mercredi 19 janvier 2022

La bienveillance pour aider à progresser - Chronique sur la Bienveillance - Episode 42

 


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Voici le 42ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par le croisement de 3 sources :

Gilles Dupuis et Jean-Pierre Martel, chercheurs québécois en psychologie ont élaboré cette définition que j'ai l'habitude de qualifier de lumineuse depuis que je l'ai découverte en 2010 :

"La qualité de vie au travail, à un temps donné, correspond au niveau atteint par l’individu dans la poursuite dynamique de ses buts hiérarchisés à l’intérieur des domaines de son travail où la réduction de l’écart séparant l’individu de ses objectifs se traduit par un impact positif sur la qualité de vie générale de l’individu, sur la performance organisationnelle et, par conséquent, sur le fonctionnement global de la société."

De cette définition, ressort l'idée de bienfait des progrès : toute dynamique de progrès contribue à la réduction de l'écart séparant l'individu de ses objectifs, et donc en particulier à la qualité de vie générale de l'individu.

Par ailleurs, Theresa Amabile et Steven Kramer ont travaillé sur les bienfaits des progrès dans le monde du travail sur la vie intérieure des individus. Ils ont mis en évidence que l'organisation peut contribuer aux progrès par des actes délibérés pour faciliter le travail et aussi par de l'attention et du soutien moral à l'individu. Elle doit aussi réduire tout ce qui empêche/freine le travail bien fait et les comportements toxiques envers les individus au travail. Une étude qu'ils ont mené auprès de managers aux USA a montré qu'ils ont très peu conscience du rôle qu'ils peuvent jouer pour faciliter les progrès et des bienfaits que cela induit pour le bien-être psychologique des individus et pour la performance.

Et enfin, Frédéric Lenoir évoque à travers Spinoza l'importance de mettre la joie pour aborder des situations pour lesquelles on serait plutôt sous l'emprise d'affects négatifs. C'est ce qui a fait l'objet dans ma chronique précédente Y'a d'la joie dans la bienveillance !.

J'ai également repris les enseignements de mes travaux de modélisation sur la gratitude.

Je me suis inspiré particulièrement des travaux liés au Principe de Progrès (Progress Principle) et de schémas du livre que j'ai déclinés et enrichis de la façon suivante :





A partir de maintenant dans cette chronique, j'utilise sciemment la première personne du singulier pour faciliter l'appropriation par la lectrice/le lecteur. Ce faisant, je prends le parti de responsabiliser l'individu en première intention, tout en mettant en évidence le rôle des collectifs de travail pour penser cet enjeu autour des progrès et pour l'intégrer dans son fonctionnement. Il y a donc en filigrane l'idée de juste articulation des responsabilités à laquelle je tiens énormément. Je reprends la numérotation du schéma ci-dessus.

Pour avoir le sentiment de progresser, sentiment qui contribue fortement à mon bien-être psychique, je peux cumuler un certain nombre de facteurs facilitant. Certains sont de mon ressort, d'autres pas directement, mais je peux essayer de les stimuler.

En commençant par moi :

1/ Me mettre dans un affect positif, et particulièrement la joie. Si je suis plutôt dans un affect négatif (peur, colère, tristesse), j'ai tout intérêt à essayer de basculer dans un affect positif, tel que je l'ai évoqué dans ma chronique précédente. Il y a une deuxième dimension : la confiance en mes moyens et dans la faisabilité des objectifs ("J'ai bon espoir d'y arriver"). Comme pour l'enjeu de bascule dans la joie, il y a aussi le "travail" cognitif que je peux faire pour aborder objectivement l'action, à la fois par rapport aux moyens dont je dispose, et de la réelle difficulté de l'objectif de l'action. Le piège étant de tomber dans de la pensée positive exagérée (méthode Coué) me faisant considérer ma seule responsabilité et balayer d'un revers de main les problèmes. En effet, car si je sens qu'il me manque des moyens, du soutien, je peux signaler un besoin au collectif auquel j'appartiens (collectif de travail, famille, ...) (cf 3 ou 4) ou demander de l'aide à une personne ou des personnes individuellement (cf 5 ou 6). Il est bien entendu que quand on a tiré N fois la sonnette d'alarme sans aucune réaction, on n'a pas forcément envie de le faire une nouvelle fois.

2/ Me donner les moyens de mes ambitions. Je peux donc me préparer à l'action, en la planifiant, en vérifiant que je suis bien équipé pour la mener et pouvoir avancer suffisamment sereinement avec le sentiment de progresser.

