lundi 21 juin 2021

Parlons réciprocité de la bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 30

 


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Voici le 30ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Il suffit de regarder l'actualité jour après jour pour constater des déficits de réciprocité : la destruction de la planète alors qu'elle nous nourrit, les violences ou l'indifférence envers celles et ceux qui nous aiment - notamment envers les femmes et les enfants -, ... où se croisent des (présumés) coupables d'actes malveillants, des complices, des témoins qui ne pipent mot, tournent leur regard, font les morts, des personnes indifférentes, des individus et collectifs qui n'ont pas le temps de porter leur attention ou qui sont focalisés sur leurs propres besoins et intérêts, ...

Voyons en quoi ma modélisation de la bienveillance en 4 dimensions indissociables et réplicables tisse un maillage de responsabilités de bienveillance qui fait mieux jouer la réciprocité.

4 dimensions de bienveillance indissociables et réplicables

Je rappelle brièvement les 4 dimensions indissociables et réplicables de la bienveillance que l'on peut considérer tout à la fois pour un individu, un collectif ou une communauté :


Pour plus de précisions sur cette modélisation que j'ai évoquée de nombreuses fois dans mes chroniques, je vous invite à prendre connaissance de la page dédiée à la modélisation en 4 dimensions.

Une interconnexion qui induit la réciprocité

Comme le montre le schéma suivant, si l'on relie les responsabilités de bienveillance en 4 dimensions d'une personne avec les responsabilités du collectif de travail auquel il appartient et les responsabilités de chacun de ses collègues, apparaissent naturellement des logiques de réciprocité. 


En effet, si je contribue à mon collectif et à la prise en compte de la bienveillance (relation 4, couleur bleue), et si je suis bienveillant avec chacun·e de mes collègues (relation 3, couleur bleue), par effet de réciprocité, je peux/dois attendre que :
  • mon collectif de travail prenne soin de moi (relation 5 en marron clair) du fait de sa responsabilité de bienveillance envers ses membres (Vous en Moi)
  • mes collègues (chacun individuellement) prennent soin de moi (relation 6 en marron clair) du fait de leur responsabilité de bienveillance envers autrui (Toi et Moi)
Je décline le même type de réciprocité pour la cellule familiale : 

Si je contribue activement à ma cellule familiale et à la prise en compte de la bienveillance (relation 4, couleur bleue), et si je suis bienveillant avec chacun de ses membres (relation 3, couleur bleue), par effet de réciprocité, je peux attendre que :
  • ma cellule familiale prenne soin de moi (relation 5 en marron clair) du fait de sa responsabilité de bienveillance envers ses membres (Vous en Moi)
  • les membre de la cellule familiale (chacun individuellement) prennent soin de moi (relation 6 en marron clair) du fait de leur responsabilité de bienveillance envers autrui (Toi et Moi), d'autant plus que je leur suis cher - chère.

Quelle réciprocité ?

Pour caractériser la réciprocité dont je parle pour une Société et des Territoires de la Bienveillance, je vais commencer par dire quelques mots sur ce dont il ne s'agit pas : une logique donnant-donnant ou comptable. Il ne s'agit pas non plus de considérer la réciprocité comme un sentiment d'obligation qui nous fait grogner et irrite notre sens de la liberté ("J'ai horreur des obligations !").

Il s'agit plutôt de gérer de grands équilibres, chacun utilisant les capacités qui lui sont propres pour porter attention et soin par divers moyens. C'est un élan authentique et responsable qui nous pousse à être bienveillant à ce qui nous entoure, à ce qui nous est cher, et aussi à ce qui est différent, parce que c'est notre responsabilité et aussi parce qu'on ressent de la gratitude pour toute la bienveillance que l'on reçoit.

La logique donnant-donnant/comptable pousse invariablement à la comparaison et à nous dessaisir de notre responsabilité de réciprocité de la bienveillance dès lors qu'il semblerait (dimension subjective forte) qu'on serait "victime" de malveillance ou d'insuffisance de bienveillance. Elle nous pousse aussi à voir la bienveillance qui nous serait donnée comme artificielle, calculatrice, intéressée pour nous forcer à une réciprocité qui serait perdante ou déséquilibrée en notre défaveur.

Un enjeu central : réduire asymétries et dichotomies dans les relations

Dans ma chronique N°21 Gare à la comparaison biaisée !, j'ai évoqué les dangers de la comparaison biaisée. Comparaison biaisée que l'on trouve particulièrement dans les relations influencées fortement par l'asymétrie ou par la dichotomie.

Comment se caractérisent-elles :
  • dans les relations asymétriques se joue souvent l'autorité d'une partie par rapport à l'autre ; exemples : entre parent et enfant, maître et élève, sachant et apprenant, médecin et patient, aidant et aidé, élus et citoyens, ...
  • dans les relations dichotomiques, des groupes sans relation hiérarchique ou d'autorité s'opposent ... souvent inutilement ; d'autant plus quand chacun a son utilité et qu'ils sont complémentaires. Exemple : privé et public, automobilistes et piétons, citadins et ruraux, technique et commercial, parents et enseignants, différentes communautés (religion, pays, région, race, supporters de clubs sportifs, ...)
Dans les relations asymétriques, une des deux parties est le sujet d'attention de l'autre par essence : l'enfant par le parent, l'élève par l'enseignant, le patient par le soignant, ... Ce qui ne veut pas dire pour autant que l'attention soit toujours présente ; notamment quand l'acte technique prend le pas sur la relation (par exemple, un médecin qui ausculterait un patient sans vraiment s'intéresser à lui ou un enseignant qui délivrerait un enseignement sans considérer les élèves). Dans notre société, on a du mal à comprendre la réciprocité dans les relations asymétriques : un enfant (non adulte) qui prendrait soin de ses parents, un patient qui veillerait sur son médecin, un subordonné qui veillerait sur son supérieur hiérarchique, un citoyen qui s'inquiéterait du surengagement d'un élu, ... (au masculin et au féminin).

Dans les relations dichotomiques, la réciprocité ne se joue pas car la comparaison biaisée a tendance à délégitimer les besoins de l'autre partie. Par exemple : "Pourquoi faudrait-il que nous, techniciens, prenions soin des commerciaux alors qu'ils sont largement mieux payés que nous et valorisés par la direction alors que nous sommes les 5èmes roues du carrosse ?" ou alors "Et puis quoi encore ! Une augmentation pour les fonctionnaires ? Avec tous les avantages qu'ils ont : sécurité de l'emploi, 30 heures par semaine, les vacances scolaires, ... C'est indécent par rapport à nous qui nous tuons au travail dans le privé !"

Réduire les asymétries et les dichotomies, tel était un des enjeux de l'Attention Réciproque que j'ai modélisée en 2017 pour le site internet laqvt.fr, site d'actualité (en sommeil) sur la Qualité de Vie au Travail (QVT).

Je vous propose de considérer la double relation suivante entre réciprocité de la bienveillance et réduction de l'asymétrie et de la dichotomie dans les relations :
  • en réduisant les asymétries et dichotomies, on peut faire vivre plus facilement la réciprocité de la bienveillance
  • en cultivant la réciprocité de la bienveillance, on peut réduire l'asymétrie et la dichotomie, rendant les relations plus équilibrées, plus saines et plus aptes à créer de la coopération gagnant-gagnant.

La réciprocité dans les relations asymétriques

Pour les relations qui sont asymétriques par essence (par exemple parent-enfant, employeur-salarié, soignant-patient, enseignant-élève, élu-administré) et pour lesquelles une des deux parties porte une responsabilité légale et/ou une autorité envers l'autre, la réciprocité de la bienveillance peut éclairer la relation d'un nouveau jour : la personne qui bénéficie par essence de la bienveillance de l'autre enfile elle-aussi la bienveillance pour porter attention, voire soin, en retour.

