mercredi 12 septembre 2018

Echelle des méconnaissances relative aux comportements à risques pour la santé

Je vous présente aujourd'hui le fruit d'une réflexion et d'une conceptualisation que j'ai menée depuis plusieurs années sur la compréhension des niveaux de méconnaissance et de déni face à une situation donnée.

Je l'ai appliquée pour la méconnaissance à propos des enjeux de Qualité de Vie au Travail dans le monde du travail et dans mes interactions avec des interlocuteurs ayant une forte diversité de niveau de maturité par rapport à ce sujet.

J'ai réalisé récemment une version adaptée pour les méconnaissances relatives aux comportements à risques pour la santé. Celles et ceux qui ont eu l'occasion de voir celles que j'ai utilisées pour la QVT, verront que j'en ai aussi revu la forme.



La version en pdf.

Cette échelle peut être utilisée pour deux types de situations : celles où l'on veut supprimer un comportement à risques (ex : tabac, alimentation malsaine, ...) et celles où l'on veut en mettre en place un comportement de santé (ex : activité physique). Plus globalement, on peut parler d'agir sur les mauvaises habitudes et sur les bonnes habitudes.

Comme évoqué précédemment, cette échelle peut être aussi utilisée pour analyser les méconnaissances par rapport à toutes sortes d'enjeux. J'ai évoqué précédemment la QVT. Ce peut être le stress au travail, l'écologie en général et des sujets plus précis en matière d'environnement, les risques routiers, les situations relationnelles dégradées, ...



vendredi 7 septembre 2018

La méthode "Olé !" face aux affronts et à l'autoflagellation

En 2013, m'est venue une idée incroyablement simple en lisant une citation. Simple, simplissime, évidente ... oui ... mais à concrétiser, c'est plus dur.

De quoi s'agit-il : imaginez qu'on vous envoie un projectile et que vous n'avez aucun moyen de l'éviter. Il va vous faire plus ou moins mal en fonction de son poids, de l'endroit de l'impact, ...
Au demeurant, il y a certaines circonstances de confrontation physique où l'impact et la douleur sont inévitables.

A la différence d'une agression physique ou d'un jeu de mains qui finit vilain (comme par exemple une tapette qui devient une gifle dans "je te tiens par la barbichette ..."), un affront que nous fait autrui ou toute autoflagellation ou pensée négative sur soi-même ne sont pas du tout du même ressort même s'ils peuvent aussi conduire à de la souffrance. Pourquoi ? Parce que c'est nous-mêmes qui décidons du poids que nous donnons à un affront, à de l'autoflagellation ou à une pensée négative sur soi-même. Et nous pouvons décider que ce poids sera nul ou au moins le réduire.

Et ce constat simple quand on en prend conscience pour une situation du moment, est aussi vrai pour une situation de souffrance, de rumination qui dure depuis un certain temps, voire un temps certain : nous pouvons décider de refaire le film dans notre tête ici et maintenant : au lieu de nous prendre en pleine figure l'affront, l'autoflagellation ou la pensée négative sur nous-même comme nous l'avions fait, nous pouvons décider de l'esquiver. Nous avons tous potentiellement cette capacité extraordinaire que l'on peut activer et développer. D'où le nom de cette méthode "Olé !" pour réaliser un geste habile, voire artistique, pour esquiver et ressortir de cette situation menaçante, le torse bombé, fier·e de l'esquive.

Après cette brève introduction, je vous laisse prendre connaissance du diaporama que j'ai conçu pour présenter cette méthode que j'ai décidé de publier aujourd'hui après l'avoir un peu revisitée. Je précise avant cela que ce diaporama contient un montage vidéo comportant des scènes avec des esquives face à des taureaux (il eut été dommage que je n'en mette pas pour une méthode intitulée "Olé !"). Mais j'ai pris soin d'en choisir où les taureaux ne sont pas mis à mort et où les hommes qui leur font face en ne sont pas armés.







Voici, ci-dessous, un résumé de la méthode sur une page A4 :



Téléchargement de la version pdf de cette page A4.

Si vous avez apprécié la méthode « Olé ! », n'hésitez pas à me faire un retour sur bonjour@lesverbesdubonheur.fr et/ou parlez-en autour de vous et sur les réseaux sociaux.

jeudi 3 mai 2018

"Le cri du corps", un témoignage courageux sur la harcèlement moral au travail

Ce jeudi 3 mai 2018 sort le livre "Le cri du corps" d'Anne-Véronique Herter aux éditions Michalon.

Je cite le début du quatrième de couverture du livre :

"Le Cri du corps est le récit intime et violent d'un combat aux limites de la mort ; triptyque sensible et lucide dans lequel une jeune femme victime de harcèlement moral au sein de son entreprise se raconte. Une tragédie en trois actes – la chute, l'hospitalisation, la renaissance – sur l'inexorable mécanique d'une société qui a fait de l'humain un instrument de profit et un outil de promotion sociale."

