mercredi 27 janvier 2021

Résumé de l'article sur la Bienveillance en 2 mots

 Cette publication constitue un court résumé de l'article La Bienveillance en 2 mots : "Bien" et "Veillance"  faisant partie du dossier dédié à une Société et des territoires de la Bienveillance que j'ai modélisée depuis 2019.

Le mot "Bienveillance" est scindé en deux "Bien" et "Veillance", le deuxième suivi du premier constituant un cercle vertueux.


En tirant des fils à partir du mot "Veillance" (veiller à), particulièrement sur quoi et qui on peut veiller, sont mis en évidence qu'il y a des sujets et objets d'attention multiple : soi-même, autrui, humain et autre qu'humains, collectifs, communautés et écosystème d'appartenance. On peut faire le même constat au niveau collectif. On s'aperçoit ainsi que les enjeux de bienveillance peuvent être analysés et traités avec une même grille de lecture au niveau individuel et à différentes échelles collectives. Ce qui m'a amené à proposer un modèle "fractal", basé sur la notion de "holon" en 4 dimensions.



3 dynamiques de "veillance" méritent d'être articulées : l'attention autour de nous à ce qui ne se porte pas bien, une curiosité exploratrice pour mieux connaître et comprendre le monde et le monde d'autrui, et le bon accueil que l'on doit faire aux sollicitations et alertes émises à notre attention.

La transition entre l'attention que l'on porte et l'action, c'est la prise de décision.
On doit aussi veiller à un certain nombre de choses pour une prise de décision qui va faire du bien : identifier et associer les parties prenantes, coopérer dans une approche gagnant-gagnant, éviter des pièges cognitifs (par exemple la logique binaire, la simplification), remettre de la confiance, mettre plus de démocratie directe, ...

En tirant le fils à partir du mot "Bien", on peut identifier 3 types d'actions allant dans le sens du bien et qu'il s'agit d'articuler, individuellement et collectivement : faire le bien, ne pas faire de mal et dénoncer et combattre le mal.

Le "Bien" fait référence tout à la fois à : 1/ faire du bien autour de soi (humains, autres qu'humains, collectifs, communautés, écosystèmes), 2/ se faire du bien (à ne pas assimiler avec se faire plaisir) et 3/le faire bien (qui renvoie à l'alignement de la bienveillance entre le "Quoi" et le "Comment", et aussi à la fierté de l'action bien faite).

J'ai élaboré une échelle de la bienveillance avec 3 segments : la bienveillance, l'absence de bienveillance et la malveillance.


Donc la bienveillance, ce n'est pas qu'une valeur affichée dans des chartes d'entreprise, l'idée de la gentillesse et/ou un mot qu'on pose dans le cadre de sécurité en démarrant une réunion où l'on pense qu'il pourrait y avoir des tensions. Elle permet de considérer de très nombreux enjeux de notre société, et notamment des enjeux vitaux et des droits de l'humain et de la terre. Ils vont de l'écologie, à la santé, à l'économie, à la qualité de vie au travail, aux violences familiales, au viol, à l'éducation et à la culture, (en considérant aussi ces mêmes éducation et culture comme vecteurs de transitionS), ... et un enjeu capital qui s'insinue dans un très grand nombre d'enjeux : le déboulonnage du patriarcat.

Je vois une triple ambition pour ces travaux de modélisation qui pourraient être amendés, amplifiés :
  • fournir une grille de lecture d'analyse de notre société et des enjeux actuels qui la traversent
  • poser les bases d'une vision partagée du bien-vivre individuel et du vivre ensemble, humains et autres qu'humains (ce que j'ai appelé une Société et des Territoires de la Bienveillance) et de ce en quoi consisterait une "attitude bienveillante"
  • fournir des éléments aidants pour les prises de décisions, la mise en action et l'analyse des impacts des actions.
Des travaux de modélisation qui s'inscrivent dans le vaste mouvement de transitionS très au pluriel.



La Bienveillance en 2 mots : "Bien" et "Veillance"


 

Cet article fait partie du dossier dédié à une Société et des territoires de la Bienveillance que j'ai modélisée depuis 2019. S'il s'intitule "en 2 mots", je le dis d'emblée : il comporte plus que 2 mots mais j'ai essayé de me focaliser sur l'essentiel. Pour celles et ceux qui courent après le temps, j'ai concocté une version résumée de cet article.

La bienveillance serait-elle autre chose, plus que de la gentillesse et/ou un mot affiché dans les valeurs d'une entreprise et/ou un mot affiché dans le cadre de sécurité que l'on fixe en début d'une réunion pour favoriser l'écoute et le respect de la diversité des points de vue ?

J'ai démarré mon travail de modélisation sur la bienveillance en 2019 avec la conviction que la réponse est positive et qu'en tirant les fils de la bienveillance, on arrive vite à comprendre que la bienveillance conduit à balayer une très grand majorité des enjeux actuels : écologiques, sociaux, sanitaires, économiques, éducatifs, démocratiques, humanitaires, humanistes, spirituels, culturels, ... Et c'est ce qui m'a fait considérer donc une vision très large de la bienveillance à travers l'idée d'une Société et de Territoires de la Bienveillance. 

Pour comprendre ce qui m'a conduit à cette vision large, je vous propose de décomposer le mot "Bienveillance" en deux "Bien" et "veillance" et de tirer des fils pour chacun de ces deux mots, ce qui me permettra en même temps de les relier avec quelques éléments de modélisation que j'ai élaborés.

La "veillance" puis le "bien", en un cercle vertueux

Mais avant de tirer ces fils, je veux expliquer en quoi il faut lire cet enchaînement de deux mots en commençant par le deuxième : pour prendre soin (de quelqu'un, d'un collectif, d'une communauté, d'un écosystème, d'un autre qu'humain, de la planète), il faut commencer par avoir une attention, par observer, par une forme de vigilance : "veillance". Tout ce qui est recueilli par ce mouvement d'attention, permet alors de nourrir un processus de décision qui conduira des actes qui prennent soin : "Bien". Le tout formant un cercle vertueux : le fait de prendre soin rapproche, rend le sujet du soin plus précieux, et donc renforce l'attention qu'on lui porte. La boucle étant bouclée quand la "veillance" conduit à l'action qui conduit elle-même à la "veillance" des impacts de l'action.



Où l'on découvre avec "veillance" en quoi la bienveillance nous amène loin

Quand on coupe un mot en deux, on ne se retrouve pas forcément avec deux mots qui ont la double caractéristique d'exister dans le dictionnaire et d'être signifiant. Il se trouve que c'est le cas avec le mot "bienveillance". "Veillance" signifie le fait de veiller (à), et c'est très exactement le sens qui m'intéresse pour la suite de mon propos.

Veiller sur quoi, sur qui ?

Je vous propose déjà de considérer que l'on peut se mettre à deux échelles différentes : celle d'un individu et celle d'un collectif ou d'une communauté. En remarquant qu'un collectif peut être encapsulé dans un collectif plus grand et inversement encapsuler lui-même des collectifs plus petits ou des être humains et des autres qu'humains. Le fait d'ajouter "autres qu'humains" me permet ainsi de considérer des enjeux écologiques au-delà d'enjeux sociaux. Il serait astucieux dès lors de trouver une modélisation de la bienveillance qui puissent considérer ces différentes échelles de la même façon. Ce que certains appellent de manière "fractale" (même compréhension de la bienveillance aux différentes échelles) et "holistique" (une entité fait partie d'un tout). Le mot "holistique" a la même racine que le mot "holon" considérant qu'une entité (individu ou collectif) est à la fois un "tout" et appartient à un ou plusieurs "tout".

