jeudi 24 septembre 2020

4 dimensions indissociables de bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 4



Voici le 4ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré d'une vidéo merveilleuse dont je me suis délecté ce matin, dialogue à distance - pandémie oblige - entre Edgar Morin et Matthieu Ricard dans le cadre du festival "climax régénération 2020" à Bordeaux Darwin il y a quelques jours.

Cette vidéo va me permettre dans cette chronique d'en dire plus sur ma modélisation de la bienveillance en 4 dimensions, qui se décline à différentes échelles et que j'ai commencé à détailler dans l'article Bienveillance et cellule familiale. Dans l'article en question, je me suis intéressé à deux échelles : la cellule familiale et l'individu (en lien avec la cellule familiale à laquelle il appartient).

Edgar Morin a évoqué au début de sa prise de parole la coexistence de deux logiciels en chacun de nous : le "moi je", l'égocentrisme et le "nous" ; le premier ne pouvant s'épanouir qu'avec le deuxième, tout en étant attentif que le deuxième n'étouffe pas le premier. On peut voir derrière cette attention particulière une vigilance aux risques de l'oubli de soi. 

J'apporte ma propre contribution en indiquant qu'il s'agit non seulement de trouver un bon équilibre entre la bienveillance à soi et à la bienveillance au "nous", mais aussi de prendre conscience que nous faisons partie de plusieurs "nous" (sphère familiale, sphère professionnelle, sphère amicale, sphère des loisirs, sphère associative, ...)  et qu'il y aussi une question de juste engagement, de juste articulation, de juste équilibre entre les différentes sphères de vie.

Pour sa part, Matthieu Ricard a plutôt évoqué le duo "moi" et "l'autre" et l'altruisme. Il a évoqué aussi la coexistence de la coopération et de la compétition, la coopération étant particulièrement présente dans la nature et la nature humaine en cas de crise.

Ressortent donc nettement 3 dimensions de bienveillance au niveau individuel :

  • moi je,
  • toi et moi,
  • moi dans des "nous" (enjeu d'appartenance et de contribution)
Des dimensions de bienveillance qui sont aussi des dimensions de responsabilité : la responsabilité vis-à-vis de moi, de toi et des communautés et collectifs auxquels j'appartiens et auxquels il est important que j'apporte ma contribution. Il ne s'agit pas seulement de considérer que j'en suis bénéficiaire. Il ne s'agit pas que ce soit uniquement de bienveillance dans le sens communauté/collectif vers moi. En tout, il s'agit d'envisager la bienveillance de manière réciproque : celle que je reçois et celle que je donne, à quelque niveau que je me place.

Pour introduire le 4ème dimension de bienveillance, je vous propose de ne plus nous placer au niveau individuel mais au niveau collectif. Je choisis volontairement la sphère professionnelle car elle permettra de mieux introduire une notion fondamentale selon moi : la raison d'être.

Prenons donc le cas où le "moi" est non pas un individu mais une entreprise. L'entreprise a une responsabilité et un enjeu de bienveillance sur les mêmes trois dimensions :
  • par rapport à soi-même ; elle a une mission, une raison d'être (je reviendrai prochainement sur ce concept au niveau individuel et collectif), un objectif de continuité, et souvent même de développement dans un monde où l'on a du mal à envisager le futur autrement que dans une logique de croissance
  • par rapport à d'autres collectifs et d'autres individus (le "toi") pour lesquels il faut que l'entreprise apprenne à être bienveillante, loyale, respectueuse, aidante, y compris en considérant avec un niveau de bienveillance suffisant les entreprises concurrentes
  • par rapport aux territoires, communautés et collectifs auxquels l'entreprise appartient ; elle peut faire partie d'un groupe, d'une branche professionnelle, d'une zone d'activité ; elle fait partie naturellement des différentes strates de localisation (commune, cdc, pôle territorial, département, région, France, Europe, Monde). Elle y apporte sa contribution et prend sa responsabilité et son utilité sociétale
L'entreprise fait donc partie d'un tout et inversement elle forme un tout : elle comporte en particulier des êtres humains qui pensent, décident et font (produits et/ou services) pour concrétiser la mission à destination de bénéficiaires et/ou clients ... et prennent soin - à leur échelle et selon leur niveau de santé, de motivation et d'engagement - de la vie, survie, développement de "leur" entreprise. 
Selon la nature de son activité, l'entreprise peut comporter aussi des autres qu'humains vivants co-acteurs mais aussi, plus tristement en tant que matière première (par exemple dans l'agriculture d'élevage et l'industrie agroalimentaire). C'est un axe que j'ai appelé "Vous en moi". Dans la mesure où je n'ai pas voulu placer un axe spécifique pour la nature, ce qui aurait participé à une déconnexion entre l'être humain et la nature, vous remarquerez que le "vous" concerne aussi bien les humains que les autres qu'humains. Des autres qu'humains qui ne sont pas considérés comme des ressources que l'on exploite, et encore moins comme de la matière inerte.

"Moi dans des nous" et "Vous en moi" constituent un axe vertical caractéristique de ce que l'on appelle un "holon". Un holon est une entité qui est à la fois un tout et fait partie d'un tout. J'ai pris ci-dessus l'exemple de l'entreprise. Autre exemple : la cellule familiale est un tout (un ensemble de personnes) et fait partie d'un tout (notamment comme foyer fiscal au sein de la République Française pour une famille de nationalité française résidant en France).
"Holon" a la même racine que "holistique". La modélisation sur 4 dimensions dont je présente le schéma ci-dessous procède d'une approche holistique qui permet de considérer la bienveillance à plusieurs échelles possibles de la plus large (échelle planétaire) jusqu'à l'échelle individuelle :


Si on revient à l'échelle individuelle, à quoi correspond la dimension bienveillante du bas "Vous en moi" ? Elle représente la bienveillance, l'attention, les actions que je mène pour prendre soin de ma santé physique (mes organes, mes microbiotes), psychique et sociale.

