusieurs méthodes de psychothérapie (voire aucune, se limitant au diagnostic et à la prescription de médicaments)
    • un·e psychologue a un diplôme universitaire en psychologie. C'est une profession réglementée. Il peut exercer en libéral ou en hôpital. Il n'est pas remboursé par la Sécurité Sociale et ne peut pas délivrer d'ordonnance médicale. A noter qu'un docteur en psychologie n'est pas pour autant médecin (au même titre qu'un docteur en droit, ... ne l'est pas). Tous les psychologues ne s'adressent pas spécifiquement à la santé mentale. Il s'agit notamment des psychologues cliniciens ou clinique
    • "psychothérapeute" n'a pas été un titre encadré légalement pendant longtemps. On pouvait s'autoproclamer ainsi et ouvrir son cabinet. Il est maintenant nécessaire de suivre depuis 2010 une formation en psychopathologie clinique (cf page internet dédiée de l'ARS IDF)
      Mais en même temps, "psychothérapeute" est aussi un qualificatif porté par des médecins et psychologues cliniciens qui utilisent une ou plusieurs méthodes de psychothérapie dans leur activité (méthodes dont ils ont suivi aussi une formation)
    •  un·e psychanalyste n'est pas un titre encadré légalement. Un peu comme pour le qualificatif "psychothérapeute", le qualificatif "psychanalyste" fait référence à une activité de psychanalyse exercée par des psychiatres, des psychologues mais aussi par n'importe quel individu ayant suivi une cure analytique pendant plusieurs années et ayant décidé de pratiquer la psychanalyse pour autrui, sous la supervision d'un psychanalyste plus expérimenté. Historiquement, la psychanalyse s'est confondue avec la psychothérapie en France qui reste un des pays où elle est la plus présente alors que dans de nombreux pays, elle a fait place à d'autres psychothérapies dont certaines sont préconisées par l'OMS ; il s'agit notamment les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC), les Thérapies familiales, l'Art thérapie, ... . A noter que l'imagerie médicale a été fortement aidante pour faire la preuve que certaines thérapies donnent des résultats aussi bons voire meilleurs que des médicaments pour certains troubles, et notamment pour la dépression et les troubles anxieux (et la psychanalyse n'en fait pas partie à ma connaissance).
  • dépression =  antidépresseur et anxiété = anxiolytique ; on entend souvent que la France possède un triste record : celui d'être le pays le plus consommateur d'antidépresseurs. En réalité, la France se situe sous la moyenne, avec environ 60 cachets pour 1 000 habitants. Pour autant, c'est très interpellant de savoir que bon nombre de prescriptions pourraient être remplacées par plus d'écoute et par l'orientation vers des méthodes psychothérapeutiques, encore faudrait-il qu'il y ait suffisamment de professionnels exerçant des psychothérapies prises en charge par la Sécurité Sociale

Le besoin criant d'une vision holistique et d'un travail sur les préjugés

Tout au long de ma vie, j'ai été frappé autour de moi en quoi notre système de santé et notre culture est incapable de considérer de front et de manière indissociable la santé physique ET la santé mentale ET la santé sociale. Et même au sein d'une même catégorie (notamment la santé physique), en quoi le cloisonnement des spécialités de médecine fait considérer la santé et les troubles par un très petit bout de la lorgnette, et souvent avec une focalisation sur des symptômes. Et malheureusement, combien de fois j'ai vu des malades autour de moi se faire trimbaler comme des patates chaudes ou des balles de ping-pong d'un spécialiste à un autre, laissant au malade la responsabilité de faire un liant qui n'est pas toujours écouté.

Je ne veux pas en faire une généralité, mais que nous sommes loin d'une vision holistique où chaque professionnel de santé considère le patient et sa santé dans sa globalité et se considère comme une partie prenante faisant équipe avec d'autres pour aider le malade à faire face à sa maladie, la traiter et si possible la guérir.

Nous avons besoin aussi que l'individu lui-même et son entourage porte un œil bienveillant sur le possible trouble mental, sans honte, sans (auto-)culpabilisation, dans la compassion, dans le soutien.

Pourquoi n'aurions-nous pas autant de compassion envers quelqu'un dans notre entourage qui est en dépression qu'un autre qui a des problèmes cardiaques ? Au même titre que pourquoi avons-nous un frein intérieur très fort à faire face à une baisse de notre audition et à nous appareiller, alors que la baisse de notre vue nous conduit presque sans sourciller à foncer chez l'opticien, et plutôt deux fois qu'une (en faisant référence à la possibilité de s'équiper de deux paires de lunettes pour le prix d'une) ?