A l'échelle individuelle, un être humain est un "tout" (un ensemble d'organes - qui eux-mêmes sont décomposables - et des microbiotes). Il fait partie de quantité de "tout" : une cellule familiale, une famille au sens large, un quartier, une commune, un département, une région, ... une équipe de travail (s'il n'est pas indépendant), une organisation, un ou des cercles amicaux, ...

A l'échelle collective, je prends l'exemple d'une entreprise ; elle est un tout : un ensemble de personnes voire aussi d'autres qu'humains pour les activités mettant en jeu des animaux, des plantes, des arbres, .... Elle fait partie de plusieurs "tout" : éventuellement un groupe, un territoire naturel, un territoire d'activités économiques, un secteur d'activité, elle a un rôle sociétale, ...

C'est cette vision large qui m'a conduit à une modélisation sur 4 dimensions qui sont réplicables et interconnectées :


Je renvoie à l'article 4 dimensions indissociables de bienveillance pour expliquer quelles sont ces 4 dimensions.

Un article beaucoup plus détaillé  Bienveillance et cellule familiale présente ce modèle en 4 dimensions pour l'individu dans sa cellule familiale. J'y décris aussi brièvement un premier modèle que j'ai développé et qui a été remplacé par celui ci-dessus. Dans le premier modèle une dimension spécifique était dédié à la planète (à l'environnement). Dans ce deuxième modèle, la planète n'apparaît plus explicitement en tant que telle car elle est en filigrane dans toutes les dimensions. Donc la nature, loin d'être abandonnée, est dans l'ADN de ce modèle qui cherche à mettre fin à la déconnexion entre l'humain et la nature, parce que l'humain fait partie de la nature, est nature et contient de la nature en lui.

Donc pour reprendre la question titre de cette section, on veille sur quoi et sur qui ? A l'être humain, à ses aspirations, à sa recherche de singularité, à sa recherche d'appartenance, à sa recherche de liberté, d'autonomie, d'accomplissement, de bien-être, à sa santé, à son hygiène de vie, à ses relations à autrui (humain et autre qu'humain), à sa citoyenneté, à sa contribution à ses différents collectifs et communautés d'appartenance. Au niveau collectif et communautaire, on s'intéresse aux individus qui les composent (notamment la responsabilité des organisations de préserver la sécurité et la santé des salariés), aux écosystèmes d'appartenance, à l'interdépendance, à la coopération et l'intercoopération, à la responsabilité sociétale, à l'égalité, l'équité, aux modes de prises de décisions, au réalisme des objectifs, à la façon dont on délivre de la reconnaissance, ... et à tous les écosystèmes de la nature (humains et autres qu'humains).

On veille au bon discernement ; en particulier on veille à ce qui nous est précieux, ce qui compte vraiment, dans un monde où l'on compte mais avec des chiffres, beaucoup de chiffres, beaucoup trop de chiffres (cf l'article 2020 sous la pression des chiffres. En 2021, défrichons un monde qui se libère des chiffres). Un enjeu considérable de bienveillance : moins de quantitatif, moins d'urgence, moins de Mr Plus, et en revanche plus de qualitatif, plus de temps que l'on se donne, plus de Sam'Vabien.

Attention, curiosité exploratrice et accueil

Veiller fait appel à nos différents sens : voir, écouter, toucher (et être touché), sentir, goûter.
On peut considérer 3 dynamiques qui sont aussi des enjeux :
  • l'enjeu de la vigilance à ce qui ne se porte pas bien autour de nous ; une dynamique sans mouvement autre que celui de se rapprocher pour mieux cerner ce qui ne va pas
  • l'enjeu d'aller explorer le monde, le monde d'autrui pour apprendre à le connaître, le découvrir, mieux comprendre sa réalité. Quand le sujet d'intérêt est un humain, on peut aussi s'intéresser à ses perceptions, ses émotions et à ses aspirations et attentes ; une dynamique en mouvement qui fait face à de l'ambivalence : le beau, le bien, l'admirable, la coopération, ... côtoient le mal, la malfaisance, la maltraitance, la violence, la compétition, l'égoïsme, ... d (en ne s'arrêtant pas à une vision binaire car en réalité, il y a tout un spectre)
  • l'enjeu de bien accueillir les sollicitations et les alertes émises à notre attention ; ne pas détourner le regard, ne pas faire la sourde oreille, ne pas entrer/rester dans le déni, ne pas minimiser, ne pas dégager en touche, ... En passant, je précise que si la bienveillance tient beaucoup dans notre capacité à bien accueillir des alertes, elle se joue aussi à travers notre capacité à savoir signaler dans la bienveillance quand ça ne va pas.
Outre le fait que l'attention nous permet de mieux être connecté avec la vie et ce qui fait la vie, l'attention a une autre vertu considérable : elle est la source de la gratitude comme je l'ai mis en évidence il y a quelques années à travers un processus de la gratitude. Cette vertu est considérable parce qu'elle nourrit quelque chose d'aussi considérable, d'autant plus dans des périodes perturbées comme celle que nous vivons depuis 2020 : la joie de vivre ensemble.

Veiller dans les prises de décisions

La "veillance" ne concerne pas seulement celle portée sur des personnes (y compris soi-même), des autres qu'humain, des collectifs, des écosystèmes, ... Il s'agit aussi de veiller à s'engager dans des actions qui vont prendre soin. Et en amont de l'action, il y a la prise de décision.

Dans les prises de décision, la "veillance" porte sur une diversité d'aspects :
  • Veiller à se donner le juste temps pour décider, et notamment celui pour la délibération.
  • Veiller à bien identifier les parties prenantes concernées par la prise de décisions, et les impacts directs et indirects sur ces parties prenantes (veiller à ne pas faire de mal et mieux encore à leur faire du bien).
  • Veiller à intégrer les signaux faibles et les signaux forts (en s'inspirant du proverbe africain "L'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse"). Sans "veillance", on ne voit ni n'entend la forêt qui pousse. Prendre en compte les signalements dans le cadre d'une gestion des tensions.
  • Veiller au maximum à les associer en favorisant des prises de parole acceptant et se nourrissant de la diversité tout en recherchant de la convergence.
  • Veiller à ce que le mode de décision privilégie la démocratie et/ou la confiance.
  • Veiller à ne pas surjouer ni les enjeux, ni le je (Ego). Inversement, veiller à ne pas évacuer les enjeux qui ne seraient pas facilement jouables. Accepter la complexité et l'incertitude, et activer l'intelligence collective pour y faire face.
  • Veiller à articuler judicieusement les 4 dimensions que j'ai évoquées précédemment.
  • Veiller à ne pas se laisser enfermer dans le piégeux OU (on fait A ou B ; on oppose inutilement les positions des uns et des autres) et à activer chaque fois que cela est pertinent le ET (ne pourrait-on pas faire A ou B, ou A en mettant un bout de B, ou B en mettant un bout de A ; chacun s'exprime de son point d'observation, et probablement pour éclairer une même réalité).
  • Veiller à prendre en compte les émotions et à bien distinguer les éléments objectifs et subjectifs.
  • Veiller à une approche gagnant-gagnant.
  • Veiller à une bonne communication de la décision.

Le "Bien" de "Bienveillance"

Cette partie est plus légère car je viens de dresser avec "veillance" une très grande partie de mon argumentaire sur les raisons d'envisager la bienveillance dans une vision très large permettant d'aborder les grands enjeux de notre société.

Une action bienveillante peut-être de trois types :
  • une action dont l'intention première est l'altruisme : faire le bien
  • une action dont l'intention première n'est pas forcément l'altruisme, mais qui s'efforce de ne pas altérer la santé des parties prenantes (humains, autres qu'humains, de collectifs).
  • et c'est aussi de dénoncer et de résister face à des comportements malveillants, voire des comportements qui manquent de bienveillance.





