mercredi 7 octobre 2020

Conjuguer le verbe "Prendre soin" - Chronique sur la Bienveillance - Episode 6

Voici le 6 ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré de ma lecture de l'article Plaidoyer pour un peu de bienveillance de Sara Marie-Jo Bastien sur le site journalmetro.com

Sara Marie-Jo Bastien est directrice générale de la Table de concertation jeunesse Bordeaux-Cartierville. En tant que Girondin habitant à une trentaine de km de Bordeaux, je me suis dit que c'était en quelque sorte une voisine qui s'exprimait. Je me suis aperçu un peu plus tard que Bordeaux-Cartierville n'est pas un quartier de Bordeaux comme je le pensais (je connais très mal Bordeaux, pour tout dire) mais un quartier de Montréal. Donc ce n'est pas une voisine de Bordeaux mais une cousine du Québec.

Le Québec est aussi touché par la pandémie. Et dans cet article, Sara Marie-Jo Bastien rend hommage aux personnes qui travaillent dans le "milieu communautaire et du développement social", un secteur habitué à être en déficit de reconnaissance si je traduis bien ses propos. Elle lance aussi un appel aux personnes de ce milieu pour qu'elles prennent soin d'elles en cette période de pandémie. Elle mentionne un risque qu'elle ne nomme pas mais que je vais faire à sa place dans ma chronique : le burnout. Elle pose l'enjeu de la manière suivante : 

"Dans ce milieu dont le quotidien atteint des sommets d’intensité, nous sommes beaucoup à vouloir tout donner. Mais là où plusieurs étaient déjà sur le point de frapper un gros mur, le contexte actuel accélère le véhicule et il y a un danger réel que le mur arrive plus tôt, plus fort.

Alors je vous en prie, faites attention. Car aller plus loin que le bout de vous-même n’aidera personne."

Elle appelle donc les professionnelles et les professionnels de ce milieu à prendre soin de leur propre personne. Dans une approche gagnant-gagnant : en prenant soin de soi, cela permet de garder ses capacités physiques, psychiques et social pour essayer de mener à bien ses missions (je dis essayer, car il faut s'assurer d'avoir le temps et les moyens de bien faire son travail).

Puisque ce blog est parti de l'idée de décliner des verbes autour du bonheur, je vous propose de décliner le verbe "prendre soin", en m'appuyant sur ma modélisation en 4 dimensions présentée spécifiquement dans mon article récent 4 dimensions indissociables de bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 4.

Je redonne le schéma générique de ces 4 dimensions :


Si on connecte le niveau individuel avec le niveau du collectif du travail, on peut mettre en exergue une articulation de responsabilités :

Conjuguons donc "Prendre soin".

  • Je prends soin ... de moi. De deux manières : d'abord (1), de ma santé physique, psychique et sociale. En faisant attention à l'articulation entre ma sphère professionnelle et les autres sphères de vie, à mon alimentation, à mon activité physique, à mon sommeil, aux temps de récupération et de relaxation. Et (2), je m'assure régulièrement que mon travail est en ligne avec mes aspirations les plus profondes afin de ne pas laisser se creuser un écart, voire un fossé entre ce que je veux vraiment faire et ce qui se passe réellement dans mon travail. Je prends soin aussi de moi par ma capacité l'affirmation de soi bienveillante pour faire remonter mes tensions dans mon collectif pour chercher à les résoudre
  • Je prends soin ... de mes collègues (3), au-delà des personnes dont je prends soin dans le cadre de mes missions.
  • Toi, mon collègue, dans une logique de réciprocité, je t'invite aussi à prendre soin de moi. C'est aussi (et d'abord) au collectif à instaurer cette solidarité et cette bienveillance entre collègues
  • Je prends soin ... de mon collectif de travail (4) et j'apporte ma pierre à l'édifice pour la co-construction d'un écosystème bienveillant et pour que la Qualité de Vie au Travail (QVT) soit au cœur de cet écosystème
  • Mon collectif de travail prend soin ... de moi (5). Il soutient mon activité, il me soutient en tant qu'individu, prend en compte mes émotions, mes éventuels états d'âme, mes aspirations, mes attentes et est vigilant à la préservation de ma santé physique, psychique et sociale
Dans la sphère professionnelle, on peut raisonner plus large et intégrer la responsabilité de la médecine du travail, des clients/bénéficiaires/usagers/consommateurs, des pouvoirs publics, ...

Au-delà de la sphère professionnelle, on peut aussi ajouter le rôle du conjoint, des parents, des enfants, des amis qui prennent aussi soin de moi et qui m'envoient quelques fois des signaux d'alerte qu'il faut que je sache voir.

Si un nombre suffisant de ces niveaux est actif, ma conviction est que nos sociétés seront en capacité d'éradiquer le burnout. Inversement, ma conviction est tout aussi grande qu'un tel niveau de burnout aujourd'hui dans nos sociétés est la preuve d'une faillite de nos sociétés en matière de bienveillance. En effet, quand on sait que le burnout est un processus long qui s'émaille de nombreux symptômes visibles, l'atteinte du point de décompensation dans un tel processus est clairement à mettre sur le compte d'un déficit de bienveillance à bien des niveaux qui ne sont pas ou pas assez activés.