J'écris rarement sur ce blog lesversbesdubonheur.fr à propos du sujet de la souffrance au travail puisque mon propos est centré sur ce qui peut créer du bien-être psychologique. Je le fais aujourd'hui pour plusieurs raisons :


  • je me mets en résonance sur ce blog avec un mouvement que j'ai amorcé depuis plusieurs semaines sur laqvt.fr pour mettre en évidence en quoi agir sur la Qualité de Vie au Travail (QVT), le bonheur au travail, le bien-être au travail, ... est à la fois aussi une réponse au sujet de la souffrance au travail et à la fois s'articule avec les actions de détection, de prise en charge et de reconnaissance de la souffrance au travail.
  • après avoir lu le manuscrit du récit d'Anne-Véronique Herter début février 2018, j'ai apprécié la puissance de ses mots, son travail de mise à distance, de rassemblage des fils qui donne à son témoignage à la fois la force d'un récit d'un broyage implacable et à la fois des clés pour en comprendre les ressorts. A la lecture de son manuscrit, j'ai acquis la conviction qu'Anne-Véronique Herter peut être un porte-voix de beaucoup de personnes qui n'ont pas son talent d'écriture pour exprimer situations et ressentis, et/ou sa capacité à prendre de la distance pour comprendre les mécanismes.
  • Anne-Véronique m'a sollicité pour contribuer - bénévolement - à son livre en apportant mon point de vue d'expert sur la situation actuelle en France en matière de souffrance au travail et de Qualité de Vie au Travail. D'autres experts ont contribué : Cyril Bériac, aidant, Isabelle Courdier, Psychologue du travail, IPRP (Intervenante en Prévention des Risques Professionnels), spécialisée en psychopathologie du travail, Maison Souffrance et Travail, Clément Raingeard et Marine Fréçon-Karout, SCP BOULAN KOERFER PERRAULT & ASSOCIES, Avocats à la Cour. Anne-Catherine Sabas, ACS, psychanalyste, formatrice, a écrit la préface.
Voici mon espoir exprimé globalement : que ce livre puisse avoir un effet positif transformateur à plusieurs titres :
  • donner la force et le courage aux personnes en souffrance au travail de chercher du soutien pour, soit se mettre en réflexion et en action pour modifier ce qui est à leur portée individuellement et collectivement, soit amorcer un mouvement leur permettant de s'extirper de leur environnement délétère, y compris s'extraire immédiatement en cas d'urgence;
  • développer la culture de l'attention aux signaux de dégradation de la santé au travail pour soi-même et pour autrui;
  • développer l'attention aux signaux d'alerte que peuvent nous signifier notre entourage familial, amical, professionnel, et qu'on aurait tendance à balayer d'un revers de main parce que "ça ira mieux demain"
  • faire monter les consciences individuelle et collective à propos du fait que nous ne devons pas accepter pour nous-mêmes et pour autrui des comportements non respectueux de l'individu et pouvant impacter négativement leur santé physique, psychique et sociale;
  • faire monter les consciences individuelle et collective que les sujets de la QVT, du bonheur au travail, du bien-être au travail, ne constituent pas une cerise sur le gâteau mais portent la vision d'une diminution drastique de la souffrance au travail; ils ne sont donc pas à traiter comme des sujets secondaires ou à envisager comme des phénomènes de mode;
  • faire monter les consciences individuelle et collective aux causes structurelles de la souffrance au travail; c'est une de mes contributions à ce livre à travers une liste de 17 causes que j'expose;
  • faire monter les consciences individuelle et collective à la nécessité d'agir de manière combinée en 4 mouvements que j'ai explicités dans ce livre et qui sont expliqués par ailleurs notamment dans l'article Faut-il être au fond du trou psychiquement pour espérer voir sa souffrance au travail reconnue ? sur miroirsocial.com
Je termine cet article à l'attention d'Anne-Véronique Herter pour réitérer des propos que je lui ai tenu individuellement : un grand bravo et un grand merci pour son courage d'avoir pris sa plume. Une autre bonne dose de courage pour la phase actuelle de promotion du livre qui, à chaque événement lui fait forcément replonger dans son passé douloureux. Un grand bravo pour sa capacité d'analyse et la force de son récit. Et enfin pour lui souhaiter une activité professionnelle SUPAIR, et d'autres hors professionnel qui ne le soient pas moins.

samedi 28 avril 2018

Vos activités sont-elles SUPAIR ?

J'ai découvert la psychologie positive en 2012 avec le livre "L'apprentissage du bonheur" de Tal Ben Shahar.

