dimanche 2 décembre 2018

Les enjeux du bonheur en verbes

J'ai eu l'idée d'intituler ce blog les verbes du bonheur suite à une réflexion que je me suis faite à propos des verbes fondamentaux : être, avoir et faire.

J'ai travaillé sur un diaporama, que j'ai laissé de côté puis est venue la création du blog. En 2014, je l'ai repris pour le présenter au comité éditorial de laqvt.fr. J'en ai ensuite fait une version commentée que j'ai placée sur Youtube pour la mettre en visibilité de quelques personnes. Et pour être très honnête, si j'avais bien en mémoire ce diaporama et son contenu, j'avais oublié que j'en avais fait une version commentée restée en mode privé sur Youtube.

En faisant un travail de recensement, j'ai donc retrouvé cette version que j'ai décidé de publier sur ce blog. Je me doute que la vidéo ci-dessous est à contre-courant de ce que l'on recherche et de ce que l'on a l'habitude de voir sur Internet : elle a une durée de 15 mn. Mais j'assume le fait de me donner du temps pour expliquer. Ensuite aux lectrices et lecteurs de voir s'ils ont envie et le temps de se poser pour en prendre connaissance. On le fait bien pour un livre, alors pourquoi pas pour un diaporama ?

Je ne résume pas cette vidéo car cela casserait l'effet de progression de mon propos.

Bon visionnage pour celles et ceux qui franchiront le pas !



Ce diaporama est en lien avec une conception du bonheur que j'ai formulée de la façon suivante :

Une conception du bonheur par Olivier Hoeffel

dimanche 25 novembre 2018

Travailler XXX des malades

Cet article m'a été inspiré par mon épouse qui, à la fois comme un bon mot, et à la fois comme un constat récurrent inquiétant, m'a dit : "c'est un comble, les soignants travaillent comme des malades".


Comme des malades


Comment la société, et probablement une partie des professionnels médicaux voient-elles le rôle de ces professionnels ? Réponse : ils travaillent POUR des malades.

Ce qui amène à deux remarques :

1/ la société et les professionnels devraient mettre un poids plus fort sur la santé positive, à savoir ce qui participe à ce qu'on se sente bien physiquement, psychiquement et socialement.
Je me réfère à la définition de la santé par l'OMS qui date de la fin de la deuxième guerre mondiale :

La Santé par l'OMS, un continuum

On peut la représenter sur un continuum schématisé ci-dessus. En simplifiant, on peut considérer que les professionnels de santé et la société sont plus focalisés sur la partie gauche que sur la partie droite. La priorité étant de soigner et de prévenir contre les maladies, accidents, ...
Cependant, notons notamment trois tendances qui s'intéressent à la partie droite :
  • la salutogenèse qui est une approche portant sur les facteurs favorisant la santé (positive) et le bien-être
  • les notions de santé positive et de santé mentale positive
  • la psychologie positive, discipline de la psychologie qui s'intéresse à ce qui contribue au bien-être psychique

Il me faut ajouter une discipline beaucoup plus ancienne qui est inscrite dans une culture qui n'est pas la nôtre : la médecine chinoise.
Donc dans "Travailler POUR des malades", il serait bon d'aller au-delà de l'état de malade.

2/ "Travailler POUR des malades" renvoie à une image des professions médicales où il y a d'une part celui qui sait et qui soigne, le professionnel médical, et d'autre part le malade dans un rôle relativement passif. "Travailler POUR des malades" mériterait d'être reconsidéré en "Travailler AVEC des malades" et pour intégrer ma remarque précédente : "Travailler AVEC des personnes en poursuite de bonne santé".
Le mot AVEC renvoie à deux idées : celle de la coopération et celle d'une attention réciproque où chaque partie prenante s'intéresse à l'autre. Quand il s'agit de soignants, cela évoque l'idée de prendre soin des soignants. J'ouvre une parenthèse sur le AVEC avec un deuxième enjeu : une meilleure coopération entre professionnels de santé de telle manière que certains malades ne soient pas l'objet d'un jeu de patate chaude ou de ping pong entre professionnels. Les approches holistique et coopérative (y compris avec la personne au centre des attentions et son entourage familial)  constituent des enjeux importants du système de santé.

Je reviens maintenant à l'expression "Travailler COMME des malades". Une expression qui a le sens "travailler comme des malades mentaux". J'ai rapidement essayé de trouver l'origine de cette expression, mais j'ai fait chou blanc et j'ai arrêté pour le moment cette recherche.
Par contre, je pense qu'on peut convenir que "Travailler COMME des malades" rend malade. Elle rend malade celles et ceux qui travaillent comme des malades, mais aussi notre société. Ce qui nous amène à l'expression "Travailler A EN DEVENIR des malades".

Dans mon esprit, un des enjeux de notre société est de co-construire les conditions qui pourront nous faire dire "Travailler COMME DES BIEN PORTANTS, et AVEC DES BIEN PORTANTS".
Ce qui remet en cause le modèle actuel où l'homme exploite la planète, quelques hommes exploitent beaucoup d'autres hommes, et où aussi une partie de plus en plus grande d'hommes et de femmes s'auto-exploitent avec l'incitation forte de la société à ce que le plus grand nombre se mette à son compte.


samedi 24 novembre 2018

Soirée "Eclairages Publics" jeudi prochain 29 novembre 2018 : "Peut-on faire l'économie du bonheur ?"

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Je vous annonce l'organisation d'une soirée par la Cabane à projets, centre socioculturel du Créonnais (33) sur le sujet "Peut-on faire l'économie du bonheur ?"
Elle se tiendra dans la salle citoyenne de la Mairie de Créon à 20h jeudi prochain 29 novembre 2018.



En France, nous sommes tellement frileux sur la question du bonheur que je me réjouis quand on peut sur un petit territoire comme celui-ci décider d'aborder ce sujet. J'en suis d'autant plus heureux que, membre de l'équipe d'organisation des soirées Eclairages Publics, ce n'est pas moi qui ai proposé ce sujet. En vérité, ce n'est pas l'envie qui me manquait, mais je n'imaginais pas que cela puisse aboutir.

Merci à Jean-Yves Bouzac qui en a fait la proposition.

Serge Champeau, professeur agrégé de philosophie évoquera le bonheur, mais bien plus largement que sous l'angle de la philosophie, en en faisant clairement un sujet de société, avec ses bons côtés et évidemment aussi avec la récupération mercantile qui existe sous des formes différents.

J'apporterai un éclairage complémentaire sur deux sujets :
  • le bonheur au travail, avec une controverse forte dont j'expliquerai les ressorts,
  • la psychologie positive que certains appellent aussi la science du bonheur.
A l'issue de cette soirée, je mettrai à disposition mon diaporama sur ce présent blog.

mercredi 12 septembre 2018

Echelle des méconnaissances relative aux comportements à risques pour la santé

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Je vous présente aujourd'hui le fruit d'une réflexion et d'une conceptualisation que j'ai menée depuis plusieurs années sur la compréhension des niveaux de méconnaissance et de déni face à une situation donnée.

Je l'ai appliquée pour la méconnaissance à propos des enjeux de Qualité de Vie au Travail dans le monde du travail et dans mes interactions avec des interlocuteurs ayant une forte diversité de niveau de maturité par rapport à ce sujet.

J'ai réalisé récemment une version adaptée pour les méconnaissances relatives aux comportements à risques pour la santé. Celles et ceux qui ont eu l'occasion de voir celles que j'ai utilisées pour la QVT, verront que j'en ai aussi revu la forme.



La version en pdf.

Cette échelle peut être utilisée pour deux types de situations : celles où l'on veut supprimer un comportement à risques (ex : tabac, alimentation malsaine, ...) et celles où l'on veut en mettre en place un comportement de santé (ex : activité physique). Plus globalement, on peut parler d'agir sur les mauvaises habitudes et sur les bonnes habitudes.

Comme évoqué précédemment, cette échelle peut être aussi utilisée pour analyser les méconnaissances par rapport à toutes sortes d'enjeux. J'ai évoqué précédemment la QVT. Ce peut être le stress au travail, l'écologie en général et des sujets plus précis en matière d'environnement, les risques routiers, les situations relationnelles dégradées, ...



vendredi 7 septembre 2018

La méthode "Olé !" face aux affronts et à l'autoflagellation

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En 2013, m'est venue une idée incroyablement simple en lisant une citation. Simple, simplissime, évidente ... oui ... mais à concrétiser, c'est plus dur.

De quoi s'agit-il : imaginez qu'on vous envoie un projectile et que vous n'avez aucun moyen de l'éviter. Il va vous faire plus ou moins mal en fonction de son poids, de l'endroit de l'impact, ...
Au demeurant, il y a certaines circonstances de confrontation physique où l'impact et la douleur sont inévitables.

A la différence d'une agression physique ou d'un jeu de mains qui finit vilain (comme par exemple une tapette qui devient une gifle dans "je te tiens par la barbichette ..."), un affront que nous fait autrui ou toute autoflagellation ou pensée négative sur soi-même ne sont pas du tout du même ressort même s'ils peuvent aussi conduire à de la souffrance. Pourquoi ? Parce que c'est nous-mêmes qui décidons du poids que nous donnons à un affront, à de l'autoflagellation ou à une pensée négative sur soi-même. Et nous pouvons décider que ce poids sera nul ou au moins le réduire.