Le "Bien" fait référence tout à la fois à :

1/ faire du bien autour de soi (humains, autres qu'humains, collectifs, communautés, écosystèmes)

2/ se faire du bien : à ne pas assimiler avec se faire plaisir. Non pas que le plaisir serait à proscrire, mais qu'il ne faut pas limiter le bien au plaisir. Quelques fois, le plaisir n'est pas au rendez-vous. Je vais chez le dentiste. Je me fais du bien, et pas franchement plaisir. Cette non assimilation entre bien et plaisir mérite aussi d'être considérée pour la dimension précédente : faire du bien à autrui. Je pense en particulier à l'éducation des enfants : confondre faire du bien et faire plaisir a certainement des impacts négatifs sur le bien-être des parents et des enfants, et plus globalement sur la société

3/le faire bien : je veux mettre en exergue qu'il est très important de considérer la bienveillance à la fois sur le "quoi" et sur le "comment". On connaît tous le proverbe "qui aime bien, châtie bien". Pour faire du bien, on s'autorise des moyens malveillants. Il faut donc porter de mon point de vue une très grande vigilance à être bienveillant dans ses intentions et à être bienveillant dans la façon dont on mène l'action. Je suis frappé par exemple de voir des accrocs de bienveillance lors de réunions de groupes qui ont des intentions bienveillantes sur des sujets écologiques, sociaux, démocratiques, humanitaires .... Et quand il ne s'agit pas forcément de comportements malveillants (souvent en interne), on peut aussi déplorer une autre forme d'accroc à la bienveillance : l'absence de bienveillance, l'absence de "veillance" : on ne prend pas soin des personnes du collectifs dont certains peuvent être mal physiquement et/ou psychologiquement, notamment parce qu'ils sont dans le surengagement. Cette distinction entre malveillance et absence de bienveillance a fait l'objet d'un autre élément de modélisation central pour une Société et des Territoires de la Bienveillance : une échelle de la bienveillance avec 3 segments :


Je donne des explications sur cette échelle dans la chronique Un "Salut, ça va" qui parle beaucoup pour introduire une échelle de la bienveillance.
"Le faire bien" renvoie à un deuxième aspect que l'ancien qualiticien puis promoteur de la Qualité de Vie au Travail que je suis croise avec ces deux anciennes casquettes : la qualité du travail. Nous avons besoin d'être fier non seulement du résultat de nos actions mais aussi des conditions dans lesquelles nous avons réalisés nos actions. Je pense à la fois à la fluidité de l'action (bons outils, bonnes méthodes, beaux gestes, le temps pour bien faire les chose, les bonnes compétences, le bon soutien) et à la dimension éthique : je peux me regarder dans la glace, on m'a fait confiance et je pense avoir mérité cette confiance, j'ai travaillé de manière loyale envers moi, mon client, mon entreprise, l'environnement.
Et donc, je mets ici en évidence un des enjeux de cette vision large de la bienveillance : la Qualité de Vie au Travail. Ce qui n'est pas une surprise non plus puisque cela a été mon point de départ de ce travail de modélisation (cf la genèse).

"Bienveillance" : des enjeux multiples

La bienveillance telle que je l'ai explorée permet donc d'aborder de multiples enjeux qui s'entrecroisent dont je vais donner une petite liste non exhaustive :
  • la Qualité de Vie au Travail (QVT), les risques psychosociaux (RPS), la santé au travail, la gouvernance partagée, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), l'égalité homme-femme, le harcèlement, l'échelle des rémunérations, la bienveillance, le télétravail, la coopération, ...
  • la qualité de vie, le bien-être, le bonheur, la santé, la santé positive, la santé mentale, l'hygiène de vie, la prévention de la santé, ...
  • l'écologie, l'emballement climatique, la pollution, la biodiversité, l'utilisation des ressources, la sobriété énergétique, l'agriculture bio, la permaculture, l'agroécologie, la déforestation, la bétonisation, les relations entre l'humain et les animaux domestiques, d'élevage, sauvages, ...
  • la société de consommation et alternatives, développement et gestion des communs, impacts et usages du numérique, sobriété heureuse, ...
  • l'éducation familiale, les violences familiales, l'inceste, la répartition des tâches domestiques, les prises de décision au sein de la cellule familiale, ...
  • la citoyenneté, démocratie ouverte/contributive, démocratie participative, la pauvreté, les écarts de richesse, l'égalité, la fraternité, la solidarité, ...
  • les places essentielles de l'éducation (à tous les âges) et de la culture non seulement comme sujet de transition mais comme support de transition
  • les diktats de l'urgence, des chiffres, de l'immédiateté, du contrôle de gestion, avec un double enjeu central : se donner du temps en se faisant confiance
  • la simplification, la vision binaire, le déni, les méconnaissances, la tendance à vouloir donner une opinion sur tout, le complotisme, ... nécessitant une culture de la réflexivité, de la lucidité, du discernement, de l'humilité.
  • toutes les conséquences du patriarcat dont un bon nombre a été évoqué dans les points précédents et qui font probablement du déboulonnement du patriarcat un enjeu majeur

Une triple ambition pour ces travaux sur la Bienveillance

Je vois une triple ambition pour ces travaux de modélisation qui pourraient être amendés, amplifiés :

  • fournir une grille de lecture d'analyse de notre société et des enjeux actuels qui la traversent
  • poser les bases d'une vision partagée du bien-vivre individuel et du vivre ensemble, humains et autres qu'humains (ce que j'ai appelé une Société et des Territoires de la Bienveillance) et de ce en quoi consisterait une "attitude bienveillante"
  • fournir des éléments aidants pour les prises de décisions, la mise en action et l'analyse des impacts des actions.
Des travaux de modélisation qui s'inscrivent dans le vaste mouvement de transitionS très au pluriel.

Ci-dessous, un résumé de cet article sous forme de carte heuristique :



mercredi 20 janvier 2021

Changeons d'avis sur ... le changement d'avis - Chronique sur la Bienveillance - Episode 20

 


Vous voulez suivre l'actualité de ce blog ? Abonnez-vous ! 

Voici le 20ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Nous pouvons toutes et tous constater des changements d'avis autour du Covid-19, et dans tous les "camps" : les experts (par exemple sur le port du masque), le gouvernement (par exemple centralisation/décentralisation), la population (par exemple sur la vaccination). Il me semble que nous pouvons aussi constater en nous-mêmes et chez les autres une tendance à ce que les changements d'avis sont urticants. Ca énerve, on y voit de la versatilité, de l'incompétence, de la manipulation, ...

Dans cette chronique, je tire trois fils : 
  • pourquoi les changements d'avis nous énervent-ils ?
  • des raisons qui expliquent les changements d'avis ?
  • les types de changements d'avis qui me semblent utiles et qui me font inviter à la bienveillance par rapport aux changements d'avis.

Tu m'énerves à changer tout le temps d'avis !

Le titre de cette section, en tant que pensée ou phrase exprimée à autrui, comporte en lui-même déjà le risque d'une généralisation : l'autre a changé d'avis, mais il est fort possible qu'en réalité, il·elle ne soit pas coutumier·ère du fait, et le "tout le temps" est exagéré. Mais cela montre en quoi l'être humain est souvent particulièrement dérangé par les changements d'avis d'autrui, bien moins évidemment que ses propres changement d'avis.