Ensuite, il y a la contribution de mon collectif de travail :

3/ Mon collectif peut me faciliter les choses en m'équipant correctement, en m'apportant un appui méthodologique. Si c'est lui qui fixe l'objectif de l'action, il va grandement m'aider en m'associant à la construction de l'objectif et aux éventuelles régulations nécessaires, en tant que collectif bienveillant et dans la conscience de son rôle de bienveillance. S'il ne l'est pas - autant -, il est de ma responsabilité de signaler mes tensions. La sienne étant alors d'accuser réception et d'essayer de répondre à mes besoins, et de préférence en m'associant et non en m'infantilisant. Ce sont des actes délibérés de mon collectif facilitant mon action ("facteurs catalyseurs", selon le Principe de Progrès). Penser les facteurs catalyseurs, c'est aussi analyser à l'inverse les facteurs inhibiteurs (selon le Principe de Progrès) et les réduire : tout ce qui m'empêche et me freine, y compris les petites choses qui agacent au quotidien (image du petit caillou dans la chaussure).

4/ Mon collectif peut aussi me soutenir, m'encourager, m'écouter, me comprendre, me montrer tous les signes que je lui suis précieux, que ce que je suis, ce que je fais, l'énergie que je donne sont appréciés. Si ce n'est pas le cas, il est de ma responsabilité de signaler mes besoins en la matière. Des gestes de soutien à mon égard qui ne sont peut-être pas prodigués par manque de temps et non par malveillance à mon égard. Tout ce qui peut être fait par mon collectif en la matière constitue l'attention et le soutien moral qu'on m'apporte ("facteurs nourriciers", selon le Principe de Progrès). Penser les facteurs nourriciers, c'est aussi analyser à l'inverse les "toxines" (selon le Principe de Progrès) et les réduire : tous les propos, les gestes qui sont - perçus - malveillants.

La juste contribution de mon collectif relève en première intention d'une politique ambitieuse de Qualité de Vie au Travail (QVT), en lien avec les parties prenantes (individus au travail, clients, fournisseurs, partenaires). Elle se conjugue avec une gestion des tensions permettant à tout à chacun d'exprimer une tension, d'être écouté et de voir sa tension prise au sérieux et investie en vue de sa résolution.

Il y a également la contribution de personnes individuellement (voire à plusieurs sans pour autant représenter un collectif) :

5/ Il s'agit de l'équivalent du point 3, à un niveau individuel : un acte délibéré d'une ou plusieurs personnes facilitant mon action (constituant aussi des facteurs catalyseurs). Ce peut être une aide méthodologique, la prise en charge d'une partie de l'action, le prêt d'un équipement qui serait plus efficace que le mien, ... L'aide peut provenir éventuellement d'un pair extérieur au collectif (ex : camarade de promotion)

6/ Il s'agit maintenant de l'équivalent du point 4, à un niveau individuel : l'attention et le soutien moral d'une ou plusieurs personnes (facteurs nourriciers). A noter que ces personnes peuvent être extérieures au collectif de travail (famille, amis, camarades de promotion, ...)

Ensuite, il y a ma conscience de ce en quoi on me facilite les choses, et de ses suites :

7/ Les actes délibérés facilitant mon action, qu'ils proviennent de mon collectif ou de personnes individuellement méritent que je prenne en considération qu'ils contribuent positivement à mon bien-être psychique. Des actes qui sont soit de leur initiative soit consécutifs à une demande de ma part. La prise de conscience de cette facilitation non seulement me fait du bien mais va renforcer ma chance de mener à bien mon action. Appréciation et gratitude sont deux émotions positives que je peux vivre en moi. Et pour compléter ce processus énergisant, je peux exprimer de la gratitude à propos de la facilitation qui m'est faite, avant même que l'action commence ou à son début. Une gratitude d'autant plus appropriée quand il s'agit de gratifier suite à une demande de ma part (sinon, cela n'incitera pas à être bienveillant avec moi une prochaine fois). Une gratitude qu'il sera bien vu de renouveler lors des progrès (cf point 9).

8/ Il s'agit exactement du même enjeu que pour le point 7/, mais cette fois pour le soutien moral reçu : la considération de l'attention et le soutien moral que je reçois, que ce soit du collectif ou de personnes individuellement. Et de ses suites en matière d'appréciation, de gratitude et d'expression de la gratitude.

Ce sont autant de gestes qui me font apprécier le collectif dans lequel je vis et qui cultivera la relation que j'ai avec mon collectif et avec les personnes qui me soutiennent. La joie de vivre au sein du collectif et/ou avec des personnes bienveillantes avec moi. Avec un juste retour : ma propre bienveillance envers mon collectif et les personnes bienveillantes avec moi (idées de réciprocité et de gagnant-gagnant).

Enfin, il y a la conscience des progrès réalisés, et de ses suites :

9/ Dans une société où tout s'accélère, où l'on juge trop facilement et trop rapidement, où l'on trouve que reconnaissance ne rime exclusivement qu'avec excellence (mais pas avec perfection parce que ça ne rime à rien ;)), il y a un véritable enjeu à savoir prendre conscience des progrès, des petits pas, des réussites, du beau geste, de la résolution de problèmes, des apprentissages lors d'un échec, ... Il y a là aussi plusieurs responsabilités : ma conscience des progrès, la conscience de mon collectif et la conscience de mes pairs (quelques fois on veut peut-être à tort absolument ajouter dans la boucle sa famille, et notamment son conjoint et/ou ses parents). Un enjeu étant de trouver un bon alignement entre les résultats de l'analyse des 3 catégories d'acteurs. 