Un des éléments de son livre qui m'a particulièrement marqué est l'analyse d'activité intitulé SPA, pour Sens, Plaisir et Aptitude. Cette analyse permet d'identifier dans ses propres activités actuelles ou que l'on pourrait pratiquer, celles qui allient ces 3 dimensions. L'idée étant de donner le plus de place possible aux activités qui ont du sens; des activités dans lesquelles on prend du plaisir et pour lesquelles on se trouve compétent (ou avec des dispositions).

L'analyse est une déclinaison de sa formule super concise du bonheur : Bonheur = Plaisir + Sens (ou autrement dit, du plaisir chargé de sens).

Ma propre pratique de la culture du bonheur et mes rencontres au niveau professionnel, particulièrement avec des personnes développant une activité professionnelle en solo - soit en statut indépendant, soit dans une Coopérative d'Activité et d'Emploi (CAE) - m'a conduit à un sentiment d'incomplétude avec ces 3 dimensions. Je m'explique : une activité professionnelle combinant ces 3 dimensions SPA se suffit-elle de ces 3 dimensions pour apporter du bien-être ?

Il me semble que non. Pour le moins, d'autres dimensions me sont nécessaires à moi, et je pense ne pas être tout seul à le penser pour avoir interagi avec quelques personnes sur le sujet.

Mes réflexions, observations et interactions m'ont amené à enrichir le modèle SPA pour proposer le modèle SUPAIR qui comporte deux déclinaisons : une pour l'activité professionnelle et une pour les activités hors professionnel.

Version pour une activité professionnelle
Version pour les activités hors prof


J'ai voulu distinguer le Sens et l'Utilité car il y a des cas de figure où l'on trouve complètement du sens à ce que l'on fait mais où le effets de l'activité ne semblent pas à la hauteur du sens que l'on y met, posant ainsi potentiellement la question de l'utilité. Une autre dimension portant sur la capacité de l'activité professionnelle à assurer des revenus suffisantes pour vivre décemment avec sa famille.

Deux diaporamas au format pdf donnent quelques précisions sur chaque dimension du SUPAIR, un pour l'activité professionnelle et un pour les activités hors prof.

Ce modèle SUPAIR qui se décline pour les activités prof et hors professionnels est à relier avec le modèle de Réseau de Sphères que j'ai conçu il y a une dizaine d'années.

J'ai réalisé un outil d'autodiagnostic au format Excel pour chacune des déclinaisons. Une version expérimentale. Je les tiens à disposition à qui exprimera son intérêt et s'engagera à me faire un retour d'expérience de son utilisation.




samedi 7 avril 2018

Rester ou ne pas rester sur Facebook ? Je désactive mon compte et mes pages.

Je pense que nous sommes beaucoup à être inscrits sur Facebook pour un ensemble de très bonnes raisons, personnelles et/ou professionnelles tout en considérant qu'il y a bien un côté ambivalent à l'utiliser.
Contrairement à mes habitudes où j'actionne résolument le biais positif, je vais énoncer ici quelques points - sacrément - négatifs. Pourquoi focaliser sur le négatif ? Parce que celles et ceux qui sont accrochés à Facebook, y compris moi jusqu'à peu, et pour les raisons qui leur appartiennent, ont besoin de donner plus de poids aux points négatifs dans leur juste conscience.

En voici quatre majeures, découlant d'aspects positifs :

Facebook, c'est génial, c'est gratuit ... pour peu qu'on ne veuille pas pousser l'audience de ses publications. OK, c'est gratuit, mais la gratuité se paye toujours : par des contenus suggérés dont certains sont des escroqueries. Ca n'a rien de spécifique à Facebook : c'est le cas aussi d'un certain nombre de sites gratuits, comme les sites de petites annonces.
J'ouvre une parenthèse sur la question de la gratuité : autant je suis un promoteur de la gratuité dans le sens "actes gratuits" et altruisme, autant je suis convaincu que la plupart des systèmes gratuits qu'on nous propose ont des contre-parties qui peuvent être lourdes de conséquences sur le portemonnaie et/ou sur le bien-être psychique des consommateurs et sur les conditions de travail des travailleurs qui sont impliqués dans la fourniture des services et produits présentés comme gratuits.
Et je pose la question gratte-poil suivante à propos de Facebook : pourquoi Facebook devrait-il être gratuit ? Je préfèrerais largement un système payant (au juste prix) sans publicité et avec des fonctionnalités qui sont conçues pour ses clients et pas pour d'autres considérations opaques pour générer un CA et des profits comblant le déficit de revenus lié à  la gratuité.