Alors, œuvrons ensemble pour construire une société de la bienveillance qui permettra à chacune et chacun de se sentir bien à sa place, bien dans son corps, bien dans sa tête, serein parce qu'il se sait entouré, respecté, reconnu, protégé. Et réciproquement, d'entourer, de respecter, de reconnaître et de prendre soin.

Et j'emboite le pas à Sara Marie-Jo Bastien, avec un grand merci aux professionnels et bénévoles des associations qui ne sont pas directement des acteurs œuvrant pour soigner les malades de covid-19, mais qui, du fait de la pandémie, se trouvent avec des conditions de travail très difficiles. Des conditions encore plus compliquées du fait de l'augmentation de nombre de bénéficiaires et de mesures sanitaires qui demandent plus de temps, d'énergie, de charge mentale et de charge émotionnelle. En souhaitant que non seulement vous preniez soin de vous individuellement mais aussi que les autres niveaux que j'ai évoqués dans cette chronique puissent s'activer avec détermination.


jeudi 1 octobre 2020

Question de sacrifices - Chronique sur la Bienveillance - Episode 5



Voici le 5ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré de ma lecture du livre très récent Où est le sens ? de Sébastien Bohler (présenté par son éditeur comme "essai lumineux"), une forme de suite - de mon point de vue - de son précédent livre ayant suscité beaucoup d'intérêt et d'appréciation : Le bug Humain. Deux livres que je vous recommande très très vivement et qui mériteraient d'être dans toutes les bibliothèques individuelles et collectives ... pour être lus et partagés dans l'esprit "Maintenant, on en fait quoi ensemble ?".

Dans le "Bug humain", la star était le striatum, partie de notre cerveau qui a pour but principal d'assurer notre survie, notre reproduction et un statut social. Avec 5 grandes dérives que je résume par la phrase "Tout de suite, encore, et encore plus, sans limite et après moi le déluge". Toute similitude avec le monde d'aujourd'hui est ... parfaitement assumée de ma part et de l'auteur également.



Dans "Où est le sens ?", la star est le Cortex Cingulaire Antérieur (j'utilise le sigle CCA dans la suite de l'article), siège dans le cerveau du sens et du contrôle de l'ordre et de la réalisation des prédictions. On peut le présenter comme un organe de contrôle qui lance un signal d'alarme chaque fois que les choses ne se passent pas comme prévues. Et dans le monde d'aujourd'hui, dans bon nombres de situations du quotidien, dans les différentes sphères de vie, l'incertitude et les aléas font foison. J'aurai très probablement l'occasion de revenir sur les principaux enseignements de ce livre.

Dans la dernière partie du livre, l'auteur dresse quelques contours d'une société susceptible de faire réellement face aux défis gigantesques de transition écologique et environnementale. Défis qui sont reliés de manière indissociable selon moi avec les transitions intérieure, spirituelle, sociale, démocratique (plus globalement sur la façon dont nous prenons les décisions dans les différentes strates de la société), de conception de la santé physique, psychique et sociale, et économique. Des défis face en premier lieu à l'emballement climatique et un appauvrissement sans cesse croissant des ressources de la planète.

Des défis pour reconstituer (ce qui peut l'être encore) et préserver les écosystèmes de la planète, et pour faire que les générations futures aient une vie meilleure que la nôtre, pour le moins, meilleure que ce qui est inexorablement annoncé par de très nombres scientifiques du monde entier si l'humanité continue à vivre à un tel rythme de destruction de la planète et des équilibres.

Sébastien Bohler évoque dans cette dernière partie, et également plus tôt dans son livre, l'idée de sacrifice. Dans l'histoire de l'humanité, les efforts consentis par les individus pour coopérer, pour appartenir à un groupe ou à une société ne le sont que sous conditions que les autres individus fassent les mêmes efforts. On peut remarquer qu'à l'inverse, et notamment pour les comportements écologiques, on entend souvent des personnes refuser de suivre de tels comportements sous prétexte que d'autres ne le font pas, ou que leur implication à leur niveau ne servirait à rien si tout le monde ici et ailleurs ne sont pas dans le même ... sacrifice. Je veux bien faire un sacrifice, mais seulement si tout le monde y consent également. Sébastien Bohler présente d'ailleurs le sacrifice comme une sorte de ciment de la société qui a le pouvoir de satisfaire au plus haut point le CCA.

Alors, sommes-nous prêts, êtes-vous prêts à faire des sacrifices pour la planète et les générations futures (et même présente, car il y a urgence) ?

Comparaison avec les sacrifices en tant que parent

Je lance une question qui pourra sembler abrupte, non pertinente à certains : pensez-vous que les sacrifices que nous pourrions/devrions consentir pour la planète seront plus lourds que les sacrifices que vous avez consentis dès lors que vous avez choisi d'avoir un (des) enfant(s) ?



Il me semble pertinent juste après avoir posé cette question d'introduire une forme de logique comptable : celle qui fait peser les coûts (pas seulement en terme d'argent, mais de fatigue, de temps, de nuits de sommeil impactées, d'inquiétude, de désillusions, ...) par rapport aux bénéfices (amour, proximité, confiance, reconnaissance, joie, ...) , ou les avantages par rapport aux inconvénients.

Quand on prend la décision d'avoir un bébé, ma conviction est qu'on a tendance à surestimer les bénéfices et à sous-estimer les coûts.