Par ailleurs, dans cette vidéo, a été mis en lumière ce qu'Edgar Morin a présenté comme une carence et Matthieu Ricard comme un paradoxe : le fait que notre santé mentale et nos qualités humaines devraient faire l'objet d'une prise en considération et d'actions spécifiques pour les entretenir et les développer. En effet, il nous semble normal dans notre société de dépenser du temps et de l'énergie pour apprendre à lire, à développer nos compétences professionnelles, nos pratiques artistiques et sportives, .... mais pourquoi ne consacrons-nous pas aussi du temps et de l'énergie à élever nos qualités humaines et à prendre soin de notre santé mentale ? Un appel à investir cette dimension individuelle "Vous en moi" pas seulement à travers des actions sur l'alimentation, le sommeil, l'activité physique et l'évitement de conduites à risque pour la santé physique, mais aussi à travers de l'énergie et du temps pour développer, muscler nos capacités humaines qui contribuent à une approche gagnant-gagnant indissociable de la culture de la bienveillance. 

Matthieu Ricard s'est d'ailleurs exprimé sur le sujet invitant à ce que l'altruisme et la coopération soient enseignés à l'école et qu'on en parle haut et fort. Selon ses propos, que bien entendu je partage totalement, l'individualisme est perdant et avec l'altruisme, tout le monde y gagne. Et pour que tout le monde y gagne, il faut individuellement et collectivement investir de manière indissociable. Chacun peut faire sa part, donner envie à d'autres de rejoindre un mouvement de contagion qui une fois une masse critique atteinte fera basculer notre société vers une société de la bienveillance.

Pour conclure, je reprends les propos que Matthieu Ricard a tenu sur l'éducation : il ne s'agit pas de remplir un contenant, mais d'allumer une bougie. La bienveillance ne s'apprend pas par du savoir mais elle s'allume, vit, se vit et se propage.



Les autres chroniques sur la bienveillance

mardi 15 septembre 2020

Bienveillance ET exigence - Chronique sur la Bienveillance - Episode 3

Voici le 3ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Je lisais récemment le début d'un article consacré à un adjoint au maire d'une commune dont l'action était résumée ainsi : entre bienveillance et exigence.

Je vous propose de faire ensemble le chemin qui nous conduira de "entre bienveillance et exigence" à la formulation "conjuguer bienveillance et exigence".

Entre bienveillance et exigence 

Cette formulation place l'exigence comme concept opposé à la bienveillance : plus on est bienveillant et moins on est (on peut être) exigeant, et inversement plus on est exigeant et moins on est (on peut être) bienveillant. Considérer ainsi la bienveillance la place comme un extrême qui serait incompatible avec l'exigence. Un extrême qui fait flirter la bienveillance avec "trop gentil" et complaisance, jusqu'à l'idée de laxisme voire d'anarchie.

En échangeant autour de moi sur le sujet de la bienveillance, il m'est fréquemment retourné qu'en usant de la bienveillance on risque de perdre le contrôle, l'autorité, le respect, ...

Avec une telle conception, il ne faut pas s'étonner que la bienveillance soit considérée par certaines personnes comme inopérante, irréaliste, sentant fort (mauvais) le monde des bisounours. Au mieux, comme le sous-entend la formulation "entre bienveillance et exigence", une bienveillance acceptable et/ou opérante serait à chercher comme point d'équilibre entre bienveillance et exigence où il faudrait lâcher à la fois sur la première et sur la deuxième.

La bienveillance est exigeante

Ma conviction est que l'attitude bienveillante est particulièrement exigeante en soi. Je m'appuie sur ma modélisation de la bienveillance autour de 4 axes que j'ai présentée dans l'article Bienveillance et cellule familiale et en fil rouge d'un processus observer-penser-ressentir-décider-parler-agir décrit dans l'article La bienveillance en pensées, en paroles, en actions, ...



Les 4 axes pour le niveau "cellule familiale"

Une autre conviction, indissociable de la première, est que bon nombre de défauts de bienveillance (absence de bienveillance ou malveillance) sont causés par la facilité et/ou le manque de temps. Du fait d'une forme de flemmardise, de négligence et/ou de la course au temps l'être humain n'est pas dans la bienveillance.

Je donne quelques exemples dans divers domaines pour clarifier mon propos :
  • il est plus facile pour un père de famille de se comporter en patriarche (le poids de la culture patriarcale aidant beaucoup), de considérer sa femme comme une femme à tout faire et ses enfants comme n'ayant pas droit à la parole, de considérer les choix de la cellule familiale par le filtre de ses seuls intérêts (sa carrière, ses loisirs, son bon vouloir, ...) plutôt que de se répartir équitablement les tâches d'éducation et domestiques avec sa femme, de responsabiliser ses enfants, de se comporter en homme juste (cf mon article Moi, homme masculin). C'est être bienveillant pour un père de famille de se comporter en homme juste vis-à-vis de son conjoint (femme ou homme) et de ses enfants
  • il est plus facile de mettre en place une organisation hiérarchique dans un collectif de travail avec un principe clé : celui (ceux) qui décide (et qui sait) et ceux qui font. Il est plus facile de fixer un objectif unilatéralement que de le coconstruire. C'est être bienveillant que de faire participer un individu aux objectifs qu'il doit poursuivre et qui sont poursuivis collectivement. A minima, c'est bienveillant de s'assurer qu'il se sent capable de les assumer.
  • il est plus facile d'utiliser un désherbant chimique pour enlever les mauvaises herbes dans sa cour plutôt que de les arracher à la main. C'est être bienveillant que de protéger les autres qu'humains dans ses actes du quotidien
  • il est plus facile de faire rédiger les statuts d'une association par une voire deux personnes puis de les faire approuver en assemblée générale par des membres de l'association qui ne les auront à peine lu ou pas du tout lu, plutôt que de mettre en place un processus de coélaboration intégrant un travail sur la raison d'être et un processus d'intégration comportant l'acculturation à cette raison d'être et aux statuts. C'est être bienveillant envers les membres les plus investis, les membres les moins investis et l'association elle-même que de se donner le temps de bâtir ensemble une raison d'être, une gouvernance et des pratiques qui prennent soin des individus et des collectifs.
  • il est plus facile de partir en voyage avec une formule "all inclusive" loin en avion dans un pays pauvre en prise avec une dictature si on en a les moyens, que de se poser les questions d'ordre éthique sur les impacts de son voyage et de procéder au choix d'une destination en cohérence avec ses convictions (éventuellement affirmées haut et fort).
A la lecture de ces exemples, il pourra peut-être vous venir à l'esprit qu'une telle bienveillance serait non seulement exigeante mais chia... (désolé pour le côté trivial, mais ainsi la chose est écrite comme elle serait pensée et dite).
On peut faire un parallèle avec la gratitude. Pendant des générations, la gratitude a été inculquée façon "dis merci à la dame" ou "rend grâce à Dieu". Pas de quoi faire vivre une motivation intrinsèque alors que la gratitude est en premier lieu d'abord une émotion positive pour celle ou celui qui la ressent.