Avec Facebook, on a accès à plein d'informations ... sauf qu'il y a tellement d'informations publiées, puis partagées, aimées, que des algorithmes opaques nous délivre qu'une petite partie des messages de nos ami·e·s Facebook. Inversement, en publiant une information, on n'a aucune certitude qu'elle sera relayée aux personnes à qui on voudrait les destiner en première intention. Loin s'en faut. Des chiffres circulent selon lesquels, seuls 10% de nos amis voient nos publications sur leur mur. Donc, en passant, si vous voulez faire passer de manière certaine une information à des personnes de votre connaissance, ce n'est vraiment pas le bon moyen pour le faire.

Facebook pense à notre bien-être psychique et donc limite l'infobésité en nous délivrant qu'une partie des contenus pour que nous soyons pas submergés ... sauf qu'il le fait dans l'opacité et pour nous pousser à deux actions : lire les contenus promus par la publicité et nous pousser à prolonger notre expérience Facebook avec le risque de nous entraîner dans une forme de dépendance. La façon dont Facebook alimente notre mur a donc absolument rien de neutre et ne va pas dans l'intérêt du membre. Bref, nous sommes manipulés et il faut appeler un chat, un chat.
Une autre conséquence grave de cet algorithme est la dynamique "bulle filtrante" : Facebook privilégie les contenus qui vont dans le sens de nos convictions et donc nous sommes poussés à renforcer nos convictions et appauvris en visions différentes de la nôtre. Cet effet "bulle filtrante" a été mis en exergue particulièrement pour expliquer une des raisons de l'élection de Donald Trump.

Evidemment, je n'ai pas découvert tous ces aspects aujourd'hui. J'ai les découvert peu à peu; chaque fois, cela m'amenait à m'interroger. Cela faisait plusieurs mois que je reculais une décision que je qualifie de raisonnable, responsable et positive pour la qualité de vie (au travail).



Et donc, puisque Facebook met tellement peu de grâce à supprimer les contenus des comptes, j'ai décidé de faire de ce peu de grâce un avantage pour moi : je ne supprime pas mes comptes Facebook, en revanche je vais les désactiver dans les jours qui viennent le temps de prévenir les abonnés à mes pages et comptes. Nous avons pris la même décision pour le compte de laqvt.fr avec le comité éditorial de laqvt.fr

Reviendrons-nous sur Facebook ? Je n'imagine pas vraiment que Facebook change radicalement sa politique et sans un changement radical, je ne reviendrai pas sur Facebook malgré tous les avantages indéniables et les impacts que cela a sur la communication de nos contenus et de mes contenus personnels de ce blog. Il s'agit de relativiser une telle décision.

Je suis convaincu que c'est une opportunité de réinterroger sa communication professionnelle et personnelle, sa façon de réaliser sa veille et de manifester son ouverture et sa curiosité.

Désactiver Facebook, ce n'est pas désactiver ses relations, se couper des autres. Il me semble qu'il faut prendre garde à ne pas laisser l'émotionnel prendre les rênes par rapport à une telle décision, sinon le biais de statu quo reste le plus fort.

Pour continuer à être informé, et de manière largement plus certaine, de la publication de mes articles je vous invite à vous abonner à mon blog en donnant votre adresse email en haut à droite du blog.

Il est possible que si un nombre important de membre de Facebook font de même, les dirigeants (probablement à considérer au singulier) iront au-delà d'un semblant de mea culpa public.

Je témoigne ici de ma décision. Je comprends parfaitement les raisons pour lesquelles on peut continuer à utiliser Facebook, que ce soit au niveau personnel, professionnel ou aussi pour la communication d'actions sociétales.

Pour ma part, je vais explorer des alternatives plus respectueuses de moi et des personnes avec qui j'interagis et je communiquerai le cas échéant ici celles qui me sembleront relever d'une logique responsable, respectueuse, solidaire et attentive aux risques de dépendance.

vendredi 23 mars 2018

L'acceptation de soi en juste milieu entre 2x2 extrêmes

Je vous propose aujourd'hui un schéma de ma conception (fond et forme) mettant l'acceptation de soi comme juste milieu entre deux extrêmes, chaque extrême étant décomposé en deux.



A l'extrême gauche, il y a la sous acceptation de soi, se décomposant en deux :

  • la tendance à se sentir complexé, moins bien que les autres sur les verbes être et/ou avoir et/ou faire
  • la tendance à la perfection qui fait avoir du mal à se satisfaire d'une action réalisée; la perfection est vue ici par rapport à ses propres actions
A l'extrême droite - et il n'y a aucune connotation politique dans ces explications sur les deux extrêmes - il y a là sur acceptation de soi se décomposant elle-aussi en deux :
  • la tendance à minimiser ses défauts, faiblesses, erreurs, ... à la complaisance envers soi-même ce qui peut conduire à une forme d'immobilisme et peut freiner le développement personnel et le développement des compétences
  • la tendance à la suffisance et à la sur confiance; elle s'accompagne souvent d'une tendance à s'attribuer exagérément les réussites et donc à sous-évaluer la part d'autrui avec comme conséquence un déficit de comportements reconnaissants.
L'acception de soi vise à se reconnaître justement soi-même, ses capacités, ses réussites, y compris les plus petites. L'acceptation vise aussi à ne pas se laisser submerger par des émotions négatives face à la non réussite ou à l'échec. Elle valorise le droit à l'expérimentation et à l'erreur.