Et ce constat simple quand on en prend conscience pour une situation du moment, est aussi vrai pour une situation de souffrance, de rumination qui dure depuis un certain temps, voire un temps certain : nous pouvons décider de refaire le film dans notre tête ici et maintenant : au lieu de nous prendre en pleine figure l'affront, l'autoflagellation ou la pensée négative sur nous-même comme nous l'avions fait, nous pouvons décider de l'esquiver. Nous avons tous potentiellement cette capacité extraordinaire que l'on peut activer et développer. D'où le nom de cette méthode "Olé !" pour réaliser un geste habile, voire artistique, pour esquiver et ressortir de cette situation menaçante, le torse bombé, fier·e de l'esquive.

Après cette brève introduction, je vous laisse prendre connaissance du diaporama que j'ai conçu pour présenter cette méthode que j'ai décidé de publier aujourd'hui après l'avoir un peu revisitée. Je précise avant cela que ce diaporama contient un montage vidéo comportant des scènes avec des esquives face à des taureaux (il eut été dommage que je n'en mette pas pour une méthode intitulée "Olé !"). Mais j'ai pris soin d'en choisir où les taureaux ne sont pas mis à mort et où les hommes qui leur font face en ne sont pas armés.







Voici, ci-dessous, un résumé de la méthode sur une page A4 :



Téléchargement de la version pdf de cette page A4.

Si vous avez apprécié la méthode « Olé ! », n'hésitez pas à me faire un retour sur bonjour@lesverbesdubonheur.fr et/ou parlez-en autour de vous et sur les réseaux sociaux.

jeudi 3 mai 2018

"Le cri du corps", un témoignage courageux sur la harcèlement moral au travail

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Ce jeudi 3 mai 2018 sort le livre "Le cri du corps" d'Anne-Véronique Herter aux éditions Michalon.

Je cite le début du quatrième de couverture du livre :

"Le Cri du corps est le récit intime et violent d'un combat aux limites de la mort ; triptyque sensible et lucide dans lequel une jeune femme victime de harcèlement moral au sein de son entreprise se raconte. Une tragédie en trois actes – la chute, l'hospitalisation, la renaissance – sur l'inexorable mécanique d'une société qui a fait de l'humain un instrument de profit et un outil de promotion sociale."

J'écris rarement sur ce blog lesversbesdubonheur.fr à propos du sujet de la souffrance au travail puisque mon propos est centré sur ce qui peut créer du bien-être psychologique. Je le fais aujourd'hui pour plusieurs raisons :


  • je me mets en résonance sur ce blog avec un mouvement que j'ai amorcé depuis plusieurs semaines sur laqvt.fr pour mettre en évidence en quoi agir sur la Qualité de Vie au Travail (QVT), le bonheur au travail, le bien-être au travail, ... est à la fois aussi une réponse au sujet de la souffrance au travail et à la fois s'articule avec les actions de détection, de prise en charge et de reconnaissance de la souffrance au travail.
  • après avoir lu le manuscrit du récit d'Anne-Véronique Herter début février 2018, j'ai apprécié la puissance de ses mots, son travail de mise à distance, de rassemblage des fils qui donne à son témoignage à la fois la force d'un récit d'un broyage implacable et à la fois des clés pour en comprendre les ressorts. A la lecture de son manuscrit, j'ai acquis la conviction qu'Anne-Véronique Herter peut être un porte-voix de beaucoup de personnes qui n'ont pas son talent d'écriture pour exprimer situations et ressentis, et/ou sa capacité à prendre de la distance pour comprendre les mécanismes.
  • Anne-Véronique m'a sollicité pour contribuer - bénévolement - à son livre en apportant mon point de vue d'expert sur la situation actuelle en France en matière de souffrance au travail et de Qualité de Vie au Travail. D'autres experts ont contribué : Cyril Bériac, aidant, Isabelle Courdier, Psychologue du travail, IPRP (Intervenante en Prévention des Risques Professionnels), spécialisée en psychopathologie du travail, Maison Souffrance et Travail, Clément Raingeard et Marine Fréçon-Karout, SCP BOULAN KOERFER PERRAULT & ASSOCIES, Avocats à la Cour. Anne-Catherine Sabas, ACS, psychanalyste, formatrice, a écrit la préface.
Voici mon espoir exprimé globalement : que ce livre puisse avoir un effet positif transformateur à plusieurs titres :
  • donner la force et le courage aux personnes en souffrance au travail de chercher du soutien pour, soit se mettre en réflexion et en action pour modifier ce qui est à leur portée individuellement et collectivement, soit amorcer un mouvement leur permettant de s'extirper de leur environnement délétère, y compris s'extraire immédiatement en cas d'urgence;
  • développer la culture de l'attention aux signaux de dégradation de la santé au travail pour soi-même et pour autrui;
  • développer l'attention aux signaux d'alerte que peuvent nous signifier notre entourage familial, amical, professionnel, et qu'on aurait tendance à balayer d'un revers de main parce que "ça ira mieux demain"
  • faire monter les consciences individuelle et collective à propos du fait que nous ne devons pas accepter pour nous-mêmes et pour autrui des comportements non respectueux de l'individu et pouvant impacter négativement leur santé physique, psychique et sociale;
  • faire monter les consciences individuelle et collective que les sujets de la QVT, du bonheur au travail, du bien-être au travail, ne constituent pas une cerise sur le gâteau mais portent la vision d'une diminution drastique de la souffrance au travail; ils ne sont donc pas à traiter comme des sujets secondaires ou à envisager comme des phénomènes de mode;
  • faire monter les consciences individuelle et collective aux causes structurelles de la souffrance au travail; c'est une de mes contributions à ce livre à travers une liste de 17 causes que j'expose;
  • faire monter les consciences individuelle et collective à la nécessité d'agir de manière combinée en 4 mouvements que j'ai explicités dans ce livre et qui sont expliqués par ailleurs notamment dans l'article Faut-il être au fond du trou psychiquement pour espérer voir sa souffrance au travail reconnue ? sur miroirsocial.com
Je termine cet article à l'attention d'Anne-Véronique Herter pour réitérer des propos que je lui ai tenu individuellement : un grand bravo et un grand merci pour son courage d'avoir pris sa plume. Une autre bonne dose de courage pour la phase actuelle de promotion du livre qui, à chaque événement lui fait forcément replonger dans son passé douloureux. Un grand bravo pour sa capacité d'analyse et la force de son récit. Et enfin pour lui souhaiter une activité professionnelle SUPAIR, et d'autres hors professionnel qui ne le soient pas moins.

samedi 28 avril 2018

Vos activités sont-elles SUPAIR ?

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J'ai découvert la psychologie positive en 2012 avec le livre "L'apprentissage du bonheur" de Tal Ben Shahar.

Un des éléments de son livre qui m'a particulièrement marqué est l'analyse d'activité intitulé SPA, pour Sens, Plaisir et Aptitude. Cette analyse permet d'identifier dans ses propres activités actuelles ou que l'on pourrait pratiquer, celles qui allient ces 3 dimensions. L'idée étant de donner le plus de place possible aux activités qui ont du sens; des activités dans lesquelles on prend du plaisir et pour lesquelles on se trouve compétent (ou avec des dispositions).

L'analyse est une déclinaison de sa formule super concise du bonheur : Bonheur = Plaisir + Sens (ou autrement dit, du plaisir chargé de sens).

Ma propre pratique de la culture du bonheur et mes rencontres au niveau professionnel, particulièrement avec des personnes développant une activité professionnelle en solo - soit en statut indépendant, soit dans une Coopérative d'Activité et d'Emploi (CAE) - m'a conduit à un sentiment d'incomplétude avec ces 3 dimensions. Je m'explique : une activité professionnelle combinant ces 3 dimensions SPA se suffit-elle de ces 3 dimensions pour apporter du bien-être ?

Il me semble que non. Pour le moins, d'autres dimensions me sont nécessaires à moi, et je pense ne pas être tout seul à le penser pour avoir interagi avec quelques personnes sur le sujet.

Mes réflexions, observations et interactions m'ont amené à enrichir le modèle SPA pour proposer le modèle SUPAIR qui comporte deux déclinaisons : une pour l'activité professionnelle et une pour les activités hors professionnel.

Version pour une activité professionnelle
Version pour les activités hors prof


J'ai voulu distinguer le Sens et l'Utilité car il y a des cas de figure où l'on trouve complètement du sens à ce que l'on fait mais où le effets de l'activité ne semblent pas à la hauteur du sens que l'on y met, posant ainsi potentiellement la question de l'utilité. Une autre dimension portant sur la capacité de l'activité professionnelle à assurer des revenus suffisantes pour vivre décemment avec sa famille.

Deux diaporamas au format pdf donnent quelques précisions sur chaque dimension du SUPAIR, un pour l'activité professionnelle et un pour les activités hors prof.

Ce modèle SUPAIR qui se décline pour les activités prof et hors professionnels est à relier avec le modèle de Réseau de Sphères que j'ai conçu il y a une dizaine d'années.

J'ai réalisé un outil d'autodiagnostic au format Excel pour chacune des déclinaisons. Une version expérimentale. Je les tiens à disposition à qui exprimera son intérêt et s'engagera à me faire un retour d'expérience de son utilisation.




samedi 7 avril 2018

Rester ou ne pas rester sur Facebook ? Je désactive mon compte et mes pages.