Une discipline de la psychologie pour aborder la santé mentale positive : la psychologie positive

Puisque je m'intéresse depuis plusieurs années à la psychologie positive, il ne m'est pas possible d'oublier cette discipline dans cette chronique concernant la dimension positive de la santé mentale et de la santé au sens le plus large.

La naissance de la psychologie positive date de la fin des années 1990. Elle s'intéresse aux facteurs qui créent le bien-être de l'individu et de nos sociétés, prenant le contre-pied de toutes les recherches précédentes de la psychologie s'intéressant aux maladies et aux troubles. 

L'intérêt de cette discipline est qu'elle a fait l'objet de nombreux ouvrages à destination du grand public et qu'il est possible de s'approprier des techniques sans faire forcément appel à un professionnel de la santé mentale. Voici quelques auteurs de référence : à l'international : Tal Ben Shahar, Martin Seligman, Robert Emmons (gratitude), Mihaly Csikszentmihalyi (notion de "flux"), Sonja Lyubomirsky, Gretchen Rubin, Barbara Fredrickson (émotions positives) et francophonie : Jacques Lecomte, Rébecca Shankland (notamment la gratitude), Ilios Kotsou, Florence Servan-Schreiber, Christophe André (par ailleurs spécialiste des TCC et de la méditation).

De la bienveillance dans toutes les directions

Nous avons besoin de cultiver la bienveillance dans plusieurs directions :
  • la bienveillance du malade envers lui-même ; on sait par exemple que pour une personne en dépression, il n'y a pas pire que s'autoflageller parce qu'on n'arrive pas à s'en sortir ;
  • la bienveillance de l'entourage vis-à-vis de la personne qui souffre d'un trouble ou d'une maladie mentale ; une bienveillance avec un équilibre pas toujours facile à trouver entre la compassion, la stimulation et une affirmation de soi bienveillante (notamment pour fixer des limites) ;
  • la bienveillance des professionnels de santé envers le malade, et en particulier le temps de l'écoute qu'ils peuvent accorder ;
  • la  bienveillance des professionnels de santé par rapport à eux-mêmes, et en particulier pour qu'ils prennent soin de leur propre santé ;
  • la bienveillance du système de santé envers les malades ; à savoir les moyens donnés pour une véritable prise en charge des malades et pour la prévention et pour la culture de la santé mentale positive ;
  • la bienveillance du système de santé et de la population envers les soignants ; à savoir les moyens et le temps donné pour qu'ils puissent aller au-delà que de donner des médicaments parce que c'est encore le moyen le plus économique en temps pour prendre en charge les malades ;
  • la bienveillance du citoyen envers le système santé ; il est facile de critiquer notre système de santé et je n'hésite pas à le faire. Mais il faut savoir aussi apprécier et gratifier ce qui est appréciable ; il faut savoir apporter sa contribution à une transformation du système de santé et ne pas s'enfermer dans une critique fortement teintée d'amertume, de ressentiment et de stigmatisation.






mardi 21 septembre 2021

Le "Je-Tu-Nous" pour arrêter de mettre le vivant à genoux - Chronique sur la Bienveillance et la rentrée - Episode 34

 


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Voici le 34ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par une interview au journal de 20H de France 2 dimanche dernier 19 septembre de Flore Vasseur et Marion Cotillard, respectivement réalisatrice/productrice et coproductrice du documentaire Bigger than us qui sort en salles ce mercredi 22 septembre 2021.




Un documentaire qui suit Melati jeune femme de 18 ans à la rencontre d'autres jeunes comme elle sur la planète qui ont pris l'initiative de créer leur propre projet pour répondre à un enjeu de société criant là où ils habitent. Justice environnementale, pouvoir de la jeunesse, droit des femmes, accueil et éducation des réfugiés, sécurité alimentaire, liberté d'expression sont les enjeux saisis par ces jeunes autour de la planète, acteurs et inspirateurs de bienveillance.

Partir du "Je"

Dans "Bigger than us", des jeunes, chacun dans son environnement, prennent l'initiative d'être et de faire le changement. Ils ne demandent pas la permission. Un élan, une audace les fait entrer en action à leur échelle. 
Faire à son échelle est probablement une façon de se lancer qui est facilitante. Commencer petit, avec les moyens du bord, sans accumuler des préalables à l'action ("pour démarrer il me faut ..., avoir le soutien de ..., l'autorisation de ...").