L'acceptation de soi se marie très bien avec l'acceptation de l'autre et donc avec la bienveillance.
Le levier principal de l'acceptation de soi étant la bienveillance pour soi-même.

Les autres leviers étant :

  • la capacité à être dans l'instant présent en évitant les tendances à la focalisation sur le passé et/ou sur l'avenir
  • la juste conscience qui permet d'être réaliste sur les 3 verbes être, avoir et faire, qui pose l'individu dans une logique d'interdépendance avec autrui et avec la nature, qui accepte et se nourrit de la diversité et s'applique à soi-même (et aux autres) le droit à l'expérimentation et le droit à l'erreur. Il y a aussi la juste conscience de ses talents qui permet d'orienter ses actions dans le sens l'expression de ses talents
  • le développement personnel et le développement de capacités pour se sentir plus fluide
  • l'appréciation des petits et grands pas, de ce qu'offre le moment présent
  • la gratitude envers celles et ceux qui interagissent avec soi avec bienveillance, altruisme, attention, ...

dimanche 18 mars 2018

20 mars 2018, journée du bonheur : Sens, Attention et Reconnaissance

A l'occasion du 20 mars 2018, journée internationale du bonheur, événement à l'initiative de l'ONU depuis 2013, je vous propose d'envisager les sujets du sens, de l'attention et de la reconnaissance.
Cet article porte essentiellement sur le sens.

Parlons "sens"

Le sens a une importance considérable pour l'individu. Que l'on parle de bonheur, de bien-être psychique ou de santé mentale, le sens en constitue une dimension centrale.

Tal Ben Shahar, un des pionniers de la psychologie positive (appelée aussi "science du bonheur") résume le bonheur en une formule : 

Bonheur = plaisir + sens.

Martin Seligman, souvent considéré comme le fondateur de la psychologie positive donne une formule assez proche :
Bonheur authentique = vie plaisante + vie significative + vie engagée (1) 

Le site québécois Psychomédia a publié en 2013 un article présentant différentes définitions du bonheur dans la psychologie positive. Parmi ces définitions, il y a celle du bien-être psychologique également appelé bien-être eudémonique.

La psychologue américaine Carol Ryff a proposé 6 composantes pour son modèle du bien-être psychologique. Une de ces composantes est le sens :

"Avoir des buts dans la vie et le sentiment d'une direction ; avoir le sentiment que sa vie présente et passée a un sens ; avoir des objectifs et des raisons de vivre"

J'attire l'attention sur les 3 temps invoqués dans cette définition : le passé, le présent et le futur.

Ne pas trouver le sens ou trouver de la dissonance sur le sens sur un de ces trois temps procure selon le temps concerné : regrets, frustration, inconfort, doute, indécision, mal-être indéfini, ...

Les 5 autres composantes du bien-être psychologique sont : l'acceptation de soi, l'autonomie, le sentiment de maîtrise de l'environnement par ses compétences, la croissance personnelle et les relations avec autrui.

Estelle Morin (2), professeur titulaire à HEC Montréal s'intéresse depuis plusieurs années au sujet du sens dans la sphère professionnelle. Selon elle, le sens qu’une personne donne à son travail peut avoir des effets positifs ou négatifs sur sa santé mentale et sur son engagement envers l’organisation

Elle distingue 3 dimensions pour le sens au travail :

  • la signification du travail pour l'individu, ce qu'il représente pour lui, la place occupée dans la vie; on peut parler de représentation du travail. Chaque individu ayant la sienne. Pour certains, c'est central, pour d'autres, le travail est alimentaire.
  • la direction, les buts poursuivis.
  • l'effet de cohérence entre l'individu et le travail qu'il accomplit, au regard des deux autres dimensions