Pour la planète, il me semble que la tendance soit inverse : on a va plutôt penser aux coûts qu'aux bénéfices, avec un obstacle majeur pour une décision individuelle et collective gagnant-gagnant : l'insuffisance de la connaissance et de la pratique à la fois sur les coûts et sur les bénéfices. Dans ces conditions, pourquoi bougerions-nous nos comportements ?

Quels bénéfices, quels coûts ?

Concernant les bénéfices, nous souffrons (en fait, c'est surtout la situation d'urgence, la planète et quantité d'humains impactés par le changement climatique qui souffrent) de ne pas suffisamment observer, contempler, connaître, apprécier, nous émerveiller des écosystèmes de la nature. Nous n'avons pas suffisamment conscience de l'interdépendance, entre humains, et entre humains et autres qu'humains. Nous sommes déconnectés des autres qu'humains. Nous ne mesurons pas du tout à la bonne hauteur notre chance à recevoir/exploiter tous les bienfaits des écosystèmes. Seules la curiosité ( cf mon article Zone de confort et curiosité exploratrice) et l'appréciation nous permettront de créer de la proximité avec ces écosystèmes. Et plus on est proche, plus on apprécie, plus on aura envie de prendre soin, et probablement de faire des efforts, faire des sacrifices. Nous ne rêvons pas suffisamment un monde de demain où nous nous sentirions bien dans la paix individuelle et collective, en harmonie avec ce qui compose la nature et qui n'est pas humain. Par ailleurs, nous n'activons pas assez nos capacités à la gratitude.



Concernant les coûts, nous souffrons de ne pas savoir en quelque sorte à quelle sauce on va être mangé ? Quel sera le niveau des sacrifices ? Sur l'accessoire ? Aussi sur l'essentiel ? Quels sacrifices si on commence demain et quels sacrifices si on attend encore 10 ans ? Et puis il y a le même niveau d'incertitude entre les scientifiques que pour la covid-19 : ils ne sont pas tous d'accord (même si la balance penche très fortement du côté de ceux qui allument les clignotants). Il n'y a pas que cette incertitude : il y a aussi celle que nous connaissons également pour la covid-19 : la connaissance évolue très vite et les enseignements et les conseils voire les injonctions évoluent en même temps, voire se contredisent. (Ré)interrogeant pour certains la foi en la science et la fiabilité de ses prédictions, d'autant plus quand ces prédictions appellent à des sacrifices. Du côté des coûts, il manque manifestement de la connaissance, de la construction et de la visibilité concernant la concrétisation d'une transition aux dimensions multiples et indissociables.

Quel avenir pour nos enfants : ? ou !

Quelques paragraphes au-dessus, j'ai introduit un parallèle entre parentalité et écologie. Y a-t-il un lien entre ces deux enjeux ? Les parents qui ont une conscience écologique le voient certainement.

A assez court terme, ma crainte est que de plus en plus de parents et futurs parents passent du déni à l'incertitude puis à la certitude du moins bien, voire du pire : passer du questionnement interrogatif "Quel avenir pour nos enfants ?" au désolant, impuissant donc angoissant "Quel avenir pour nos enfants !" Un passage du point d'interrogation au point d'exclamation qui pèse particulièrement lourd.

Je ne souhaite pas que dans le monde de demain, des couples aient à se poser des questions de conscience dès lors qu'ils voudront avoir des enfants. Je veux encore moins qu'ils soient dans une certitude qui serait largement partagée que leur enfant aura certainement une vie chaotique. Idem pour celles et ceux qui sont déjà parents par rapport à leurs enfants.

C'est donc de notre responsabilité individuelle et collective de prendre les décisions de sacrifice, avec détermination, sans frustration pour celles qui touchent notre confort et des commodités ; et même au contraire, dans l'enthousiasme de construire ensemble un monde plus chargé de sens et plus favorable au développement du bien-être psychique et du bonheur. Envisager la sacrifice écologique au même titre que le sacrifice en tant que parent : il existe bien, il ne faut pas le nier, mais quel bonheur !

C'est de la responsabilité de nos élus d'arrêter de caricaturer les enjeux écologiques et toutes les oppositions à la mise en place de nouvelles technologies dont l'humanité n'a pas un besoin essentiel. Je fais référence ici particulièrement aux propos du Président de la République à propos de la 5G : il a  assimilé les opposants à des réfractaires au progrès qui refuseraient de se conforter au monde qui les entoure (qui, soit dit en passant, est en partie conçu et décidé par une poignées de personnes, puis approprié plus ou moins bien par la population).

Puisque le sujet du livre de Sébastien Bohler est le sens, voici une question qui n'en est pas vraiment une dans mon esprit : qu'est-ce qui a le plus de sens : implémenter massivement la 5G et les compteurs Linky parce que ce serait le sens de l'histoire et de la modernité (opposé caricaturalement à une forme d'obscurantisme ou d'extrémisme), ou s'activer d'arrache-pied à inverser la tendance à la destruction de notre planète et pour la bien portance des écosystèmes dont l'humain est partie prenante et principal responsable ?