Et c'est là qu'il faut évoquer la notion de feedback avec 3 situations qui collent plutôt bien avec mon échelle de la bienveillance avec ses 3 segments bienveillance/absence de bienveillance/malveillance :
  • le feedback positif (carrément positif, ou constructif dont il faut savoir apprécier la substantifique moëlle) ;
  • l'absence de feedback, souvent due au manque de temps et/ou à l'absence de conscience de l'importance de faire vivre suffisamment de feedbacks positifs (notion de ligne de Losada cf mon article Nourrir en retour) ;
  • le feedback négatif qui peut-être d'autant plus destructeur quand il s'attaque à moi ("Tu es nul·le !") dans mon être (critique inconditionnelle) et non pas à l'action ("Ton projet est en retard !") (critique conditionnelle).
Prendre conscience de mes progrès me met dans la joie et renforce mon estime de moi et la confiance en moi. Elle fait partie indéniablement des enjeux centraux de la QVT : la fierté du travail bien fait
Faire preuve d'humilité (dont une dose de lucidité), sait me faire attribuer une part de mes progrès à la facilitation et le soutien que j'ai pu recevoir (3, 4, 5 et 6). Et cette prise conscience me fera donc non seulement ressentir de la joie, mais aussi de l'appréciation de ce que mon collectif et des personnes ont fait pour moi et de la gratitude envers eux
Ensuite, pour un juste retour des choses, je saurai trouver les bons gestes pour exprimer ma gratitude (les mots pour le dire ou l'écrire, la réciprocité). Et auquel cas, ma fierté du travail bien fait se conjuguera avec la fierté d'appartenir à mon collectif

On voit alors en quoi cela constitue un cercle vertueux et une approche gagnant-gagnant, non seulement pour ma QVT et ma qualité de vie (avec un impact positif sur mes autres sphères de vie), mais aussi pour mon collectif et pour la relation qui nous unit, et qui m'unit particulièrement avec des personnes bienveillantes à l'intérieur de mon collectif.

Alors, donnons-nous le temps de nous faciliter la réalisation de nos actions et la conscience des progrès !

Ce que je viens de présenter pour la sphère professionnelle, peut facilement être décliné pour la sphère familiale et la sphère de la vie sociale, et notamment pour le bénévolat dans une association.

Voici ci-dessous un court résumé des 9 points évoqués dans cette chronique.

samedi 15 janvier 2022

Y'a d'la joie dans la bienveillance ! - Chronique sur la Bienveillance - Episode 41

 


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Voici le 41ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par le livre Le miracle Spinoza de Frédéric Lenoir, et particulièrement par l'extrait suivant :

« Ces sentiments positifs pourront susciter en elle (la personne) un nouveau désir, lequel mobilisera sa volonté pour lui donner la force de suivre sa raison » (page 208 de l'édition de 2019)

Cette citation m'a particulièrement parlé par rapport à mes travaux de modélisation sur la bienveillance et est à l'origine d'un nouveau schéma de ma conception que je présente ci-dessous :






La bienveillance : une question d'éthique, pas de morale

Ce schéma me donne l'occasion de mettre en avant un aspect qui mérite d'être mis en avant : selon ma vision de la bienveillance et l'idée de Société et de Territoires de la Bienveillance, la bienveillance n'est pas vue selon le versant de la morale et de l'obligation ou de l'obéissance, mais selon le versant d'une éthique de la joie telle que Spinoza l'a fondée et dont je me sens proche à maints égards. Autrement dit, je ne veux pas être bienveillant par obligation à une religion mais parce que je suis absolument convaincu que c'est bon pour moi, bon pour autrui, bon pour la planète. C'est à la fois une approche gagnant-gagnant et une question de bon sens et de discernement. Un discernement notamment par la non confusion entre faire plaisir et faire du bien (cf la chronique Attention, plaisir - Le dessous des cartes : tu vas halluciner !).

Vers le bien et la joie ou vers le plaisir

J'ai schématisé la citation de Frédéric Lenoir avec la flèche verte vers le haut, avec un processus de bienveillance qui part de la joie et qui conduit à la joie. Un processus qui tire l'individu vers le haut dans l'approche gagnant-gagnant évoquée précédemment. A l'inverse, j'ai pris le contre-point de la citation, représenté par la flèche rouge vers le bas qui conduit au plaisir éphémère, voire à des émotions négatives quand en réalité le processus amène à un résultat contreproductif. A noter que ce processus qui va vers le bas est celui de la facilité que l'on peut symboliser par un vélo dans une pente descendante : on est en roue libre. Par contre, pour le processus vers le haut, il faut savoir pédaler, pas forcément beaucoup, sachant qu'en réalité quelques fois le principal c'est de donner les premiers coups de pédale. Et c'est la joie qui crée le désir, qui fait l'impulsion.