Je pense que nous sommes beaucoup à être inscrits sur Facebook pour un ensemble de très bonnes raisons, personnelles et/ou professionnelles tout en considérant qu'il y a bien un côté ambivalent à l'utiliser.
Contrairement à mes habitudes où j'actionne résolument le biais positif, je vais énoncer ici quelques points - sacrément - négatifs. Pourquoi focaliser sur le négatif ? Parce que celles et ceux qui sont accrochés à Facebook, y compris moi jusqu'à peu, et pour les raisons qui leur appartiennent, ont besoin de donner plus de poids aux points négatifs dans leur juste conscience.

En voici quatre majeures, découlant d'aspects positifs :

Facebook, c'est génial, c'est gratuit ... pour peu qu'on ne veuille pas pousser l'audience de ses publications. OK, c'est gratuit, mais la gratuité se paye toujours : par des contenus suggérés dont certains sont des escroqueries. Ca n'a rien de spécifique à Facebook : c'est le cas aussi d'un certain nombre de sites gratuits, comme les sites de petites annonces.
J'ouvre une parenthèse sur la question de la gratuité : autant je suis un promoteur de la gratuité dans le sens "actes gratuits" et altruisme, autant je suis convaincu que la plupart des systèmes gratuits qu'on nous propose ont des contre-parties qui peuvent être lourdes de conséquences sur le portemonnaie et/ou sur le bien-être psychique des consommateurs et sur les conditions de travail des travailleurs qui sont impliqués dans la fourniture des services et produits présentés comme gratuits.
Et je pose la question gratte-poil suivante à propos de Facebook : pourquoi Facebook devrait-il être gratuit ? Je préfèrerais largement un système payant (au juste prix) sans publicité et avec des fonctionnalités qui sont conçues pour ses clients et pas pour d'autres considérations opaques pour générer un CA et des profits comblant le déficit de revenus lié à  la gratuité.

Avec Facebook, on a accès à plein d'informations ... sauf qu'il y a tellement d'informations publiées, puis partagées, aimées, que des algorithmes opaques nous délivre qu'une petite partie des messages de nos ami·e·s Facebook. Inversement, en publiant une information, on n'a aucune certitude qu'elle sera relayée aux personnes à qui on voudrait les destiner en première intention. Loin s'en faut. Des chiffres circulent selon lesquels, seuls 10% de nos amis voient nos publications sur leur mur. Donc, en passant, si vous voulez faire passer de manière certaine une information à des personnes de votre connaissance, ce n'est vraiment pas le bon moyen pour le faire.

Facebook pense à notre bien-être psychique et donc limite l'infobésité en nous délivrant qu'une partie des contenus pour que nous soyons pas submergés ... sauf qu'il le fait dans l'opacité et pour nous pousser à deux actions : lire les contenus promus par la publicité et nous pousser à prolonger notre expérience Facebook avec le risque de nous entraîner dans une forme de dépendance. La façon dont Facebook alimente notre mur a donc absolument rien de neutre et ne va pas dans l'intérêt du membre. Bref, nous sommes manipulés et il faut appeler un chat, un chat.
Une autre conséquence grave de cet algorithme est la dynamique "bulle filtrante" : Facebook privilégie les contenus qui vont dans le sens de nos convictions et donc nous sommes poussés à renforcer nos convictions et appauvris en visions différentes de la nôtre. Cet effet "bulle filtrante" a été mis en exergue particulièrement pour expliquer une des raisons de l'élection de Donald Trump.

Evidemment, je n'ai pas découvert tous ces aspects aujourd'hui. J'ai les découvert peu à peu; chaque fois, cela m'amenait à m'interroger. Cela faisait plusieurs mois que je reculais une décision que je qualifie de raisonnable, responsable et positive pour la qualité de vie (au travail).



Et donc, puisque Facebook met tellement peu de grâce à supprimer les contenus des comptes, j'ai décidé de faire de ce peu de grâce un avantage pour moi : je ne supprime pas mes comptes Facebook, en revanche je vais les désactiver dans les jours qui viennent le temps de prévenir les abonnés à mes pages et comptes. Nous avons pris la même décision pour le compte de laqvt.fr avec le comité éditorial de laqvt.fr

Reviendrons-nous sur Facebook ? Je n'imagine pas vraiment que Facebook change radicalement sa politique et sans un changement radical, je ne reviendrai pas sur Facebook malgré tous les avantages indéniables et les impacts que cela a sur la communication de nos contenus et de mes contenus personnels de ce blog. Il s'agit de relativiser une telle décision.

Je suis convaincu que c'est une opportunité de réinterroger sa communication professionnelle et personnelle, sa façon de réaliser sa veille et de manifester son ouverture et sa curiosité.

Désactiver Facebook, ce n'est pas désactiver ses relations, se couper des autres. Il me semble qu'il faut prendre garde à ne pas laisser l'émotionnel prendre les rênes par rapport à une telle décision, sinon le biais de statu quo reste le plus fort.

Pour continuer à être informé, et de manière largement plus certaine, de la publication de mes articles je vous invite à vous abonner à mon blog en donnant votre adresse email en haut à droite du blog.

Il est possible que si un nombre important de membre de Facebook font de même, les dirigeants (probablement à considérer au singulier) iront au-delà d'un semblant de mea culpa public.

Je témoigne ici de ma décision. Je comprends parfaitement les raisons pour lesquelles on peut continuer à utiliser Facebook, que ce soit au niveau personnel, professionnel ou aussi pour la communication d'actions sociétales.

Pour ma part, je vais explorer des alternatives plus respectueuses de moi et des personnes avec qui j'interagis et je communiquerai le cas échéant ici celles qui me sembleront relever d'une logique responsable, respectueuse, solidaire et attentive aux risques de dépendance.

vendredi 23 mars 2018

L'acceptation de soi en juste milieu entre 2x2 extrêmes

Je vous propose aujourd'hui un schéma de ma conception (fond et forme) mettant l'acceptation de soi comme juste milieu entre deux extrêmes, chaque extrême étant décomposé en deux.



A l'extrême gauche, il y a la sous acceptation de soi, se décomposant en deux :

  • la tendance à se sentir complexé, moins bien que les autres sur les verbes être et/ou avoir et/ou faire
  • la tendance à la perfection qui fait avoir du mal à se satisfaire d'une action réalisée; la perfection est vue ici par rapport à ses propres actions
A l'extrême droite - et il n'y a aucune connotation politique dans ces explications sur les deux extrêmes - il y a là sur acceptation de soi se décomposant elle-aussi en deux :
  • la tendance à minimiser ses défauts, faiblesses, erreurs, ... à la complaisance envers soi-même ce qui peut conduire à une forme d'immobilisme et peut freiner le développement personnel et le développement des compétences
  • la tendance à la suffisance et à la sur confiance; elle s'accompagne souvent d'une tendance à s'attribuer exagérément les réussites et donc à sous-évaluer la part d'autrui avec comme conséquence un déficit de comportements reconnaissants.
L'acception de soi vise à se reconnaître justement soi-même, ses capacités, ses réussites, y compris les plus petites. L'acceptation vise aussi à ne pas se laisser submerger par des émotions négatives face à la non réussite ou à l'échec. Elle valorise le droit à l'expérimentation et à l'erreur.

L'acceptation de soi se marie très bien avec l'acceptation de l'autre et donc avec la bienveillance.
Le levier principal de l'acceptation de soi étant la bienveillance pour soi-même.

Les autres leviers étant :

  • la capacité à être dans l'instant présent en évitant les tendances à la focalisation sur le passé et/ou sur l'avenir
  • la juste conscience qui permet d'être réaliste sur les 3 verbes être, avoir et faire, qui pose l'individu dans une logique d'interdépendance avec autrui et avec la nature, qui accepte et se nourrit de la diversité et s'applique à soi-même (et aux autres) le droit à l'expérimentation et le droit à l'erreur. Il y a aussi la juste conscience de ses talents qui permet d'orienter ses actions dans le sens l'expression de ses talents
  • le développement personnel et le développement de capacités pour se sentir plus fluide
  • l'appréciation des petits et grands pas, de ce qu'offre le moment présent
  • la gratitude envers celles et ceux qui interagissent avec soi avec bienveillance, altruisme, attention, ...

dimanche 18 mars 2018

20 mars 2018, journée du bonheur : Sens, Attention et Reconnaissance

A l'occasion du 20 mars 2018, journée internationale du bonheur, événement à l'initiative de l'ONU depuis 2013, je vous propose d'envisager les sujets du sens, de l'attention et de la reconnaissance.
Cet article porte essentiellement sur le sens.

Parlons "sens"

Le sens a une importance considérable pour l'individu. Que l'on parle de bonheur, de bien-être psychique ou de santé mentale, le sens en constitue une dimension centrale.

Tal Ben Shahar, un des pionniers de la psychologie positive (appelée aussi "science du bonheur") résume le bonheur en une formule : 

Bonheur = plaisir + sens.