En réalité, les motivations à la bienveillance sont multiples et peuvent se conjuguer pour certaines :
  • un affichage manipulateur, avec des pratiques en décalage plus ou moins grand avec le mot "bienveillance" largement étalé
  • la morale (éventuellement d'inspiration judéo-chrétienne)
  • l'éthique
  • le cœur : l'amour, la compassion, l'altruisme
  • le bon sens et l'évidence : notre monde se porterait bien mieux avec plus de bienveillance
  • une approche gagnant-gagnant où toutes les parties prenantes humaines et autres qu'humaines sont considérées, respectées, valorisées et préservées au sein d'écosystèmes

Soyons bienveillant avec la bienveillance !

Puisque la bienveillance nécessite en partie de résister à la facilité, il faut bien convenir d'un point capital : la bienveillance est exigeante et difficile. Elle est toujours imparfaite surtout quand c'est le regard d'autrui qui l'observe, voire la juge. Pour moi qui essaye de la pratiquer depuis maintenant un certain temps, je suis convaincu qu'elle se tâtonne, qu'elle s'expérimente ; elle est tellement plurielle qu'on en oublie forcément des composantes ou parties prenantes. Je suis convaincu que la perfection n'existe pas en général et moins encore pour la pratique de la bienveillance. Il est tellement facile de prendre en défaut la bienveillance chez les autres, même les plus avancés et les plus irréprochables.

En matière de bienveillance, il nous faut avancer individuellement et collectivement à la fois avec détermination, humilité, indulgence et appréciation. Il nous faut le faire pour coconstruire des territoires et une société de la bienveillance.





jeudi 3 septembre 2020

Chronique sur la Bienveillance - Episode 2

Grâce à l'article Reconnaissance, bienveillance: de nouvelles relations entre profs et élèves, je franchis comme pour le premier épisode les frontières de la France : il s'agit cette fois-ci de la Belgique avec Luc, enseignant à l’Institut Saint-Louis à Namur. Il exprime son appréciation d'une bienveillance qu'il n'avait jamais côtoyé en trente-six ans de carrière : l'attention et la bienveillance d'élèves envers lui. Une bienveillance qui s'exprime dans les messages (probablement email) qu'il reçoit en retour de ses propres messages à destination des élèves pour l'éducation à distance mise en place dans le cadre du confinement. Des messages demandant de ses nouvelles et l'invitant à prendre soin de lui. Et même s'il est possible que cela relève plus de la formule de politesse que d'une réelle attention, il est assez peu commun d'envisager qu'un élève puisse porter attention à celle ou celui qui contribue à son enseignement.

Dans les livres de développement personnel et sur les sites internet qui abordent cette aspiration, il est assez courant de lire des conseils sur la bienveillance invitant à commencer à être bienveillant avec soi-même avant de chercher à être bienveillant avec autrui.

De mon point de vue, il n'y a pas forcément de préalable à la bienveillance à autrui (soi-même puis seulement après, autrui) ; je vois plutôt la conjugaison de 3 dynamiques indissociables :

  • ma bienveillance envers autrui (qui mérite d'être élargie aux autres qu'humains)
  • ma bienveillance envers moi-même
  • et la bienveillance qu'autrui peut/doit me donner. Cela nécessite de l'assertivité (affirmation de soi bienveillante) pour inviter autrui à la bienveillance envers moi si elle est en défaut
Il est important de considérer que la bienveillance envers moi-même ne peut se jouer efficacement que si autrui légitime cette bienveillance à moi-même ; si possible autrui peut aussi apporter sa contribution pour faciliter cette bienveillance à moi-même. Sinon, l'invitation à la bienveillance à soi-même ne serait qu'une injonction culpabilisante puisque non opérante, voire contre-productive (on demande à quelqu'un de prendre soin de lui-même alors que rien ne l'y autorise vraiment ni l'aide dans ce sens).
Je donne un exemple concret : si moi,mère de famille, veux prendre la décision de consacrer un peu de temps à une activité pour moi, il est important que mon conjoint et mes enfants l'acceptent avec bon cœur, et si possible donc, me facilitent la mise en place de cette activité ; notamment, au minimum, en m'aidant à ne pas culpabiliser de m'octroyer du temps pour moi. 

En notant que la bienveillance à 360° va de paire avec les fonctionnements gagnant-gagnant : une mère de famille qui peut s'épanouir dans toutes les sphères de vie tout en jouant sa responsabilité envers la cellule familiale, c'est bon pour la cellule familiale et les membres qui la composent. Apprendre à un enfant à tenir compte des aspirations et attentes des autres membres de la cellule familiale, y compris de celles de ses parents, contribue à la construction de sa personnalité et le développement d'un futur citoyen responsable et prévenant envers autrui. La bienveillance ne s'apprend pas seulement par celle qu'on reçoit mais aussi tout autant par la bienveillance que l'on dispense généreusement et joyeusement autour de soi. La bienveillance s'apprend en la pratiquant.

