mercredi 22 avril 2020

15 gestes de reconnaissance au quotidien pour une société de la Bienveillance

Vous voulez suivre l'actualité de ce blog ? Abonnez-vous ! 


Dans le cadre de la période de confinement engagée depuis mars 2020 et de la série de deux semaines consacrée à la reconnaissance au quotidien, j'ai fait évoluer un des deux modèles phares qui sont nés sur ce blog lesverbesdubonheur.fr : les gestes de reconnaissance au quotidien qui étaient au nombre de 13 depuis octobre 2017. Voici donc une nouvelle édition avec 15 gestes de reconnaissance que je mets en lien avec l'idée de société de la Bienveillance que je promeus depuis quelques mois suite au travail de modélisation de la bienveillance que j'ai entrepris depuis début 2019.

En quoi la reconnaissance contribue-t-elle à la constitution d'une société de la Bienveillance ? Les 15 gestes de reconnaissance au quotidien sont autant de manières diverses de veiller concrètement au bien sur 4 axes de bienveillance indissociables : autrui, communautés et collectifs auxquels on appartient, autres qu'humains (nature) et soi-même. Je reviendrai sur l'axe "moi" en fin d'article.

Autant de gestes de reconnaissance qui nécessitent une prise de conscience majeure qui fera l'enjeu central d'une société de la Bienveillance : la nécessité et le plaisir de se donner du temps pour apprécier le moment présent et ce qu'il nous apporte, et pour délivrer des gestes de reconnaissance de toutes sortes, en ne laissant de côté aucun de ces types de gestes, chacun ayant une véritable utilité.

Je détaille maintenant dans le présent article ces 15 gestes de reconnaissance en reprenant de la matière que j'avais déjà proposée pour les versions précédentes.

Pour celles et ceux qui se sont intéressées, ont relayé, voire ont utilisé l'édition précédente en 13 gestes, voici les 2 nouveaux gestes :
  • Envie de faire avec toi
  • Je t'ai écouté
Puisque que le sujet central est la reconnaissance, je tiens à exprimer ma reconnaissance à mon ami Christian Bruneteau car ces deux nouveaux gestes sont le fruit de nombreuses interactions que nous avons sur les sujets de la bienveillance et de la reconnaissance depuis plus d'un an. J'ai une pensée de gratitude également pour son fils Julien qui a contribué à l'inspiration du geste "Envie de faire avec toi".

Avant de détailler les 15 gestes, voici successivement

  • une vidéo d'un diaporama animé en musique, 
  • ce même diaporama animé consultable diapo par diapo
  • et l'image de ces 15 gestes de reconnaissance au quotidien.







Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

2 Gestes pour vivre ensemble

Regard et sourire
Quand on voit une personne de loin qui s'approche et qu'elle nous fait un grand sourire, en voilà un beau signe de reconnaissance ! Soit elle nous a déjà vu, et on peut facilement l'interpréter comme "Je t'ai reconnu" et "je suis content de te voir".
Soit, c'est une personne qui nous est inconnue - et on a tendance à penser qu'on lui est aussi inconnu, sauf si on est une personnalité publique - et on peut l'interpréter comme "Elle me trouve sympathique".
La sourire est un atout formidable pour le bonheur. Dans notre cerveau, nous avons des neurones un peu particuliers, les neurones miroirs qui instinctivement nous conduisent à reproduire les gestes que l'on voit en face de nous. Donc si une personne nous sourit, nous allons avoir une tendance à lui répondre par un sourire, un peu comme un bâillement appelle à un bâillement.
Alors, maintenant, il y a sourire et sourire. Certains sont forcés et ça peut se voir.
Un sourire authentique se repère par la contraction du muscle orbiculaire de l’œil. Ca a été observé par le neurologiste Duchenne de Boulogne, d'où l'appellation de ce sourire "le sourire de Duchenne".
Pour ma part, je trouve qu'un sourire authentique est aussi observable par l'intensité du regard. 
Régulièrement, j'aborde un sourire engageant dans les files d'attente aux caisses de supermarché et je m'aperçoit très souvent que ça a un effet contagieux.
Maintenant, n'oublions pas un préalable : le sourire nécessite d'abord de se regarder. Une évidence pas tellement évidente quand on se trouve dans une rame de métro ou dans un ascenseur.