Martin Seligman, souvent considéré comme le fondateur de la psychologie positive donne une formule assez proche :
Bonheur authentique = vie plaisante + vie significative + vie engagée (1) 

Le site québécois Psychomédia a publié en 2013 un article présentant différentes définitions du bonheur dans la psychologie positive. Parmi ces définitions, il y a celle du bien-être psychologique également appelé bien-être eudémonique.

La psychologue américaine Carol Ryff a proposé 6 composantes pour son modèle du bien-être psychologique. Une de ces composantes est le sens :

"Avoir des buts dans la vie et le sentiment d'une direction ; avoir le sentiment que sa vie présente et passée a un sens ; avoir des objectifs et des raisons de vivre"

J'attire l'attention sur les 3 temps invoqués dans cette définition : le passé, le présent et le futur.

Ne pas trouver le sens ou trouver de la dissonance sur le sens sur un de ces trois temps procure selon le temps concerné : regrets, frustration, inconfort, doute, indécision, mal-être indéfini, ...

Les 5 autres composantes du bien-être psychologique sont : l'acceptation de soi, l'autonomie, le sentiment de maîtrise de l'environnement par ses compétences, la croissance personnelle et les relations avec autrui.

Estelle Morin (2), professeur titulaire à HEC Montréal s'intéresse depuis plusieurs années au sujet du sens dans la sphère professionnelle. Selon elle, le sens qu’une personne donne à son travail peut avoir des effets positifs ou négatifs sur sa santé mentale et sur son engagement envers l’organisation

Elle distingue 3 dimensions pour le sens au travail :

  • la signification du travail pour l'individu, ce qu'il représente pour lui, la place occupée dans la vie; on peut parler de représentation du travail. Chaque individu ayant la sienne. Pour certains, c'est central, pour d'autres, le travail est alimentaire.
  • la direction, les buts poursuivis.
  • l'effet de cohérence entre l'individu et le travail qu'il accomplit, au regard des deux autres dimensions

Elle met en évidence 6 caractéristiques déterminantes pour assurer du sens au travail :
  • Utilité sociale : c'est le sentiment d'être utile aux autres et/ou à la société; évidemment certains métiers ont par essence plus de sens que d'autres : pompier, professions médicales, ... Mais, je signale que ce n'est pas parce qu'un métier a une utilité par essence que l'utilité sociale est forcément bien ancrée chez l'individu; en particulier quand les transformations du travail amènent à laisser la dimension humaine du métier à la marge par rapport aux dimensions techniques, administratives et financières.
  • Autonomie : pour que l'individu puisse exercer ses compétences et son jugement; c'est aussi de pouvoir s'exprimer
  • Apprentissage et développement : pour que l'individu puisse progresser à la fois professionnellement et personnellement
  • Rectitude morale : voici comme Estelle Morin qualifie cette caractéristique : "Le travail a du sens lorsqu'il est réalisé d’une façon responsable et moralement justifiable autant sur le plan de l’exécution que des résultats". Il faut bien noter les deux dimensions : celle du résultat et celle des conditions d'exécution. Cette rectitude moral va nourrir un besoin important : celui de la fierté, de la qualité du travail (3). Cet aspect est important dans un monde du travail où certaines organisations font du profit sur le dos de leurs clients et/ou de leurs fournisseurs et/ou de la société, voire ont des comportement déloyaux
  • Qualité des relations avec les collègues : il s'agit de créer un environnement propice au développement de la coopération, de la solidarité, de la confiance et de la convivialité
  • Qualité des relations avec le management et reconnaissance : dans le guide Donner un sens au travail, cette 6ème caractéristique était intitulée "Reconnaissance". Dans des publications plus récentes, Estelle Morin parle de "qualité des relations avec le management". Ces deux dimensions me semblent importantes et je les relais toutes les deux. En notant que la reconnaissance est vue non seulement comme celle qui est donnée par la hiérarchie, mais aussi celle qui circule entre collègues. J'ajoute que la reconnaissance peut aussi circuler de manière bilatérale, y compris dans les relations hiérarchiques et avec les parties prenantes externes.


Vous retrouvez ces 6 caractéristiques de ce guide et les 6 composantes du bien-être psychologique (dont plusieurs sont communes) dans mon modèle de 13 facettes d'une vie au travail pouvant contribuer au bonheur puisque j'ai basé mon modèle, entre autres, sur ces travaux.

Verbes et sens

Quand on évoque le sens dans le monde du travail, on parle souvent "raison d'être". Une raison d'être qui peut constituer une vision partagée en interne et avec les parties prenantes externes (clients, usagers, fournisseurs, partenaires, société, ...).

Comme l'explique Estelle Morin, une raison d'être est productrice de bien-être de l'individu s'il y a la dimension cohérence : la cohérence entre les actes et la raison d'être et partage de la raison d'être par l'individu.

Puisque ce blog est intitulé "Les verbes du bonheur", voyons quelques verbes sur lesquels une raison d'être peut s'appuyer, qu'elle soit dans la sphère professionnelle ou dans les autres sphères de vie
  • être : qui peut aller de la plus grande simplicité à la plus grande mégalomanie
  • avoir : qui va avec la culture de la consommation, souvent inscrite dans un processus d'adaptation hédoniste (vouloir toujours plus, la fuite en avant du désir de ce qu'on n'a pas)
  • faire : avec un potentiel de création de bien-être ou de mal-être selon qu'on le décline ... faire bien, faire dans l'excellence, faire encore mieux, faire plus avec moins, ...
  • créer : avoir la capacité de pouvoir créer des choses, des idées, des techniques, des méthodes, des œuvres, ...
  • penser : la capacité pour un individu ou un collectif d'avoir de la réflexivité sur lui-même est un facteur de bien-être, sous réserve qu'il soit en harmonie avec le verbe "faire" au risque sinon de pousser à l'inhibition à l'action
  • dire : la capacité de s'exprimer, de préférence dans la transparence, la bienveillance, la confiance, ... par la parole, l'écrit, l'image, la vidéo, ...
  • écouter et observer : être dans l'attention aux personnes avec qui on interagit, avec autrui en général est une capacité qui fluidifie les relations interpersonnelles et donne plus d'efficacité aux processus coopératifs et collaboratifs
  • connaître, apprécier et reconnaître : une raison d'être qui valorise le temps pour ces 3 verbes est gagnant-gagnant : pour le sujet (celui qui vit ces verbes) et celui qui est l'objet ou le bénéficiaire
  • cultiver : le verbe "cultiver" présent à l'intérieur d'une raison d'être est d'autant plus fort quand il s'applique à la raison d'être elle-même pour qu'elle ne reste pas au stade de l'affichage.
Ce qui peut aussi faire fondamentalement la différence c'est la préposition qui suit le verbe :


  • contre ou sans : être, avoir, faire ... contre (sans) xxx peut développer une logique de compétition, de combat, d'exclusion, ... qui dégrade le bonheur au niveau sociétal et individuel
  • pour : si la raison d'être se tourne vers des bénéficiaires avec une responsabilité sociale assumée et ne construit pas l'apport aux bénéficiaires sur le dos d'autres parties prenantes et de manière déloyale, cela peut participer à l'amélioration du bonheur
  • avec : cela évoque l'idée de coopération; "avec" peut apporter plus que "pour", en particulier si des parties bénéficiaires peuvent passer du statut passif au statut actif, impliqué et co-décisionnaire.

Le sens des mots

Dans la raison d'être, surtout quand elle est censée être partagée, il y a intérêt à s'entendre sur les mots. Cela mériterait un article en tant que tel, mais voici quelques mots pour lesquels on voit bien qu'il peut y avoir soit diversité des points de vue, soit un flou conceptuel :

  • "valeur" : est un mot souvent employé dans le monde du travail. S'applique-t-il à de la communication interne, externe, les deux ?  Qu'en fait-on derrière ?
  • "bienveillance" est souvent utilisé dans le cadre de sécurité de réunions d'intelligence collective. Mais jusqu'où va-t-on ? L'Université du Nous (UdN) la définit de la manière suivante "Ici je m’engage à ne pas dire ou faire quelque chose en souhaitant consciemment porter préjudice à un membre". Ce qui est de mon point de vue de l'intention de non malveillance. Pour ma part, j'ai une vision de la bienveillance avec intention, vigilance et action de faire du bien.
  • "qualité de vie au travail", une série de mots de mon quotidien professionnel, dont je remarque que certains la considèrent au cœur du travail (conditions de travail) et d'autres à la périphérie (services de proximité, la cerise sur le gâteau quand l'organisation a les moyens de se l'offrir).
  • et je finis forcément par "bonheur" pour lequel on peut constater une levée de boucliers en France de la plupart des politiques, des dirigeants d'entreprise, des syndicats et des DRH alors que, je le rappelle, ce sujet est traité sérieusement par des organismes internationaux sérieux eux-aussi comme l'ONU et l'OCDE. A ce sujet, je mentionne mon article sur laqvt.fr 3 malentendus sur le bonheur au travail.

Le sens à cultiver à plusieurs niveaux et dans différentes sphères de vie

Le sens de la vie

C'est la vision la plus globale pour un individu. Etre au clair avec sa raison d'être contribue à la bonne santé psychique. Mais ce n'est pas suffisant : les actes, le présent sont-ils alignés avec cette raison d'être ? Si ce n'est pas le cas, il est intéressant d'analyser ce qui est à la portée de l'individu, ce qui est à la portée de collectifs auxquels appartient l'individu pour se rapprocher de la raison d'être. Une analyse qui permet aussi d'ajuster la raison d'être, surtout quand elle comporte des facteurs de risque de mal-être : trop axée sur le verbe avoir, sur la perfection, sur la disparition de l'ego dans une logique de transcendance pour une cause, un projet, ...