Se lancer dans une action transcendante et altruiste nécessite un égo équilibré
  • pas assez d'égo : la confiance en soi ne sera pas suffisante ;
  • trop d'égo : et le projet risque souffrir d'une motivation centrée sur la recherche de pouvoir, de reconnaissance, ... Si le projet devient collectif, il risque d'être centralisateur autour de la personne qui l'a lancé.

Inspiré par un "Nous"

Tout le monde ne se sent pas posséder - suffisamment -  l'audace, les capacités la disponibilité, la forme, ... pour créer un projet soi-même.  Il est alors possible de rejoindre un projet inspirant.

Pour ceux potentiellement en capacité de créer un projet, il peut être néanmoins pertinent de rejoindre une initiative collective plutôt que naviguer seul ou de vouloir créer un navire. C'est d'autant plus pertinent quand l'union fait la force. Quelques fois, il est inutile de s'épuiser à vouloir construire à partir de rien quelque chose qui existe déjà pas très loin et qui accueillerait avec enthousiasme l'énergie, les compétences et les valeurs humaines d'une personne de bonne volonté.
S'impliquer dans un "Nous" alors qu'on se sent capable de créer soi-même un projet fait appel à de la curiosité exploratrice (voir se ce qui se fait aux alentours) et à de l'humilité (comportant sa dose essentielle de lucidité).

Il me semble important de préciser que ce qui nous inspire dans le "Nous" est probablement plus souvent le projet lui-même (certains disent même "La cause") que le collectif et sa façon de fonctionner. Et c'est d'ailleurs ce qui peut poser problème ensuite : quand on rejoint un projet (une cause) inspirant et que l'on s'aperçoit que son mode de fonctionnement est antinomique. Typiquement en matière de bienveillance, quand le projet est centré sur la bienveillance à autrui ou à un écosystème, et qu'en interne, règne soit la malveillance, soit une absence de considération et d'attention aux membres.

Embarqué avec un "Tu"

Tout le monde n'a pas l'audace (ne pas oser par timidité) de frapper à la porte d'un "Nous" pour apporter sa contribution et essayer d'y trouver une place où bien se sentir. 
Et ce n'est pas un problème car il y a plusieurs portes d'entrée pour l'engagement. L'audace n'étant pas une condition indispensable pour trouver sa propre place au sein d'un vaste mouvement de transition. Transition qui devient de plus en plus nécessaire qui s'imposera à nous d'une façon ou d'une autre.

Il y a donc une 3ème porte possible : suivre ou se faire embarquer par quelqu'un de notre connaissance, lui-même engagé dans un projet (individuel ou collectif) portant attention et soin à des individus, à la planète, à des espèces vivantes, à la paix, ...

L'intégration dans le projet pouvant être facilitée du fait du niveau de proximité avec la personne concernée. Pour autant, rejoindre le projet d'un proche ou un proche dans un projet collectif amène souvent à découvrir ce proche dans un autre contexte qu'habituellement, et éventuellement sous un autre éclairage qui peut ne pas plaire, voire déplaire.

Des complémentarités

Il y a donc plusieurs portes d'entrée dans l'engagement dans un projet transcendant. Elles sont donc complémentaires, et les projets ont besoin de chacune de ces portes d'entrée tout au long de leur vie :
  • une ou quelques personnes qui créent ;
  • des personnes qui rejoignent le projet, inspirées par le projet et/ou par l'équipe constituée ;
  • des personnes qui s'embarquent ou sont embarquées par une personne de leur connaissance impliquée dans le projet.
Et puis il faut ajouter le soutien au projet que l'on peut apporter sans y être impliqué directement : en parler autour de soi, relayer sur les réseaux sociaux, soutenir par un don, ...

Il y a une autre forme de complémentarité qui mérite d'être jouée aussi entre projets, collectifs, communautés pour éviter des tensions inutiles et pour, au contraire, créer des synergies et de l'efficacité à des transformations. Je m'appuie sur l'excellent MOOC du mouvement des colibris sur la démocratie :

Il y est présenté l'idée de la complémentarité de 3 postures, 3 positionnements des projets, collectifs, communautés :
  • "avec" : quand on essaye de faire le changement à l'intérieur d'un système dominant
  • "contre" : quand on essaye de provoquer le changement en combattant le système dominant (ma préconisation allant bien évidemment vers une opposition non violente)
  • "à côté" : quand on développe des alternatives au système dominant, indépendamment de lui
Le dit MOOC insiste sur l'avantage que chaque positionnement peut tirer de l'efficacité des autres positionnements. Par exemple : ceux qui font avec peuvent s'inspirer de ceux qui font à côté pour essayer de faire bouger les lignes.