Nous pardonnons d'autant moins les changements d'avis d'une personne ou d'une autorité que celle-ci l'a affirmé avec force, comme une vérité incontestable et inébranlable. En quelque sorte plus l'avis a été affirmé avec force, plus il revient façon boomerang aussi fort à celui qui l'a émis. Et en cela, l'humilité dans l'expression d'un avis ou d'une décision est probablement une mesure préventive de bienveillance en cas de changement d'avis.

Nous sommes aussi particulièrement sensibles aux changements d'avis, quand la personne a semblé nous écouter, nous a affirmé qu'elle tiendrait compte de ce que nous lui avons dit, et finalement a pris une décision autre. Un énervement qui sonne comme une blessure de l'ego.

Il y a aussi notre pseudo côté cartésien qui peut nous jouer des tours. C'est le cas quand nous raisonnons de manière binaire : si une personne change d'avis, nous qualifions le nouvel avis comme contraire au premier : tu avais l'avis A ; tu as changer d'avis pour l'avis B, et B et forcément le contraire de A. Or, l'avis B peut très bien différer (s'éloigner plus ou moins) de A sans être son antithèse. On peut le voir comme les points cardinaux : c'est comme si j'avais décidé d'aller au Nord, et que le changement de direction serait forcément d'aller au Sud. Or en fait, changer de direction peut m'amener à prendre n'importe quelle direction, et peut-être même de prendre un chemin sinueux qui m'amènera au point de destination que j'avais prévu au départ. Je ne dis pas qu'aucun changement d'avis ne relèverait dans les faits d'une logique binaire. Mais, selon moi, on attribue beaucoup trop facilement le caractère binaire aux changements d'avis. En quoi est-ce dommageable ? Parce que cela nourrit une intolérance que l'on justifie par un argument d'incohérence : on reproche à autrui son manque de cohérence "tu nous as dit faire A, et en réalité maintenant, tu fais le contraire". Pire que le manque de cohérence, il peut être reproché un coup de canif dans la confiance "tu nous avais promis A et tu fais le contraire". C'est notamment le cas par  rapport aux décisions politiques. On se sent alors floué, trahis. Et si ce n'était pas une promesse qui nous concernait directement ou à laquelle on avait voulu croire, on peut prendre un malin plaisir à souligner la trahison faite à autrui, permettant le cas échéant de conforter le sentiment défavorable que l'on avait déjà sur l'émetteur de la promesse. Je remarque en passant qu'on a une tendance assez facile à qualifier de promesses des propos qui n'ont pas été forcément tenus en tant que promesse explicite.

Maintenant, et bien évidemment, il y aussi des promesses, des décisions qui sont prises et qui sont suivis de changements relevant de la manipulation, d'insincérité, d'opportunisme égoïste, ... 

C'est bien réflexivité et discernement qui permettent d'articuler judicieusement tolérance et indignation (sujet d'une précédente chronique) face aux changements d'avis (je renvoie aussi à la chronique précédente Acceptation ET Résistance). Et pour ce faire, il est important de considérer un certain nombre de bonnes raisons qui peuvent provoquer les changements d'avis.

Les changements d'avis, c'est la vie, c'est comme la vie !

J'ai commencé à dire qu'on était plus indulgent par rapport à ses propres changements d'avis que par rapport à ceux des autres. Il y a une asymétrie que l'on retrouve dans la parabole de la paille et de la poutre que l'on pourrait décliner pour les changements d'avis : "Pourquoi entends-tu le changement d'avis dans la bouche de ton frère, et n'entends-tu pas celui qui sort de ta bouche ?". Sur un autre registre, on peut souvent constater que l'on juge l'autre sur ses actions alors que l'on veut être considéré (et non être jugé) sur ses propres intentions.
On est donc plus indulgent pour soi-même. C'est la raison pour laquelle, la meilleure façon de considérer les bonnes raisons pour que les autres changent d'avis, c'est de le voir à la première personne du singulier "Quelles sont les bonnes raisons qui me font changer d'avis, moi ?"

Entre deux, mon cœur balance

On me pousse souvent à émettre un avis ou à prendre une décision dans un mode binaire : c'est OUI ou c'est NON. Et entre les deux, mon cœur balance. Et quelques fois, il balance tellement, que forcé à donner un avis ou à prendre une décision, je me positionne dans un sens, et peut-être que j'aurais pu tout autant m'exprimer dans l'autre sens. Peut-être que selon mon humeur, 5 minutes avant ou 5 minutes après, je l'aurais fait différemment. Alors, bien sûr, il est possible que si on me réinterroge je peux changer d'avis. Et d'ailleurs, je revendiquerai mon droit à changer d'avis, comme une preuve d'intelligence de ma part ("il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis").

Ambivalence et priorité

Nous vivons dans une monde qui allie très souvent complexité (beaucoup de dimensions qui s'entrecroisent) et incertitude. Un troisième élément ne nous facilite pas la tâche : l'immédiateté et l'urgence. On me pousser à donner mon avis tout de suite et à agir vite.
En cette période de pandémie, on retrouve une ambivalence prégnante entre responsabilité et liberté. On en trouve une deuxième assez proche entre précautions et prise de risques. Sans compter santé humaine et santé économique. Comment faire pour ne pas opposer ces dimensions 2 à 2 ? Comment sortir du mode binaire ? Comment passer du OU au ET.
Dans le MOOC L'avenir de la décision : connaître et agir en complexité qui date de quelques années, Edgar Morin s'exprimait oralement ainsi : 
"Il y a des cas où il faut se lancer dans l'aventure en sachant qu'il faut prendre peut-être à un moment prendre des précautions et d'autres cas, c'est la précaution, mais peut-être qu'il faut, un moment donné, se lancer dans le risque."

Ses propos prennent tout leur relief dans ce contexte de pandémie, et l'on voit qu'il est possible de prendre en considération deux logiques apparemment contradictoires, au moins avec deux grands types de stratégies : favoriser A en intégrant une part de B ou favoriser B en intégrant un part de A.
Mais que l'on soit dans un schéma A OU B, ou A ET un peu de B ou B ET un peu de A, la priorité du moment peut être ajustée et provoquer le sentiment d'un basculement radical d'avis.

C'est ce qui fait peut-être que moi qui dis depuis plusieurs semaines que je ne me ferai jamais vacciner contre la Covid-19 pour des raisons de précaution  - parce que j'émettais des doutes sur les risques de la vaccination - j'annonce depuis deux jours à tout va que je vais me faire vacciner, en expliquant que les vaccins sont sûrs. Mais en réalité, c'est parce que je veux qu'on en finisse et que je veux pouvoir aller au resto et au spectacle (en précisant qu'il ne s'agit pas de mon avis personnel, mais de la continuation de mon exercice à la première personne du singulier).

Moi expert, ne me demandez pas mon avis pour demain

Je suis expert dans mon domaine et on me demande mon avis. Alors, demandez moi mon avis sur la situation de maintenant, des conseils par rapport à des problèmes que je connais bien. Par contre, si c'est pour prédire l'avenir, ne me demandez pas, parce que mes avis ne sont pas pertinents et que je changerais probablement d'avis.
C'est en effet ce qu'a étudié Philip E. Tetlock entre 1983 et 2003 dans le cadre d'un projet intitulé "Good Judgment Project".  28 000 prédictions d'experts de diverses domaines ont été confrontées à la réalité quelques temps après. Ces prédictions se sont révélées à peine meilleures que le hasard et pire que des simples algorithmes d'extrapolation. Les experts les plus médiatiques étant particulièrement mauvais.   