Le sens au sein d'une cellule familiale

C'est quoi le sens d'une relation entre deux personnes qui s'aiment, qui vivent ensemble (ou pas) ? C'est quoi le sens donné à la décision d'avoir un (des) enfant(s) ? C'est quoi le sens de la vie qu'on a envie de leur transmettre ? Quels parents veut-on être ? Quels grand-parents veut-on être ? Quel enfant veut-on être ? Quel frère ou sœur veut-on être ? Quel sens de la famille ? Est-on adepte du "Qui aime bien, châtie bien ?", du "Tu as envie de quoi ?", "Fais tes expériences !", ...
Comment le quotidien, le manque de temps peuvent-ils amener à créer des écarts avec la raison d'être familiale ?

Le sens dans la sphère amicale

Avec l'arrivée dans le vocabulaire courant du mot ami dans le sens "petit·e" ami et en tant qu'ami sur Facebook, quel sens donner au mot "ami" ? C'est un mot que j'aurais pu mettre aussi dans la section précédente "Le sens des mots". Avoir des amis est en enjeu important et de nombreuses études dans le domaine de la psychologie positive montrent que l'existence de relations amicales riches et sincères constitueraient le levier le plus puissant du bien-être psychologique de l'individu. Le sens dans l'amitié, c'est ce qui va faire de la relation amicale une relation solide, solidaire et nourrissante.

Le sens au travail

Je renvoie aux éléments évoqués précédemment, inspirés d'Estelle Morin. J'attire l'attention sur le fait qu'il s'agit selon moi de trouver la juste articulation entre la responsabilité individuelle et les responsabilités collectives pour la culture du sens. L'un ne va pas sans les autres, et vis versa.

Le sens dans des activités hors travail

Comment s'occupe-t-on en dehors du travail ? On imagine bien que le sens n'est pas le même entre passer des heures devant la télé avec un paquet de chips et une bière, la lecture d'un livre, une activité de jardinage ou de bricolage, du sport individuel ou collectif, une activité physique non sportive, une activité artistique, une activité bénévole dans une association, une activité militante, ...
Certaines activités sont choisies pour donner du plaisir. Pour revenir à la conception du bonheur par Tal Ben Shahar, l'activité recherche-t-elle uniquement du plaisir ou comporte-t-elle aussi une dimension de sens ?
Il ne s'agit pas seulement de sens envisagé au niveau de l'individu, mais aussi du sens créé collectivement, par exemple au sein d'associations. Un sujet qui me tient à cœur, car la bien-portance d'une association, d'un projet associatif passe par la bien-portance des individus qui la·le font vivre. Une juste et saine raison d'être d'une association devrait comporter cette dimension essentielle : prendre soin des bénévoles et des salariés si l'association en comporte.

Le sens au niveau d'un territoire

Au niveau d'une région, d'un département, d'un village, d'un quartier, une raison d'être partagée peut exister, créant un sentiment d'appartenance pour celles et ceux qui adhérent à cette raison d'être.
Avec l'arrivée d'internet, on peut aussi raisonner en terme de territoire virtuel à travers la création de communautés autour de thématiques.

Le sens au niveau de la société

Il s'agit bien de politique à la fois en terme de projets et de cohérence entre la réalité vécue au quotidien et ces projets (les programmes tels que les candidats aux élections les présentent aux électeurs). La raison d'être de la République française est à la fois définie à travers son histoire revendiquée, sa constitution, ses lois, le programme du Président de la République et les 3 valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. Valeurs dont je suis convaincu que la première prend tellement de place, en particulier en matière d'économie, qu'elle laisse peu de place aux deux autres. C'est un sujet sur lequel je reviendrai prochainement.
J'aurais pu ajouter une dernière dimension : le sens au niveau de la planète, mais je préfère le laisser comme niveau à intégrer dans la société aussi bien au niveau national, qu'international (dont le niveau européen).
En matière de bonheur, je constate que, bien que l'ONU ait organisé la journée internationale du bonheur depuis 2013 et qu'elle ait invité les Etats membres à s'en saisir, l'Etat français ne l'a jamais fait depuis 2013, et pas plus en 2018.


Sens, Attention et Reconnaissance

Quels liens entre ces 3 sujets ? J'en vois plusieurs :
  • Le sens, c'est entre autres de pouvoir se reconnaître dans ce qu'on est et ce qu'on fait; la raison d'être collective doit être construite et cultivée pour que chaque individu puisse activer deux niveaux de reconnaissance : la reconnaissance d'appartenance (je fais partie de ... et j'en suis fier·e) et la reconnaissance de distinction (j'existe en tant que tel dans mon collectif et j'apporte une pierre spécifique à l'édifice)
  • Le sens, la raison d'être mérite une attention, une vigilance pour éviter les dissonances
  • La reconnaissance naît de l'attention : sans attention, sans temps pour prêter attention, apprécier et ressentir de la gratitude, la reconnaissance de l'autre et de ce qu'il fait ne peut tout simplement pas exister

Le 20 mars 2018, des fils à tirer autour du sens, de l'attention et de la reconnaissance

Je vous propose à l'occasion de cette journée internationale du bonheur du mardi 20 mars 2018 de commencer ou de continuer à tirer des fils autour du sens, de l'attention et de la reconnaissance.



3 sujets que j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises d'évoquer sur ce blog et sur laqvt.fr, site d'actualité sur la Qualité de Vie au Travail (QVT) dont je suis le responsable éditorial. 3 sujets que j'ai fait plus qu'évoquer puisque j'ai travaillé sur des modélisations qui concernent pour deux d'entre elles à la fois la sphère professionnelle et les autres sphères de vie :

  • Le sens : 13 facettes d'une vie au travail pouvant contribuer au travail. Cette modélisation, publiée initialement sur ce blog, comporte une facette "sens", mais au-delà, elle permet aussi de considérer le sens qu'on donne à sa vie au travail
  • L'attention : j'ai développé l'idée d'Attention Réciproque sur laqvt.fr. En quelques mots, elle invite des individus ou des collectifs à s'intéresser mutuellement à la réalité (dont la santé), les perceptions et les aspirations. Elle s'applique également pour les autres sphères de vie. A noter que les aspirations peuvent être en lien avec le sens.
  • La reconnaissance : j'ai publié 6, puis 10 et en dernier lieu 13 gestes de reconnaissance au quotidien sur ce blog depuis octobre 2015

Page Facebook créée par moi-même pour cette journée (et possiblement pour les prochaines éditions).

hashtag #20marsjourneedubonheur





(1) notion de flux ou flow, ou expérience optimale
(2) coauteur du guide de l'irsst Donner un sens au travail (2009), Vidéo
(3) idée portée par Yves Clot, professeur au Cnam, chaire Psychologie du travail

dimanche 25 février 2018

7 axes pour profiter de la vie et limiter les regrets à la fin de la vie

J'ai découvert il y a quelques jours l'existence du livre de Bronnie Ware "Les 5 regrets des personnes en fin de vie", infirmière australienne qui a passé de nombreuses années à travailler en soins palliatifs. Elle a été à l'écoute de nombreuses personnes en fin de vie et elle s'est fait la réflexion que 5 regrets ressortaient fréquemment :

  1. ne pas avoir vécu la vie qu'elles auraient voulu, notamment du fait de l'influence d'autrui
  2. avoir trop travaillé ou consacré trop d'énergie au travail au détriment d'autres sphères de vie
  3. ne pas avoir su exprimer leurs sentiments
  4. ne pas avoir su garder le contact avec leurs amis
  5. ne pas s'être autorisé à s'accorder un peu plus de bonheur
La connaissance de l'existence de livre m'a conduit à essayer de faire ressortir des axes d'action à mener pour profiter de la vie et limiter les regrets à la fin de la vie. Je me suis inspiré de diverses sources, dont celle-ci et plus globalement d'enseignements de la psychologie positive.

Je vous en propose 7. A l'instar des différentes productions issues de mes réflexions que je présente sur ce blog, je tiens à faire la remarque liminaire suivante : il ne s'agit pas pour moi de dire que ce sont "LES" 7 axes. Je suis souvent agacé par les titres "Les N ..." qui pourraient penser qu'il n'y en a que N et que ces N sont forcément ceux qui sont développés dans les articles.
Je vous en propose donc 7, j'aurais pu vous en proposer moins ou plus. Quiconque pourrait me dire aisément : et pourquoi tel ou tel aspect n'y est pas ?

Voici donc ci-dessous le résultat de cette réflexion :


Je reviendrai prochainement sur ces 7 axes et sur ce qui m'a motivé à les formaliser de cette manière.


APQP-AQN : Aussi peu que possible et autant que nécessaire

Dans ma lecture du livre "Conversation avec mon coiffeur" de Tal Ben Shahar (1), spécialiste americano-israélien de la psychologie positive, mon esprit a chopé une phrase sur laquelle j'ai décidé de m'arrêter pour en faire cet article : "... avec les enfants, il convient d'en faire aussi peu que possible et autant que nécessaire". J'utiliserai le sigle APQP-AQN dans la suite de l'article.