Elle met en évidence 6 caractéristiques déterminantes pour assurer du sens au travail :
  • Utilité sociale : c'est le sentiment d'être utile aux autres et/ou à la société; évidemment certains métiers ont par essence plus de sens que d'autres : pompier, professions médicales, ... Mais, je signale que ce n'est pas parce qu'un métier a une utilité par essence que l'utilité sociale est forcément bien ancrée chez l'individu; en particulier quand les transformations du travail amènent à laisser la dimension humaine du métier à la marge par rapport aux dimensions techniques, administratives et financières.
  • Autonomie : pour que l'individu puisse exercer ses compétences et son jugement; c'est aussi de pouvoir s'exprimer
  • Apprentissage et développement : pour que l'individu puisse progresser à la fois professionnellement et personnellement
  • Rectitude morale : voici comme Estelle Morin qualifie cette caractéristique : "Le travail a du sens lorsqu'il est réalisé d’une façon responsable et moralement justifiable autant sur le plan de l’exécution que des résultats". Il faut bien noter les deux dimensions : celle du résultat et celle des conditions d'exécution. Cette rectitude moral va nourrir un besoin important : celui de la fierté, de la qualité du travail (3). Cet aspect est important dans un monde du travail où certaines organisations font du profit sur le dos de leurs clients et/ou de leurs fournisseurs et/ou de la société, voire ont des comportement déloyaux
  • Qualité des relations avec les collègues : il s'agit de créer un environnement propice au développement de la coopération, de la solidarité, de la confiance et de la convivialité
  • Qualité des relations avec le management et reconnaissance : dans le guide Donner un sens au travail, cette 6ème caractéristique était intitulée "Reconnaissance". Dans des publications plus récentes, Estelle Morin parle de "qualité des relations avec le management". Ces deux dimensions me semblent importantes et je les relais toutes les deux. En notant que la reconnaissance est vue non seulement comme celle qui est donnée par la hiérarchie, mais aussi celle qui circule entre collègues. J'ajoute que la reconnaissance peut aussi circuler de manière bilatérale, y compris dans les relations hiérarchiques et avec les parties prenantes externes.


Vous retrouvez ces 6 caractéristiques de ce guide et les 6 composantes du bien-être psychologique (dont plusieurs sont communes) dans mon modèle de 13 facettes d'une vie au travail pouvant contribuer au bonheur puisque j'ai basé mon modèle, entre autres, sur ces travaux.

Verbes et sens

Quand on évoque le sens dans le monde du travail, on parle souvent "raison d'être". Une raison d'être qui peut constituer une vision partagée en interne et avec les parties prenantes externes (clients, usagers, fournisseurs, partenaires, société, ...).

Comme l'explique Estelle Morin, une raison d'être est productrice de bien-être de l'individu s'il y a la dimension cohérence : la cohérence entre les actes et la raison d'être et partage de la raison d'être par l'individu.

Puisque ce blog est intitulé "Les verbes du bonheur", voyons quelques verbes sur lesquels une raison d'être peut s'appuyer, qu'elle soit dans la sphère professionnelle ou dans les autres sphères de vie
  • être : qui peut aller de la plus grande simplicité à la plus grande mégalomanie
  • avoir : qui va avec la culture de la consommation, souvent inscrite dans un processus d'adaptation hédoniste (vouloir toujours plus, la fuite en avant du désir de ce qu'on n'a pas)
  • faire : avec un potentiel de création de bien-être ou de mal-être selon qu'on le décline ... faire bien, faire dans l'excellence, faire encore mieux, faire plus avec moins, ...
  • créer : avoir la capacité de pouvoir créer des choses, des idées, des techniques, des méthodes, des œuvres, ...
  • penser : la capacité pour un individu ou un collectif d'avoir de la réflexivité sur lui-même est un facteur de bien-être, sous réserve qu'il soit en harmonie avec le verbe "faire" au risque sinon de pousser à l'inhibition à l'action
  • dire : la capacité de s'exprimer, de préférence dans la transparence, la bienveillance, la confiance, ... par la parole, l'écrit, l'image, la vidéo, ...
  • écouter et observer : être dans l'attention aux personnes avec qui on interagit, avec autrui en général est une capacité qui fluidifie les relations interpersonnelles et donne plus d'efficacité aux processus coopératifs et collaboratifs
  • connaître, apprécier et reconnaître : une raison d'être qui valorise le temps pour ces 3 verbes est gagnant-gagnant : pour le sujet (celui qui vit ces verbes) et celui qui est l'objet ou le bénéficiaire
  • cultiver : le verbe "cultiver" présent à l'intérieur d'une raison d'être est d'autant plus fort quand il s'applique à la raison d'être elle-même pour qu'elle ne reste pas au stade de l'affichage.
Ce qui peut aussi faire fondamentalement la différence c'est la préposition qui suit le verbe :


  • contre ou sans : être, avoir, faire ... contre (sans) xxx peut développer une logique de compétition, de combat, d'exclusion, ... qui dégrade le bonheur au niveau sociétal et individuel
  • pour : si la raison d'être se tourne vers des bénéficiaires avec une responsabilité sociale assumée et ne construit pas l'apport aux bénéficiaires sur le dos d'autres parties prenantes et de manière déloyale, cela peut participer à l'amélioration du bonheur
  • avec : cela évoque l'idée de coopération; "avec" peut apporter plus que "pour", en particulier si des parties bénéficiaires peuvent passer du statut passif au statut actif, impliqué et co-décisionnaire.