Ma vision des choses qui évolue

Je me réfère maintenant à ma modélisation de "Des marches de la bienveillance" avec le schéma ci-dessous :



Les changements d'avis sont fréquents entre la deuxième marche et la troisième : j'exprime mon intention de faire quelque chose ... et l'action n'est pas alignée avec l'intention, et pour plusieurs types de raison :

  • j'annonce mon intention de faire quelque chose ... et finalement je ne le fais pas. Peut-être me suis-je avancé un peu vite, ou alors les conditions ne sont pas/plus réunies, ou bien la confiance en moi me joue des tours, ...
  • j'annonce mon intention de faire quelque chose ... et finalement je fais différemment de ce que j'ai annoncé, ou moins ambitieux, ... Je renvoie aux causes possibles évoquées pour le point précédent
Notre vision du monde évolue ou peut évoluer à tout moment. Et en même temps le monde bouge. Si l'on croise ces deux dimensions, ressortent 2 dynamiques qui peuvent créer le changement d'avis :
  • La situation n'a pas changé, mais c'est ma vision de la situation qui a changé
  • La situation a changé, et ma vision s'adapte à ce changement
Je m'intéresse particulièrement au premier cas pour montrer que l'on peut changer d'avis, même si la situation n'a pas changé ou semble ne pas avoir changé. Examinons particulièrement la première marche que j'ai décomposée en 3 sous-marches :



  • Ma conscience de symptômes peut évoluer. S'il s'agit par exemple la planète, je peux par exemple prendre conscience que des choses se dérèglent sur mon territoire de vie et pas seulement à l'autre bout de la planète. S'il s'agit de la pandémie, je me sentais peu touché par le sujet, et je me sens dans un état grippal depuis quelques heures ou c'est le cas dans mon entourage. Ce changement de conscience des symptômes peut me conduire à m'exprimer différemment sur la situation ou à agir différemment. A partir de cette conscience sur les symptômes, va peut-être s'enchaîner une réflexion de ma part sur les problèmes que ça pose et les solutions à explorer. 
  • Les symptômes n'ont pas forcément évolué, mais par contre je prends conscience que ce que je voyais un peu de manière indifférente se révèle problématique dans mon esprit. Peut-être parce que j'en ai discuté avec quelqu'un d'autre pour qui ça posait problème, et cette discussion m'a fait réfléchir. Là aussi, cela peut m'amener à m'exprimer et à agir différemment
  • Ma vision de la situation en tant que constat des symptômes et problèmes n'a pas forcément bougé, mais je prends conscience qu'il y a des solutions, ou d'autres solutions dont je n'avais pas connaissance. Peut-être sont-elles nouvelles, ou peut-être que je viens d'en découvrir bien qu'elles puissent exister depuis un moment. Cela peut me faire infléchir à la fois mon avis que j'exprime et mes actions. Il est possible aussi que j'ai activé une solution et que cette solution ne donne pas les résultats espérés. J'envisage des alternatives que j'avais écartées auparavant mais qui finalement pourraient s'avérer plus efficace que celle que j'avais choisies.

Ma vision sur moi-même évolue

La vision sur mon corps, mes capacités physiques, mes capacités intellectuelles, mes compétences, mes relations au monde et à autrui ... change. Ce qui m'amener à avoir des avis et à prendre des décisions plus justes, plus écologiques dans le sens où elles prennent mieux en compte ce que je suis et l'environnement dans lequel je vis.
Il y a aussi ma relation avec mes aspirations les plus profondes. Une évolution qui peut dépasser largement le changement d'avis exprimés : il peut conduire à un changement plus que d'avis : un changement de vie qui pourra ne pas être compris par celles et ceux qui sont intolérants aux changement d'avis, autant que moi je pourrai peut-être ne pas comprendre les changements de vie d'autrui.

Je finis ici mon emploi de la première personne du singulier et soyons honnête : nous avons donc d'excellentes raisons de changer d'avis, autant que les autres ont d'excellentes raisons de changer leur propre avis et décisions.

Bienveillance vis-à-vis des changements d'avis

Je faisais référence à "Il n'y a que les idiots qui changent d'avis". C'est une banalité. Sauf que c'est une banalité que l'on applique plus pour soi-même que pour les autres.

Quand je vois les réactions politiques, les experts et chroniqueurs qui s'expriment sur les plateaux télé ou dans les média en général et la façon dont s'exprime la population dans la vie de tous les jours, sur les réseaux sociaux, je me dis de manière récurrente que nous devons faire acte de bienveillance en acceptant plus facilement les changements d'avis. Il ne s'agit pas d'appeler à la complaisance, mais au discernement qui nous permettra de mieux articuler entre tolérance et indignation.

Une bienveillance qui recherche un juste milieu entre l'intolérance aux changements d'avis et un phénomène de girouette permanente. Deux extrêmes qui peuvent conduire à la même conséquence : la défiance.

Une bienveillance qui invite à explorer le temps long et à se donner du temps pour prendre les décisions. Une bienveillance qui invite aussi à la co-décision. On accueille en effet bien mieux les changements quand on est vraiment partie prenante.

Résumé de cette chronique :









dimanche 17 janvier 2021

Acceptation ET résistance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 19

 


Vous voulez suivre l'actualité de ce blog ? Abonnez-vous ! 

Voici le 19ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Cette chronique fait écho à une interview de la philosophe Barbara Stiegler sur France Culture, dont une vidéo de 3mn a été publiée le 12 janvier dernier.   

Elle développe l'idée que la pandémie, et encore plus la communication autour de la pandémie a sidéré les esprits. Cette sidération nous a fait passer selon elle dans un régime d'exception qui nous fait accepter tout et n'importe quoi, y compris l'inacceptable. Si je résume : quand exception rime avec acceptation.

Elle met en exergue le cercle vicieux de la défiance : comme la population est défiante vis-à-vis des décideurs, les décideurs se replient sur des décisions limitant la démocratie. 
Et effectivement - là, on passe à mon analyse - force est de constater que le gouvernement ne demande pas l'avis à la population et même quelques fois même pas l'avis des autorités locales. Il demande l'avis aux experts, mais reste décisionnaire en prenant plus ou moins compte de leurs avis qui peuvent être divergents. En cela, que le gouvernement tranche, je n'y vois pas de problème, en soi. Mais je dénonce l'infantilisation de la population à qui il ne reste que le pouvoir de la réaction, avec deux grands types de posture possibles : l'acceptation - fortement poussée - ou la résistance. En réalité, on peut être moins binaire que cela et considérer plusieurs types de réaction (de manière non exhaustive) :
  • l'acceptation et la promotion de la décision
  • l'acceptation parce qu'on est particulièrement en accord avec la décision
  • l'acceptation de bonne grâce
  • l'acceptation en ronchonnant
  • l'acceptation en mettant des conditions (pas vraiment possible dans la situation actuelle)
  • l'acceptation par exception en rappelant au respect de principes ou en demandant qu'à l'avenir les décisions soient prises autrement
  • la résistance dans les mots mais l'acceptation dans les actes
  • la résistance en faisant autrement
  • la résistance en faisant semblant d'accepter, et en trichant
  • une résistance revendiquée mais non violente
  • une résistance revendiquée violente
A ce cercle vicieux de la défiance, je cherche à contribuer au développement d'un cercle vertueux de la confiance et de la responsabilité, à toutes les strates de la société. En cultivant la confiance, bon nombre de mesures de contraintes dictées par le gouvernement, pourraient relever d'une co-décision et de la conjugaison de la bienveillance, de la confiance, de la responsabilité, de la citoyenneté, de la justesse, de la tempérance, de la raison, ...
Car plus le gouvernement infantilise la population, plus il prend les risques inutiles suivant : l'enfant qui se soumet sans être convaincu et l'enfant rebelle qui aura tendance à tout refuser.