Bonjour !
"Bonjour !" est un  signe de reconnaissance en soi, et vraiment au sens premier. Certains commerçants utilisent malignement le bonjour en y accolant notre nom ou prénom pour clairement nous indiquer qu'ils nous ont reconnu.
Dans certaines circonstances, le fait que quelqu'un que l'on connait peu nous appelle par notre nom a un effet positif sur nous : "tiens, il m'a reconnu; je ne pensais pas qu'il se souviendrait de moi". Alors si en plus il nous demande des nouvelles de notre enfant qui était malade la seule fois où on l'a vu, on peut se dire "Au moins celui-là, il écoute vraiment ce qu'on lui dit !"
Le "bonjour" est un signe de reconnaissance à la fois si simple et si compliqué. Si simple car il tient en deux syllabes, car il fait partie des habitudes qu'on nous a inculquées.
Si compliqué, car dans un monde où tout un chacun va plus vite (y compris les retraités) et n'a pas le temps de s'arrêter, un "bonjour" fait prendre le risque d'être en dehors des clous du programme de la journée. ce qui fait que de plus en plus, on fait des impasses. Et puis essayez de dire bonjour quand vous êtes scotché sur votre smartphone en train de marcher dans la rue : on ne peut plus se donner l'opportunité de reconnaître les personnes que l'on croise.
Pour certaines personnes, "bonjour" est un acte difficile parce qu'elles sont timides. Ce qui peut nous faire interpréter de la timidité pour de l'impolitesse, voire un signe volontaire de refuser une interaction.

5 Gestes pour coopérer

Bienvenue
"Bienvenue" s'exprime de manière très diverses et il est important qu'il y ait cohérence entre les différentes formes employées à un moment donné pour une personne donnée. Dire le mot "Bienvenue" et immédiatement après laisser la personne en plan, isolée dans son coin, fait partie des incohérences que l'on peut voir. Dans le milieu du travail, il y a aussi incohérence quand on dit "bienvenue" à un nouvel embauché et qu'en même temps son poste de travail physique n'a pas été réfléchi et qu'il va se trouver pendant quelques heures ou quelques jours sur le coin d'un bureau ou installé provisoirement dans une salle de réunion et dégagé plus ou moins gentiment chaque fois qu'une réunion a lieu.
Les bras ouverts est l'image qui me vient spontanément à l'esprit.
Si je dois retenir un seul mot pour symboliser un sujet qui m'est cher, à savoir la Qualité de Vie au Travail (QVT), c'est bien le mot "Bienvenue" que je choisis. Ce choix date depuis 4 à 5 ans, et il ne m'en est pas venu d'autres plus parlant depuis.
Un bienvenue qui comporte plusieurs dimensions :

  • bienvenue à toi en tant qu'individu,
  • à tes talents,
  • à ton savoir, ton savoir faire, ton savoir vivre,
  • à ton engagement,
  • ...

Je te fais confiance
A l'instar de "Bienvenue", la confiance s'exprime de manières très diverses. C'est un geste essentiel pour la santé mentale de la personne qui en bénéficie. C'est aussi facteur de bien-être psychologique pour la personne qui ressent et émet la confiance. A titre personnel, pendant mon parcours professionnel, j'ai été confronté à des contextes de confiance et de défiance. J'ai constaté en quoi le niveau de confiance a un impact énorme à la fois sur le bien-être psychique et sur l'efficacité interpersonnelle  et collective.
L'enjeu de la confiance va donc au-delà de celui de la reconnaissance.
Si la confiance peut s'exprimer diversement, j'insiste ici sur l'importance et l'intérêt de la verbaliser. Plus globalement, la verbalisation sincère de la reconnaissance est particulièrement impactante.