Le sens des mots

Dans la raison d'être, surtout quand elle est censée être partagée, il y a intérêt à s'entendre sur les mots. Cela mériterait un article en tant que tel, mais voici quelques mots pour lesquels on voit bien qu'il peut y avoir soit diversité des points de vue, soit un flou conceptuel :

  • "valeur" : est un mot souvent employé dans le monde du travail. S'applique-t-il à de la communication interne, externe, les deux ?  Qu'en fait-on derrière ?
  • "bienveillance" est souvent utilisé dans le cadre de sécurité de réunions d'intelligence collective. Mais jusqu'où va-t-on ? L'Université du Nous (UdN) la définit de la manière suivante "Ici je m’engage à ne pas dire ou faire quelque chose en souhaitant consciemment porter préjudice à un membre". Ce qui est de mon point de vue de l'intention de non malveillance. Pour ma part, j'ai une vision de la bienveillance avec intention, vigilance et action de faire du bien.
  • "qualité de vie au travail", une série de mots de mon quotidien professionnel, dont je remarque que certains la considèrent au cœur du travail (conditions de travail) et d'autres à la périphérie (services de proximité, la cerise sur le gâteau quand l'organisation a les moyens de se l'offrir).
  • et je finis forcément par "bonheur" pour lequel on peut constater une levée de boucliers en France de la plupart des politiques, des dirigeants d'entreprise, des syndicats et des DRH alors que, je le rappelle, ce sujet est traité sérieusement par des organismes internationaux sérieux eux-aussi comme l'ONU et l'OCDE. A ce sujet, je mentionne mon article sur laqvt.fr 3 malentendus sur le bonheur au travail.

Le sens à cultiver à plusieurs niveaux et dans différentes sphères de vie

Le sens de la vie

C'est la vision la plus globale pour un individu. Etre au clair avec sa raison d'être contribue à la bonne santé psychique. Mais ce n'est pas suffisant : les actes, le présent sont-ils alignés avec cette raison d'être ? Si ce n'est pas le cas, il est intéressant d'analyser ce qui est à la portée de l'individu, ce qui est à la portée de collectifs auxquels appartient l'individu pour se rapprocher de la raison d'être. Une analyse qui permet aussi d'ajuster la raison d'être, surtout quand elle comporte des facteurs de risque de mal-être : trop axée sur le verbe avoir, sur la perfection, sur la disparition de l'ego dans une logique de transcendance pour une cause, un projet, ...

Le sens au sein d'une cellule familiale

C'est quoi le sens d'une relation entre deux personnes qui s'aiment, qui vivent ensemble (ou pas) ? C'est quoi le sens donné à la décision d'avoir un (des) enfant(s) ? C'est quoi le sens de la vie qu'on a envie de leur transmettre ? Quels parents veut-on être ? Quels grand-parents veut-on être ? Quel enfant veut-on être ? Quel frère ou sœur veut-on être ? Quel sens de la famille ? Est-on adepte du "Qui aime bien, châtie bien ?", du "Tu as envie de quoi ?", "Fais tes expériences !", ...
Comment le quotidien, le manque de temps peuvent-ils amener à créer des écarts avec la raison d'être familiale ?

Le sens dans la sphère amicale

Avec l'arrivée dans le vocabulaire courant du mot ami dans le sens "petit·e" ami et en tant qu'ami sur Facebook, quel sens donner au mot "ami" ? C'est un mot que j'aurais pu mettre aussi dans la section précédente "Le sens des mots". Avoir des amis est en enjeu important et de nombreuses études dans le domaine de la psychologie positive montrent que l'existence de relations amicales riches et sincères constitueraient le levier le plus puissant du bien-être psychologique de l'individu. Le sens dans l'amitié, c'est ce qui va faire de la relation amicale une relation solide, solidaire et nourrissante.

Le sens au travail

Je renvoie aux éléments évoqués précédemment, inspirés d'Estelle Morin. J'attire l'attention sur le fait qu'il s'agit selon moi de trouver la juste articulation entre la responsabilité individuelle et les responsabilités collectives pour la culture du sens. L'un ne va pas sans les autres, et vis versa.