En cela, il prolonge les propos de son coiffeur, inspirateur de son livre "On est généralement plein de bonnes intentions quand on tient à satisfaire toutes les besoins et toutes les envies de ses enfants. Mais au-delà du strict nécessaire, je crois que plus on leur en donne, moins ils en font pour s'en sortir par eux-mêmes."

Tal Ben Shahar donne deux exemples par rapport à ses propres enfants : "Si ma fille sait nouer ses lacets seules, je dois la laisser faire - sauf si je suis très très pressé". Je note dans cette formulation l'exception à la règle pour laquelle il faut avoir de la vigilance quant à la fréquence : si on est très très pressé tous les matins, l'autonomie dans le laçage des lacets risque d'en prendre un coup.
Le deuxième exemple concerne son fils : "Si mon fils sait préparer tout ou partie de son repas, là aussi, il faut que je le laisse tranquille le plus possible, en le l'aidant que si c'est absolument indispensable". Tal Ben Shahar ajoutant que c'est ainsi que, progressivement, les enfants peuvent prendre confiance en eux et devenir indépendants.



Tout cela peut paraître évident mais il faut bien distinguer les principes qu'on peut avoir en tête et les intentions d'une part et la réalité des actions d'autre part. Le manque de temps, le stress, le besoin de protéger, les habitudes, la facilité, ... peuvent nous éloigner dans notre quotidien de ce principe qualifiable de "bon sens".

En matière d'éducation des enfants, APQP-AQN peut être entendu de plusieurs manières qui peuvent se combiner :

  • Autant de liberté/autonomie que possible et autant d'autorité que nécessaire
  • Autant de liberté/autonomie que possible et autant de cadre que nécessaire
  • Autant de liberté/autonomie que possible et autant de recadrage que nécessaire
  • Autant de liberté/autonomie que possible et autant de soutien que nécessaire
  • Autant de liberté/autonomie que possible et autant d'exemplarité que nécessaire
J'élargis maintenant l'idée "autant de liberté que possible" au citoyen et aux collectifs : en matière de restrictions à la liberté, on en veut aussi peu que possible et autant que nécessaire, selon un autre principe : la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres.

Au niveau politique, les partis libéraux ont la vision d'un Etat aussi peu présent que possible et autant présent que nécessaire. Ce qui veut dire en réalité "autant de marché possible et autant d'Etat que nécessaire", voire une autre formulation qui limite encore plus le rôle de l'Etat "autant de marché que possible et aussi peu d'Etat que possible".

Les actions des deux derniers gouvernements en matière du droit du travail sont intéressantes à observer avec cette grille de lecture : que veut-ont favoriser ? Que veut-on limiter à son plus bas niveau ? Je n'approfondis pas ce sujet pour le moment. J'y reviendrai peut-être dans un autre article.

En réalisant une recherche sur Internet, je me suis aperçu que la formulation "autant que nécessaire, mais aussi peu possible", à savoir une formulation dans l'ordre inverse de celle employée par Tal Ben Shahar, est le slogan de la gestion différenciée. Il s'agit de gérer, d'entretenir les espaces verts autant que nécessaire mais aussi peu que possible. Certains espaces publics nécessitent d'être tondus, débarrasser des mauvaises herbes. Il s'agit de les limiter, de limiter l'énergie dépensée sur ces espaces et octroyer des espaces où la nature retrouve tous ses droits, aussi bien au niveau de la végétation (espèces locales) que des êtres vivants qui les habitent.




Pour en revenir rapidement à l'éducation des enfants, cette notion de différentiation peut être entendue dans le sens où, chaque enfant étant unique, la gestion de son autonomie devrait lui être spécifique, différenciée par rapport aux autres enfants (y compris à l'école). La différentiation peut aussi être entendue dans le sens où cadre et autonomie peuvent avoir une pondération différente selon les situations auxquelles est confronté un enfant.

Je continue à tirer des fils : dans "gestion différenciée", il y le mot "gestion". 
"Autant que nécessaire, mais aussi peu que possible" s'applique aussi pour la gestion des ressources limitées de la planète : l'eau, l'oxygène, les minerais, ... Il faut qu'on en prélève aussi peu que possible et le juste nécessaire.

Dans son livre "Système 1  système 2", Daniel Kahneman évoque l'effet de halo jouant quand on donne une liste de mots. Ici nous avons une liste de deux idées : "autant que nécessaire" et "aussi peu que possible". Daniel Kahneman explique que l'ordre dans lequel on donne une liste n'est pas neutre du tout : le premier item de la liste a tendance à occulter les suivants. Donc, mettre en première position "aussi peu que possible" est plus impactant et plus fort pour la préservation d'une ressource que de mettre "autant que nécessaire". Dans le premier cas, on recherche systématiquement à limiter l'utilisation de la ressource. Dans le deuxième cas, on recherche à ne pas dépasser un niveau suffisant, avec une triple difficulté :
  • s'entendre sur le niveau de suffisance
  • savoir détecter quand c'est suffisant
  • tendance à repousser cette limite chaque fois qu'on l'atteint.
Je remarque que dans le deuxième cas, il a été nécessaire d'ajouter un "mais" pour contre-balancer la première assertion, ce qui n'est pas le cas de l'APQP-QN pour lequel on sait bien que le "autant que nécessaire" ne saura pas se faire oublier et que les forces qui le poussent sont suffisamment présentes.

En ce sens, la formulation "Aussi peu que possible et autant que nécessaire" me semble donc plus ambitieuse et efficace pour préserver une ressource.

Il n'y a pas que les ressources de la nature à préserver. J'ai retrouvé la formulation objet de cet article dans le Patient Blood Management qui consiste à gérer au mieux les transfusions sanguines.

APQP-AQN s'entend aussi quand il s'agit de limiter des éléments qui peuvent être à court, moyen ou long terme nocifs pour la santé et/ou pour la nature. En voici pèle-mêle une liste qui m'est venue à l'esprit : les conservateurs et addictifs, les produits chimiques, les antibiotiques, les radios dentaires, la lutte contre les nuisibles, le sel, les matières grasses, le sucre, ...



APQP-AQN peut être aussi un principe dont on pourrait s'interroger de l'opportunité pour l'utilisation des objets et outils numériques. Face à la diffusion non réfléchie des objets connectés, de leurs impacts négatifs en matière d'addiction et de désocialisation, des spécialistes de l'enfance invitent à se référer au principe APQP-AQN pour limiter l'exposition des enfants aux différents écrans.

Utiliser le principe APQP-AQN pour la préservation de la nature, pour la préservation de sa santé, pour donner de l'autonomie à ses enfants favorise le bonheur individuel et collectif. 
Quand il est utilisé par un collectif, et c'est le cas par exemple de la gestion différenciée au niveau de nombreux collectifs territoriaux, un effet d'essaimage est possible sur les comportements individuels. C'est d'ailleurs un des volets de la gestion différenciée : communiquer, partager avec le public pour que les citoyens puissent adopter les mêmes principes dans leur jardin particulier.

Le principe APQP-AQN invite à la régulation, à la fois au niveau individuel et au niveau collectif. Il nécessite une juste conscience des enjeux, une attention dans les décisions et au niveau des comportements pour s'assurer qu'on reste en ligne avec le principe. Il invite à des équilibres justes, gagnant-gagnant qui, par ailleurs, sont souvent exigeants.

J'utilise le qualificatif "exigeant" pour mettre en évidence que le manque de temps, la facilité, la culture de la consommation sont autant de freins à la réalisation du principe APQP-AQN quand il constitue la pierre angulaire pour préserver, protéger, développer l'autonomie, assurer des équilibres justes pour l'humanité et pour la nature. Ne nous y trompons pas : l'APQP-AQN au sens que je viens de donner n'est pas culturel dans le monde d'aujourd'hui. Il nécessite de changer des habitudes, quelques fois de changer de paradigmes. Et c'est difficile.

Par contre, la bonne nouvelle, c'est qu'une fois entré dans les habitudes, les décisions et les comportements coulent plus facilement de source. L'aborder collectivement, se stimuler mutuellement, prendre de le temps d'en apprécier les bénéfices, permettent de se sentir ainsi plus connecté à ses aspirations les plus profondes, aux autres et à autrui.

De ce pas, je vais réfléchir à comment gérer de manière différenciée mon jardin.

Ci-dessous, un résumé de cet article :







dimanche 4 février 2018

La Bienveillance, chalet pour la Confiance

J'ai eu l'occasion de constater par moi-même et en discutant sur le sujet avec autrui que la bienveillance est un mot fourre-tout qu'on a tendance à afficher de ci de là sans forcément bien en comprendre les enjeux et sans s'entendre sur les comportements attendus et la façon de l'assurer.

Je reviendrai bientôt sur ce sujet avec le fruit d'une modélisation sur laquelle je travaille.

Dans ce premier article sur le sujet, je veux faire le lien entre bienveillance et confiance, mettant ainsi en évidence un premier enjeu de la bienveillance.

La confiance en autrui nécessite un lâcher prise. Ce lâcher prise nécessite un environnement favorable. Un peu comme un endroit à l'entrée duquel on déposerait ses armes défensives parce qu'on saurait que tout le monde ayant aussi déposé les leurs, on pourrait y entrer sans risque. Ce qui nécessite un minimum de confiance dans le fait que les autres personnes aient vraiment joué le jeu et n'aient pas conservé sur elles cachée une arme.