Je te porte attention
Porter attention à autrui n'est pas forcément considéré en première intention comme un geste de reconnaissance. On est dans une forme de reconnaissance qui ne porte pas ce nom, une forme de reconnaissance implicite. Etre à l'écoute de quelqu'un, veiller sur une personne constituent bien un geste de reconnaissance puisque c'est reconnaître que l'autre existe, qu'on s'intéresse à lui·elle voire même qu'on va prendre soin de lui·elle.
J'apporte un éclairage particulier sur ce point : l'importance de cultiver l'idée de l'Attention Réciproque, à savoir le fait qu'entre deux personnes ou deux collectifs on soit en capacité de comprendre la réalité de la vie de l'autre, de ses perceptions et de ses attentes. En ce qui concerne l'Attention Réciproque au travail, j'ai publié deux articles sur laqvt.fr Les enjeux de l'Attention réciproque et Concrétiser l'Attention réciproque.

Acte altruiste
A l'instar du geste précédent, c'est aussi un geste qui peut être vu comme de la reconnaissance implicite. Je signale que Mathieu Ricard a écrit un livre référence sur le sujet de l'altruisme : Plaidoyer sur l'altruisme. Il y distingue l'acte altruiste et l'intention altruiste. C'est bien l'acte altruiste qui constitue le geste de reconnaissance, acte qui possiblement n'est pas visible. C'est le cas d'une aide qu'on l'on va porter à une personne sans qu'elle en ait conscience. Dans ce cas précis, on est dans un cas de reconnaissance un peu particulier : un geste non visible mais qui est de fait un geste où l'on reconnaît l'existence de l'autre, ses attentes et où on se met en action pour l'aider.

Envie de faire avec toi
Prenons un exemple contraire : un enfant qui se heurte au refus d'un autre enfant à qui il demande de jouer avec lui. Exprimer à autrui l'envie de vouloir jouer avec lui, de vouloir travailler avec lui, de contribuer à un de ses projets parce qu'on trouve que ce projet a du sens, ... sont différentes façons de concrétiser ce geste. Un geste qui fleure bon l'enthousiasme et l'énergie. Un geste qui peut porter une dimension d'humilité quand on propose à l'autre de se mettre à son service ou au service de son projet.

6 Gestes pour valoriser

Je t'ai écouté
Quand nous avons été amenés à demander conseil à quelqu'un, qu'on a pris en compte son conseil et qu'il a porté des fruits, il est sain de se donner du temps pour revenir vers la personne auteur du conseil et de lui exprimer sa reconnaissance en la tenant au courant. Généralement, cela se conjugue avec l'expression de la gratitude. C'est d'autant plus facile à faire quand la dite personne n'a pas mis la pression pour savoir les suites de ses conseils. Outre le fait que, d'une certaine façon c'est justice de la faire, c'est aussi opportun pour conforter la personne que ses conseils sont les bienvenus. A l'inverse, une personne qui donne des conseils à une autre personne qui lui en demande et qui ne fait aucun retour et apparemment n'en tient jamais compte pourra se lasser et ne plus répondre aux demandes de conseils, voire réduire la fréquence des interactions.

J'aime !
Le fait qu'on nous dise qu'on aime ce qu'on est, ce qu'on fait, ... est un signe de reconnaissance qui nous fait un bien fou. Pour ce geste aussi, sincérité mérite d'être au programme. S'il y a supercherie dans l'air (pour obtenir quelque chose) ou si le "j'aime" est dénaturé tellement il est utilisé, un peu comme une ponctuation dans les phrases, évidemment sa portée sera différente, voire contre-productive.
A noter que comme pour le "merci" et le "bravo", le "j'aime" peut être conditionnel ou inconditionnel.
Exemple de conditionnel : "j'aime ton dernier tableau"
Exemple d'inconditionnel : "de toutes façons, ça n'est pas compliqué, j'aime tout ce que tu fais".
On a besoin du "j'aime" inconditionnel, mais gare au piège : si je réalise quelque chose qui sort de mes habitudes, dont je suis particulièrement fier, que j'attends un retour sur ce que je viens de faire, et que la personne en face me dise la phrase précédente, je me sentirai probablement frustré.
Avec les réseaux sociaux, nous sommes appelés à exprimer des "j'aime". De ce point de vue, on peut considérer que les réseaux sociaux offrent de nombreuses opportunités de donner et recevoir de la reconnaissance avec la possibilité d'aimer des pages, des articles, des gens avec la prudence de bien considérer le quantitatif et le qualitatif et de ne pas surinterpréter le quantitatif (comme le nombre d'amis sur Facebook, par exemple).