Pour la relation parent-enfant, le parent peut apprendre à l'enfant à porter attention et soin à ses parents dès le plus jeune âge, selon ses capacités et sans lui faire surjouer la responsabilité de bienveillance. La plupart des parents savent que le métier de parent est difficile, alors pourquoi ne pas se faire aider par les enfants pour que ce métier ne pèse pas trop. Je suis convaincu de l'effet gagnant-gagnant d'un bon jeu de réciprocité. A l'inverse, une relation parent-enfant centrée sur le plaisir de l'enfant a un fort risque de basculer dans le perdant-perdant (cf mon article Attention, plaisir - Le dessous des cartes : tu vas halluciner !)

Pour la relation chef·fe-subordonné·e, l'organisation peut se saisir collectivement de l'enjeu de la Qualité de Vie au Travail (QVT) en considérant que chacun·e est concerné, quels que soient sa fonction, son statut, ... C'est un sacré changement de culture qu'encadrement et salariés sans responsabilité d'encadrement acceptent les uns et les autres que les personnes de l'encadrement soient aussi le sujet de bienveillance par l'ensemble du collectif et par chaque personne du collectif  ; y compris pour l'encadrant d'accepter que ses subordonnées portent attention et soin à lui. En effet, pour prendre une métaphore maritime : qui songerait naturellement qu'un matelot puisse demander au capitaine s'il ne se sent pas trop stressé par la tempête ?
Evidemment, pour qu'une telle culture soit entendable et puisse se développer, il faut que la bienveillance du collectif et des encadrants envers les équipiers soit déjà suffisamment au rendez-vous, ou au minimum qu'elle soit sérieusement en intention.

Interrogeons des rôles

Il y a des relations asymétriques et/ou dichotomiques qui nécessitent d'être interrogées, discutées, remises en cause, et en particulier celles qui sont ancrées depuis des générations, notamment du fait du patriarcat.
J'en donne quelques exemples :
  • la femme dans un couple qui devrait prendre soin des enfants, du conjoint, du ménage ;
  • les filles, voire particulièrement, la fille ainée qui devrait prendre soin des parents une fois qu'ils sont âgés ;
  • les médecins de famille dont certains patients se plaignent qu'ils ne soient plus aussi mobilisables jours et nuits qu'avant ;
  • les maires dans les petites communes que l'on pourrait déranger à toute heure du jour et de la nuit ;
  • un certain nombre de métiers pour lesquels on ne trouve pas anormal que le travail occupe 365 jours par an (notamment dans l'agriculture)
Et si on commençait par ce qui nous est le plus proche ? Par exemple, la façon de fonctionner dans notre foyer : la répartition des responsabilités et des tâches, la façon dont sont prises les décisions, l'appréciation de la contribution de chacun, ... Quiconque dans le foyer peut être à l'initiative d'un cheminement vers un fonctionnement et des relations plus équilibrées et bienveillantes.

Tendons vers la bienveillance aussi en tendant la perche de la réciprocité

Vous avez entendu parler de l'assertivité ? J'utilise pour ma part aussi le terme "affirmation de soi bienveillante". Certaines personnes l'assimilent au fait de savoir dire "Non".
L'assertivité appelle à conjuguer respecter à autrui et à soi-même. Ce qui met en évidence la bienveillance à soi-même et la bienveillance à autrui (deux des dimensions de mon modèle à 4 dimensions).

L'assertivité consiste non seulement à dire "Non", mais aussi à tendre la perche de la réciprocité de la bienveillance : je suis bienveillant avec toi, je suis bienveillant avec moi, certes ... et aussi je t'appelle à l'être aussi avec moi. Une dynamique que l'on a tendance à oublier, notamment dans les cas de surengagement. 
C'est souvent le cas dans le surengagement dans les activités associatives. J'ai maintes et maintes fois observé des situations où des personnes sont surengagées dans une association jusqu'à émettre des signaux plus ou moins forts montrant que la situation ne leur convient plus. Et le plus souvent, la seule réaction qu'elles obtiennent est un renvoi à leur responsabilité de bienveillance par rapport à elle-même : "Tu en fais trop. Fais en moins ! Prends soin de toi !". 
Pour autant, j'ai rarement entendu une réaction du type "En quoi peut-on aider à trouver une solution ?".
Pire que cela : je ne me souviens pas avoir entendu une seule fois une personne surengagée demander explicitement à ce que l'on prenne soin d'elle, individuellement et collectivement. 
En cela, elle tendrait une perche de la réciprocité : "Je suis bienveillant envers l'association, ses membres, ses bénéficiaires. J'attends que l'association, ses membres et ses bénéficiaires prennent aussi soin de moi, et en particulier actuellement où la situation est difficile pour moi".

Je mets ici en évidence 3 dynamiques de responsabilités de bienveillance, dont une qui fait appel à la réciprocité :
  • je suis bienveillant avec toi (ou envers un écosystème),
  • je suis bienveillant avec moi,
  • je t'appelle (j'appelle l'écosystème) à être bienveillant avec moi-même (un juste retour des choses, non ?)
Cette troisième dynamique devrait être indissociable des deux premières en matière de bienveillance et d'assertivité.

6 dynamiques indissociables de Bienveillance dans une relation

Raisonnons autour de l'idée de relation. La bienveillance dans une relation entre A et B se jouant à 3 niveaux pour A : 
  • A est bienveillant envers B
  • A est bienveillant envers lui-même
  • A prend soin de la relation qui relie A et B
Ces 3 niveaux de responsabilités mettent en évidence 6 dynamiques indissociable de bienveillance dans une relation si l'on ajoute en effet miroir les responsabilités de B :


Les flèches et textes en marron indiquent les responsabilités de réciprocité de B envers A.

Comme indiqué dans la partie sur l'assertivité, en réalité toute personne devrait aussi se saisir si nécessaire d'une insuffisance de bienveillance ou de présence de malveillance.



Concernant la relation particulière parent-enfant, même si elle est asymétrique par essence, on peut s'appuyer sur le schéma général des 6 dynamiques de bienveillance pour une relation, pour interpeler et cultiver la bienveillance dans ce type de relation, et notamment la bienveillance de l'enfant envers ses parents.


Cheminement de l'obligation vers la responsabilité

La réciprocité de la bienveillance vue sous le prisme de l'obligation, de la seule morale est/serait une mauvaise voie selon moi. J'ai évoqué dans la partie précédente "Quelle réciprocité ?" en quoi elle pouvait être urticante.

Par contre, une réciprocité de la bienveillance abordée sous l'angle de la responsabilité permet d'y mettre un élan, de l'enthousiasme, de l'envie et, quand cela est possible : du plaisir. Une responsabilité qui fleure bon la joie de vivre et ... la gratitude.

Vivons pleinement la gratitude

La réciprocité de la bienveillance peut être vue comme un remerciement, l'expression d'une gratitude pour la bienveillance qui nous est donnée. Or la gratitude a la particularité d'être une émotion positive qui fait donc déjà du bien à soi-même. Je vous renvoie à mon article rapportant ma modélisation d'un processus de la  gratitude.
Donc aborder la réciprocité de la bienveillance par la gratitude a l'énorme avantage de nous l'amener via une émotion positive qui fort naturellement nous donne un élan bien loin du sentiment d'obligation. Plus nous prenons conscience de la bienveillance qui nous est donnée, plus nous nous sentons heureux reconnaissant et plus nous avons envie de rendre la pareille (ou presque puisqu'il ne s'agit pas de réciprocité comptable).