Cet environnement favorable est la bienveillance. Comme un chalet douillet, chaleureux et accueillant dans lequel la confiance va pouvoir naître, se cultiver, prendre de l'ampleur, diffuser, ... Un endroit  où l'on se sent protégé mais qui n'est pas refermé sur lui-même. Au contraire, il est ouvert, mais selon des règles sur lesquelles on ne veut pas transiger pour conserver à cet environnement toutes ses qualités.


Un chalet qu'il a fallu construire à partir de plans. Un chalet qui a été construit par quelques personnes et dont l'entretien est assurée par les personnes hébergées.
La bienveillance est un ouvrage en soi et il faut s'y atteler. Elle ne naît pas d'un coup de baguette magique.
Il est tellement facile de ne pas être dans la bienveillance dans les propos qu'on tient. Il y a des mots, des phrases toutes faites qui sortent sans même qu'on prenne conscience de la portée qu'ils peuvent avoir. Je renvoie à mon article sur laqvt.fr Vous avez dit « Bienveillance » ?
J'imagine qu'en lisant cet article que vous conviendrez que les exemples de phrases que je donne sont destructeurs en matière de confiance en soi, d'estime de soi.

Il n'est pas la même chose de brandir le mot "bienveillance" comme on planterait un panneau dans le sol avec la photo du chalet collée dessus, dans le froid, le vent, les bourrasques de neige ou de concevoir une interaction avec quelqu'un en s'installant dans le chalet bien au chaud.

A bientôt pour reparler de ce chalet, de façons de le construire, des bons petits plats qu'on pourra faire mijoter, des plantes qu'on va pouvoir y faire pousser, des pelures de vêtement qu'on va pouvoir enlever, ...

jeudi 18 janvier 2018

Evaluer les motivations et les moyens pour faire

Le verbe "Faire" est un verbe qui prend beaucoup de place dans nos vies. Et probablement, de plus en plus, fort connecté avec le verbe "Avoir", le premier permettant d'avoir le 2ème; le mieux étant d'avoir le deuxième sans passer par le premier, ou de passer le moins de temps avec le premier pour obtenir le plus de deuxième.

Une alternative bien meilleure pour la construction du bien-être psychique et un bon niveau de connexion avec soi-même, autrui et la planète, étant de donner beaucoup de place aux verbes "Etre", "Apprécier", "Remercier" et "Donner".

Mais puisque, quoi qu'il en soit, le verbe "Faire" est tout de même sacrément présent, je vous présente un outil d'évaluation des motivations et des moyens quand on veut s'engager dans une action ou une activité ou quand on veut faire le point à un  moment donné par rapport à une action ou un événement.

C'est un graphique en étoile qui permet d'évaluer son niveau de motivation et de moyens par rapport à une série d'assertions. Il est inspiré de la théorie de l'autodétermination évoquée par mon amie Dominique Poisson dans son article sur laqvt.fr Les cycles de la motivation.

On peut le faire de manière quantitative en donnant une note à chaque branche de l'étoile.

On peut le faire aussi de manière qualitative en réfléchissant à chacune des assertions et en essayant d'y répondre verbalement, oralement ou par écrit, en ajoutant "parce que " à chaque assertion.

Cet outil est bien évidemment utile pour la sphère professionnellement. Mais pas seulement : il est utilisation aussi pour les autres sphères de vie, avec la motivation financière qui peut ne pas être pertinente pour certains cas de figure.

Si ce graphique vous parle et vous est utile, j'aurai intérêt et plaisir à recevoir votre feedback par un commentaire soit directement sur ce blog soit sur les réseaux sociaux sur lesquels je relaie cet outil.



13 facettes d'une vie au travail pouvant contribuer au bonheur - Edition 6

J'ai proposé en août 2015 13 facettes d'une vie au travail pouvant contribuer au bonheur.

J'ai présenté une image de la 6ème édition en octobre 2017 à l'occasion de la préparation de l'Université Ephémère sur la Qualité de Vie au Travail (QVT), l'Innovation managériale et la Coopération des 11 et 12 octobre 2017. Cette 6ème édition a fait partie de la matière première que j'ai proposée en amont de cet événement sur le wiki associé.

Avant de vous proposer un diaporama présentant chacune des facettes, j'explique en quelques mots les différences entre l'édition N° 4 et l'édition N°6 :

1/ J'ai modifié le texte en utilisant l'écriture inclusive

2/ J'ai apporté les modifications à la facette "Autonomie" suite à ma lecture du livre "Le paradoxe du choix" de Barry Schwartz.
L'intitulé précédent démarrait de la façon suivante "Je me sens autonome avec des responsabilités ...". La nouvelle formalisation est "Je me sens suffisamment autonome avec des responsabilités bien assumées ...".

J'introduis ici que l'autonomie et les responsabilités ne sont pas une fin en soi et qu'il faut ajouter d'autres conditions
Concernant l'autonomie : je mets en évidence que plus que "donner de l'autonomie" c'est bien "donner la possibilité de l'autonomie et l'accompagner" qui est importante. L'autonomie n'est pas à assimiler à liberté ni à bien-être psychologique. Dans la mesure où l'autonomie n'est pas binaire mais s'entend à plusieurs degrés, un degrés trop important d'autonomie par rapport à ce qu'une personne se sent en capacité de bien gérer peut créer du mal-être psychologique.

De la même façon, ce ne sont pas les responsabilités en soi qui créent du bien-être, mais le fait d'avoir des responsabilités, de sentir qu'on vous fait confiance et de pouvoir bien assumer ces responsabilités (parce qu'on est compétent, qu'on a les moyens, que le droit à l'erreur est cultivé, qu'on est bien entouré, ...).

Je vous donne c-dessous, l'image de ce modèle ainsi que le diaporama associé. Et après je redonne l'argumentaire que j'avais fourni pour expliquer la genèse de ce modèle.



Voici le diaporama présentant ces 13 facettes :

Licence Creative Commons
"13 facettes de la vie au travail pouvant contribuer au bonheur" de Olivier Hoeffel est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à https://onedrive.live.com/redir?resid=50DE3EADEA2AE04E!712&authkey=!APKI6bXp8O7JqxE&ithint=file%2cpptx.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.lesverbesdubonheur.fr/.

En croisant les composantes et facteurs du bien-être mental, du bonheur, de la bonne santé mentale, de la santé mentale au travail, de la santé mentale positive, j'ai réalisé un travail de modélisation en 13 facettes (1) d'une vie au travail qui contribuent potentiellement (2) au bonheur.

Plus précisément, je me suis inspiré des éléments suivants :


Le but de cette publication et  des 13 publications est de tordre le cou à l'idée que le bonheur au travail serait un oxymore.
Il s'agit aussi d'argumenter face aux partenaires sociaux qui ont tendance à considérer que ce n'est pas dans le rôle de l'employeur, ni dans celui de la fonction RH, ni dans celui des représentants des salariés de viser le bonheur des individus au travail. Face à une tendance très défensive de beaucoup de ces acteurs, j'ai publié en novembre 2017 sur laqvt.fr l'article 3 malentendus sur le bonheur au travail.

A travers chacune des 13 facettes, je cherche à montrer que le développement de facteurs contribuant au bonheur a aussi un impact positif sur le collectif, sur les conditions de travail et sur la performance durable (le qualificatif durable étant essentiel). En fait, c'est gagnant-gagnant.

C'est aussi une façon de montrer qu'il n'y a pas d'opposition sur le fond entre une vision qui part de l'amélioration des conditions de travail ou celle qui part de la construction du bonheur.
S'il me semble bien légitime que les partenaires sociaux ne veuillent ni ne puissent s'inscrire dans une obligation de résultats ou de moyens en terme de niveau de bonheur des salariés, ce n'est pas pour autant qu'ils ne pourraient pas se saisir des facteurs du bonheur dans leurs actions.

Il ne s'agit pas non plus de mettre le salarié dans une position d'attente passive en terme de bonheur au travail. Le bonheur au travail, comme la Qualité de Vie au Travail (QVT) relève d'une articulation judicieuse entre la responsabilité individuelle et les responsabilités collectives.

Les responsabilités collectives ne relèvent pas que des partenaires sociaux : plusieurs niveaux sont à interroger : l'équipe, le service, l'entité, les parties prenantes externes (clients, usagers, fournisseurs, partenaires, riverains, ...), la branche professionnelle, les organisations sur le même territoire, le département, la région, l'Etat, ... l'ONU. L'ONU qui s'intéresse de près au bonheur depuis quelques années, au même titre que l'OCDE.

Le bonheur n'a donc rien de folklorique, ni de fumeux, ni d'utopique. N'ayons pas peur de l'idée du bonheur au travail et prenons conscience que des conditions particulières de la vie au travail contribuent au bonheur au travail et au bonheur plus généralementChaque individu ayant bien entendu sa propre vision du bonheur (ou de son bien-être ou de tout concept approchant), ses propres attentes, ses propres stratégies et sa propre évaluation contrastée de son bonheur. Cette évaluation est en effet contrastée puisque le bonheur dépend de quantité de facteurs. Chacun de nous a sa propre pondération et sa perception unique.