L'enjeu de permutation affect négatif --> affect positif

Un enjeu important qu'explique Frédéric Lenoir d'après Spinoza est la capacité pour une situation donnée de substituer l'éventuel affect négatif avec lequel on aborde cette situation par un affect positif plus fort que le négatif. En cela, je vois une stratégie salutaire qui se rapproche plus de la psychologie positive que de la pensée positive (Méthode Coué).
Mihaly Csikszentmihalyi, cofondateur de la psychologie positive, est parti de l'idée suivante 

"Le bonheur ne dépend pas de conditions extérieures, mais de la façon dont elles sont interprétées"

pour modéliser l'expérience optimale, appelée aussi flux ("flow" en anglais). Cette citation est à rapprocher de mon schéma : pour une situation donnée (avec ses conditions extérieures), c'est notre façon de l'interpréter et l'émotion dans laquelle nous l'abordons qui nous fera aller :
  • plutôt dans le sens de la facilité, vers une activité centrée sur la recherche du plaisir, et souvent un plaisir en tant que compensation des côtés négatifs de la situation
  • ou plutôt dans le sens de la bienveillance, de la volonté, de la raison, vers une activité de flux.
Alors maintenant, comment passer d'un affect négatif à la joie ? Je vous propose le schéma suivant déjà présenté sur ce blog et ou l'on retrouve aussi deux flèches ascendante et descendante :


Il met en évidence un aspect essentiel à l'origine de tout : notre façon d'observer la situation. Si notre humeur du moment ou nos habitudes nous font l'observer négativement, cela va déclencher une pensée puis une émotion négative. Et c'est là que l'on peut reprendre la main. J'en vois trois possible :

  • enfiler les lunettes roses plutôt que les lunettes noires pour regarder les aspects positifs de la situation, un peu comme si on s'était arrêté aux nuages dans le ciel au loin alors qu'au-dessus de la tête il fait beau et qu'il est possible que les nuages n'arrivent jamais jusqu'à nous
  • se remémorer un souvenir plaisant
  • pour celles et ceux qui pratiquent la PNL, utiliser ses sens et un point d'ancrage en vue d'induire un sensation plaisante
Passer d'un affect négatif à la joie me semble un enjeu du quotidien pour ne pas nous laisser submerger par l'agacement pour des raisons bégnines et polluer notre vie inutilement.

Gare au striatum !

Je fais aussi référence dans ce schéma au livre de Sébastien Bohler "Le bug humain" auquel j'ai consacré l'article L'insoupçonnable et l'insoutenable. Ce livre est consacré au striatum, la partie de notre cerveau la plus primitive qui nous pousse inconsciemment aux plaisirs de la bouffe, de la chair, à l'accumulation de richesses, de choses, à la recherche d'un statut social, à la frénésie de la recherche d'informations et à la facilité. Avec 5 grandes dérives délétères, notamment en matière environnement, que je résume par la phrase "Tout de suite, encore, et encore plus, sans limite et après moi le déluge"


La flèche rouge vers le bas est influencée par ces 5 tendances si puissantes dans notre cerveau et si destructrices pour la planète, pour notre société et pour notre bien-être psychique. Et il nous faut prendre conscience que notre cortex préfrontal siège de la raison nous permet de canaliser le striatum.

L'enseignement énorme et lumineux que l'on peut tirer de Spinoza est qu'il ne faut pas passer en force pour canaliser le striatum par la raison. Il ne faut pas opposer raison et émotion. La raison et le maintien de l'accès à la raison (la volonté, la persévérance) sont portés par les affects positifs, et précisément par la joie, selon Spinoza. Donc, en cela, l'ascétisme et la rationalité pure sont une fausse bonne idée en alternative des comportements irrationnels.

Cercle vertueux Vs cercle vicieux

Aborder une situation dans la joie facilite grandement l'accès à la joie et contribue à un cercle vertueux qui sera d'autant plus puissant qu'il s'appuie sur nos capacités d'appréciation et de gratitude, avec en plus un effet de contagion sur autrui et pour le bien des écosystèmes auxquels nous appartenons.

A l'inverse, les affects négatifs pour faire face à une situation, et en particulier quand elle est difficile, peuvent nous pousser à rechercher des compensations par la recherche de plaisir. Seulement, le plaisir producteur de dopamine n'est pas sans conséquence, et en particulier à une escalade des exigences de plaisir qui finissent par faire tomber dans l'auto-culpabilisation puis un sentiment de vide qui peut conduire à la dépression. Cela construit un cercle vicieux, voire une dégringolade au fond du trou.

La joie, vous dis-je !