En réalité, il nous faut opérer individuellement et collectivement des justes sacrifices en appréciant et reconnaissant les bénéfices sur les 4 dimensions de bienveillance que j'ai présentées dans mon précédent article 4 dimensions indissociables de bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 4. Des sacrifices qui fleureront bon le gagnant-gagnant - plutôt que la frustration - pour toutes les parties prenantes, y compris les autres qu'humains et les ressources de la planète. 

Les autres chroniques sur la bienveillance

jeudi 24 septembre 2020

4 dimensions indissociables de bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 4



Voici le 4ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré d'une vidéo merveilleuse dont je me suis délecté ce matin, dialogue à distance - pandémie oblige - entre Edgar Morin et Matthieu Ricard dans le cadre du festival "climax régénération 2020" à Bordeaux Darwin il y a quelques jours.

Cette vidéo va me permettre dans cette chronique d'en dire plus sur ma modélisation de la bienveillance en 4 dimensions, qui se décline à différentes échelles et que j'ai commencé à détailler dans l'article Bienveillance et cellule familiale. Dans l'article en question, je me suis intéressé à deux échelles : la cellule familiale et l'individu (en lien avec la cellule familiale à laquelle il appartient).

Edgar Morin a évoqué au début de sa prise de parole la coexistence de deux logiciels en chacun de nous : le "moi je", l'égocentrisme et le "nous" ; le premier ne pouvant s'épanouir qu'avec le deuxième, tout en étant attentif que le deuxième n'étouffe pas le premier. On peut voir derrière cette attention particulière une vigilance aux risques de l'oubli de soi. 

J'apporte ma propre contribution en indiquant qu'il s'agit non seulement de trouver un bon équilibre entre la bienveillance à soi et à la bienveillance au "nous", mais aussi de prendre conscience que nous faisons partie de plusieurs "nous" (sphère familiale, sphère professionnelle, sphère amicale, sphère des loisirs, sphère associative, ...)  et qu'il y aussi une question de juste engagement, de juste articulation, de juste équilibre entre les différentes sphères de vie.

Pour sa part, Matthieu Ricard a plutôt évoqué le duo "moi" et "l'autre" et l'altruisme. Il a évoqué aussi la coexistence de la coopération et de la compétition, la coopération étant particulièrement présente dans la nature et la nature humaine en cas de crise.

Ressortent donc nettement 3 dimensions de bienveillance au niveau individuel :

  • moi je,
  • toi et moi,
  • moi dans des "nous" (enjeu d'appartenance et de contribution)
Des dimensions de bienveillance qui sont aussi des dimensions de responsabilité : la responsabilité vis-à-vis de moi, de toi et des communautés et collectifs auxquels j'appartiens et auxquels il est important que j'apporte ma contribution. Il ne s'agit pas seulement de considérer que j'en suis bénéficiaire. Il ne s'agit pas que ce soit uniquement de bienveillance dans le sens communauté/collectif vers moi. En tout, il s'agit d'envisager la bienveillance de manière réciproque : celle que je reçois et celle que je donne, à quelque niveau que je me place.

Pour introduire le 4ème dimension de bienveillance, je vous propose de ne plus nous placer au niveau individuel mais au niveau collectif. Je choisis volontairement la sphère professionnelle car elle permettra de mieux introduire une notion fondamentale selon moi : la raison d'être.

Prenons donc le cas où le "moi" est non pas un individu mais une entreprise. L'entreprise a une responsabilité et un enjeu de bienveillance sur les mêmes trois dimensions :
  • par rapport à soi-même ; elle a une mission, une raison d'être (je reviendrai prochainement sur ce concept au niveau individuel et collectif), un objectif de continuité, et souvent même de développement dans un monde où l'on a du mal à envisager le futur autrement que dans une logique de croissance
  • par rapport à d'autres collectifs et d'autres individus (le "toi") pour lesquels il faut que l'entreprise apprenne à être bienveillante, loyale, respectueuse, aidante, y compris en considérant avec un niveau de bienveillance suffisant les entreprises concurrentes
  • par rapport aux territoires, communautés et collectifs auxquels l'entreprise appartient ; elle peut faire partie d'un groupe, d'une branche professionnelle, d'une zone d'activité ; elle fait partie naturellement des différentes strates de localisation (commune, cdc, pôle territorial, département, région, France, Europe, Monde). Elle y apporte sa contribution et prend sa responsabilité et son utilité sociétale
L'entreprise fait donc partie d'un tout et inversement elle forme un tout : elle comporte en particulier des êtres humains qui pensent, décident et font (produits et/ou services) pour concrétiser la mission à destination de bénéficiaires et/ou clients ... et prennent soin - à leur échelle et selon leur niveau de santé, de motivation et d'engagement - de la vie, survie, développement de "leur" entreprise. 
Selon la nature de son activité, l'entreprise peut comporter aussi des autres qu'humains vivants co-acteurs mais aussi, plus tristement en tant que matière première (par exemple dans l'agriculture d'élevage et l'industrie agroalimentaire). C'est un axe que j'ai appelé "Vous en moi". Dans la mesure où je n'ai pas voulu placer un axe spécifique pour la nature, ce qui aurait participé à une déconnexion entre l'être humain et la nature, vous remarquerez que le "vous" concerne aussi bien les humains que les autres qu'humains. Des autres qu'humains qui ne sont pas considérés comme des ressources que l'on exploite, et encore moins comme de la matière inerte.