Réflexivité et Discernement

Barbara Stiegler évoque dans cet entretien l'importance de la réflexivité. Une réflexivité qu'elle appelle à activer quand on nous impose des décisions. Une réflexivité que j'oppose à la réaction passive d'acceptation ou la réaction épidermique.
Avant d'évoquer la réflexivité, elle parle d'un autre enjeu : trouver des points d'appui. Cela résonne avec la série d'articles que j'ai publiée sur laqvt.fr : De l'impuissance solitaire à la puissance coopérative. Réfléchir, prendre du recul à plusieurs a un double avantage : la confrontation des idées et la recherche de solutions alternatives que l'on peut activer à plusieurs. Par contre, il faut être vigilant à un piège : tourner en rond avec des personnes qui ont exactement le même avis que soi et rester dans l'immobilisme et le ressentiment ... et au bout du compte ruminer collectivement en se renforçant dans le ressentiment.

La réflexivité permet de sortir de la vision binaire, d'introduire de la nuance et de mobiliser nos capacités au discernement pour une prise de décision éclairée, prenant en considération les imperfections qu'elle peut engendrer. C'est un enjeu d'autant plus grand dans des situations mêlant l'incertitude et la complexité (beaucoup de dimensions qui s'entrecroisent). Un discernement qui permet de mieux articuler acceptation ET résistance, et également tolérance ET indignation (cf ma 16ème chronique Tolérance ET Indignation).



vendredi 8 janvier 2021

Sexualité - Le sens des mots et des maux - Chronique sur la Bienveillance - Episode 18

 


Vous voulez suivre l'actualité de ce blog ? Abonnez-vous ! 

Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 18ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Hier, jeudi 7 janvier 2021 a été publié le livre La familia grande de Camille Kouchner. Les médias en font largement l'écho depuis le début de semaine, probablement à un tel niveau, parce que cela touche une personnalité publique. Il se trouve aussi peut-être que les sujets du viol et de l'inceste trouvent plus d'écho dans notre société depuis 3 ans avec le mouvement #MeToo. Et j'apprécie que cette culture d'un silence certainement pas d'or se fendille. Je souhaite que ce mur subisse le même sort que celui de Berlin (à la différence près qu'on n'en conservera pas des vestiges en souvenir) et j'essaye d'apporter mon humble masse à ce travail de destruction, dans la bienveillance.

Un premier mot et mal concerné par cet article est directement lié à cette actualité : l'inceste. L'inceste qui dès lors que l'on essaye de s'intéresse au sujet conduit à un autre mot et mal : consentement. Et je veux en évoquer un 3ème qui en réalité est une expression "devoir conjugal". 

"Inceste", "Consentement" et "Devoir conjugal" qui ont à voir avec la sexualité. Ce qui me frappe avec ces 3 notions, c'est le flou (quelques fois entretenu) dans la population sur plusieurs dimensions :

  • De quoi parle-t-on vraiment ?
  • Quels sont les aspects juridiques ?
  • Quel historique ?
  • C'est quoi la norme, la normalité, l'anormalité, la ligne jaune, le dénonçable, ... ?
  • Quels sont les enjeux ?
  • Quelles sont les statistiques ?
  • Quelles sont les conséquences pour les victimes, les coupables ou présumés coupables et la société ?
  • Quelles sont les aides pour les victimes ?
  • Quelles sont les politiques de prévention ?
  • Comment ça se passe dans les autres pays ?
Beaucoup de peurs s'entrecroisent : céder à la sollicitation sexuelle par peur, se taire de violences sexuelles subies par peur (du violeur, de l'entourage, d'un mauvais accueil par les services de police, du qu'en dira-t-on, ...), ne pas dénoncer si on a été témoin par peur (plusieurs raisons possibles), peur potentielle d'ouvrir la porte à des fausses allégations d'enfant (d'autant plus avec les recompositions familiales faisant que des enfants peuvent se trouver en conflit avec des hommes qui ne sont pas leur père), peur pour les médias d'entacher la respectabilité d'un homme public (d'autant plus s'il est reconnu pour son humanisme) et de franchir le droit sacré à la vie privée.

Sur ces 3 sujets, il y a énormément à dire, à écrire et il n'est pas mon propos de m'y arrêter dans cet article en essayant de les décortiquer sous le prisme de la bienveillance. Je n'ai pas encore décidé de la façon de le faire. Peut-être que cela conduira à un travail collectif de réflexion et de propositions. Mais ils sont bien présents dans mes motivations et les enjeux que je vois pour une Société et de Territoires de la Bienveillance.

Alors de quoi vais-je parler ? Je vais tirer quelques fils pour mettre en exergue des enjeux communs avec d'autres maux que connaissent nos sociétés occidentales, notamment en terme de santé de la planète et des humains.

Le patriarcat

Dans la belle série de podcasts "Ou peut-être une nuit" publiée sous le label Louie Media, Charlotte Pudlowski fait le lien direct entre inceste et patriarcat. Elle explique : " Nous avons essayé de faire une sorte de démonstration sur comment l'inceste est le noyau du patriarcat " (extrait d'un article sur neonmag.fr). Un inceste permis par le patriarcat. Un silence entretenu par le patriarcat.

J'ai déjà exprimé ma conviction selon laquelle la transition vers une Société et des Territoires de la Bienveillance passe obligatoirement par l'ébranlement définitif et la destruction du patriarcat. C'est donc non seulement un enjeu de reconsidération de la planète, d'égalité entre les hommes et les femmes, mais il y aussi, et je dis clairement les choses : il nous faut supprimer le patriarcat car c'est le fondement et le maintien du pire de ce que l'humanité fait à des femmes et à des enfants : l'atteinte à l'intégrité physique, psychique et sociale pour la simple jouissance sexuelle d'un mâle (la très grande majorité des actes sont attribués aux hommes) selon son seul bon vouloir. En notant, que c'est aussi une autre communauté de mâles qui a entretenu le silence d'actes de pédophilie : la hiérarchie de l'Eglise catholique.

Evidemment, tous les foyers où le patriarcat est encore bien présent ne sont pas à incriminer, mais il nous faut nous arrêter sur un chiffre qui montre en quoi l'enjeu n'est pas "marginal" : 10% des françaises et français ont été victimes d'inceste (plus de filles que de garçons). Il est toujours intéressant de le rapporter à une échelle plus concrète : dans une classe de 30 élèves, environ 3 enfants sont victimes d'inceste. Dans mon village d'environ 700 habitants, 70 parmi nous ont été ou sont victimes d'inceste.

Ecrit comme cela, peut-être que cela fait plus réfléchir et donne vraiment envie de se retrousser les manches pour essayer de supprimer tout ce qui peut entretenir et faire perdurer depuis des générations de tels actes dans un monde qui se dit "civilisé".

La spirale descendante du silence, du déni et de l'impuissance

"Si tu mets le bout du doigt dans le silence, il t'y engloutira le bras puis le corps entier". Voici la pensée que m'amène la spirale descendante du silence. En effet, quand on a commencé à se taire, il est très difficile de revenir en arrière. 

Pour une victime, plus elle se tait, plus son bourreau y voit un consentement et plus il va se déculpabiliser s'il pouvait tant soit peu se sentir coupable. Et plus il ira loin dans ses actes, et plus la victime se trouvera avec une charge qui sera de plus en plus difficile à dire ; plus elle va se culpabiliser à la fois en tant que "responsable" pour partie, et pour son manque de courage à ne pas dénoncer. Sans compter le tiraillement de ne pas dénoncer pour protéger la respectabilité du bourreau et/ou de la famille. Un autre tiraillement entre la réalité des actes subis et l'atténuation qui en est faite dans sa construction mentale pour pouvoir supporter le moins mal possible.