La bienveillance ne doit pas être vue par les seules lorgnettes de la responsabilité et de l'exigence, aspects que j'ai évoqués à plusieurs reprises sur ce blog. Si responsabilité et exigence font donc partie indéniablement de la recette (à l'opposé des idées de complaisance et de bisounours véhiculées par des détracteurs de la bienveillance), la joie en fait tout autant partie, dans l'origine, le pendant et la destination. 

Ce qui m'a fait écrire en titre du schéma :
  • La bienveillance naît de la joie : en m'inspirant de Spinoza
  • Y'a de la joie dans la bienveillance : en prenant conscience que si la joie facilite le déclic, la mise en mouvement, il nous faut la conserver dans le cheminement de la bienveillance, et notamment grâce à l'appréciation et la gratitude qui nous mettent la joie en carburant avec un effet contagieux (notamment par les effets de l'expression de la gratitude) et en un cercle vertueux : plus je suis joyeux, plus je suis bienveillant et plus cela me rend ma joie durable
  • Y'a de la joie au bout de la bienveillance : si la joie est la destination, c'est aussi le résultat concret du cheminement.
On retrouve ici l'idée que le bonheur, ce n'est pas (seulement) une quête mais c'est aussi (d'abord) le chemin lui-même.

Article mis à jour le 17/01/2022 en ajoutant dans le schéma un cercle vertueux et un cercle vicieux et la section "Cercle vertueux Vs cercle Vicieux"



lundi 10 janvier 2022

Comprendre - Chronique sur la Bienveillance - Episode 40

 


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Voici le 40ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique formulée principalement sous forme d'une longue pensée m'a été inspirée par mes lectures d'ouvrages sur le philosophe Baruch Spinoza, par la théorie U et par mes travaux de modélisation sur la bienveillance.

Le point de départ est la citation de Spinoza :
"Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre"

Elle fait écho aussi à un conte amérindien autour d'un loup blanc et d'un loup noir que je restitue ci-dessous avec mes mots :

Un vieil homme explique à son petit-enfant qu'en chacun de nous, y compris en lui-même que tout le monde voit comme un sage, cohabitent deux loups :
  • un loup blanc, gentil, bon qui vit en paix, en harmonie avec les autres, dans l'amour, la bienveillance et la justice. Il sait quand faire preuve de tolérance et quand s'indigner, tout en restant dans la non-violence
  • un loup noir, plein de pensées et d'émotions négatives (notamment la colère), qui jalouse, qui s'autorise à verser sa mauvaise humeur sur les autres, qui est agressif. Des comportements qui ne font qu'envenimer les choses et le laissent dans les émotions négatives.
Et l'enfant de réagir en posant la question : mais lequel des deux gagne ?

Le grand-père répond alors "C'est celui qu'on nourrit !"

Je donne maintenant sous forme textuelle la pensée illustrée en tête de la chronique :

"Ne pas se précipiter, ne pas s'impatienter, ne pas se comparer, ne pas juger, ne pas se moquer, ne pas mépriser, ne pas détester, ne pas agresser, ne pas mettre de l'huile sur le feu, ne pas vouloir se venger, ne pas vouloir faire œil pour œil, dent pour dent, ne pas maudire, ne pas médire, ne pas se moquer, ne pas étiqueter, ne pas simplifier, ne pas être de mauvaise foi, ne pas décharger sa mauvaise humeur sur autrui, ne pas se lamenter, ne pas ruminer, 

MAIS se donner le temps, l'envie, la curiosité et la joie de COMPRENDRE avec l'esprit, le cœur et la volonté ouverts dans une attitude de bienveillance globale et une approche gagnant-gagnant.  Puis d'en apprécier tous les bienfaits directs et indirects, ressentir et exprimer de la gratitude."

Quels sont quelques grands bénéfices de se donner le temps de comprendre en situation de tension (qu'elle soit signe d'un mal-être diffus ou provoquée par une situation donnée) ?
  • à condition d'aborder ce "travail" de recherche avec curiosité, joie, alors les émotions positives vont se substituer aux émotions négatives
  • bien souvent, l'exploration conduit à lever le lièvre de malentendus, de distorsions de communication, de mauvaises interprétations d'intentions, de comparaisons biaisées (typiquement, comparer les avantages d'autrui par rapport aux inconvénients de sa propre situation, faisant fi des inconvénients d'autrui et des avantages de sa propre condition)
  • sortir de la dualité du bien et du mal, dans laquelle l'autre ferait mal (en réalité, on lui reproche de ne pas faire comme soi-même) ; comprendre permet d'accepter la différence (qui est loin d'être systématiquement l'opposé) et de la valoriser, notamment dans ses capacités à pouvoir être complémentaire
  • pour comprendre autrui, cela nécessite d'interagir avec l'autre pour le faire s'exprimer sur ce qu'il vit réellement (et pas par le petit bout de la lorgnette que l'on a utilisé), sur ses perceptions et sentiments, et puis sur ses besoins, ses aspirations, ses attentes, ses demandes. Je promeus depuis 2017 la pratique de l'Attention Réciproque pour se comprendre mutuellement (Dossier sur laqvt.fr Attention Réciproque)


jeudi 6 janvier 2022

La bienveillance : très envie de ne pas chercher à emmerder - Chronique sur la Bienveillance - Episode 39

 


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Voici le 39ème épisode - de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique qui vous semblera probablement plus politique que d'habitude m'a été inspirée par la phrase suivante qui tourne en boucle dans les médias depuis hier et sur laquelle je ne m'arrête pas au même endroit.