"Moi dans des nous" et "Vous en moi" constituent un axe vertical caractéristique de ce que l'on appelle un "holon". Un holon est une entité qui est à la fois un tout et fait partie d'un tout. J'ai pris ci-dessus l'exemple de l'entreprise. Autre exemple : la cellule familiale est un tout (un ensemble de personnes) et fait partie d'un tout (notamment comme foyer fiscal au sein de la République Française pour une famille de nationalité française résidant en France).
"Holon" a la même racine que "holistique". La modélisation sur 4 dimensions dont je présente le schéma ci-dessous procède d'une approche holistique qui permet de considérer la bienveillance à plusieurs échelles possibles de la plus large (échelle planétaire) jusqu'à l'échelle individuelle :


Si on revient à l'échelle individuelle, à quoi correspond la dimension bienveillante du bas "Vous en moi" ? Elle représente la bienveillance, l'attention, les actions que je mène pour prendre soin de ma santé physique (mes organes, mes microbiotes), psychique et sociale.

Par ailleurs, dans cette vidéo, a été mis en lumière ce qu'Edgar Morin a présenté comme une carence et Matthieu Ricard comme un paradoxe : le fait que notre santé mentale et nos qualités humaines devraient faire l'objet d'une prise en considération et d'actions spécifiques pour les entretenir et les développer. En effet, il nous semble normal dans notre société de dépenser du temps et de l'énergie pour apprendre à lire, à développer nos compétences professionnelles, nos pratiques artistiques et sportives, .... mais pourquoi ne consacrons-nous pas aussi du temps et de l'énergie à élever nos qualités humaines et à prendre soin de notre santé mentale ? Un appel à investir cette dimension individuelle "Vous en moi" pas seulement à travers des actions sur l'alimentation, le sommeil, l'activité physique et l'évitement de conduites à risque pour la santé physique, mais aussi à travers de l'énergie et du temps pour développer, muscler nos capacités humaines qui contribuent à une approche gagnant-gagnant indissociable de la culture de la bienveillance. 

Matthieu Ricard s'est d'ailleurs exprimé sur le sujet invitant à ce que l'altruisme et la coopération soient enseignés à l'école et qu'on en parle haut et fort. Selon ses propos, que bien entendu je partage totalement, l'individualisme est perdant et avec l'altruisme, tout le monde y gagne. Et pour que tout le monde y gagne, il faut individuellement et collectivement investir de manière indissociable. Chacun peut faire sa part, donner envie à d'autres de rejoindre un mouvement de contagion qui une fois une masse critique atteinte fera basculer notre société vers une société de la bienveillance.

Pour conclure, je reprends les propos que Matthieu Ricard a tenu sur l'éducation : il ne s'agit pas de remplir un contenant, mais d'allumer une bougie. La bienveillance ne s'apprend pas par du savoir mais elle s'allume, vit, se vit et se propage.



Les autres chroniques sur la bienveillance

mardi 15 septembre 2020

Bienveillance ET exigence - Chronique sur la Bienveillance - Episode 3

Voici le 3ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Je lisais récemment le début d'un article consacré à un adjoint au maire d'une commune dont l'action était résumée ainsi : entre bienveillance et exigence.

Je vous propose de faire ensemble le chemin qui nous conduira de "entre bienveillance et exigence" à la formulation "conjuguer bienveillance et exigence".

Entre bienveillance et exigence 

Cette formulation place l'exigence comme concept opposé à la bienveillance : plus on est bienveillant et moins on est (on peut être) exigeant, et inversement plus on est exigeant et moins on est (on peut être) bienveillant. Considérer ainsi la bienveillance la place comme un extrême qui serait incompatible avec l'exigence. Un extrême qui fait flirter la bienveillance avec "trop gentil" et complaisance, jusqu'à l'idée de laxisme voire d'anarchie.

En échangeant autour de moi sur le sujet de la bienveillance, il m'est fréquemment retourné qu'en usant de la bienveillance on risque de perdre le contrôle, l'autorité, le respect, ...

Avec une telle conception, il ne faut pas s'étonner que la bienveillance soit considérée par certaines personnes comme inopérante, irréaliste, sentant fort (mauvais) le monde des bisounours. Au mieux, comme le sous-entend la formulation "entre bienveillance et exigence", une bienveillance acceptable et/ou opérante serait à chercher comme point d'équilibre entre bienveillance et exigence où il faudrait lâcher à la fois sur la première et sur la deuxième.

La bienveillance est exigeante

Ma conviction est que l'attitude bienveillante est particulièrement exigeante en soi. Je m'appuie sur ma modélisation de la bienveillance autour de 4 axes que j'ai présentée dans l'article Bienveillance et cellule familiale et en fil rouge d'un processus observer-penser-ressentir-décider-parler-agir décrit dans l'article La bienveillance en pensées, en paroles, en actions, ...



Les 4 axes pour le niveau "cellule familiale"

Une autre conviction, indissociable de la première, est que bon nombre de défauts de bienveillance (absence de bienveillance ou malveillance) sont causés par la facilité et/ou le manque de temps. Du fait d'une forme de flemmardise, de négligence et/ou de la course au temps l'être humain n'est pas dans la bienveillance.