Merci !
C'est un signe important que l'on peut attendre en réaction à nos actes. Un peu comme une balance qu'il s'agirait d'équilibrer. Effectivement  dans notre enfance nous avons été habitués à retourner un "merci" pour les choses qu'on nous donne, pour l'aide qu'on nous apporte. C'est aussi considéré comme une forme de politesse.
Comme pour "bonjour", "merci" est à la fois simple et compliqué.
Simple comme "bonjour" (d'où l'expression, si si je vous assure ça vient de là ! ;-)) avec aussi deux syllabes et le fait que cela peut être intégré dans nos habitudes.
Compliqué, car certaines personnes sont mal à l'aise avec le "merci". Et pas seulement celui qui dit merci. En effet, on a toutes et tous croisé à un moment de notre vie des personnes qui montrent une gêne voire même quelques fois de la mauvaise humeur à être remerciées et encore plus si on veut leur donner en retour.
La gratitude est considérée par la psychologie positive comme un levier puissant et facilement activable du bien-être psychique ... pour celui qui ressent et donne de la gratitude.

Bravo !
S'il est vrai que "Bravo" a une proximité avec le "j'aime" dans certaines circonstances, il a tout de même la spécificité de reconnaître un effort, l'atteinte d'un résultat difficile. Il peut s'exprimer de manière bruyante (applaudissements) et donner lieu à un processus de contagion aboutissant à une expression d'un ensemble d'individus. Cela pouvant donner un impact émotionnel de forte intensité.
"Bravo", le superlatif de la reconnaissance ?


Mon point de vue constructif
A l'occasion de la première publication de mon travail sur les gestes de reconnaissance (6 gestes), Patrick Rosez, coach, a réagi en me suggérant d'ajouter un geste : le point de vue constructif. Sa suggestion relevant elle-même de ce type de reconnaissance. Monique Pierson, conférencière, a réagi par un commentaire mettant en évidence la vertu du "Oui ET" en lieu et place du "Oui MAIS".
Je trouve ce geste de reconnaissance très puissant. C'est un geste qui requiert une certaine habilité relationnelle, de la bienveillance et de la confiance de part et d'autre pour ne pas froisser la susceptibilité de celle·celui qui reçoit le point de vue constructif.

Propagation
Il me semble que s'il y a un signe de reconnaissance que l'on évoquera le moins facilement si on interroge quelqu'un sur la reconnaissance, c'est celui de la propagation. Ce sont tous les gestes dont on va bénéficier d'autrui qui va parler de nous, de nos actes, de nos réussites. Avec Internet et en particulier avec les réseaux sociaux, cette forme de reconnaissance prend une ampleur considérable : chaque fois qu'on va relayer un de nos contenus, y compris un contenu que nous-mêmes on a relayé, c'est un signe qu'on s'intéresse à ce qu'on fait et aussi à nos sujets d'intérêts.
Evidemment un simple clic pour relayer n'aura pas le même impact que relayer une information en explicitant la raison pour laquelle on la relaie.

2 Gestes pour unir

En accord
Exprimer à autrui qu'on est d'accord avec lui·elle est une première façon d'aborder ce geste de reconnaissance. On peut le dire verbalement. Ce peut être aussi une affaire de gestuelle. La plus classique étant d'opiner du chef. Dans certains collectifs de travail, une façon muette d'exprimer son accord avec un propos lors d'une réunion est de lever les deux pouces. En tant que conférencier, je ressens tout l'impact positif et stimulant des personnes qui opinent du chef quand j'expose des idées.
Une autre façon d'aborder ce geste est la synchronisation des émotions. Rire à une plaisanterie faite par quelqu'un est un signe de reconnaissance qui lui est envoyé. Vivre pleinement ses émotions à voir en direct et en public une pièce de théâtre donne de la reconnaissance aux comédien·ne·s, au metteur en scène et le cas échéant, à l'auteur s'il est présent.
A l'instar d'autres gestes de la reconnaissance, comme la confiance, ce geste sera d'autant plus efficace et plein qu'il est authentique. 