Cette phrase a été tenue par le chef d'Etat qui s'est exprimé, dans un drôle d'état selon moi :

"Les non-vaccinés, j'ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu'au bout. C'est ça, la stratégie"

Qu'un chef d'Etat utilise un mot cru, honnêtement - et là je pourrais évidemment utiliser une expression crue moi aussi faisant référence aux attributs masculins par exemple - cela ne m'a fait ni chaud, ni froid.

En revanche, mon cheminement vers plus de bienveillance dans mon attitude et dans la société dans laquelle nous vivons a suscité de la tristesse et une indignation modérément intense sur d'autres mots de la phrase et sur la tonalité telle que je la reçois : 

  • "J'ai très envie" que j'entends comme une forme d'excitation, de jouissance, peut-être même d'esprit de revanche ... à vouloir emmerder. A noter que des formulations comme "Je vais emmerder" ou "je veux emmerder" ont une tonalité différente
  • "Jusqu'au bout" qui peut ajouter une forme de perversité à ce que j'évoque ci-dessus (d'autres y verront une détermination auquel cas, je ne comprends pas bien l'importance d'avoir 100% de personnes vaccinées)
Un état d'esprit, et une attitude qui sont à l'opposé de ma conception de la bienveillance. 

Je considère que ni le chef d'Etat, ni la population vaccinée, dont une partie non négligeable s'est faite vaccinée non pas par conviction mais sous la pression, n'a à régler de compte avec les personnes non vaccinées, dont une partie n'est pas forcément contre la vaccination, mais indécise.

Que des comportements violents de quelques antivaccins contre la covid, et des fausses informations délibérément répandues puissent être dénoncées, je n'y vois pas d'égratignure à la bienveillance. Que des soignants puissent exprimer leur ras-le-bol, leur désespoir, leur sentiment de gâchis, que des personnes vaccinées puissent exprimer leur peur et leur frustration, ... tout cela est bien compréhensible. Ensuite, il faut interroger le COMMENT on s'exprime et ce qu'on projette sur les responsables que l'on incrimine (voire quelques fois que l'on désigne bien vite en coupables). La bienveillance tient dans le "COMMENT". Et la CNV (Communication Non Violente) peut être aidante en la matière. Une CNV qui n'a absolument rien à voir avec la langue de bois.

Cela me donne l'opportunité de présenter à nouveau les 3 grands élans indissociables que je vois en matière de bienveillance :


Si on peut considérer que l'attitude du chef de l'Etat par ses mots relève de la 3ème dimension - vouloir dénoncer, que je ne conteste pas puisque moi-même j'en use face à ses propos, en revanche ses mots évoquent l'idée de faire du mal et donc à l'opposé de ma 2ème dimension ci-dessus "Ne pas faire du mal". Et par ailleurs, concernant la dénonciation, encore faudrait-il avoir la raison et la justice de considérer la population des non-vaccinés comme hétérogène, et notamment avec des personnes qui ne sont pas forcément vent debout, mais hésitantes en se demandant si leur responsabilité et leur bienveillance pour elles-mêmes et pour autrui est de se faire vacciner ou non.

Autrement dit, j'essaye de dénoncer ici de manière non violente, une dénonciation du chef de l'Etat qui comporte selon moi un caractère malveillant alors que j'attends en tant que citoyen qu'un chef d'Etat soit bienveillant dans les 3 dimensions indissociables évoquées ci-dessus. Un  chef d'Etat n'est pas là pour mettre de l'huile sur le feu. Il n'est pas là pour obtenir de l'obéissance mais nourrir et cultiver l'entendement, le libre arbitre et le libre consentement du citoyen. Et cela manquerait de lucidité et d'humilité (le 2ème comportant une dose du 1ier) que de croire que 100% de la population puisse être d'accord avec telle ou telle direction.

lundi 3 janvier 2022

Trop bienveillant ? - Chronique sur la Bienveillance - Episode 38

 

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Voici le 38ème épisode - et le 1er de 2022 - de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par un ensemble de réflexions que j'ai pu entendre sur la bienveillance qui portent selon moi à confusion et peuvent la rendre inopérante ou inaudible.