Je donne quelques exemples dans divers domaines pour clarifier mon propos :
  • il est plus facile pour un père de famille de se comporter en patriarche (le poids de la culture patriarcale aidant beaucoup), de considérer sa femme comme une femme à tout faire et ses enfants comme n'ayant pas droit à la parole, de considérer les choix de la cellule familiale par le filtre de ses seuls intérêts (sa carrière, ses loisirs, son bon vouloir, ...) plutôt que de se répartir équitablement les tâches d'éducation et domestiques avec sa femme, de responsabiliser ses enfants, de se comporter en homme juste (cf mon article Moi, homme masculin). C'est être bienveillant pour un père de famille de se comporter en homme juste vis-à-vis de son conjoint (femme ou homme) et de ses enfants
  • il est plus facile de mettre en place une organisation hiérarchique dans un collectif de travail avec un principe clé : celui (ceux) qui décide (et qui sait) et ceux qui font. Il est plus facile de fixer un objectif unilatéralement que de le coconstruire. C'est être bienveillant que de faire participer un individu aux objectifs qu'il doit poursuivre et qui sont poursuivis collectivement. A minima, c'est bienveillant de s'assurer qu'il se sent capable de les assumer.
  • il est plus facile d'utiliser un désherbant chimique pour enlever les mauvaises herbes dans sa cour plutôt que de les arracher à la main. C'est être bienveillant que de protéger les autres qu'humains dans ses actes du quotidien
  • il est plus facile de faire rédiger les statuts d'une association par une voire deux personnes puis de les faire approuver en assemblée générale par des membres de l'association qui ne les auront à peine lu ou pas du tout lu, plutôt que de mettre en place un processus de coélaboration intégrant un travail sur la raison d'être et un processus d'intégration comportant l'acculturation à cette raison d'être et aux statuts. C'est être bienveillant envers les membres les plus investis, les membres les moins investis et l'association elle-même que de se donner le temps de bâtir ensemble une raison d'être, une gouvernance et des pratiques qui prennent soin des individus et des collectifs.
  • il est plus facile de partir en voyage avec une formule "all inclusive" loin en avion dans un pays pauvre en prise avec une dictature si on en a les moyens, que de se poser les questions d'ordre éthique sur les impacts de son voyage et de procéder au choix d'une destination en cohérence avec ses convictions (éventuellement affirmées haut et fort).
A la lecture de ces exemples, il pourra peut-être vous venir à l'esprit qu'une telle bienveillance serait non seulement exigeante mais chia... (désolé pour le côté trivial, mais ainsi la chose est écrite comme elle serait pensée et dite).
On peut faire un parallèle avec la gratitude. Pendant des générations, la gratitude a été inculquée façon "dis merci à la dame" ou "rend grâce à Dieu". Pas de quoi faire vivre une motivation intrinsèque alors que la gratitude est en premier lieu d'abord une émotion positive pour celle ou celui qui la ressent.

En réalité, les motivations à la bienveillance sont multiples et peuvent se conjuguer pour certaines :
  • un affichage manipulateur, avec des pratiques en décalage plus ou moins grand avec le mot "bienveillance" largement étalé
  • la morale (éventuellement d'inspiration judéo-chrétienne)
  • l'éthique
  • le cœur : l'amour, la compassion, l'altruisme
  • le bon sens et l'évidence : notre monde se porterait bien mieux avec plus de bienveillance
  • une approche gagnant-gagnant où toutes les parties prenantes humaines et autres qu'humaines sont considérées, respectées, valorisées et préservées au sein d'écosystèmes

Soyons bienveillant avec la bienveillance !

Puisque la bienveillance nécessite en partie de résister à la facilité, il faut bien convenir d'un point capital : la bienveillance est exigeante et difficile. Elle est toujours imparfaite surtout quand c'est le regard d'autrui qui l'observe, voire la juge. Pour moi qui essaye de la pratiquer depuis maintenant un certain temps, je suis convaincu qu'elle se tâtonne, qu'elle s'expérimente ; elle est tellement plurielle qu'on en oublie forcément des composantes ou parties prenantes. Je suis convaincu que la perfection n'existe pas en général et moins encore pour la pratique de la bienveillance. Il est tellement facile de prendre en défaut la bienveillance chez les autres, même les plus avancés et les plus irréprochables.

En matière de bienveillance, il nous faut avancer individuellement et collectivement à la fois avec détermination, humilité, indulgence et appréciation. Il nous faut le faire pour coconstruire des territoires et une société de la bienveillance.





jeudi 3 septembre 2020

Chronique sur la Bienveillance - Episode 2

Grâce à l'article Reconnaissance, bienveillance: de nouvelles relations entre profs et élèves, je franchis comme pour le premier épisode les frontières de la France : il s'agit cette fois-ci de la Belgique avec Luc, enseignant à l’Institut Saint-Louis à Namur. Il exprime son appréciation d'une bienveillance qu'il n'avait jamais côtoyé en trente-six ans de carrière : l'attention et la bienveillance d'élèves envers lui. Une bienveillance qui s'exprime dans les messages (probablement email) qu'il reçoit en retour de ses propres messages à destination des élèves pour l'éducation à distance mise en place dans le cadre du confinement. Des messages demandant de ses nouvelles et l'invitant à prendre soin de lui. Et même s'il est possible que cela relève plus de la formule de politesse que d'une réelle attention, il est assez peu commun d'envisager qu'un élève puisse porter attention à celle ou celui qui contribue à son enseignement.