Le silence conduit à un sentiment d'impuissance qui conduit souvent à une dépression. Je renvoie à la série d'articles que j'ai écrite sur laqvt.fr De l'impuissance solitaire à la puissance coopérative.
Une impuissance que l'on retrouve aussi face à des actes de harcèlement, quelle que soit leur nature, et quelle que soit la sphère de vie. Une loi du silence que l'on trouve aussi dans les écosystèmes sous la coupe d'organisations criminelles. Une culture du secret qui est aussi entretenue dans l'économie libérale mondialisée, utilisée notamment pour cacher les actes déloyaux vis-à-vis des consommateurs, des salariés et sociétaux (dégâts à l'environnement, infractions fiscales, sociales, ...).

Pour un témoin, plus il se tait, plus il lui sera reproché de s'être tu, et donc plus il lui deviendra difficile de libérer sa parole. Et si en plus le silence est construit collectivement, s'ajoutera à la peur de dénoncer l'acte, la peur de dénoncer la complicité d'un silence multiplement et d'autant plus cadenassé. 

L'intimité physique, un droit inaliénable

Je me saisis de la notion de "Devoir conjugal" pour traiter du sujet de l'intimité physique. Je suis convaincu qu'il existe dans notre pays beaucoup de personnes, des hommes et des femmes de tout âge qui pensent qu'une fois le lien du mariage conclu, le "devoir conjugal" supprime la nécessité du consentement. Autrement dit, Madame doit répondre aux sollicitations de Monsieur sur le plan sexuel dès lors qu'il en manifeste l'envie. Il y a bien quelques petits subterfuges qui peuvent ponctuellement être aidants pour la femme : le mal de tête, mais encore faut-il que Monsieur considère l'argument comme acceptable. Sans pour autant faire forcément de l'homme un pervers sexuel, avoir cette conception du devoir conjugal (relevant aussi d'une conception patriarcale), provoque deux effets qui induisent des actes non véritablement consentis sans qu'ils soient considérés par l'un et/ou par l'autre comme une violence :
  • l'homme se sent dans son droit, égal à tous les autres hommes dans leur propre couple, d'avoir une relation sexuelle avec son épouse quand il le désire, puisque - dans son esprit - ça fait partie du contrat (de mariage), et il faut bien qu'il y ait des avantages, parce que ça fait quant même beaucoup d'inconvénients par ailleurs (ce n'est pas ma pensée, mais j'extrapole ce qu'elle pourrait être d'un mâle dominant)
  • la femme considère que ça fait partie du contrat et que ce n'est pas grave si elle ne se sent pas disposée. On peut aussi faire plaisir à l'autre de temps en temps. A noter que la chose peut se compliquer si l'appétit sexuel du mari se met à croître et/ou ses demandes dériver sur des terrains qu'elle n'aurait pas du tout envie d'explorer. Je renvoie à l'idée de spirale négative évoquée précédemment
Dans l'article «Il y a encore des gens qui pensent que le devoir conjugal existe !», on s'aperçoit que même dans la magistrature, il existe des juges qui ne connaissent pas le sens du "devoir conjugal". En aucun cas, il ne s'agit d'un droit pour l'homme. C'est un motif de divorce pour chaque conjoint, pas plus, pas moins. Et encore, comme le font remarquer des avocats, il n'est pas facile à prouver.

J'en arrive donc à la question du droit inaliénable : même au niveau de la relation intime la plus acceptée et codifiée qui existe, à savoir entre deux conjoints mariés, l'intimité du corps appartient à la personne. Aucun autre individu, y compris son conjoint ne peut toucher à son intégrité sans son consentement, éclairé et pour chacun des actes sollicités. Un "Oui" hier (et encore moins un "Oui" en Mairie) ne vaut pas un "Oui" généralisé pour tout, à tout moment, en tout lieu, dans toutes les conditions.

Une intimité qui bien entendu est inaliénable pour un enfant par rapport à ses parents, ses frères et sœurs, ses oncles et tantes, ses grands-parents, ses cousins et cousines, ses beaux-parents, les voisins, les amis de la famille, le médecin de famille, le curé de la paroisse, l'entraineur du club sportif, les enseignants, et plus globalement tout adulte doté d'une autorité ou non.

Un proverbe à prendre avec des pincettes

Il y a un proverbe bien connu qui peut faire beaucoup de mal sur le champ de la sexualité, mais aussi pour toutes les décisions qui ont un impact sur l'environnement et la santé physique, psychique et sociale des humains directement ou indirectement concerné :

"Qui ne dit mot consent"
Il est attribué au Pape Boniface VIII (1235-1303) ("qui tacet consentire videtur")

Il peut être entendu de deux façons :
  • comme une vigilance à l'attention de celui et celle qui peut contribuer à une décision : attention, si tu ne dis rien, c'est que tu consens à la décision qui va être prise ; en ce sens, cela appelle à la responsabilité, voire au courage ;
  • comme un prétexte pour celles et ceux qui veulent pousser une décision à l'entériner sans se soucier des personnes qui ne se seraient pas exprimées ; un silence qui a pu même être induit par un environnement où la peur est instrumentalisée. Un proverbe exprimé souvent a posteriori d'une décision prise pour la justifier.
Dans la 2ème lecture, le proverbe est souvent cité par les coupables de viol pour nier la qualification de viol : "Elle était consentante, elle n'a pas dit "Non" ; donc, qui ne dit mot consent". La mauvaise foi allant même jusqu'à considérer que même s'il y a eu un "Non" n'était pas un vrai "Non" (d'où l'idée que pour exprimer un vrai "Non", il faudrait dire "Non et vraiment Non", ce qui montre la dérive incroyable de cette notion de consentement).

Selon moi, ce proverbe est intéressant en matière d'éthique de la Bienveillance si on le prend dans le sens de la première lecture : une invitation à jouer notre responsabilité de bienveillance dans les décisions collectives. Une invitation à combler l'implicite par de l'explicite. J'ai pu constater dans ma vie professionnelle qu'il était plus difficile pour un groupe de prendre une décision pas suffisamment bienveillante et carrément malveillante si l'on demande à chacun d'exprimer formellement son accord pour cette décision. Et inversément, j'ai vécu des situations où le fait qu'une seule personne se lève pour s'opposer à une décision en mettant en évidence son côté peu bienveillant ou malveillant pour que cela empêche finalement la décision.

La bienveillance, c'est de demander explicitement à autrui son consentement dans des prises de décisions collectives et quand il s'agit de relations sexuelles, à une exception près : il y a un cas où la question du consentement ne devrait même pas se poser : je reviens en l'occurrence au sujet de l'inceste. Il ne devrait pas avoir lieu à se demander si un enfant a été consentant ou non à des actes sexuels de la part d'un membre de son entourage familial pour qualifier l'acte de viol ou non. Les relations sexuelles avec un enfant n'ont tout simplement pas lieu d'être, d'exister. L'inceste étant de mon point de vue une anomalie DE notre société à saisir véritablement et définitivement (dans le sens : se donner tous les moyens).

Venons-en à la bienveillance

Comme je l'ai expliqué dans plusieurs de mes chroniques sur la bienveillance, la bienveillance ne s'arrête pas à l'absence de malveillance ou à une vision bisounours du monde. Elle relève de trois grandes attitudes : 


1/ Faire du bien : sur les sujets évoqués dans cet article, il s'agit déjà de faciliter la prise en charge des victimes.  Et il y a par ailleurs, un immense enjeu de prévention : faire de l'éradication de l'inceste un enjeu majeur de nos sociétés dites "modernes".