Ressort de mes propos une idée fondamentale que j'avais abordé en 2017 sur le site laqvt.fr (actualité de la Qualité de Vie au Travail) : l'attention réciproque, qui s'entend ici comme la bienveillance réciproqueLa réciprocité dans la bienveillance est particulièrement à explorer pour les relations asymétriques. Quelques exemples :
  • la relation parent-enfant : un enfant peut prendre soin de ses parents dès le plus jeune age et pas seulement quand ils approchent de la fin de vie et qu'ils perdent de l'autonomie
  • la relation enseignant-élève : un élève (individuel) et une classe (collectif) peuvent prendre soin de leurs enseignants et des autres personnels
  • la relation soignant-malade : un malade peut prendre soin des soignants, notamment en évitant l'égocentrisme, voir son seul propre intérêt et considérer la relation avec le soignant comme une relation client/fournisseur avec le client comme roi
  • la relation hiérarchique au travail : le membre d'une équipe (individuel) et l'équipe (collectif) peuvent prendre soin du chef d'équipe
  • la relation élu/administré, à petite distance des dernières élections municipales : les administrés peuvent prendre soin des élus et des employés municipaux et ne pas envisager les choses de manière unilatérale, à savoir que les élus seraient à leur entière disposition, à toute heure du jour et de la nuit.
La réciprocité renvoie à l'idée d'effet miroir : je suis bienveillant avec toi, tu es bienveillant avec moi. Je suis bienveillant avec moi et je trouve normal que tu sois bienveillant avec toi-même. Et j'évite de porter des jugements faciles qui conduiraient à un paradoxe : je me donne le droit d'être bienveillant envers moi-même et par contre je te refuse ce droit pour toi-même en te trouvant narcissique, égocentré et/ou complaisant envers toi-même : "Tu t'écoutes trop ! Voilà mon avis !". Sortir des jugements faciles (assis sur des croyances, des méconnaissances et/ou un déficit d'empathie) nécessite de mobiliser son énergie pour aller à la rencontre de l'autre pour découvrir 3 grandes dimensions de ce que j'ai appelé l'Attention Réciproque :
  • la réalité de ta vie ou de ta situation
  • ta perception de ta réalité
  • tes aspirations et attentes
La bienveillance se concrétise par la succession de deux mouvements vers l'autre : 
  1. la curiosité, l'exploration et l'échange, 
  2. puis l'altruisme
L'efficacité d'une action altruiste dépend très nettement de la bonne connaissance que l'on a pu acquérir de la réalité, de la perception et des aspirations (3 dimensions de l'Attention Réciproque) de la personne dont on cherche à prendre soin.

Alors, portons-nous intérêt les uns les autres et prenons soin à la fois de nous-mêmes et des différentes personnes que nous croisons à l'occasion de cette rentrée, même s'il nous semblerait plus logique que la bienveillance devrait par essence venir d'elles envers nous-mêmes. Bonne rentrée à vous !





Les autres chroniques sur la bienveillance







mardi 1 septembre 2020

Chronique sur la Bienveillance - Episode 1

En ce mardi 1er septembre 2020, jour de rentrée scolaire 2020-2021 pour les enfants et tous les acteurs concernés, j'ai décidé de lancer une série d'articles sur la bienveillance. Des articles qui se succéderont régulièrement pendant cette année scolaire.

L'objectif est le suivant : présenter ma vision et ma modélisation de la bienveillance à travers des chroniques inspirées de ma lecture d'articles d'actualité divers et variés sur le net qui évoquent explicitement d'une façon ou d'une autre la bienveillance.

J'intitule cette modélisation "La Bienveillance à 360°". J'ai commencé à présenter quelques éléments de modélisation en octobre 2019 dans l'article Bienveillance et cellule familiale.

En pleine rentrée des classes, le sujet de la bienveillance est abordé dans l'actualité relativement aux enfants, à la fois dans la cellule familiale - en tant que responsabilité des parents - et dans l'éducation nationale - en tant que responsabilité des enseignants vis-à-vis des élèves.

Dans l'article Stéphanie Lacoste invite à la bienveillance pour la rentrée scolaire, Stéphanie Lacoste, présidente du comité de parents du Centre de services scolaire des Chênes (au Canada) interpelle une autre forme de bienveillance : la bienveillance des parents envers les personnels des établissements scolaires en cette période si particulière de confrontation à la Covid-19. Elle associe la bienveillance à d'autres notions qui me sont chères : la coopération, la transparence, la responsabilité et la reconnaissance des efforts réalisés par le personnel des écoles et des problèmes particuliers qu'il rencontre dans cette période.

Elle appelle aussi à quelque chose que je trouve assez inédit : la bienveillance entre parents. Pour Stéphanie Lacoste, il s'agit d'éviter de porter des jugements sur d'autres parents qui font autrement que soi et, pire encore, de les montrer du doigt. C'est un aspect important de la bienveillance : cesser de penser que celles et ceux qui font différemment de nous ont tort ou/et ne font pas ce qu'il faut. Un mode de pensée qui, à l'extrême, dessine un monde en noir et blanc : moi qui fais bien et toi qui fais mal ... parce que tu ne fais pas comme moi. Un mode de pensée qui conduit à penser du mal, à dire du mal voire à faire du mal à autrui qui ne fait pas comme moi. 3 modes de malveillance sont ainsi mis en évidence : par la pensée, par la parole et par les actes. Et inversement, la bienveillance passe également par ces 3 modes : pensée bienveillante, parole bienveillante et actes bienveillants.

Et s'il n'y a pas malveillance au sens strict, la non-bienveillance peut aussi prendre la forme d'absence de bienveillance, synonyme d'indifférence. Une indifférence qui dit qu'autrui ne mérite pas notre bienveillance et qu'il n'existe pas dans notre paysage. C'est un des points clés de la Bienveillance à 360° : la bienveillance n'est pas binaire (bienveillance ou malveillance) : la bienveillance comporte deux antithèses : la malveillance et l'absence de bienveillance. Sachant que la deuxième peut tout autant faire de dégâts que la première - voire plus - puisqu'elle peut reposer sur la négation de l'existence de l'autre. 