La culture de l'appréciation et de la gratitude constitue un levier central, pertinent et efficace pour jouer pleinement et joyeusement la réciprocité de la bienveillance.

Aïe ... quand la réciprocité n'est pas là !

Mais est-ce si grave, si préjudiciable pour les humains et pour notre société que la réciprocité de bienveillance ne soit pas à la hauteur qu'elle devrait/pourrait l'être ?

Ma conviction est que l'insuffisance de réciprocité de bienveillance crée un spectre large de conséquences négatives, en partant de petits déséquilibres dans les relations jusqu'à des relations destructrices, notamment dans les couples, dans les familles, dans les organisations et dans ce qui nous relie avec la planète.
La matrice suivante en 4 lignes et 4 colonnes montre que 12 combinaisons sur 16 posent plus ou moins problème, et une seule relève du gagnant-gagnant, à savoir une relation où chacune des parties prend à la fois soin d'elle-même et de l'autre partie.



La réciprocité de la bienveillance est selon moi un enjeu central qui nécessite d'être cultivé individuellement et collectivement, notamment à travers l'apprentissage de l'assertivité (affirmation de soi bienveillante). Une réciprocité qui s'appréhende d'autant plus facilement qu'elle se comprend à travers l'interconnexion des 4 dimensions de la bienveillance entre personnes, et entre personne et collectif et communauté d'appartenance.



dimanche 16 mai 2021

Des sacrifices bienveillants qui nous libèrent - Chronique sur la Bienveillance - Episode 29

 


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Voici le 29ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

J'y croise un enjeu que j'évoque très souvent depuis 2017 "rien de trop" (notamment sur ce blog dans les articles Tout de trop et Les trop qui tuent) avec celui de sacrifice évoqué par Sébastien Bohler dans son livre Où est le sens ?. Inspiré par la lecture de ce livre, j'ai déjà évoqué la question du sacrifice dans l'article Question de sacrifices - Chronique sur la Bienveillance - Episode 5.

Je croise donc ces deux enjeux pour mettre en évidence l'intérêt d'aborder des sacrifices par un biais qui pourrait sembler paradoxal : des sacrifices qui libèrent, alors qu'on associe facilement sacrifice avec frustration de sa propre liberté.

L'effet de témoin comme point de départ

Connaissez-vous "l'effet de témoin" ? Si le terme ne vous dit peut-être rien, en revanche le type de situation qu'il décrypte est malheureusement bien connu.
Il s'agit des situations où une personne appelle à l'aide publiquement, ou alors de situations d'urgence où une action est attendue (voire exigée selon l'obligation d'assistance à personne en danger) par un ou plusieurs témoins présents.
L'effet de témoin explique l'inhibition à l'action qui peut faire que personne n'intervient et laisse la ou les victimes sans aide. Une inhibition causée par la présence d'autres témoins, provoquant une dilution, voire une neutralisation de la responsabilité (puis de la culpabilité). 
Et plus le nombre de témoins est important, plus la dilution est grande. En simplifiant, si vous appelez à l'aide, vous avez tout intérêt à n'avoir qu'un témoin de la situation et pour être encore plus efficace, interpellez-le directement !

Les types de situations dans lesquels l'effet de témoin se joue sont multiples. Je veux ici en considérer deux qui font référence à deux grands enjeux de transition :
  • les situations qui sont causées par les dérives insupportables du patriarcat : féminicide, infanticide, ... toutes les fois où des cris, des appels au secours ne sont pas entendus par les voisins, souvent sous prétexte de ne pas intervenir dans la vie privée d'autrui,
  • les situations où l'on pourrait figurer notre planète en train d'appeler à l'aide parce qu'on crée des déséquilibres, qu'on l'a détruit. Une planète qui appelle la plupart du temps en vain. Ou peut-être est-elle entendue, mais aucune action ne suit, ou alors à un niveau tout à fait insuffisant.
Les deux bonnes nouvelles avec l'effet de témoin, c'est que la connaissance de l'existence de ce phénomène permet de réduire sa force, et que l'interpellation personnelle ("c'est à toi que je m'adresse") montre son efficacité.

Quel est le lien avec l'idée de sacrifice ? Il se trouve que de mon point de vue, répondre à la planète qui appelle à l'aide nécessite que nous fassions toutes et tous des sacrifices, de manière conjuguée. Or l'effet de témoin nous fait penser que ce n'est peut-être pas si urgent que cela puisque les autres personnes autour de nous sont autant inactifs que nous (en fait, on trouve souvent que les autres sont plus inactifs que nous). Bref, il faudrait faire des sacrifices, mais on appelle d'abord les autres à faire des sacrifices avant nous parce qu'ils sont plus responsables/coupables que nous. Quand je dis "autres", ce peut-être nos voisins, mais c'est surtout des cibles bien pratiques car effectivement elles pèsent bien plus lourd que chacun de nous : l'industrie du pétrole, les transports de marchandises, les industries polluantes, ... Sacrifiez-vous d'abord, et on fera notre part après.
Autant dire qu'il n'est pas étonnant que Daniel Kahneman, Prix Nobel, auteur du livre Système 1, Système 2, interrogé par George Marshall pour son livre Le syndrome de l'autruche (que je conseille vivement) déclare face à la possible capacité de l'humanité de se saisir vraiment de l'enjeu écologique :"Les gens ne sont pas prêts à voir baisser leur niveau de vie... Il n'y a pas beaucoup d'espoir. Je suis foncièrement pessimiste".

De mon côté, j'ai une once d'optimisme, et je vais m'en expliquer avec l'idée de sacrifice bienveillant libérateur.

Le mieux, le trop, le plus et l'excellence

Voici un titre de section qui fait presque titre de western. Un western pesant, où les coups pleuvent, la pression monte, les dommages collatéraux se multiplient, les tempêtes de sable obscurcissent l'horizon, les loups ne hurlent plus parce qu'il n'y en a plus (mais, est-ce vraiment une bonne nouvelle ?).

Sur le fronton du Temple de Delphes était inscrit "Rien de trop", ainsi que "Connais-toi toi-même". Deux interpellations qui devraient faire réfléchir, individuellement et collectivement.
Plus proche de nous, dans le début de son conte moral La bégueule, Voltaire a utilisé des mots qui sont restés à la postérité "Le mieux est l'ennemi du bien". S'ils sont bien connus, en revanche, vous pouvez constater comme moi que notre société libérale de consommation est à l'inverse de ce que l'on pourrait poser comme principe de bienveillance, et que j'ai moi-même intégré dans 3x3 + 1 principes pour une Société et des Territoires de la Bienveillance.

Il est temps que je croise l'idée de sacrifice avec ce très inspirant "Le mieux est l'ennemi du bien". Suivez-moi dans cette logique toute simple :

puisque le mieux est l'ennemi du bien, libérons-nous du mieux ennemi du bien pour nous faire du bien. Autrement dit : faisons le sacrifice du mieux en question qui sera libérateur puisqu'il nous permettra de nous contenter (être contents de) du bien.