2/ Ne pas faire de mal : rendre les choses très claires dans la loi, et faire peser un poids considérable sur les individus qui pourraient penser qu'ils peuvent attenter dans l'impunité à l'intimité sexuelle d'enfants ou de leur conjoint à leur seul bon vouloir. Si la question du consentement est cruciale entre adulte, en revanche, elle ne devrait même pas se poser entre un adulte et un enfant : c'est NON et c'est criminel d'atteindre à l'intimité sexuelle d'un enfant. Il y a un enjeu considérable à ce que les enfants soient au clair avec le fait qu'un adulte, quel qu'il soit, n'a pas le droit d'avoir de relation sexuelle, sensuelle, ambigües avec eux. Et réciproquement, un adulte a le devoir de refuser les interactions d'un enfant dont les intentions seraient ambigües ou qui, carrément, seraient des invitations (qu'elles soient spontanées ou pilotées par un ou des adultes à des fins d'actes monnayés, notamment dans certains pays dans lesquelles certains individus se rendent pour du tourisme sexuel).

3/ Signaler et dénoncer le mal : cela s'adresse autant aux victimes qu'aux témoins. Il faut faciliter la libération de la parole. Il faut s'attaquer à cette peur qui peut scléroser notre société par rapport à ces enjeux relatifs à la santé physique, psychique et sociale d'enfants et de femmes : celle d'être confronté à une fausse allégation qui pourrait détruire la vie d'une personne soupçonnée à tort. Les professionnels de la psychologie infantile sont en capacité de repérer les fausses allégations, qu'elles soient dans le sens du déni ou dans le sens de fausse incrimination. Combien d'enfants risquons-nous de ne pas entendre par peur d'être confronté à quelques enfants qui incrimineraient un proche à tort et qui ne seraient pas détectés en tant que tel ?


En guide de conclusion, je vous invite à un geste très concret de bienveillance concernant l'inceste : signer la pétition demandant un changement de la loi sur 3 points :

"1. Tout acte sexuel incestueux sur un(e) mineur(e) de 0 à 18 ans doit être qualifié de crime incestueux et puni par la loi sans qu’un hypothétique « consentement » de la victime ne soit examiné. Aucun(e) mineur(e) ne saurait consentir à l’inceste !

2. L’âge minimum de consentement d’un(e) mineur(e) à des relations avec un adulte extérieur à la famille fait l’objet d’un large débat : nous demandons qu’il ne soit pas fixé en-dessous de 15 ans.

3. Les crimes sexuels sur mineur(e)s doivent être imprescriptibles."

vendredi 1 janvier 2021

Vœux de nouvelle année et Attention Réciproque - Chronique sur la Bienveillance - Episode 17

 



Vous voulez suivre l'actualité de ce blog ? Abonnez-vous ! 

Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 17ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Le premier article de 2021. Je n'étais pas parti pour reprendre l'année 2021 aussi vite sur lesverbesdubonheur.fr, mais l'actualité des vœux a fait germé une idée dans ma tête que je partage avec vous, en lien avec une modélisation que j'ai réalisée en 2017, qui fait partie de la genèse de mon travail sur la Société de la Bienveillance : l'Attention Réciproque (Dossier sur laqvt.fr Attention Réciproque).

Il y a plusieurs façons de faire des vœux. En voici quelques unes, qui peuvent se conjuguer :

  • Publier une carte de vœux virtuelle qui est affichée sur son site internet, sur les réseaux sociaux. Des personnes peuvent réagir, notamment par des commentaires, auquel cas, on peut réagir publiquement ou de manière privée (message privé sur le réseau social, email, SMS, téléphone, entre 4 yeux). A noter qu'il est assez facile de tomber dans une forme de piège : on répond à un commentaire publiquement alors qu'en réalité, c'est plutôt une conversation privée qui serait la plus adaptée. C'est très exactement ce qui m'est arrivé aujourd'hui. J'ai souhaité mes vœux publiquement sur Facebook. J'ai commencé à répondre aux premiers commentaires directement sur le fil de la publication de mon compte Facebook. Puis j'ai pris conscience, que je préférais répondre de manière privée, et j'ai continué en envoyant des messages privés.
  • Inversement, on peut répondre à des vœux exprimés publiquement par d'autres personnes. Et là aussi, on peut se poser la question de savoir si on dit quelques mots publiquement ou en privé.
  • Exprimer des vœux de manière privée par tous moyens, et auquel cas, l'interaction a tendance à continuer de manière privée.
Quand on exprime des vœux à un ensemble de personnes de manière non personnalisée, il est difficile voire impossible de prendre en considération leur situation personnelle autre que des situations partagées collectivement (comme par exemple la pandémie).

Il me semble important de pouvoir exprimer tant que faire se peut des vœux qui : 
  1. reposent sur la situation de la personne, ses perceptions et ses aspirations et attentes
  2. et tendent une perche pour voir en quoi on pourrait contribuer d'une façon ou d'une autre à la concrétisation des vœux 

3 dimensions de l'Attention Réciproque

Situation de la personne, perception et aspirations sont les 3 dimensions de l'Attention Réciproque que je conseille d'explorer dans cet ordre. Pourquoi ? Parce que le risque est que l'interaction avec une personne mélange joyeusement (ou tristement)  des éléments objectifs, des éléments subjectifs, des attentes et il peut être dur ensuite de faire la part des choses. Le deuxième risque est de focaliser sur une seule des dimensions (notamment les perceptions). Un troisième type de risque est l'assimilation : on peut comprendre qu'une personne exprime un fait, alors qu'en réalité il s'agit d'une perception.

Donc pouvoir recueillir auprès d'une personne :
  • ce qu'elle vit objectivement, avec forcément une ambivalence (des difficultés, des choses fluides)
  • ce qu'elle pense et ce qu'elle ressent de ce qu'elle vit, avec là aussi une ambivalence (émotions négatives et émotions positives)
  • ce qu'elle souhaite, ce qu'elle attend concrètement, ce à quoi elle aspire.


Vœux autour de l'Attention Réciproque avec des proches

Il est illusoire évidemment de le faire pour toutes les personnes que l'on côtoie, mais on peut le faire pour quelques personnes et notamment pour des proches (y compris au sein de son couple) et des personnes dont on sent qu'ils en auraient besoin. Vous allez peut-être me dire : à quoi ça sert à l'intérieur d'un couple puisqu'on partage la même vie ? Voici la réponse à cette question que je pose moi-même :

  1. On peut avoir l'impression que l'on sait tout ou beaucoup de ce que vit l'autre, de ce qu'il·elle pense, ressent, de ses attentes. En réalité, probablement que sur chacune de ces dimensions, il y a des "trous dans la raquette" et que les vœux sont sûrement une bonne opportunité de mieux comprendre l'autre
  2. Faire cet "exercice" à deux, permet de jouer pleinement l'Attention Réciproque. En effet, l'Attention Réciproque ne consiste pas seulement à s'intéresser aux 3 dimensions (situation, perception et aspiration) de l'autre, mais aussi à intégrer la réciprocité : je suis attentif à toi et je t'invite à faire de même avec moi. En cela, le bénéfice est triple : c'est bon pour moi, c'est bon pour toi, et ça consolide notre relation. D'autant plus, si le questionnement a porté aussi le regard de l'autre sur la relation elle-même. Avec potentiellement des bénéfices collatéraux pour les enfants dans le cas de couples vivant avec des enfants sous le même toit.

Vœux autour de l'Attention Réciproque dans la sphère professionnelle

Dans la mesure où j'ai modélisé l'Attention Réciproque au départ pour la sphère professionnelle, on peut aussi se saisir de l'opportunité des vœux dans le cadre de son travail pour rendre plus fluide une relation professionnelle, qu'elle soit entre pairs, ou dans le cadre d'une relation hiérarchique, ou entre fournisseur et client.