Bien entendu, il n'est pas question de considérer qu'une personne ne saurait être heureuse que si elle se sent de répondre positivement à TOUTES ces assertionsLe bonheur, ce n'est définitivement pas du "tout ou rien". Par contre, ce qui me parait important c'est que la vie au travail peut contribuer de manière multiple au bonheur. En précisant que face à un même contexte de vie au travail, deux personnes peuvent évaluer et apprécier différemment ce contexte et ressentir leur bonheur influencé positivement et négativement, plus ou moins ou pas, à travers ces différentes facettes.
Par exemple, 2 personnes face au même poste de travail ne vont pas forcément éprouver le même intérêt pour le travail induit.
Autre exemple : une personne peut se plaindre d'un manque de reconnaissance pour le résultat de son travail et l'autre non; et ceci, alors qu'elles ont le même niveau d'efficacité et qu'elles reçoivent le même niveau de reconnaissance. La deuxième étant plus dans le plaisir et dans une motivation intrinsèque, elle est moins en attente de reconnaissance.

A l'instar de la QVT, réfléchir et évaluer sa vie au travail à travers des dimensions multiples permet de prendre conscience de ce en quoi le travail  apporte du bonheur, du bien-être, ... alors même que l'esprit peut être encombré par des difficultés dans le travail qui masquent les aspects positifs.

Si vous répondez OUI à une assertion, c'est que la facette concernée de votre vie au travail est un facteur protecteur/constructeur de votre bonheur, bien-être, ... indépendamment du fait que d'autres facettes peuvent l'impacter négativement.

Je consacrerai un article sur la façon dont chacune et chacun peut agir individuellement et collectivement après qu'elle.il se soit questionné relativement à chacune de ces assertions.
Là aussi, à l'instar de la QVT, la première façon d'agir sur son bonheur au travail me semble bien être l'auto questionnement. Les 13 assertions que je vous propose ici constituent un moyen d'entreprendre cet auto questionnement.

Que la vie au travail puisse contribuer au bonheur, c'est donc un vrai sujet de société sérieux selon moi. Ce qui mérite intérêt aussi en même temps, c'est en quoi le bonheur impacte la vie au travail. Et c'est bien cette double relation que je veux mettre en évidence.

Pour terminer, j'indique que j'ai utilisé ce modèle pour construire un questionnaire que j'ai eu l'occasion de proposer à deux reprises pour des événements publics : l'Université Ephémère des 11 et 12 octobre 2017 et l'événement sur la QVT et l'Innovation managériale organisé le 9 novembre 2017 par Soho Solo et Kanopé à Auch.
Voici le lien vers un espace donnant accès au questionnaire. Il est à télécharger au format tableur (Excel ou compatible) ou à copier et à utiliser à travers un navigateur sous Google Sheets. Je vous invite à lire le mode d'emploi contenu dans cet espace au préalable.

(1) Je précise que je ne prétend pas que les facteurs de bonheur au travail se limitent à ces 13 facettes, ni qu'elles ont forcément à être organisées comme je le propose ici; c'est le fruit d'un travail d'analyse et de compilation personnelle des construits du bien-être hédoniste, du bien-être eudémonique, du bonheur (par le biais de la psychologie positive -en particulier Tal Ben Shahar, Martin Seligman, Mihaly Csikszentmihalyi et son concept de Flux, Sonja Lyubomirsky, par l'ONU), le bien-être psychologique au travail (Véronique Dagenais-Desmarais-chargée de cours à l’Université de Montréal), la santé mentale (OMS), de la santé mentale au travail (Québec), la santé mentale positive (Canada) et de mes compétences sur le  sujet de la Qualité de Vie au Travail



(2) J'écris "potentiellement" dans la mesure où il s'agit de la description de facettes incluant une partie contextuelle favorable dans la vie au travail. Or, en s'inspirant des enseignements de la psychologie positive, le contexte n'est pas la composante la plus importante au bonheur. En fait, elle représente 10%. Ce qui va être déterminant, au delà des aspects génétiques qui pèsent lourd (50%), c'est notre investissement et nos habitudes favorisant le bonheur (40%). Cependant, c'est bien la conjonction du contexte, des gènes, de nos habitudes et de notre investissement qu'il faut prendre en compte.

mercredi 3 janvier 2018

52 semaines de galets

Message d'importance à celles et ceux qui liraient un peu vite dans leur tête et seraient victimes d'un voisinage phonétique : il ne s'agit pas de 52 semaines de galère mais bien de 52 semaines de galets pour cultiver le bonheur.

Il y a plus d'un an, mon épouse et moi-même avons reçu d'un couple d'amis chers un cadeau qui nous a nourri spirituellement et intellectuellement pendant 52 semaines. Lui-même l'ayant reçu au moins 52 semaines avant qu'ils nous en fassent le cadeau ...  temporaire (et je reviendrai sur ce point en fin d'article).

Commençons par une photo de ce cadeau en plusieurs composantes :



Il comporte donc :

  • un sac qui a été fabriqué à la main
  • un grand bol en porcelaine
  • 52 galets, chacun avec une mention écrite manuellement avec des couleurs différentes
Autrement dit un cadeau fait main ... et fait tête. Le "fait main" ne nécessite pas d'autres précisions. Le "fait tête" mérite que je précise mon propos : il ne s'agit pas que de travail manuel. Chaque mot (substantif) écrit sur cette série de galets a été réfléchi pour constituer un parcours d'une année qui permet d'interroger le sens de la vie. Parcours qui se construit au hasard, puisque chaque semaine un galet est pioché au hasard dans le sac puis placé devant le grand bol. Une fois que son tour sera passé au bout d'une semaine, il finira sa trajectoire dans le bol.
Pour réaliser la photo, j'ai voulu prendre un galet au hasard pour le poser devant le bol. Mon œil s'est arrêté sur les galets visibles en surface et coïncidence, c'est le galet "Cadeau" qui m'a tendu les bras, et avouez que c'est fort opportunément.

La règle du jeu est donc de tirer un galet par semaine (plutôt le dimanche car on est plus tranquille, mais  rien empêche de choisir un autre jour). On pourrait aussi en tirer un par jour, mais je suis convaincu qu'on n'en tirerait pas toute la substantifique moëlle.

Le galet une fois sorti de son sac et le mot bien mis en évidence (il n'est écrit que sur une seule face), on peut donc savourer cet instant de découverte du mot. En me référant à notre pratique, cette découverte a suscité des réactions diverses chez nous selon le mot. Souvent, il nous a excité et tout de suite parlé. De rares fois, on s'est demandé mon épouse ou moi ce qu'on allait pouvoir en faire. Sentiment mitigé qui n'est jamais resté bien longtemps.

Vous allez peut-être penser : "Que fait-on après ?".

On peut imaginer des façons de procéder diverses :
  • façon "oracle" : le mot va me donner la tonalité de la semaine à venir; alors l'oracle sera de bon augure car tous les mots sont positifs
  • façon "observateur" : le mot va constituer une forme de filtre à travers lequel je vais observer les événements de ma semaine
  • façon "acteur" : je vais essayer d'agir dans ma semaine autour de ce mot
Pour celles et ceux qui me connaissent un peu, vous ne vous étonnerez pas que je me sois engagé dès le premier galet dans la troisième posture et j'en ai retiré beaucoup intellectuellement et à travers mes comportements.

Je vais vous donner maintenant la méthode que j'ai ajustée en plusieurs fois tout au long de ces 52 semaines :

  • après avoir découvert le mot, ou peu après, j'allais m'installer devant mon ordinateur (j'aurais pu aussi prendre un cahier et écrire)
  • je créais une carte mentale (avec freemind) dédiée à ce mot (ce pourrait être une fiche, une page dans un cahier)
  • je réfléchissais à toutes les acceptions de ce mot et ce qu'il pouvait évoquer en moi et je le reportais
  • Après quelques galets tirés, j'ai ajouté à ce travail de réflexion la richesse que permet l'usage d'internet; quelques fois, je m'intéressais à l'étymologie, d'autres fois je recherchais des citations avec le mot, ce qui me permettait d'enrichir souvent les acceptions que j'avais notées précédemment
  • pour terminer ce travail du dimanche, je me demandais comment je pourrais investir ma semaine avec ce mot, à la fois dans mes pensées et dans mes comportements.
  • le dimanche suivant, je notais tout ce qui avait fait écho pendant la semaine avec ce mot (et dont je pouvais me souvenir)
Je vous donne le premier mot et le dernier mot de ce parcours : plaisir et simplicité.

D'ailleurs, je vais faire mieux : vous donner la liste des mots. Je le mets en lien ICI si jamais vous lisez cet article et que vous voulez vous engager dans un tel parcours en vous ménageant la surprise de la découverte des mots (dans l'hypothèse où une autre lectrice ou lecteur aurait lu ce billet et vous aurez fabriqué un tel cadeau en s'inspirant de la liste en question).

Ce magnifique cadeau qui nous a été fait va poursuivre sa route : nous allons le rendre à nos amis pour qu'un de leurs enfants prenne le relais ... et ainsi de suite. J'ai trouvé excellente cette idée de profiter de ce cadeau et qu'il puisse ensuite continuer à circuler et faire d'autres heureux.