La bienveillance s'inscrit sur un continuum comportant 3 segments, un pour la malveillance, un pour l'absence de bienveillance et un pour la bienveillance. L'idée de continuum étant de mettre en évidence que la bienveillance est très plurielle. Elle se conçoit, s'observe et s'évalue avec une infinité de nuances, loin du noir et blanc.

























dimanche 2 août 2020

Agir au niveau de sa commune contre l'inceste et les violences faites aux enfants




Une information qui résonne avec l'actualité récente à Frontenac - village dans lequel j'habite en Gironde - dans lequel sévissait un cyber-pédophile.
Comme il l'est indiqué dans l'article, si on transpose à la France les résultats d'une étude réalisée aux USA sur l'inceste, environ 4 millions de personnes pourraient avoir été victime d'inceste dans leur vie en France. Un chiffre vertigineux qui, si on le rapporte au niveau de chaque commune, même des toutes petites comme Frontenac (environ 700 habitants) montre que statistiquement aucun de nos villages, et a fortiori aucune de nos villes n'est épargnée.
Il s'agit donc d'un sujet de société à interpeller à toutes les strates de notre société, y compris au niveau de la commune dans un état d'esprit qui pourrait paraître illusoire mais qui devrait dicter notre société : "Plus jamais ça !". Plus jamais d'actes d'inceste ET plus jamais de complicité ET plus de silence de celles et ceux qui taisent des faits connus ou suspectés (voire les étouffent).
Je lance l'idée que dans chaque commune une commission d'élus, de citoyens et de professionnels puisse à son échelle se saisir à bras le corps de cet enjeu, en lien avec la commission nationale évoquée dans l'article. Une bonne façon pour les nouveaux conseils municipaux et les communautés de communes de commencer une mandature dans une approche contributive de sa population sur un sujet qui devrait interpeller tout être humain.

jeudi 16 juillet 2020

L'(ab)surdité d'une croissance écologique



Dans son discours de politique générale du 15 juillet 2020 devant l'Assemblée Nationale, le nouveau Premier ministre Jean Castex a déclaré croire "en une croissance écologique et pas une décroissance verte".

Utiliser l'expression "croissance écologique" et continuer à se revendiquer du paradigme de la croissance relève selon moi à la fois de l'absurdité et de la surdité face aux enjeux d'emballement climatique, d'atteinte à la biodiversité et de raréfaction d'un certain nombre de ressources de la planète. Absurdité et surdité aussi face aux dégâts considérables de la société de consommation et de l'accélération des rythmes sur la santé psychique des êtres humains.

Il est aussi un mal qui pourrit (et je pèse mes mots) notre société et les relations entre producteurs et consommateurs : le travail mal fait et les actes déloyaux dictés par la pression par les objectifs et le diktat de l'urgence d'une part, et la culture des intérêts particuliers et du profit court terme maximal au détriment du développement durable et du collectif d'autre part. De tels comportements qui mettent sérieusement à mal la confiance entre consommateurs et producteurs ou prestataires de services.

Une croissance écologique nous fera passer par exemple du règne des mal façons dans la construction traditionnelle au règne des mal façons dans la rénovation. On peut déjà d'ailleurs s'appuyer sur le présent et le passé des dernières années : je pense que de nombreuses personnes qui ont voulu faire installer des équipements d'énergies renouvelables dans leur maison pourront témoigner de grandes désillusions et d'accrocs plus ou moins importants dans le contrat de confiance avec leur installateur. Accrocs d'autant plus insupportables qu'on pourrait penser - à tort - que le mot renouvelable s'appliquerait aussi aux relations entre client et fournisseur. Je ne dis pas que tous les professionnels sont à mettre dans le même panier, mais je constate autour de moi depuis plusieurs années de nombreux témoignages en ce sens et une forme d'incapacité à pouvoir trouver des interlocuteurs de confiance.

Au contraire, notre société, collectivement et individuellement se doit de se poser trois questions :

  1. En a-t-on vraiment besoin ?
  2. Peut-on se le permettre au regard notamment de l'urgence climatique ?
  3. Comment peut-on contribuer à un monde meilleur et plus vivable pour le vivant ?
Poser ces trois questions conduit naturellement à un changement de paradigme vers une décroissance de la production et de la consommation et une croissance de la biodiversité, de la qualité, de la confiance, du bien-être psychique, de la qualité de vie, du bonheur (je vous laisse choisir parmi les trois termes celui qui vous sera le moins urticant ou le plus entendable).

Poser ces trois questions introduit implicitement l'idée de bienveillance tous azimuts : vis-à-vis de nos congénères, des autres qu'humains, de nos écosystèmes, de celles et ceux qui travaillent pour nous permettre de disposer de toutes choses et services du lever au coucher, de notre naissance jusqu'à notre décès. Une bienveillance qui est reliée étroitement avec l'idée de gagnant-gagnant. Une bienveillance qui marche de paire avec la curiosité, la proximité, l'appréciation, la gratitude et ... la "sobriété heureuse" comme la nomme Pierre Rabhi.

Je conseille fortement la lecture du livre "Le bug humain" de Sébastien Bohler pour comprendre en quoi une partie de notre cerveau - le striatum - est particulièrement moteur dans l'ancrage du paradigme de la croissance. On comprend aussi pourquoi ce paradigme est si difficile à déboulonner malgré les tous les signaux convergents qui nous appellent à une décroissance qui devrait être de raison. J'ai consacré à ce livre l'article L'insoupçonnable et l'insoutenable en octobre 2019.

Selon moi, l'idée de "croissance écologique" est malheureusement le signe que nous n'avons toujours pas compris les leçons du passé et les enjeux auxquels le vivant est confronté. Une surdité, une absurdité face à ces enjeux.

mercredi 22 avril 2020

15 gestes de reconnaissance au quotidien pour une société de la Bienveillance

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Dans le cadre de la période de confinement engagée depuis mars 2020 et de la série de deux semaines consacrée à la reconnaissance au quotidien, j'ai fait évoluer un des deux modèles phares qui sont nés sur ce blog lesverbesdubonheur.fr : les gestes de reconnaissance au quotidien qui étaient au nombre de 13 depuis octobre 2017. Voici donc une nouvelle édition avec 15 gestes de reconnaissance que je mets en lien avec l'idée de société de la Bienveillance que je promeus depuis quelques mois suite au travail de modélisation de la bienveillance que j'ai entrepris depuis début 2019.