Trois pieds d'un tabouret qui en font sa stabilité, plutôt que trois camps qui se font la guerre, ou au mieux se regardent en chiens de faïence et se délégitimisent mutuellement. Notons qu'un même projet ou un même individu peut alterner ces 3 postures en fonction du sujet et du contexte du moment. Par exemple, moi-même, dans mes articles, j'alterne des articles où je dénonce, d'autres ou je propose des alternatives (notamment par ma modélisation d'une société et des territoires de la bienveillance) ; par ailleurs, j'ai essayé de faire bouger des choses dans des organisations enfermées dans des cercles vicieux de l'absence de bienveillance.

Il y a un 3ème niveau de complémentarité qui demande selon moi une certaine vigilance : la complémentarité façon "La tête et les jambes" entre les personnes cérébrales (penser) et celles qui mettent les mains dans le cambouis (faire). Bien évidemment les projets, collectifs et communautés ont besoin de ces deux types de capacité. Mais il ne suffit pas qu'ils se respectent et se reconnaissent mutuellement, sans chercher à se comparer de manière incessante, sans que le collectif valorise plus explicitement et implicitement les uns ou les autres. Je suis convaincu qu'il faut essayer tant que faire se peut décloisonner : inviter ceux qui font à venir aussi participer au travail de ceux qui pensent, et inversement, ceux qui pensent à venir participer sur le terrain avec ceux qui font. Les avantages sont multiples, et notamment :
  • une meilleure appréciation et reconnaissance mutuelle ;
  • une réduction des risques de déconnexion entre la façon dont on conçoit et organise le projet et la réalité sur le terrain ;
  • un développement des capacités de curiosité et d'apprentissage.

Coopération et "Je-Tu-Nous"

Je suis absolument convaincu qu'une saine coopération au sein d'un collectif ou d'une communauté se cultive autour de 3 dimensions :
  • intrapersonnelle, le "Je" : chaque être impliqué dans un collectif est un être singulier avec son état de santé, ses aspirations, ses capacités, son vécu, ses valeurs, ses habitudes, sa gestion des émotions, sa disponibilité, ses préférences, ... Il y a une relation bidirectionnelle entre la personne impliquée et le collectif, chacune des parties étant en responsabilité d'affirmer ses besoins, ses tensions et de prendre soin à la fois de l'autre et de la relation elle-même.
  • interpersonnelle, le "Tu" : au sein du collectif et dans le cadre des interactions avec d'autres personnes ne faisant pas partie du collectif, il y a le même type de relation bidirectionnelle, notamment avec les clients ou usagers, les fournisseurs et les partenaires. 
  • collective, le(s) "Nous" : "Nous" au pluriel, car souvent le collectif est composé de sous-collectifs et que par ailleurs, il fait partie d'écosystèmes plus vastes.
Autant de relations qui méritent d'être considérées avec le prisme de la bienveillance et de la réciprocité : je porte attention et soin à toi, à notre relation et j'attends que tu fasses de même, sachant que je suis aussi bienveillant avec moi-même et avec tout ce qui m'entoure. Des relations que l'on peut appréhender avec 4 dimensions de la bienveillance, élément de modélisation central de mes travaux sur la bienveillance.


J'ai particulièrement évoqué la question des responsabilités dans une relation dans l'article 6 responsabilités de bienveillance dans une relation.

Je suis tout autant convaincu que la construction d'une saine coopération s'articule autour du "Je-Tu-Nous", en 3 étapes :
  1. Je réalise un travail d'introspection pour être au clair avec moi-même sur mes aspirations, mes capacités, mes disponibilités, ... ;
  2. puis Je partage avec les autres membres qui ont l'intention de s'impliquer dans la coopération pour VOIR (voir et entendre ce qu'ils sont, ce qu'ils voudraient faire, comment le faire, apporter, vivre, ...) et ETRE VU (dire que ce je suis, ce que je voudrais faire, comment le faire, apporter, vivre, ...) ;
  3. puis Nous construisons ensemble une coopération qui cultivera les 3 dimensions du "Je-Tu-Nous".
Une telle construction de la coopération me semble une bonne façon de ne pas tomber dans le travers que l'on trouve dans beaucoup de collectifs visant le "Bigger than us" : le projet prend le pas sur les personnes qui le portent, avec très souvent un épuisement des personnes les plus impliquées. Les dites personnes qui laissent la place alors à d'autres personnes qui finiront elles aussi épuisées, ... constituant une boucle sans fin, un peu comme dans le mythe de Sisyphe. Une boucle sans fin que l'on banalise avec un sacré manque de lucidité :  "C'est normal, ça fait partie de la règle du jeu, on s'engage, on se désengage, c'est ce qui fait la vitalité du système !???" (cf mon article Juste engagement dans l'ESS et dans les mouvements de transitionS)