Le sens dans des activités hors travail

Comment s'occupe-t-on en dehors du travail ? On imagine bien que le sens n'est pas le même entre passer des heures devant la télé avec un paquet de chips et une bière, la lecture d'un livre, une activité de jardinage ou de bricolage, du sport individuel ou collectif, une activité physique non sportive, une activité artistique, une activité bénévole dans une association, une activité militante, ...
Certaines activités sont choisies pour donner du plaisir. Pour revenir à la conception du bonheur par Tal Ben Shahar, l'activité recherche-t-elle uniquement du plaisir ou comporte-t-elle aussi une dimension de sens ?
Il ne s'agit pas seulement de sens envisagé au niveau de l'individu, mais aussi du sens créé collectivement, par exemple au sein d'associations. Un sujet qui me tient à cœur, car la bien-portance d'une association, d'un projet associatif passe par la bien-portance des individus qui la·le font vivre. Une juste et saine raison d'être d'une association devrait comporter cette dimension essentielle : prendre soin des bénévoles et des salariés si l'association en comporte.

Le sens au niveau d'un territoire

Au niveau d'une région, d'un département, d'un village, d'un quartier, une raison d'être partagée peut exister, créant un sentiment d'appartenance pour celles et ceux qui adhérent à cette raison d'être.
Avec l'arrivée d'internet, on peut aussi raisonner en terme de territoire virtuel à travers la création de communautés autour de thématiques.

Le sens au niveau de la société

Il s'agit bien de politique à la fois en terme de projets et de cohérence entre la réalité vécue au quotidien et ces projets (les programmes tels que les candidats aux élections les présentent aux électeurs). La raison d'être de la République française est à la fois définie à travers son histoire revendiquée, sa constitution, ses lois, le programme du Président de la République et les 3 valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. Valeurs dont je suis convaincu que la première prend tellement de place, en particulier en matière d'économie, qu'elle laisse peu de place aux deux autres. C'est un sujet sur lequel je reviendrai prochainement.
J'aurais pu ajouter une dernière dimension : le sens au niveau de la planète, mais je préfère le laisser comme niveau à intégrer dans la société aussi bien au niveau national, qu'international (dont le niveau européen).
En matière de bonheur, je constate que, bien que l'ONU ait organisé la journée internationale du bonheur depuis 2013 et qu'elle ait invité les Etats membres à s'en saisir, l'Etat français ne l'a jamais fait depuis 2013, et pas plus en 2018.


Sens, Attention et Reconnaissance

Quels liens entre ces 3 sujets ? J'en vois plusieurs :
  • Le sens, c'est entre autres de pouvoir se reconnaître dans ce qu'on est et ce qu'on fait; la raison d'être collective doit être construite et cultivée pour que chaque individu puisse activer deux niveaux de reconnaissance : la reconnaissance d'appartenance (je fais partie de ... et j'en suis fier·e) et la reconnaissance de distinction (j'existe en tant que tel dans mon collectif et j'apporte une pierre spécifique à l'édifice)
  • Le sens, la raison d'être mérite une attention, une vigilance pour éviter les dissonances
  • La reconnaissance naît de l'attention : sans attention, sans temps pour prêter attention, apprécier et ressentir de la gratitude, la reconnaissance de l'autre et de ce qu'il fait ne peut tout simplement pas exister

Le 20 mars 2018, des fils à tirer autour du sens, de l'attention et de la reconnaissance

Je vous propose à l'occasion de cette journée internationale du bonheur du mardi 20 mars 2018 de commencer ou de continuer à tirer des fils autour du sens, de l'attention et de la reconnaissance.



3 sujets que j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises d'évoquer sur ce blog et sur laqvt.fr, site d'actualité sur la Qualité de Vie au Travail (QVT) dont je suis le responsable éditorial. 3 sujets que j'ai fait plus qu'évoquer puisque j'ai travaillé sur des modélisations qui concernent pour deux d'entre elles à la fois la sphère professionnelle et les autres sphères de vie :

  • Le sens : 13 facettes d'une vie au travail pouvant contribuer au travail. Cette modélisation, publiée initialement sur ce blog, comporte une facette "sens", mais au-delà, elle permet aussi de considérer le sens qu'on donne à sa vie au travail
  • L'attention : j'ai développé l'idée d'Attention Réciproque sur laqvt.fr. En quelques mots, elle invite des individus ou des collectifs à s'intéresser mutuellement à la réalité (dont la santé), les perceptions et les aspirations. Elle s'applique également pour les autres sphères de vie. A noter que les aspirations peuvent être en lien avec le sens.
  • La reconnaissance : j'ai publié 6, puis 10 et en dernier lieu 13 gestes de reconnaissance au quotidien sur ce blog depuis octobre 2015

Page Facebook créée par moi-même pour cette journée (et possiblement pour les prochaines éditions).

hashtag #20marsjourneedubonheur





(1) notion de flux ou flow, ou expérience optimale
(2) coauteur du guide de l'irsst Donner un sens au travail (2009), Vidéo
(3) idée portée par Yves Clot, professeur au Cnam, chaire Psychologie du travail