En quoi la reconnaissance contribue-t-elle à la constitution d'une société de la Bienveillance ? Les 15 gestes de reconnaissance au quotidien sont autant de manières diverses de veiller concrètement au bien sur 4 axes de bienveillance indissociables : autrui, communautés et collectifs auxquels on appartient, autres qu'humains (nature) et soi-même. Je reviendrai sur l'axe "moi" en fin d'article.

Autant de gestes de reconnaissance qui nécessitent une prise de conscience majeure qui fera l'enjeu central d'une société de la Bienveillance : la nécessité et le plaisir de se donner du temps pour apprécier le moment présent et ce qu'il nous apporte, et pour délivrer des gestes de reconnaissance de toutes sortes, en ne laissant de côté aucun de ces types de gestes, chacun ayant une véritable utilité.

Je détaille maintenant dans le présent article ces 15 gestes de reconnaissance en reprenant de la matière que j'avais déjà proposée pour les versions précédentes.

Pour celles et ceux qui se sont intéressées, ont relayé, voire ont utilisé l'édition précédente en 13 gestes, voici les 2 nouveaux gestes :
  • Envie de faire avec toi
  • Je t'ai écouté
Puisque que le sujet central est la reconnaissance, je tiens à exprimer ma reconnaissance à mon ami Christian Bruneteau car ces deux nouveaux gestes sont le fruit de nombreuses interactions que nous avons sur les sujets de la bienveillance et de la reconnaissance depuis plus d'un an. J'ai une pensée de gratitude également pour son fils Julien qui a contribué à l'inspiration du geste "Envie de faire avec toi".

Avant de détailler les 15 gestes, voici successivement

  • une vidéo d'un diaporama animé en musique, 
  • ce même diaporama animé consultable diapo par diapo
  • et l'image de ces 15 gestes de reconnaissance au quotidien.







Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

2 Gestes pour vivre ensemble

Regard et sourire
Quand on voit une personne de loin qui s'approche et qu'elle nous fait un grand sourire, en voilà un beau signe de reconnaissance ! Soit elle nous a déjà vu, et on peut facilement l'interpréter comme "Je t'ai reconnu" et "je suis content de te voir".
Soit, c'est une personne qui nous est inconnue - et on a tendance à penser qu'on lui est aussi inconnu, sauf si on est une personnalité publique - et on peut l'interpréter comme "Elle me trouve sympathique".
La sourire est un atout formidable pour le bonheur. Dans notre cerveau, nous avons des neurones un peu particuliers, les neurones miroirs qui instinctivement nous conduisent à reproduire les gestes que l'on voit en face de nous. Donc si une personne nous sourit, nous allons avoir une tendance à lui répondre par un sourire, un peu comme un bâillement appelle à un bâillement.
Alors, maintenant, il y a sourire et sourire. Certains sont forcés et ça peut se voir.
Un sourire authentique se repère par la contraction du muscle orbiculaire de l’œil. Ca a été observé par le neurologiste Duchenne de Boulogne, d'où l'appellation de ce sourire "le sourire de Duchenne".
Pour ma part, je trouve qu'un sourire authentique est aussi observable par l'intensité du regard. 
Régulièrement, j'aborde un sourire engageant dans les files d'attente aux caisses de supermarché et je m'aperçoit très souvent que ça a un effet contagieux.
Maintenant, n'oublions pas un préalable : le sourire nécessite d'abord de se regarder. Une évidence pas tellement évidente quand on se trouve dans une rame de métro ou dans un ascenseur.

Bonjour !
"Bonjour !" est un  signe de reconnaissance en soi, et vraiment au sens premier. Certains commerçants utilisent malignement le bonjour en y accolant notre nom ou prénom pour clairement nous indiquer qu'ils nous ont reconnu.
Dans certaines circonstances, le fait que quelqu'un que l'on connait peu nous appelle par notre nom a un effet positif sur nous : "tiens, il m'a reconnu; je ne pensais pas qu'il se souviendrait de moi". Alors si en plus il nous demande des nouvelles de notre enfant qui était malade la seule fois où on l'a vu, on peut se dire "Au moins celui-là, il écoute vraiment ce qu'on lui dit !"
Le "bonjour" est un signe de reconnaissance à la fois si simple et si compliqué. Si simple car il tient en deux syllabes, car il fait partie des habitudes qu'on nous a inculquées.
Si compliqué, car dans un monde où tout un chacun va plus vite (y compris les retraités) et n'a pas le temps de s'arrêter, un "bonjour" fait prendre le risque d'être en dehors des clous du programme de la journée. ce qui fait que de plus en plus, on fait des impasses. Et puis essayez de dire bonjour quand vous êtes scotché sur votre smartphone en train de marcher dans la rue : on ne peut plus se donner l'opportunité de reconnaître les personnes que l'on croise.
Pour certaines personnes, "bonjour" est un acte difficile parce qu'elles sont timides. Ce qui peut nous faire interpréter de la timidité pour de l'impolitesse, voire un signe volontaire de refuser une interaction.

5 Gestes pour coopérer

Bienvenue
"Bienvenue" s'exprime de manière très diverses et il est important qu'il y ait cohérence entre les différentes formes employées à un moment donné pour une personne donnée. Dire le mot "Bienvenue" et immédiatement après laisser la personne en plan, isolée dans son coin, fait partie des incohérences que l'on peut voir. Dans le milieu du travail, il y a aussi incohérence quand on dit "bienvenue" à un nouvel embauché et qu'en même temps son poste de travail physique n'a pas été réfléchi et qu'il va se trouver pendant quelques heures ou quelques jours sur le coin d'un bureau ou installé provisoirement dans une salle de réunion et dégagé plus ou moins gentiment chaque fois qu'une réunion a lieu.
Les bras ouverts est l'image qui me vient spontanément à l'esprit.
Si je dois retenir un seul mot pour symboliser un sujet qui m'est cher, à savoir la Qualité de Vie au Travail (QVT), c'est bien le mot "Bienvenue" que je choisis. Ce choix date depuis 4 à 5 ans, et il ne m'en est pas venu d'autres plus parlant depuis.
Un bienvenue qui comporte plusieurs dimensions :

  • bienvenue à toi en tant qu'individu,
  • à tes talents,
  • à ton savoir, ton savoir faire, ton savoir vivre,
  • à ton engagement,
  • ...