Sacrifions le mieux, le trop, le plus, l'excellence ... ennemi du bien dans le sens :
  • pourquoi chercher à avoir mieux ou plus ou encore plus alors que ce que l'on a déjà répond à ce dont on a vraiment besoin ?
  • aller trop vite peut conduire à bâcler les choses avec des impacts sur la qualité et nous prive de la fierté du travail bien fait
  • qu'est-ce que cette idée d'excellence qu'on nous sert à toutes les sauces et qui cache souvent la motivation de faire payer les choses, les services, ... plus chers ?
  • rechercher systématiquement les raccourcis et à faire des impasses pour obtenir plus facilement et/ou plus vite des choses nous conduit souvent dans le mur de l'impasse
  • rechercher systématiquement à avoir la cerise le gâteau nous fait souvent oublier d'apprécier le gâteau
  • ne pas nous laisser mener par le bout du nez par notre striatum et par ses dérives :



J'ajoute à ce stade une précision : je vise spécifiquement ici le mieux ennemi du bien et non le mieux ami du bien, notamment celui qui permet de grandir, bienveillant dans les 4 dimensions que j'ai modélisées. Il ne s'agit pas d'un appel à la médiocrité, la complaisance, l'autosatisfaction.

Probablement faudra-t-il aussi des sacrifices qui réduiront le bien (bien-vivre, bien-être, ...) mais ma conviction est que les sacrifices du mieux, du trop ... pour faire du bien pourraient déjà constituer une réponse significative aux enjeux d'aujourd'hui et de demain, et notamment par rapport aux sujets environnementaux et de santé physique, psychique et social.

Moi, inspiré par toi, nous

Le sacrifice libérateur mérite d'être d'abord investi à la première personne du singulier : de quoi puis-je me libérer dans ma façon de consommer, de remplir mon emploi du temps, d'exiger de moi-même et des autres, ... ?

Les autres, justement, il faut que je les vois non pas comme ceux qui ne font pas ce qu'ils devraient faire ou qui font ce qu'ils ne devraient pas faire. Il ne faut pas que j'utilise comme prétexte à ma non-action, la non-action des autres. Au contraire, je peux m'inspirer de toutes les personnes qui font des sacrifices libérateurs, de leurs façons de faire. Peut-être accepteront-ils de témoigner, de me soutenir, de m'aider.

Et puis il y a la force du collectif : il y a des sacrifices qui sont plus faciles à réaliser à plusieurs. Ne serait-ce qu'en se stimulant mutuellement, avec bienveillance bien sûr. En l'occurrence, la bienveillance signifie que le sacrifice est un cheminement, probablement avec des tâtonnements, des pas en avant, des pas en arrière, des obstacles, les erreurs inévitables d'une expérimentation, ... Autant d'aléas qui sont considérés avec indulgence, confiance et soutien. Le collectif, c'est aussi pour entreprendre des sacrifices qui ne sont pas à la portée individuelle.

Sacrifice, appréciation, contentement et gratitude

Le type de sacrifice que j'évoque dans cet article étant libérateur, il est important d'en apprécier les fruits, à la fois pour soi, et aussi pour la planète et plus globalement les effets gagnant-gagnant et contagieux. Une appréciation qui conduit à un contentement de soi-même, mais pas seulement nombriliste : de tels sacrifices sont souvent facilités par autrui, et il est important pour soi et pour autrui de faire vivre la gratitude. La gratitude est déjà une émotion positive pour soi, puis source potentielle d'émotion positive pour qui recevra l'expression de la gratitude. 

Je vous renvoie au processus de gratitude que j'ai modélisé et présenté sur ce blog : 




Des sacrifices par rapport au patriarcat

J'ai évoqué en début d'article le patriarcat. Je fais partie de celles et ceux qui appellent à déboulonner le patriarcat et à le mettre en pratique dans leur propre vie. Pour un être humain masculin, il s'agit, au-delà d'un élan de justice et de rééquilibrage, d'une forme de sacrifice : le sacrifice d'un certain nombre d'avantages qui ont été octroyés injustement depuis de nombreuses générations aux individus masculins.

Un rééquilibrage qui empiète un peu sur le repos (plus ou moins mérité) du guerrier, pour soulager (et pas comme une aide ponctuelle et généreuse) la surcharge de sa compagne.

Il s'agit aussi pour le patriarcat de considérer les situations qui relèvent du mieux ennemi du bien pour envisager d'autant plus facilement les sacrifices qui sont libérateurs.

Au premier juillet 2021, le congé paternité passera à 28 jours. Une façon de considérer que le rééquilibrage se fait aussi avec des bénéfices pour les pères. Je note en passant une articulation intéressante entre droits et devoirs : les pères vont bénéficier de 14 jours supplémentaires (un droit) et en même temps, ils devront prendre obligatoirement 7 jours (un devoir). Une obligation qui peut être entendue à la fois pour l'employeur et pour l'employé (ou d'une certaine façon comme un devoir de l'employé qui en réalité est aussi un droit).

Des sacrifices lourds de sens, avec légèreté

Sébastien Bohler délivre un message d'espoir dans la dernière partie de son livre sur le sens, que l'on peut croiser avec un autre message d'espoir dans son livre précédent Le bug humain : cultivons l'idée de sacrifice, et notamment en saisissant le fil que je propose ici, car elle pourrait constituer le ciment d'une société plus bienveillante. Le sacrifice d'une partie excessive de l'intérêt personnel, au profit du bien commun, mérite d'être consacré comme norme sociale qui satisfera deux parties de notre cerveau : le striatum et le cortex cingulaire antérieur.

Sacrifions le mieux pour nous faire du bien ; une façon d'aborder de nombreux sacrifices potentiels à notre portée, avec légèreté.

Des sacrifices avec une finalité gagnant-gagnant

Puisque les sacrifices que j'évoque dans cet article vise des "mieux" contre-productifs, la contre-productivité peut concerner non seulement la personne ou le collectif qui cherche le mieux, mais peut aussi avoir des dommages collatéraux sur d'autres parties prenantes, et notamment sur la planète. Par exemple, l'addiction aux achats dégrade le bien-être, et aussi amplifie l'empreinte sur la planète.
On peut aborder les sacrifices bienveillants libérateurs dans une approche gagnant-gagnant : en sacrifiant un mieux, je me fais du bien et je peux m'assurer aussi d'effets positifs autour de moi. 

On peut aussi étendre les sacrifices aux mieux qui ne produisent pas d'effets positifs pour soi, mais qui sont perdants pour des parties prenantes tout en n'étant pas gagnants pour les autres. Ce qui fait nous intéresser donc aux mieux qui sont contre-productifs pour soi, et les mieux qui sont neutres pour soi, mais négatifs pour autrui, pour la planète. On distingue ainsi une contre-productivité à l'échelle personnelle et à une échelle de l'écosystème ou des écosystèmes impactés par la recherche du mieux.





Sacrifions le mieux dans une approche gagnant-gagnant.

Un guide pour mettre en pratique des sacrifices bienveillants libérateurs

Voici la première édition d'un petit guide que j'ai élaboré dans le cadre de la publication de cet article.
Il constitue une aide pour passer à l'action si cet article vous a interpellé et vous a donné envie d'expérimenter cette idée de sacrifice bienveillant libérateur.


lundi 3 mai 2021

Changement de posture individuelle - Chronique sur la Bienveillance - Episode 28

 

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Voici le 28ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Il m'a été inspiré de l'interview d'Isabelle Desplats co-fondatrice du mouvement Colibris, formatrice en qualité relationnelle coopération et gouvernance partagée, et également psycho-praticienne. Interview publiée dans le cadre du MOOC Transition Intérieure dont j'ai déjà eu l'occasion de parler sur ce blog et que je conseille vivement.


Au début de l'interview, Isabelle Desplats évoque l'idée d'un changement de posture dirigé vers une prise de conscience de l'interdépendance.