La bienveillance n'est pas une courbe en cloche

Dans ma 29ème chronique intitulée Des sacrifices bienveillants qui nous libèrent, j'ai présenté une courbe en cloche concernant nos besoins essentiels (notamment matériels). La voici :



Cette courbe symbolise un principe inscrit sur le fronton du Temple de Delphes "Rien de trop !" (à côté du non moins fameux "Connais-toi toi-même !") et un peu moins éloigné de nous le "Le mieux est l'ennemi du bien" de Voltaire dans son conte moral La bégueule.

Et donc pour les besoins essentiels, au-delà d'un seuil ("Sam va bien"), toute recherche d'amélioration ("Monsieur Plus") est contre-productive. Par contre, en-dessous d'un seuil plancher, toute amélioration fait du bien. Et en passant, on comprend en quoi il peut être inaudible, voire urticant d'entendre parler de "sobriété heureuse" quand on a du mal à finir les fins de mois, bien qu'en se limitant et en se privant de choses essentielles.

Alors, en serait-il de même avec la bienveillance, à savoir qu'au-delà d'un certain niveau de bienveillance, elle serait contre-productive, elle serait "trop", "too much" ? Et donc qu'en terme de dynamique d'amélioration, il faudrait mettre plus de bienveillance là où il n'y en a pas assez et en mettre moins là où il y en aurait trop ?

Ma conviction est qu'on peut toujours progresser en matière de bienveillance (et donc évidemment quand il y a malveillance ou absence de bienveillance) et qu'elle n'a pas de limite. Mais encore faut-il qu'on s'entende sur ce qu'est la bienveillance. Et je vais m'appuyer sur ma modélisation et essayer de montrer que chaque fois que l'on évoque un soi-disant "trop de bienveillance", en réalité on n'est pas dans une bienveillance équilibrée.

5 confusions possible d'un trop de bienveillance

Je vais évoquer successivement 5 cas de figure
  • Le monde des bisounours
  • Trop gentil, trop con
  • Oubli de soi
  • Trop faire plaisir
  • Complaisance

Le monde des bisounours

Le premier "trop" que je saisis ici fait référence aux personnes qui délégitiment globalement la bienveillance sous prétexte qu'elle serait "trop" en soi ; elle serait hors sol, une vue de l'esprit de quelques idéalistes vivant sur une planète qui n'existe pas.
Pour elles, la vie ne fait pas de cadeau et on ne se fait pas de cadeau dans la vie. Chacun pour soi, chacun sa merde.
A ces personnes, on peut donner de nombreux exemples de bienveillance dont elles profitent elles aussi au quotidien. A l'instar des espaces naturels dans lesquels règnent effectivement et sans conteste la compétition, la sélection et la loi de la jungle, règnent tout autant la coopération et l'entraide. Ce sont deux vérités qui cohabitent indéniablement, et chacune et chacun peut le constater dans sa vie, y compris sur la facette bienveillante. Ce qui nécessite de sortir d'une vision pessimiste et/ou cynique de la vie.
Il s'agit en réalité de sortir d'une contre-vérité : délégitimer la bienveillance est bien là une vision hors sol et pas le contraire. Nier la bienveillance, c'est nier la moitié de la réalité de la vie. En cela, cette contre-vérité se rapproche de celle évoquée par Aurélien Barrau dans son livre Le plus grand défi de l'humanité "Les doux rêveurs ne sont pas les écologistes, mais ceux qui pensent pouvoir défier les lois fondamentales de la nature". Ici avec la bienveillance, une loi fondamentale est celle de l'interdépendance. Qui nie l'existence de la bienveillance, ni la réalité de l'interdépendance dans laquelle se trouve toujours une part, même minime, d'altruisme, d'attention, de volonté de bien faire, même si l'interdépendance prend la forme d'un échange commercial.

Trop gentil, trop con

Une deuxième confusion est symbolisée par l'expression "Trop gentil, trop con" ou "trop gentille, trop conne". Elle est souvent employée en tant que trait d'amertume après une déception d'un manque de réciprocité : "J'ai été bienveillant(e) avec toi et tu ne me le rends pas", voire "Tu m'as trahi" ou "Tu as trahi ma confiance". Et il est alors important de démêler les fils entre ce qui ressort de la bienveillance, de la confiance, de la gentillesse.
Revenons à deux grandes dimensions de la bienveillance :

  • porter attention
  • faire du bien.
Ma conviction est qu'il ne faut pas regretter l'attention que l'on a portée ni le bien qu'on a fait. Par contre, il est important de réguler l'énergie que l'on déploie sur ces deux dynamiques : il ne faut pas s'y perdre et il ne faut pas non plus que cette énergie soit contre-productive.
Ce qui va m'amener aux deux confusions suivantes : l'oubli de soi et plaisir/bien.