Je t'aime
Ce "Je t'aime" va au-delà de sentiments exprimés à l'attention d'une personne dont on est amoureus·e. Il exprime une affection inconditionnelle qui peut aller aussi à ses enfants, à ses parents, à ses sœurs et/ou frères, à ses amis. Une façon d'exprimer à autrui qu'il est important à nos yeux.


Antithèse de ces 15 gestes

J'ai également fait évoluer l'antithèse des gestes de reconnaissance au quotidien. Voici ce que cela donne :



J'ai consacré en janvier 2019 l'article Antithèse des 13 gestes de la reconnaissance au quotidien à l'antithèse des 13 gestes de l'édition précédente.

Pour finir ... une cerise sur le gâteau

On mérite certainement plus de reconnaissance qu’on en reçoit et quelques fois on se met dans une posture d'attente de cette reconnaissance. Certaines personnes sont entraînées dans une fuite en avant infernale quand elles redoublent d'efforts pour obtenir une reconnaissance qui n'est jamais à la hauteur de ce qu'elles attendent avec une inexorable conséquence : un bain d'amertume.

MAIS la bonne nouvelle, ce qui est super plus efficace, motivant et bénéfique, c’est de faire ce qui est totalement à notre portée et presque sans limite …
… DONNER DE LA RECONNAISSANCE
Parce qu’en donnant de la reconnaissance, on se fait un cadeau à soi-même  !
"Comment donc ?" me direz-vous !

Je m'explique : pour donner de la reconnaissance, il faut déjà être en capacité d'apprécier un geste d'autrui. Dès lors qu'on apprécie, on ressent une émotion positive (joie, amusement, émerveillement, ...). Premier cadeau.
Puisqu'on a attribué le geste à une personne ou à un groupe de personne, on va ressentir de la gratitude, autre émotion positive. Deuxième cadeau.

Donc donner de la reconnaissance, c’est bon pour soi, c’est bon pour le bénéficiaire !

Je rappelle mon travail de modélisation du processus la gratitude.

Je rappelle aussi que l'équipe éditoriale de laqvt.fr a décliné pour la sphère professionnelle l'édition des 10 gestes de reconnaissance au quotidien. Lien vers l'article de synthèse des différents articles publiés sur laqvt.fr
J'en profite pour remercier Caroline Rome, Dominique Poisson et Céline Bou Sejean des belles déclinaisons qu'elles ont réalisées.

Les deux schémas sont téléchargeables au sein d'un document au format pdf.

lundi 20 avril 2020

La bienveillance en pensées, en paroles, en actions, ...


« J'ai péché en pensée, en parole, par action, et par omission ... ». La séquence "pensée, parole, action"  de cet extrait de "Je confesse à Dieu (Confiteor Deo)" (1)  m'est revenue en tête il y a quelques jours, réminiscence de l'enfant de chœur que j'ai été pendant quelques années - il y a fort longtemps.

J'y ai vu un rapprochement avec un processus de base des techniques comportementales et cognitives (TCC)  décrivant un cheminement entre pensées, émotions et comportements. Un cheminement dont je me suis inspiré pour un schéma montrant en quoi la bienveillance d'une part et la malveillance d'autre part pouvaient se construire à partir d'une même situation :


Le cheminement de la bienveillance démarre par l'observation d'une situation à travers ce qu'elle a de positif et aussi de ce en quoi elle nécessite que je prête attention : à autrui, à ma santé, aux communautés et collectifs auxquels j'appartiens, et à la nature. Cette observation me conduit à avoir une pensée non-jugeante qui accueille. Ce qui conduit plus facilement à une émotion positive qui me mettra dans les meilleurs conditions pour un comportement bienveillant et bientraitant.

A l'inverse, le cheminement de la malveillance commence par une observation qui relève d'une mauvaise habitude : je ne vois que les choses qui me déplaisent et qui vont m'amener à des pensées jugeantes et négatives. En conséquence, des émotions négatives (colère, peur, tristesses) vont surgir induisant des comportements négatifs ayant souvent des impacts négatifs pour autrui et pour moi.