Cela m'a inspiré le schéma suivant :



J'avertis en préambule que la posture individualiste que je décris ici se situe très à la gauche d'une échelle de la Bienveillance



La posture individualiste

Il ne s'agit pas de considérer mon schéma comme relevant d'une vision manichéenne. Il s'agit plutôt de partir d'une posture typique (parmi d'autres) cumulant un certain nombre de risques pour la santé de la planète, des écosystèmes et de la santé physique, psychique et sociale. Avec deux grandes caractéristiques :

  • la motivation des actions : centrée uniquement sur la recherche de son propre intérêt, de son plaisir à court terme. Une posture individuelle qui est individualiste, mais qui peut aussi s'observer à l'échelle collective (une organisation qui voit son seul propre intérêt et celui de ses actionnaires) ;
  • l'attribution de la réussite de l'action : la réussite de l'action est attribuée à soi-même uniquement ; le fameux "C'est moi qui l'ai fait !" (sous-entendu "tout·e seul·e"), qui systématisé devient "Je me suis fait tout seul !" et "Je n'ai besoin de personne !" ;
Deux grandes caractéristiques qui s'expriment parfois par des mouvements de bras que vous reconnaîtrez aisément dans l'image animée ci-dessus : à droite "c'est pour moi" et à gauche "c'est grâce à moi !".

Une posture individualiste qui repose sur le principe "la fin justifie les moyens" et autorise le cas échéant à servir son intérêt individuel sur le dos d'autres parties prenantes : autrui, des écosystèmes humains et la planète.

Quels sont les impacts négatifs de ces deux caractéristiques selon moi ?
  • la motivation autocentrée crée possiblement de la malveillance ("la fin justifie les moyens") et de l'absence de bienveillance (inattention à autrui, aux écosystèmes humains, à la planète), avec des comportements qui sont quelques fois paradoxaux : dénonciation d'une société trop sociale tout en utilisant cette société à son profit ;
  • l'auto-attribution de la réussite de l'action déconnecte d'autrui, de la nature, de l'appréciation, de la gratitude et de la joie de vivre.
Une posture qui laisse les manettes au striatum (partie reptilienne de notre cerveau) avec les dérives que je résume de la façon suivante, inspiré par le livre Le bug humain de Sébastien Bohler :



Une telle posture individualiste suffisamment répandue depuis les années 1970 au niveau individuel et collectif, qui crée une destruction foudroyante (à l'échelle de l'histoire de l'humanité) de nous-mêmes, de nos sociétés et de la planète.

Cheminer vers une Société et des Territoires de la Bienveillance

Ma modélisation d'une Société et de Territoires de la Bienveillance est aussi une invitation à un cheminement de postures plus ou moins individualistes, de postures malveillantes, de postures d'absence de bienveillance, vers des postures coopératives ouvertes. Le qualificatif "ouvertes" est important pour différencier avec la coopération fermée qui fait coopération à l'intérieur (et encore faut-il bien regarder s'il ne s'agit pas seulement d'un mot affiché) mais compétition et cloisonnement avec les autres collectifs et communautés à l'extérieur.

Un cheminement basé sur la lucidité, enjeu capital. La lucidité de tout ce que la nature nous apporte comme bienfait, tout ce que notre société nous assure comme protection sociale, sécurité, éducation, équipements collectifs, soutien, ..., toutes les aides et cadeaux que l'on reçoit de notre entourage, tous les bienfaits que nous accordent la nature ... dont nous faisons partie intégrante.
La lucidité de penser avant de se lever le matin à tout ce dont on dépend et que l'on peut remercier : le plafond et un toit qui nous abrite, allumer la lumière qui jaillit instantanément du bout d'un doigt (voire d'un claquement de doigt ou d'un mot prononcé), l'eau potable et chaude pour prendre sa douche, le pain fabriqué par le boulanger à partir de farine issue de la culture du blé par des agriculteurs, la voiture construite avec des composantes de toutes sortes, le carburant dans la voiture, le téléphone mobile, le réseau qui permet d'utiliser le téléphone, ... 
Alors dites-moi, est-il concevable qu'un humain puisse dire de la manière la plus affirmative qu'il n'a besoin de personne ? Même Robinson Crusoé, symbole de l'autonomie et de l'autosuffisance, remercie la nature.

Une lucidité qui conduit naturellement à trois attitudes qui font du bien individuellement et collectivement, avec un effet de rayonnement autour de soi :
  • l'humilité qui nous permet de nous remettre à notre juste place, y compris par rapport à l'histoire de l'humanité et par rapport au reste du vivant ; une humilité qui nous permet aussi de ne pas nous mettre en surchauffe quand il s'agit de vouloir œuvrer pour le commun. Cette place, il ne s'agit pas de la faire disparaître, ni dans les motivations à l'action, ni dans l'attribution des réussites de l'action. J'en profite pour distinguer l'humilité de la modestie : l'humilité repose sur la lucidité et donc une juste conscience de soi et de sa part. La modestie tend à minimiser sa part, artificiellement ou non.
  • l'appréciation de tous les bienfaits que nous recevons tout au long de la journée ;
  • la gratitude qui dépend directement de la précédente selon le schéma suivant décrivant un processus d'une gratitude qui naît de l'attention :

Un cheminement qui nous conduit à prendre nos décisions et conduire nos actions dans une approche gagnant-gagnant : pour soi, en prenant en compte les autres parties prenantes (y compris les autres qu'humains), si possible en les associant. 
Il ne s'agit pas de réduire à néant ni le "je fais pour moi", ni le "c'est grâce à moi". "Je fais pour moi" porte aussi le sens "je veux y prendre du plaisir", et du moment que le plaisir immédiat ne fait pas prendre de risque chronique à moyen et long terme, il serait contre-productif d'adopter une forme d'ascétisme quand on sait que les émotions positives sont facteurs d'élargissement des capacités cognitives, stimulantes et rayonnent la bonne humeur.
Dans son livre Plaidoyer pour l'altruisme, Matthieu Ricard évoque à propos de l'altruisme une idée pas si commune et éloignée de ce que j'ai pu apprendre au catéchisme : un acte altruiste peut aussi porter des motivations d'intérêt personnel, du moment que ces motivations ne sont pas premières.

Le "c'est grâce à moi" ne mérite pas de disparaître sous condition qu'il ne ne porte pas le sens "c'est SEULEMENT grâce à MOI". Au contraire, quand il trouve une place à côté d'autres, c'est un facteur de l'estime de soi, de la conscience des progrès, des réussites, de l'interdépendance et des bienfaits de la coopération.

Ma modélisation de 4 dimensions de la Bienveillance met en évidence différents sujets de bienveillance, dans une approche écosystémique. 

Un cheminement qui nous faire prendre conscience de ce qui nous a permis de réussir les actions, de donner la juste place à notre part, à la part des autres, à la part du "Nous". J'attire l'attention qu'il ne s'agit pas de noyer le "Moi" dans le "Nous", de passer d'un extrême (individualisme forcené) à l'autre (transcendance avec l'oubli de soi). Une prise de conscience qui conduit donc à la gratitude.

Un cheminement, dans l'humilité et la détermination, pour lequel j'invite à se donner du temps pour la bienveillance. Et par cette culture de la bienveillance, ma conviction est qu'elle nous redonnera du temps pour ce qui nous est précieux.