Dans les livres de développement personnel et sur les sites internet qui abordent cette aspiration, il est assez courant de lire des conseils sur la bienveillance invitant à commencer à être bienveillant avec soi-même avant de chercher à être bienveillant avec autrui.

De mon point de vue, il n'y a pas forcément de préalable à la bienveillance à autrui (soi-même puis seulement après, autrui) ; je vois plutôt la conjugaison de 3 dynamiques indissociables :

  • ma bienveillance envers autrui (qui mérite d'être élargie aux autres qu'humains)
  • ma bienveillance envers moi-même
  • et la bienveillance qu'autrui peut/doit me donner. Cela nécessite de l'assertivité (affirmation de soi bienveillante) pour inviter autrui à la bienveillance envers moi si elle est en défaut
Il est important de considérer que la bienveillance envers moi-même ne peut se jouer efficacement que si autrui légitime cette bienveillance à moi-même ; si possible autrui peut aussi apporter sa contribution pour faciliter cette bienveillance à moi-même. Sinon, l'invitation à la bienveillance à soi-même ne serait qu'une injonction culpabilisante puisque non opérante, voire contre-productive (on demande à quelqu'un de prendre soin de lui-même alors que rien ne l'y autorise vraiment ni l'aide dans ce sens).
Je donne un exemple concret : si moi,mère de famille, veux prendre la décision de consacrer un peu de temps à une activité pour moi, il est important que mon conjoint et mes enfants l'acceptent avec bon cœur, et si possible donc, me facilitent la mise en place de cette activité ; notamment, au minimum, en m'aidant à ne pas culpabiliser de m'octroyer du temps pour moi. 

En notant que la bienveillance à 360° va de paire avec les fonctionnements gagnant-gagnant : une mère de famille qui peut s'épanouir dans toutes les sphères de vie tout en jouant sa responsabilité envers la cellule familiale, c'est bon pour la cellule familiale et les membres qui la composent. Apprendre à un enfant à tenir compte des aspirations et attentes des autres membres de la cellule familiale, y compris de celles de ses parents, contribue à la construction de sa personnalité et le développement d'un futur citoyen responsable et prévenant envers autrui. La bienveillance ne s'apprend pas seulement par celle qu'on reçoit mais aussi tout autant par la bienveillance que l'on dispense généreusement et joyeusement autour de soi. La bienveillance s'apprend en la pratiquant.

Ressort de mes propos une idée fondamentale que j'avais abordé en 2017 sur le site laqvt.fr (actualité de la Qualité de Vie au Travail) : l'attention réciproque, qui s'entend ici comme la bienveillance réciproqueLa réciprocité dans la bienveillance est particulièrement à explorer pour les relations asymétriques. Quelques exemples :
  • la relation parent-enfant : un enfant peut prendre soin de ses parents dès le plus jeune age et pas seulement quand ils approchent de la fin de vie et qu'ils perdent de l'autonomie
  • la relation enseignant-élève : un élève (individuel) et une classe (collectif) peuvent prendre soin de leurs enseignants et des autres personnels
  • la relation soignant-malade : un malade peut prendre soin des soignants, notamment en évitant l'égocentrisme, voir son seul propre intérêt et considérer la relation avec le soignant comme une relation client/fournisseur avec le client comme roi
  • la relation hiérarchique au travail : le membre d'une équipe (individuel) et l'équipe (collectif) peuvent prendre soin du chef d'équipe
  • la relation élu/administré, à petite distance des dernières élections municipales : les administrés peuvent prendre soin des élus et des employés municipaux et ne pas envisager les choses de manière unilatérale, à savoir que les élus seraient à leur entière disposition, à toute heure du jour et de la nuit.
La réciprocité renvoie à l'idée d'effet miroir : je suis bienveillant avec toi, tu es bienveillant avec moi. Je suis bienveillant avec moi et je trouve normal que tu sois bienveillant avec toi-même. Et j'évite de porter des jugements faciles qui conduiraient à un paradoxe : je me donne le droit d'être bienveillant envers moi-même et par contre je te refuse ce droit pour toi-même en te trouvant narcissique, égocentré et/ou complaisant envers toi-même : "Tu t'écoutes trop ! Voilà mon avis !". Sortir des jugements faciles (assis sur des croyances, des méconnaissances et/ou un déficit d'empathie) nécessite de mobiliser son énergie pour aller à la rencontre de l'autre pour découvrir 3 grandes dimensions de ce que j'ai appelé l'Attention Réciproque :
  • la réalité de ta vie ou de ta situation
  • ta perception de ta réalité
  • tes aspirations et attentes
La bienveillance se concrétise par la succession de deux mouvements vers l'autre : 
  1. la curiosité, l'exploration et l'échange, 
  2. puis l'altruisme
L'efficacité d'une action altruiste dépend très nettement de la bonne connaissance que l'on a pu acquérir de la réalité, de la perception et des aspirations (3 dimensions de l'Attention Réciproque) de la personne dont on cherche à prendre soin.