Je te fais confiance
A l'instar de "Bienvenue", la confiance s'exprime de manières très diverses. C'est un geste essentiel pour la santé mentale de la personne qui en bénéficie. C'est aussi facteur de bien-être psychologique pour la personne qui ressent et émet la confiance. A titre personnel, pendant mon parcours professionnel, j'ai été confronté à des contextes de confiance et de défiance. J'ai constaté en quoi le niveau de confiance a un impact énorme à la fois sur le bien-être psychique et sur l'efficacité interpersonnelle  et collective.
L'enjeu de la confiance va donc au-delà de celui de la reconnaissance.
Si la confiance peut s'exprimer diversement, j'insiste ici sur l'importance et l'intérêt de la verbaliser. Plus globalement, la verbalisation sincère de la reconnaissance est particulièrement impactante.

Je te porte attention
Porter attention à autrui n'est pas forcément considéré en première intention comme un geste de reconnaissance. On est dans une forme de reconnaissance qui ne porte pas ce nom, une forme de reconnaissance implicite. Etre à l'écoute de quelqu'un, veiller sur une personne constituent bien un geste de reconnaissance puisque c'est reconnaître que l'autre existe, qu'on s'intéresse à lui·elle voire même qu'on va prendre soin de lui·elle.
J'apporte un éclairage particulier sur ce point : l'importance de cultiver l'idée de l'Attention Réciproque, à savoir le fait qu'entre deux personnes ou deux collectifs on soit en capacité de comprendre la réalité de la vie de l'autre, de ses perceptions et de ses attentes. En ce qui concerne l'Attention Réciproque au travail, j'ai publié deux articles sur laqvt.fr Les enjeux de l'Attention réciproque et Concrétiser l'Attention réciproque.

Acte altruiste
A l'instar du geste précédent, c'est aussi un geste qui peut être vu comme de la reconnaissance implicite. Je signale que Mathieu Ricard a écrit un livre référence sur le sujet de l'altruisme : Plaidoyer sur l'altruisme. Il y distingue l'acte altruiste et l'intention altruiste. C'est bien l'acte altruiste qui constitue le geste de reconnaissance, acte qui possiblement n'est pas visible. C'est le cas d'une aide qu'on l'on va porter à une personne sans qu'elle en ait conscience. Dans ce cas précis, on est dans un cas de reconnaissance un peu particulier : un geste non visible mais qui est de fait un geste où l'on reconnaît l'existence de l'autre, ses attentes et où on se met en action pour l'aider.

Envie de faire avec toi
Prenons un exemple contraire : un enfant qui se heurte au refus d'un autre enfant à qui il demande de jouer avec lui. Exprimer à autrui l'envie de vouloir jouer avec lui, de vouloir travailler avec lui, de contribuer à un de ses projets parce qu'on trouve que ce projet a du sens, ... sont différentes façons de concrétiser ce geste. Un geste qui fleure bon l'enthousiasme et l'énergie. Un geste qui peut porter une dimension d'humilité quand on propose à l'autre de se mettre à son service ou au service de son projet.

6 Gestes pour valoriser

Je t'ai écouté
Quand nous avons été amenés à demander conseil à quelqu'un, qu'on a pris en compte son conseil et qu'il a porté des fruits, il est sain de se donner du temps pour revenir vers la personne auteur du conseil et de lui exprimer sa reconnaissance en la tenant au courant. Généralement, cela se conjugue avec l'expression de la gratitude. C'est d'autant plus facile à faire quand la dite personne n'a pas mis la pression pour savoir les suites de ses conseils. Outre le fait que, d'une certaine façon c'est justice de la faire, c'est aussi opportun pour conforter la personne que ses conseils sont les bienvenus. A l'inverse, une personne qui donne des conseils à une autre personne qui lui en demande et qui ne fait aucun retour et apparemment n'en tient jamais compte pourra se lasser et ne plus répondre aux demandes de conseils, voire réduire la fréquence des interactions.

J'aime !
Le fait qu'on nous dise qu'on aime ce qu'on est, ce qu'on fait, ... est un signe de reconnaissance qui nous fait un bien fou. Pour ce geste aussi, sincérité mérite d'être au programme. S'il y a supercherie dans l'air (pour obtenir quelque chose) ou si le "j'aime" est dénaturé tellement il est utilisé, un peu comme une ponctuation dans les phrases, évidemment sa portée sera différente, voire contre-productive.
A noter que comme pour le "merci" et le "bravo", le "j'aime" peut être conditionnel ou inconditionnel.
Exemple de conditionnel : "j'aime ton dernier tableau"
Exemple d'inconditionnel : "de toutes façons, ça n'est pas compliqué, j'aime tout ce que tu fais".
On a besoin du "j'aime" inconditionnel, mais gare au piège : si je réalise quelque chose qui sort de mes habitudes, dont je suis particulièrement fier, que j'attends un retour sur ce que je viens de faire, et que la personne en face me dise la phrase précédente, je me sentirai probablement frustré.
Avec les réseaux sociaux, nous sommes appelés à exprimer des "j'aime". De ce point de vue, on peut considérer que les réseaux sociaux offrent de nombreuses opportunités de donner et recevoir de la reconnaissance avec la possibilité d'aimer des pages, des articles, des gens avec la prudence de bien considérer le quantitatif et le qualitatif et de ne pas surinterpréter le quantitatif (comme le nombre d'amis sur Facebook, par exemple).