Se donner du temps pour cheminer d'une posture basée sur la cupidité vers une posture basée sur l'humanité (cf article Vers une Société de la Bienveillance avec HUMANITÉ) :





lundi 19 avril 2021

Les trop qui tuent

Il y a des trop qui tuent :

  • Trop de "je" tue le "tu" et le "nous".
  • Trop de "tu"  tue le "je" et le "nous".
  • Trop de "nous" tue le "je" et le "tu".
  • Trop de "je fais" tue le "je suis".
  • Trop de "je veux" tue le "je suis".
  • Trop de "quoi" tue le "comment".
  • Trop d'enjeu tue le jeu et la joie.
  • Trop de "tout de suite !" et d' "encore !" tue le futur et la joie.
  • Trop d'insouciance tue le futur.
  • Trop d'urgence tue le présent et le futur.
  • Trop d'indifférence tue la bienveillance.
  • Trop de "je tue".
  • Trop de choses qui sont tues.
Et aussi...
  • Trop de course au plaisir et de dopamine, mine la joie.
  • Trop de pragmatisme qui flirte avec le cynisme.
  • Trop de mâles qui se permettent de faire du mal parce qu'ils sont mâles. 
  • Trop de comparaison fait perdre la raison.
  • Trop de peur et de déni, délie.
  • Le trop d'exploitation et de consommation qui devrait nous faire sommation.

Du "tout de trop" au "rien de trop" - qui serait probablement un brin trop - 
il y a bien plus d'un pas : des pas de transitionS par la bienveillance.

Merci à mon épouse qui m'a inspiré judicieusement l'idée de cet article.

Articles de ce blog reliés au sujet :


mercredi 14 avril 2021

Création d'une page pour 4 dimensions indissociables de la Bienveillance

 

Ce très court article pour signaler que j'ai créé une page sur ce blog dédiée à un élément central de ma modélisation d'une Société et de Territoires de la Bienveillance : elle concerne la Bienveillance à travers 4 dimensions indissociables et réplicables qui en fait un modèle fractale mettant en jeu également la réciprocité.

Accès à la page 4 dimensions de la Bienveillance.

En quelques mots. J'y présente 4 schémas pour comprendre cette modélisation en 4 dimensions que j'ai déjà présentée dans des chroniques, notamment dans un contexte familial et pour des coopérations ouvertes. J'évoque brièvement deux types d'utilisation que l'on peut faire de cette modélisation. C'est un point que je vais enrichir très prochainement.

A ce sujet, je vous invite, lectrice, lecteur, à essayer de voir si cette modélisation vous parle :

  • Par rapport à votre façon de considérer votre santé, à l'écoute de vos aspirations les plus profondes, à vos implications dans des collectifs et communautés (vie professionnelle, vie sociale, vie privée), vos relations avec autrui (proches, moins proches, les personnes que vous croisez, les inconnu·e·s, les personnes étrangères, les animaux, les êtres vivants en général, ...).
  • Le temps et l'énergie que vous consacrez pour chaque dimension, ce que vous recevez, ce que vous donnez, ce que vous ne recevez pas et qui vous manque, ce que vous ne donnez pas faute de temps, mais que vous pourriez donner, ... Avez-vous l'impression de passer le juste temps et la juste énergie à ce qui compte vraiment, à ce qui est précieux pour vous et pour la planète ?
  • Au niveau collectif, en quoi les collectifs et communautés auxquels vous appartenez prennent soin de vous, sont attentifs à votre singularité, à vous associer aux décisions, ... En quoi vous contribuez à ce que votre collectif pense et pratique une bienveillance envers les humains et autres qu'humains.

Si vous vous sentez en difficulté sur tel ou tel territoire de vie (notamment en cas de surengagement), essayez de lister les différentes responsabilités à travers cette modélisation et d'envisager quelles parties prenantes pourraient être interpellées à jouer plus de bienveillance envers vous-mêmes. Et vous pouvez peut-être les interpeller en utilisant le support de cette modélisation (notamment le schéma relatif à l'articulation des responsabilités). 

Inversement, peut-être voyez-vous une situation où vous pourriez jouer une responsabilité dont vous ne vous êtes pas encore saisie (par manque de temps, manque de conscience, ...).

N'hésitez pas à faire des retours sur ce en quoi cette modélisation a pu vous parler :

  • en les partageant ici ou sur les réseaux sociaux relayant ce présent article
  • ou/et en utilisant le formulaire de contact en tête de la barre droite de la fenêtre

Si vous êtes intéressé individuellement ou collectivement à en savoir plus sur cette modélisation, j'envisage l'organisation de formats de sensibilisation, notamment à distance. Faites le moi savoir par le formulaire de contact.

jeudi 8 avril 2021

Attention, plaisir - Le dessous des cartes : tu vas halluciner !



Désolé de vous avoir hameçonné, d'avoir forcé votre attention à propos d'un sujet que je vais évoquer dans cet article probablement un peu différemment que ce que le titre peut contenir de sous-entendu. Mais pour autant, j'espère que vous ne serez pas déçu par le contenu qui pourrait, si ce n'est faire halluciner, faire réfléchir.

En effet, mon article est consacré à l'écologie de l'attention, à l'attention que nous devons prêter à ne pas nous laisser voler notre attention qui est précieuse. Et comme elle est précieuse et commercialisable, la société de consommation trouve tous les moyens de nous la mobiliser, pour notre plaisir - ce qui constitue le 2ème sujet de l'article - en s'appuyant sur les connaissances acquises sur le fonctionnement du cerveau depuis ces dernières décennies. 

Article qui constitue le 27ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

L'actualité étant un livre assez récent Apocalype cognitive de Gérald Bronner que je croise avec un livre plus ancien dont j'ai déjà parlé sur ce blog : Le bug humain de Sébastien Bohler (article L'insoupçonnable et l'insoutenable).

Parlons du titre de cet article

Pour mobiliser artificiellement votre attention, j'ai utilisé une technique appelée putaclic ou piège à clics ("clickbait" en anglais). Gérald Bronner classe cette technique dans une catégorie de piège à attention qu'il appelle "incomplétude cognitive". Par un titre racoleur, il s'agit d'attirer l'attention vers un contenu plein de promesses, de sous-entendus, qui sera bien souvent moins savoureux que ce que le titre le laisse présager. Le principal étant de vous faire cliquer et obtenir une lecture supplémentaire au contenu (article, vidéo). Je suivrai par curiosité si le titre de cet article a déclenché un nombre de clics supérieur à d'habitude.

Dans le titre de mon article, j'ai conjugué 3 choses :
  • un sujet qui ne laisse pas indifférent : le plaisir, que certains pourraient entendre sur le plan sexuel,
  • "Le dessous des cartes" laissant supposer que vous alliez découvrir quelque chose et qu'il y a peut-être des choses qu'on vous cache,
  • et "Tu vas halluciner" pour vous interpeller directement, en vous tutoyant et vous garantissant à l'avance que vous alliez tomber de votre siège.
L'illustration participant également à vous mettre l'eau à la bouche, pouvant évoquer que je vais vous révéler une embrouille et ses clés.

Nombre de sites internet usent de cette technique pour des contenus bien souvent peu intéressants, en décalage avec le titre. Créant quelques fois le sentiment de s'être fait arnaqué une fois le clic activé. Pas une grosse arnaque qui nous fait perdre de l'argent, mais celle qui nous fait perdre notre temps si précieux, qui vaut de l'argent, et donc peut-être finalement une arnaque qui nous coûte.

On peut les retrouver aussi dans les médias. Avant de lire ce livre et d'en apprendre sur ce sujet, il m'est arrivé à plusieurs reprises de m'agacer devant les rubriques intitulées "Histoires secrètes" du journal de 20 heures de France 2 et de me faire la remarque "C'est ça leur secret ?" une fois la rubrique terminée.