Alors, portons-nous intérêt les uns les autres et prenons soin à la fois de nous-mêmes et des différentes personnes que nous croisons à l'occasion de cette rentrée, même s'il nous semblerait plus logique que la bienveillance devrait par essence venir d'elles envers nous-mêmes. Bonne rentrée à vous !





Les autres chroniques sur la bienveillance







mardi 1 septembre 2020

Chronique sur la Bienveillance - Episode 1

En ce mardi 1er septembre 2020, jour de rentrée scolaire 2020-2021 pour les enfants et tous les acteurs concernés, j'ai décidé de lancer une série d'articles sur la bienveillance. Des articles qui se succéderont régulièrement pendant cette année scolaire.

L'objectif est le suivant : présenter ma vision et ma modélisation de la bienveillance à travers des chroniques inspirées de ma lecture d'articles d'actualité divers et variés sur le net qui évoquent explicitement d'une façon ou d'une autre la bienveillance.

J'intitule cette modélisation "La Bienveillance à 360°". J'ai commencé à présenter quelques éléments de modélisation en octobre 2019 dans l'article Bienveillance et cellule familiale.

En pleine rentrée des classes, le sujet de la bienveillance est abordé dans l'actualité relativement aux enfants, à la fois dans la cellule familiale - en tant que responsabilité des parents - et dans l'éducation nationale - en tant que responsabilité des enseignants vis-à-vis des élèves.

Dans l'article Stéphanie Lacoste invite à la bienveillance pour la rentrée scolaire, Stéphanie Lacoste, présidente du comité de parents du Centre de services scolaire des Chênes (au Canada) interpelle une autre forme de bienveillance : la bienveillance des parents envers les personnels des établissements scolaires en cette période si particulière de confrontation à la Covid-19. Elle associe la bienveillance à d'autres notions qui me sont chères : la coopération, la transparence, la responsabilité et la reconnaissance des efforts réalisés par le personnel des écoles et des problèmes particuliers qu'il rencontre dans cette période.

Elle appelle aussi à quelque chose que je trouve assez inédit : la bienveillance entre parents. Pour Stéphanie Lacoste, il s'agit d'éviter de porter des jugements sur d'autres parents qui font autrement que soi et, pire encore, de les montrer du doigt. C'est un aspect important de la bienveillance : cesser de penser que celles et ceux qui font différemment de nous ont tort ou/et ne font pas ce qu'il faut. Un mode de pensée qui, à l'extrême, dessine un monde en noir et blanc : moi qui fais bien et toi qui fais mal ... parce que tu ne fais pas comme moi. Un mode de pensée qui conduit à penser du mal, à dire du mal voire à faire du mal à autrui qui ne fait pas comme moi. 3 modes de malveillance sont ainsi mis en évidence : par la pensée, par la parole et par les actes. Et inversement, la bienveillance passe également par ces 3 modes : pensée bienveillante, parole bienveillante et actes bienveillants.

Et s'il n'y a pas malveillance au sens strict, la non-bienveillance peut aussi prendre la forme d'absence de bienveillance, synonyme d'indifférence. Une indifférence qui dit qu'autrui ne mérite pas notre bienveillance et qu'il n'existe pas dans notre paysage. C'est un des points clés de la Bienveillance à 360° : la bienveillance n'est pas binaire (bienveillance ou malveillance) : la bienveillance comporte deux antithèses : la malveillance et l'absence de bienveillance. Sachant que la deuxième peut tout autant faire de dégâts que la première - voire plus - puisqu'elle peut reposer sur la négation de l'existence de l'autre. 

La bienveillance s'inscrit sur un continuum comportant 3 segments, un pour la malveillance, un pour l'absence de bienveillance et un pour la bienveillance. L'idée de continuum étant de mettre en évidence que la bienveillance est très plurielle. Elle se conçoit, s'observe et s'évalue avec une infinité de nuances, loin du noir et blanc.

























dimanche 2 août 2020

Agir au niveau de sa commune contre l'inceste et les violences faites aux enfants




Une information qui résonne avec l'actualité récente à Frontenac - village dans lequel j'habite en Gironde - dans lequel sévissait un cyber-pédophile.
Comme il l'est indiqué dans l'article, si on transpose à la France les résultats d'une étude réalisée aux USA sur l'inceste, environ 4 millions de personnes pourraient avoir été victime d'inceste dans leur vie en France. Un chiffre vertigineux qui, si on le rapporte au niveau de chaque commune, même des toutes petites comme Frontenac (environ 700 habitants) montre que statistiquement aucun de nos villages, et a fortiori aucune de nos villes n'est épargnée.
Il s'agit donc d'un sujet de société à interpeller à toutes les strates de notre société, y compris au niveau de la commune dans un état d'esprit qui pourrait paraître illusoire mais qui devrait dicter notre société : "Plus jamais ça !". Plus jamais d'actes d'inceste ET plus jamais de complicité ET plus de silence de celles et ceux qui taisent des faits connus ou suspectés (voire les étouffent).
Je lance l'idée que dans chaque commune une commission d'élus, de citoyens et de professionnels puisse à son échelle se saisir à bras le corps de cet enjeu, en lien avec la commission nationale évoquée dans l'article. Une bonne façon pour les nouveaux conseils municipaux et les communautés de communes de commencer une mandature dans une approche contributive de sa population sur un sujet qui devrait interpeller tout être humain.