Merci !
C'est un signe important que l'on peut attendre en réaction à nos actes. Un peu comme une balance qu'il s'agirait d'équilibrer. Effectivement  dans notre enfance nous avons été habitués à retourner un "merci" pour les choses qu'on nous donne, pour l'aide qu'on nous apporte. C'est aussi considéré comme une forme de politesse.
Comme pour "bonjour", "merci" est à la fois simple et compliqué.
Simple comme "bonjour" (d'où l'expression, si si je vous assure ça vient de là ! ;-)) avec aussi deux syllabes et le fait que cela peut être intégré dans nos habitudes.
Compliqué, car certaines personnes sont mal à l'aise avec le "merci". Et pas seulement celui qui dit merci. En effet, on a toutes et tous croisé à un moment de notre vie des personnes qui montrent une gêne voire même quelques fois de la mauvaise humeur à être remerciées et encore plus si on veut leur donner en retour.
La gratitude est considérée par la psychologie positive comme un levier puissant et facilement activable du bien-être psychique ... pour celui qui ressent et donne de la gratitude.

Bravo !
S'il est vrai que "Bravo" a une proximité avec le "j'aime" dans certaines circonstances, il a tout de même la spécificité de reconnaître un effort, l'atteinte d'un résultat difficile. Il peut s'exprimer de manière bruyante (applaudissements) et donner lieu à un processus de contagion aboutissant à une expression d'un ensemble d'individus. Cela pouvant donner un impact émotionnel de forte intensité.
"Bravo", le superlatif de la reconnaissance ?


Mon point de vue constructif
A l'occasion de la première publication de mon travail sur les gestes de reconnaissance (6 gestes), Patrick Rosez, coach, a réagi en me suggérant d'ajouter un geste : le point de vue constructif. Sa suggestion relevant elle-même de ce type de reconnaissance. Monique Pierson, conférencière, a réagi par un commentaire mettant en évidence la vertu du "Oui ET" en lieu et place du "Oui MAIS".
Je trouve ce geste de reconnaissance très puissant. C'est un geste qui requiert une certaine habilité relationnelle, de la bienveillance et de la confiance de part et d'autre pour ne pas froisser la susceptibilité de celle·celui qui reçoit le point de vue constructif.

Propagation
Il me semble que s'il y a un signe de reconnaissance que l'on évoquera le moins facilement si on interroge quelqu'un sur la reconnaissance, c'est celui de la propagation. Ce sont tous les gestes dont on va bénéficier d'autrui qui va parler de nous, de nos actes, de nos réussites. Avec Internet et en particulier avec les réseaux sociaux, cette forme de reconnaissance prend une ampleur considérable : chaque fois qu'on va relayer un de nos contenus, y compris un contenu que nous-mêmes on a relayé, c'est un signe qu'on s'intéresse à ce qu'on fait et aussi à nos sujets d'intérêts.
Evidemment un simple clic pour relayer n'aura pas le même impact que relayer une information en explicitant la raison pour laquelle on la relaie.

2 Gestes pour unir

En accord
Exprimer à autrui qu'on est d'accord avec lui·elle est une première façon d'aborder ce geste de reconnaissance. On peut le dire verbalement. Ce peut être aussi une affaire de gestuelle. La plus classique étant d'opiner du chef. Dans certains collectifs de travail, une façon muette d'exprimer son accord avec un propos lors d'une réunion est de lever les deux pouces. En tant que conférencier, je ressens tout l'impact positif et stimulant des personnes qui opinent du chef quand j'expose des idées.
Une autre façon d'aborder ce geste est la synchronisation des émotions. Rire à une plaisanterie faite par quelqu'un est un signe de reconnaissance qui lui est envoyé. Vivre pleinement ses émotions à voir en direct et en public une pièce de théâtre donne de la reconnaissance aux comédien·ne·s, au metteur en scène et le cas échéant, à l'auteur s'il est présent.
A l'instar d'autres gestes de la reconnaissance, comme la confiance, ce geste sera d'autant plus efficace et plein qu'il est authentique. 

Je t'aime
Ce "Je t'aime" va au-delà de sentiments exprimés à l'attention d'une personne dont on est amoureus·e. Il exprime une affection inconditionnelle qui peut aller aussi à ses enfants, à ses parents, à ses sœurs et/ou frères, à ses amis. Une façon d'exprimer à autrui qu'il est important à nos yeux.


Antithèse de ces 15 gestes

J'ai également fait évoluer l'antithèse des gestes de reconnaissance au quotidien. Voici ce que cela donne :



J'ai consacré en janvier 2019 l'article Antithèse des 13 gestes de la reconnaissance au quotidien à l'antithèse des 13 gestes de l'édition précédente.

Pour finir ... une cerise sur le gâteau

On mérite certainement plus de reconnaissance qu’on en reçoit et quelques fois on se met dans une posture d'attente de cette reconnaissance. Certaines personnes sont entraînées dans une fuite en avant infernale quand elles redoublent d'efforts pour obtenir une reconnaissance qui n'est jamais à la hauteur de ce qu'elles attendent avec une inexorable conséquence : un bain d'amertume.

MAIS la bonne nouvelle, ce qui est super plus efficace, motivant et bénéfique, c’est de faire ce qui est totalement à notre portée et presque sans limite …
… DONNER DE LA RECONNAISSANCE
Parce qu’en donnant de la reconnaissance, on se fait un cadeau à soi-même  !
"Comment donc ?" me direz-vous !

Je m'explique : pour donner de la reconnaissance, il faut déjà être en capacité d'apprécier un geste d'autrui. Dès lors qu'on apprécie, on ressent une émotion positive (joie, amusement, émerveillement, ...). Premier cadeau.
Puisqu'on a attribué le geste à une personne ou à un groupe de personne, on va ressentir de la gratitude, autre émotion positive. Deuxième cadeau.

Donc donner de la reconnaissance, c’est bon pour soi, c’est bon pour le bénéficiaire !

Je rappelle mon travail de modélisation du processus la gratitude.

Je rappelle aussi que l'équipe éditoriale de laqvt.fr a décliné pour la sphère professionnelle l'édition des 10 gestes de reconnaissance au quotidien. Lien vers l'article de synthèse des différents articles publiés sur laqvt.fr
J'en profite pour remercier Caroline Rome, Dominique Poisson et Céline Bou Sejean des belles déclinaisons qu'elles ont réalisées.

Les deux schémas sont téléchargeables au sein d'un document au format pdf.