Le Striatum raffole des informations

Dans "Le bug humain", Sébastien Bohler nous apprend que le striatum, partie reptilienne de notre cerveau, a 5 motivations bien ancrées qui sont nécessaires à la survie (comme pour d’autres espèces) :
  • se nourrir
  • se reproduire
  • acquérir un statut social ; plus il est élevé, plus cela facilite la réalisation des deux premières motivations
  • acquérir des informations ; des informations visant à détecter des dangers ; et surtout des informations fournissant des opportunités pour la réalisation des trois premières motivations
  • réaliser les 4 motivations précédentes avec le moindre effort
La 4ème motivation concerne donc l'acquisition d'informations, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias. Des informations qui non seulement peuvent nous apporter de la connaissance (dangers, opportunités, savoirs, apprentissages) mais aussi peuvent être relayées et contribuer à augmenter notre notoriété.

On peut noter que les informations qui circulent sont souvent très en lien avec les 4 autres motivations :
  • se nourrir : les recettes de cuisine, les régimes, les produits bio, la permaculture, ...
  • se reproduire : la sexualité
  • le statut social : les possibilités de se connecter à des personnes ayant une notoriété, les informations people
  • le moindre effort : les recettes pour gagner de l'argent vite fait bien fait, pour gagner du temps, pour gagner en efficacité.
Le striatum a des caractéristiques qui peuvent se révéler sacrément nocives. Je les décline par rapport à la soif d'information :
  • il ne connaît et n’accepte aucune limite ou presque ; ex : passer son temps sur les réseaux sociaux pour voir des informations sur un fil d'actualité qui est lui-même sans fin ; un ascenseur vertical de fenêtre du navigateur qui s'allonge comme une pile de livres qui se remettrait à hauteur chaque fois qu'on prend un livre  
  • il ne connaît que le présent et ne veut pas considérer le futur. La focalisation sur l'information désengage de toutes les activités qui seraient nécessaires pour préserver le futur
  • et en plus, il lui faut les choses tout de suite ; non seulement l'information ne doit pas être loupée, mais il faut l'avoir en direct live ; il n'est pas supportable de l'avoir en différé, ou tout au moins, elle en est moins savoureuse même si elle n'en est pas moins utile
  • le striatum se comporte de manière frénétique. Une information en appelle une autre. Sur les réseaux sociaux, les contenus sont souvent reliés à d'autres contenus. On tire un fil qui amène à un autre fil, et ainsi de suite.
  • le striatum, c’est Monsieur Plus. Il se lasse vite et il lui faut toujours plus ou toujours mieux. C'est un effet de la dopamine qui joue sur le circuit de la récompense.
Je résume les 5 caractéristiques précédentes, dans un ordre différent, par la phrase 

« Tout de suite, encore et encore plus, sans limite et après moi le déluge ! ».

5 caractéristiques qui sont, pas vraiment par hasard, aussi celles de notre société de la consommation.

Gare au trop de dopamine

Revenons au livre "Apocalypse cognitive" dans lequel Gérald Bronner évoque les effets délétères d'un trop de dopamine lié à une attention compulsive aux informations. 
Il fait référence au neuroendocrinologue américain Robert Lustig auteur du livre "The Hacking of the American Mind" (en généralisant, il s'agit du cerveau humain dans la société de consommation) qui a étudié que la dopamine est un neurotransmetteur qui élève le niveau d'excitabilité des neurones au fur et à mesure qu'ils sont excités : donc plus le neurone est excité par la dopamine plus il lui faut un niveau élevé de dopamine, créant ainsi des comportements addictifs.
Mais il ne s'agit pas seulement d'un côté Mr Plus qui est néfaste, il y a un effet délétère pour les neurones qu'évoque Robert Lustig dans l'interview vidéo ci-dessous : les neurones trop souvent stimulés par la dopamine meurent.


Et pour se défendre contre la dopamine quand elle devient trop présente, le neurone réduit le nombre de récepteurs qui sont utilisés pour la stimulation pour atténuer les dommages. D'où le besoin d'une quantité de dopamine de plus en  plus importante pour obtenir le même niveau de plaisir.
"Lorsque les neurones commencent à mourir, on parle de dépendance" explique Robert Lustig.

L'attention qui nous hameçonnée par l'industrie du numérique entre dans le cadre d'une entreprise de création de dépendance en plusieurs phases :
  • un déclencheur qui fait démangeaison,
  • une démangeaison qui doit être grattée,
  • un grattage qui doit rester dans les limites du socialement acceptable (Robert Lustig donne l'exemple d'une personne qui regarde son smartphone toutes les 2 mn),
  • des récompenses qui doivent être variables et avec des surprises pour générer la dépendance,
  • le tout impliquant un investissement de l'usager, parce qu'il y a un modèle économique derrière.

Plaisir / bonheur

A l'inverse de la dopamine qui est stimulatrice, la sérotonine est inhibitrice. Elle inhibe le récepteur afin de procurer de la satisfaction. Une satisfaction qui est de l'ordre du contentement : être content sans demander plus. A l'inverse, la dopamine est reliée à une soif de plaisir, non seulement insatiable, mais qui demande chaque fois plus.

Robert Lustig dénonce la confusion entretenue par la société de consommation, et notamment par l'industrie agro-alimentaire, entre plaisir et bonheur : on nous vend du bonheur alors qu'en réalité c'est du plaisir. On nous promet implicitement de la sérotonine alors que c'est de la dopamine à gogo qui va se déverser dans notre organisme, en tarissant par la même occasion nos sources de sérotonine. Il ne nous reste plus qu'à faire appel aux anti-dépresseurs une fois que notre joie de vivre s'est volatilisée. 

Robert Lustig évoque une liste de différences entre plaisir et bonheur dans laquelle il fait référence à la joie de vivre : le plaisir nous prend la joie de vivre alors que le bonheur nous la donne.

Tal Ben Shahar, spécialiste mondial de la psychologie positive positionne la plaisir et le bonheur dans une formule que j'ai déjà relayée sur ce blog (article 20 mars 2018, journée du bonheur : Sens, Attention et Reconnaissance):

Bonheur = Plaisir + Sens

Il envisage donc le bonheur comme du plaisir chargé de sens. Avec sa métaphore sur le hamburger (article Pour donner plus de chances aux bonnes résolutions : mémorisation prospective, théorie du hamburger et règle des 20 secondes), il apporte une deuxième grille de lecture pour faire la distinction entre plaisir et bonheur : il met en perspective le plaisir immédiat avec les impacts à moyen/long terme :


Le risque avec une vie centrée sur le plaisir immédiat façon viveur, avec de la dopamine qui coule à flot, étant de basculer dans le mode défaitiste quand l'excès de dopamine a conduit droit à la dépression.

Faire plaisir / faire du bien

Il est temps que je fasse le lien avec le sujet de la bienveillance, et de faire la distinction entre faire du bien, dans le sens de la bienveillance, et faire plaisir.

Par rapport à soi-même, voici un tableau synthétique qui compare les deux dynamiques, en considérant la motivation première :



Et il y a par ailleurs la dynamique vis-à-vis d'autrui, et notamment concernant les proches, avec potentiellement des implications éducatives fortes :



Et pour croiser l'enjeu éducatif avec le premier sujet évoqué dans cet article, celui de l'attention, ressort un double risque dans les cellules familiales : des parents aimantés par leurs écrans interactifs cherchant à faire plaisir à leurs enfants tout en se donnant la possibilité de consacrer le maximum de temps à leurs écrans : ils offrent à leurs enfants les mêmes types d'écran, chacune des générations scotchée devant ses propres contenus. Créant des vies familiales où la relation et la vraie attention n'existent plus. La société de consommation et notre société en général valorisant, cultivant, amplifiant cette tendance délétère à la fois pour la santé mentale et pour la santé de la planète.