Oubli de soi

Je m'appuie ici sur les 4 dimensions indissociables de la bienveillance :


Si l'on est particulièrement bienveillant avec une personne - "Toi et Moi" - ou/et avec un écosystème dans lequel on s'investit beaucoup  - "Moi dans des Nous" - (famille, travail, association, ...) mais qu'on ne prend pas soin de soi - "Vous en moi" - (santé, hygiène de vie) et - "Moi je" - (ses propres besoins, aspirations, plaisirs, ...) alors, ce n'est pas qu'on est trop bienveillant avec autrui ou avec l'écosystème, mais qu'on n'est pas équilibré dans sa bienveillance et qu'on n'a pas géré de manière indissociable les 4 dimensions.
Donc l'oubli de soi n'est pas un trop de bienveillance, mais plutôt en quelque sorte un pas assez de bienveillance sur une ou deux dimensions sous-investies. Et en cela, on rejoint l'idée selon laquelle on ne peut pas être bienveillant sur la durée envers autrui si on n'est pas suffisamment bienveillant envers soi-même. Ce qui relève aussi du bon sens.

A noter que cela relève non seulement de notre propre responsabilité envers nous-mêmes ("Je dois prendre soin de moi"), mais aussi des individus et des collectifs de ne pas accepter un sur-engagement qui mettrait en difficulté la personne qui s'engage ("Je dois/nous devons prêter attention à ce qu'elle prenne soin d'elle-même et je dois/nous devons prendre soin d'elle").

Trop faire plaisir

En particulier dans l'éducation des enfants, on peut avoir tendance à penser que plus on cherche à leur faire plaisir plus on s'en mord les doigts. Et il suffit de regarder autour de nous pour s'en convaincre. 
Mais il ne faut pas confondre et en tirer comme conclusion qu'une trop grande bienveillance (voire la bienveillance tout court) envers les enfants serait à remettre en cause.

En effet, ce raccourci n'a pas lieu d'être car il relèverait d'une confusion dramatique entre "faire plaisir" et "faire du bien". Deux conceptions de l'éducation qui n'ont absolument rien à voir l'une avec l'autre. Et ce qui complique la chose, c'est que sont deux objectifs qui peuvent se combiner : ce n'est pas parce qu'on est bienveillant qu'on ne peut pas faire aussi plaisir quand c'est possible.

Je renvoie à l'article Attention, plaisir - Le dessous des cartes : tu vas halluciner ! que j'ai consacré à cette confusion. 

Si on distingue bien les deux, on comprend alors que la bienveillance ne souffre pas de limite supérieure alors, qu'en effet, la fuite en avant du "faire plaisir" est contre-productive et même carrément perdant-perdant. C'est notamment le cas pour les relations parent-enfant, et pour soi-même quand on centre sa vie sur son propre plaisir dans une fuite en avant auto-destructrice et destructrice.

Complaisance

Une des critiques que l'on fait à la bienveillance, c'est qu'on ne pourrait plus dire les choses qui fâchent, qu'on ne pourrait plus exprimer de critique constructive, qu'on ne pourrait plus avoir d'avis différent, qu'il faudrait dire oui à tout, ... C'est typiquement une critique que j'entends dans le monde du travail quand on évoque le mot "bienveillance" qui serait synonyme d'anarchie généralisée.

Ma vision est à l'opposé de ces critiques qui font rimer bienveillance avec complaisance. Elle est à l'opposé car ma conviction que la bienveillance est éminemment exigeante quand on a décidé de l'investir avec détermination. Et plus on avance, et plus on s'aperçoit qu'on a du chemin à faire. Un chemin qui rime avec responsabilité, humilité, tâtonnements et ... exigence et patience. 

Donc non, la bienveillance ne rime pas avec complaisance mais avec exigence. Au contraire la malveillance et l'absence de bienveillance riment avec facilité.


L'échelle de bienveillance

Donc si la bienveillance ne mérite pas d'être représentée sous forme d'une courbe en cloche où il y aurait un trop de bienveillance dont certains devraient se départir, alors quelle courbe conviendrait mieux ?

Je m'appuie sur mon échelle de la bienveillance en trois segments dont j'ai parlé à plusieurs reprises dans mes chroniques sur la bienveillance :




Cette échelle met en évidence trois segments :
  • la malveillance, avec des nuances, notamment celles faisant la différence entre l'intentionnel et le non intentionnel
  • l'absence de bienveillance, souvent liée à une course effrénée au temps et au diktat de l'urgence ; ma conviction étant que notre société souffre plus d'absence de bienveillance que de malveillance intentionnelle
  • la bienveillance qui traverse plusieurs verbes au sein d'un processus :

Selon moi, il n'y a pas lieu de considérer un plafond de la bienveillance et encore moins d'un plafond au-delà duquel la bienveillance serait contre productive.

Notre planète, les générations futures, nos écosystèmes, nos proches, nous-mêmes méritons une plus grande bienveillance équilibrée sur les 4 dimensions évoquées précédemment et je suis convaincu que nous sommes très loin d'avoir à commencer à nous demander si nous le serions trop.