Une construction de la coopération dans laquelle on réfléchit à l'alignement entre le "Pourquoi", le "Quoi" et le "Comment". Un alignement notamment sur le plan de la bienveillance, qui doit ensuite être cultivé tout au long de la vie du projet pour que l'on puisse se sentir bien dans le collectif, dans la cohérence.

Agissons, quelle que soit la porte d'entrée

Alors, oui, ces jeunes admirables et admirés que l'on voit dans les documentaires comme "Bigger than us", dans des reportages, dans la vraie vie, ...doivent nous inspirer pour nous impliquer nous aussi.

Pas forcément comme eux en créant notre propre initiative, mais aussi en rejoignant une initiative collective déjà existante qui nous inspire, ou aussi en nous laissant embarqué par une personne de notre connaissance dans son projet individuel ou collectif.

Extirpons-nous du sentiment d'impuissance solitaire face à une situation où le vivant est mis à genoux et où bon nombre de personnes sont à genoux devant les diktats de la consommation, de la croissance, de l'urgence, de l'estime de soi façon baudruche, de l'argent comme valeur suprême, du pouvoir, du plaisir, du court terme, ... autant de diktats que l'on peut résumer par les caractéristiques déviantes d'une partie de notre cerveau, le striatum :


Passons donc de l'impuissance solitaire à la puissance coopérative bienveillante !

jeudi 2 septembre 2021

Du "faire" au "vivre pleinement" - Chronique sur la Bienveillance et la rentrée - Episode 33

 


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Voici le 33ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par la rentrée où un sacré enjeu pour beaucoup de monde est de faire entrer le maximum de choses dans son agenda et dans sa vie à la mode frénésie, y compris chez celles et ceux pour qui la chose pourrait sembler plus simple : les retraité·es.

Faire, et y croire dur comme fer

Je reviens dans cette chronique sur la genèse de ce blog : aborder le bonheur à travers des verbes.
Et il est vrai que le "faire" occupe une place énorme dans notre société. Un "faire" qui prend presque toute la place et même de plus en plus de place du fait de la conjugaison de deux phénomènes :

  • une partie de notre cerveau - le striatum - qui nous pousse à vouloir faire et avoir toujours plus, sans limite. Je vous renvoie au schéma ci-dessous et à mon article L'insoupçonnable et l'insoutenable. Insoutenable étant le qualificatif de la situation dans laquelle le "faire" a conduit l'humanité en seulement une poignée de dizaines d'années.


  • Notre société de consommation non seulement laisse le champ libre au striatum, mais aussi valorise ses dérives, notamment à travers ses normes sociales et ce vers quoi l'intelligence humaine est investie le plus (par exemple explorer l'espace et les planètes, de plus en plus loin alors même qu'on sous-investit notre intelligence pour prendre soin de notre planète et du vivant).
Un "faire" qui met la pression sur notre planète, sur les écosystèmes et sur beaucoup d'entre nous. Stress, anxiété, burnout, sentiment d'impuissance se propagent à tous les étages et à tous les âges.

Et pourtant des anciens nous ont averti : Voltaire avec "Le mieux est l'ennemi du bien" et en remontant beaucoup plus loin "Rien de trop" gravé sur le fronton du Temple de Delphes. Un autre conseil/principe gravé sur ce fronton mérite de faire une belle paire pour cette rentrée "Connais-toi toi-même" que je me permets de compléter par "... autrui et tes écosystèmes d'appartenance". De la lucidité, de la sagesse, de la curiosité exploratrice et du réalisme au programme de cette rentrée de septembre 2021.