La Société et les Territoires de la Bienveillance auxquels j'aspire et que je promeus s'appuient au contraire sur une écologie de l'attention : une attention à ce qui nous est le plus précieux : notre santé, nos proches, les humains, le vivant, la planète et ses ressources. Une attention notamment à notre alimentation qui constitue un double enjeu : pour notre santé et pour la planète. Robert Lustig parle de deux chiffres relativement à l'alimentation dont il regrette l'absence dans l'Obamacare : 75% des dépenses de santés aux USA concernent des maladies métaboliques chroniques dues à une mauvaise alimentation. L'agriculture intensive (et la déforestation induite) pesant 40% du changement climatique (25% des gaz à effet de serre).

Un parallèle pour situer l'enjeu de la connaissance

J'ai introduit mon article en avançant que la société de consommation cherche à voler notre attention en s'appuyant sur les connaissances acquises sur le fonctionnement du cerveau.

Et en cela, on se rapproche d'un jeu du chat et de la souris en matière de dopage dans le sport : pendant que les tricheurs s'inspirent des progrès de la médecine pour trouver des moyens de dopage les plus efficaces et les moins détectables, les organes de contrôles s'appuient sur les mêmes données et cherchent des moyens de détecter la triche.  

Pour l'attention, il en est de même : de nombreux acteurs de la société de consommation s'appuient sur les connaissances du fonctionnement du cerveau pour rendre dépendant le consommateur ; de son côté,  le consommateur/citoyen se doit d'avoir un niveau de connaissance suffisant pour ne pas se laisser piéger. Et malheureusement, comme pour le dopage dans le sport, les tricheurs/manipulateurs ont toujours une longueur d'avance.

Alors œuvrons, avec humilité et détermination, pour partager nos connaissances sur le piratage de notre attention et les dégâts considérables produits pour notre santé, celle de nos collectifs et communautés et celle de planète. Partageons nos connaissances et témoignages sur les différences entre plaisir et bonheur, faire plaisir et faire du bien. Intéressons-nous aux impacts de la dopamine et de la sérotonine, et à comment aider notre corps à produire de la sérotonine, notamment à travers notre alimentation, notre activité physique et notre façon de mobiliser notre attention.







lundi 29 mars 2021

Résumé de l'article "Soyons pressés de bien donner !"

Cette publication constitue un résumé de l'article Soyons pressés de bien donner ! - Chronique sur la Bienveillance - Episode 26

Je pars de mon expérience professionnelle dans le secteur privé. J'y ai constaté que l'efficacité des organisations et le bien vivre ensemble dépendent pour beaucoup d'actes altruistes de formes diverses.

Des actes altruistes qui arrangent bien mais qui ne sont ni pensés, ni reconnus, ni valorisés, ni cultivés par le collectif. Et dès lors, quand une personne est en tension du fait de ses actions altruistes, on la renvoie à sa responsabilité individuelle d'en faire trop ou de faire ce qu'on ne lui a pas demandé de faire. Elle est invitée à arrêter, sauf que bien souvent on continue à solliciter la personne pour ses actions altruistes bien utiles. Et si elle s'arrête vraiment, il se trouve souvent une autre personne (souvent une nouvelle entrante) pour prendre le relais.

Les actes altruistes sont donc instrumentalisés d'une certaine manière dans le secteur privé dans une indifférence envers les personnes concernées dont certaines finissent par un épuisement professionnel (burnout).

On pourrait croire que cette instrumentalisation et ce déficit de culture du don dans le secteur privé est une des caractéristiques d'une économie libérale. Or, ma conviction est que les actes altruistes et la bienveillance envers les personnes qui donnent d'elles-mêmes n'est pas plus pensée et cultivée dans le secteur public et dans le secteur de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS). Et je pose le même constat pour ce que j'en ai vu des écosystèmes de production de communs et des mouvements de transitionS.

Cela me fait mal au cœur de constater que des écosystèmes faisant bienveillance envers des populations, des autres qu'humains, pour la planète ne sont pas capables d'être tout autant bienveillants pour les personnes qui portent ces actions. Je refuse cette forme de fatalité qui fait voir le renouvellement perpétuel dans ces écosystèmes comme une preuve de vitalité (renouvellement entendu comme des personnes qui contribuent jusqu'à l'épuisement remplacées par d'autres personnes qui finissent dans le même état, etc).

Si bien entendu toute personne qui se surengage dans des actes altruistes a sa propre responsabilité, notre société ne doit pas s'arrêter à cette seule responsabilité : il y a aussi une responsabilité interpersonnelle et la responsabilité collective de bienveillance. Il s'agit donc d'une articulation entre ces trois niveaux de responsabilité à faire jouer.

Mon article invite les lectrices et lecteurs autour de ces différents niveaux de responsabilité pour que les écosystèmes dans lesquels nous vivons se saisissent des enjeux de juste engagement, de qualité de vie (au travail) et de reconnaissance. C'est urgent de le faire car face à l'urgence climatique, le sentiment d'urgence nous fera prendre le risque du manque de réflexivité et de reproduire indéfiniment ces sacrifices de l'altruisme ; et donc des écosystèmes manquant singulièrement de bienveillance. 

Au contraire je promeus une vision de la Bienveillance et une Société et des Territoires de la Bienveillance qui portent attention et prennent soin des individus, et notamment celles et ceux qui donnent d'elles-mêmes pour les autres, pour les projets.

Et je restitue maintenant la fin de mon article avec les différents niveaux d'invitation.

Je t'invite toi qui portes tout seul ou avec un tout petit noyau un collectif plus grand dans lequel tout le monde s'accommode bien que tu portes (vous portiez) le collectif malgré ton (votre) épuisement. Je t'invite à poser le stylo et à interpeler le collectif pour travailler collectivement à faire évoluer le mode d'organisation, ou/et les objectifs et/ou le niveau de contribution de chacun·e. Et peut-être qu'en dernier ressort faut-il que le collectif meurt pour renaître de ses cendres (ou pas) pour t'éviter de t'y perdre complètement.

Je t'invite toi qui vois quelqu'un s'épuiser à animer votre collectif . Je t'invite à interagir pour prendre soin d'elle et à interpeler le collectif pour gérer la difficulté ensemble.

Je t'invite toi qui vois un de tes proches s'épuiser. Je t'invite à le soutenir dans plusieurs directions possibles qui méritent souvent de se conjuguer : bienveillance envers lui·elle-même, une juste appréhension des enjeux (qui renvoie invariablement à considérer l'humilité), le signalement d'une tension au collectif (éventuellement en posant le stylo pour bloquer le fonctionnement et forcer la réflexivité). Si tu peux éviter le seul "taka taka taka", ce sera déjà bien pour lui·elle.

Je t'invite toi qui trouves plus ou moins insatisfaisant que ton collectif ou ta communauté voit défiler des personnes qui s'engagent jusqu'à l'épuisement. Je t'invite à cristalliser des énergies pour mettre ce sujet sur la table et faire appel à l'intelligence collective pour saisir ce sujet avec détermination, en n'hésitant pas à travailler avec d'autres collectifs qui ont le même type de problématique.

Je t'invite toi représentant·e, élu·e au sein d'une fédération à porter les sujets du juste engagement, de la Qualité de Vie au Travail, de la reconnaissance pour qu'ils soient véritablement investis au niveau fédéral en lien avec le local.

Je t'invite toi qui fais partie d'un écosystème qui s'est résolument saisi des sujets évoqués dans cette chronique ou toi qui a réussi à faire bouger les choses. Je t'invite à témoigner en commentant cet article.

Je te propose ce petit questionnaire pour que je puisse sentir en quoi ce que je viens d'exprimer peut trouver de l'écho.