D'autres verbes pour vivre pleinement

Je veux promouvoir ici brièvement et de manière non exhaustive quelques verbes qui me tiennent à cœur et qui sont, il me semble, au cœur des grands enjeux complexes auxquels l'humanité fait face. Enjeux qui se compliquent de plus en plus puisque les réactions individuelles et collectives ne sont pas du tout à la hauteur. Voici donc ces quelques verbes :
  • Être : vivre l'instant présent en lâchant prise régulièrement avec le passé et l'avenir
  • Penser : en essayant de sortir des habitudes, des schémas, des croyances, des aprioris, des jugements, des biais cognitifs (notamment la vision noire et blanc, la généralisation); Penser pour poser des intentions et des objectifs bienveillants pour soi, pour autrui, pour les systèmes d'appartenance 
  • Observer, écouter, sentir, ressentir : en utilisant tous les sens qui nous ont été donnés. 
  • Explorer : développer nos capacités à la curiosité exploratrice qui nous permet de découvrir, de nous relier, de créer de la proximité, de comprendre, d'apprécier, de nous émerveiller, ...
  • Expérimenter : en redonnant ses lettres de noblesse au droit à l'erreur, au tâtonnement, à l'apprentissage, et concernant le domaine scientifique : une expérimentation dans l'éthique ("Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", Rabelais)
  • Décider : en intégrant le court, le moyen et le long terme, en valorisant la pratique des délibérations et d'une démocratie favorisant la contribution de chacun·e ; décider en conscience pour ne pas laisser le "faire" et le déficit de responsabilité conduire à la non-décision dans des situations où ne rien faire peut être assimilé à non assistance à personne/écosystème en danger
  • Apprécier : donner de la valeur à ce que l'on vit à chaque instant, à tout ce que nous recevons et dont nous profitons sans nous en apercevoir, notamment du fait d'un principe premier : l'interdépendance, du lever au coucher
  • Gratifier : la gratitude est déjà un cadeau que l'on se fait à soi-même puisque c'est une émotion positive. Bien loin du "Dis merci à la dame !" faisant que de nombreuses générations ont appréhendé (peut-être jusqu'à la lecture de cet article ?) la gratitude comme une obligation ou un rappel à l'ordre ou une politesse.
  • Se donner du temps : comme un cadeau que l'on se fait à soi, et mutuellement ; et surtout pas dans une logique négative ou sacrificielle (je prends du temps voire pire : "j'accepte de perdre du temps"). En prenant conscience que la bienveillance, l'attention, la reconnaissance, l'équilibre, la prévention, la perspective long terme ... rien n'est possible si on ne se donne pas du temps, individuellement et collectivement
  • Prendre du recul : comme contre-poids indispensable au "faire"
  • Se relier : avec soi-même et ses aspirations profondes (intériorité), avec ses émotions, avec son corps, avec autrui, avec ce qui est plus grand que nous, avec le vivant, avec nos écosystèmes d'appartenance. Contribuer à la création de résonance.
  • Communiquer : la précipitation du "faire" se faisant souvent au sacrifice d'une communication bilatérale ou multilatérale, communiquer nous économise combien de malentendus et de tensions à un "faire" frénétique qui tape à côté des vrais enjeux et/ou crée des victimes collatérales évitables.

Relier ces verbes entre eux avec ma modélisation de la bienveillance

Un certain nombre de ces verbes s'influencent les uns les autres tout au long du processus décrit ci-dessous. Démarrer ce processus dans la bienveillance aidera d'autant plus facilement à le dérouler ensuite dans la bienveillance, formant ainsi un cercle vertueux. Inversement, le démarrer en prêtant une attention privilégiée voire focalisée sur ce qui ne va pas ou nous déplaît a forte probabilité de conduire à de la malveillance, dans un cercle vicieux.



Je préconise de baigner les verbes suivants dans la bienveillance de bout en bout, en prenant conscience de l'enseignement du schéma précédent : notre façon d'observer est capitale et peut conditionner fortement successivement nos façons de penser, de ressentir, de décider, de dire et d'agir.
Nos actions bienveillantes peuvent susciter des feedbacks des personnes bénéficiaires, partenaires ou observatrices. Feedbacks qui pourront dépendre du niveau de bienveillance de ces personnes, de leur niveau de lecture bienveillante de nos actions et du caractère contagieux de la bienveillance dans nos actions.



Je finis par un schéma qui est antérieur à mes travaux sur la bienveillance mais qui s'intègre aisément dans ces travaux : il concerne l'enjeu capital de la gratitude qui découle aussi d'un processus enchaînant plusieurs verbes (observer, apprécier, attribuer, ressentir, ...). Un processus où le facteur "temps" est essentiel à chaque étape.



Alors, bonne rentrée à toutes et à tous, en mettant à votre programme - que je vous souhaite allégé et juste - des verbes qui vous iront bien et qui feront du bien autour de vous.
Donnons du temps pour la bienveillance ! 
Redonnons-nous du temps PAR la bienveillance !