Je vous propose de placer l'enjeu de la bienveillance sur un processus étendu par rapport à celui inspiré des TCC : il introduit la prise de décision et décompose le comportement en deux : la parole et l'action :


Quelques mots sur chaque étape de ce processus, caractérisée chacune par un verbe (pour mettre de la résonance avec le titre de ce blog : les verbes du bonheur) :

  • Observer : imaginez-vous regarder le paysage devant vous : le ciel est tout bleu, sauf au loin à droite où un nuage tirant vers le noir fait contraste. Le risque est de focaliser sur ce nuage malgré le reste du paysage. Une observation bienveillante relève de deux logiques : prendre en compte les aspects positifs à leur juste mesure, voire focaliser sur le positif. La deuxième logique est d'observer ce qui nécessite de prendre soin (la partie "veille" du mot "bienveillance")
  • Penser : l'être humain cherchant bien souvent à donner du sens, à interpréter ce qu'il voit, la pensée bienveillante s'efforce déjà de ne pas être jugeante (jugement négatif). Elle est indulgente si l'observation relève objectivement quelque chose qui ne va pas. Un enjeu est de trouver le bon équilibre entre indulgence et complaisance. La bienveillance n'étant pas complaisance, ni avec autrui, ni avec soi-même. Elle comporte une dimension d'exigence ; d'ailleurs qui cherche à incarner la bienveillance, comprend en quoi la bienveillance est exigeante en soi.
  • Ressentir : Une pensée bienveillante amène à ressentir une émotion positive. Cela peut-être de l'amour dans un élan qui vient du cœur et qui pourrait se concrétiser afin de prendre soin d'autrui. Cela peut-être aussi un sentiment de gratitude qui pourra conduire à un comportement d'expression de la gratitude.
  • Décider : Quand on est dans une émotion positive, il est plus facile de prendre une décision qui prend en compte les parties prenantes concernées en adoptant une approche gagnant-gagnant ; une approche qui prend aussi en compte soi-même. Prendre en compte est une chose, co-décider, c'est encore mieux car cela permet à chaque partie prenante d'exprimer sa réalité, sa perception, ses attentes, ses besoins, ses aspirations (lien avec l'Attention Réciproque), C'est pour beaucoup avec le verbe "décider" que les 4 axes indissociables de bienveillance sont investis avec conscience (moi, autrui, communautés et collectifs, la nature)
  • Dire : le premier des 4 accords toltèques est  : "Que votre parole soit impeccable". Une parole sincère, qui dit vraiment les choses, qui crée de la résonance entre ce que l'on pense et ce que l'on dit, en y mettant les formes. Quand on sent que l'interaction par la parole pourra créer une tension pour soi ou pour l'autre, il est fortement conseillé d'utiliser des outils comme la Communication Non Violente (CNV). Il faut prendre garde d'une dérive classique dans les relations de proximité : plus on se sent proche de quelqu'un, plus on s'autorise à dire les choses vertement, sans gants, à rabrouer, à utiliser des mots crus, ... Dire avec bienveillance permet de prendre soin à la fois de l'autre, de soi et de la relation.
  • Agir : "Dire" et "Agir" ne se suivent pas systématiquement : quelques fois, la décision se traduit directement par un acte. Quelques fois, la parole ne débouche pas sur une action. C'est notamment quand la parole exprime une intention et que finalement l'acte ne suit pas. En cela, il faut dire qu'une intention bienveillante qui ne se traduit pas par un acte (faute de temps, faute d'attention, oubli, ...) ou qui se traduit par un acte malveillant ou sans bienveillance est un raté de la bienveillance.

Un enjeu important que l'on peut déduire de ce processus est que la façon dont nous observons et pensons est déterminant sur le niveau de bienveillance de nos paroles et de nos actes. Autrement dit, la qualité de nos paroles et de nos actes dépend de la qualité de notre attention et de nos pensées (et de nos croyances qui créent des pensées automatiques puis possiblement des émotions et des comportements automatiques).

Lorsque le comportement est une interaction avec autrui, la personne en face peut être invitée (formellement ou non) à réagir (notion de "feedback") en mettant de la bienveillance dans le même type de processus (observer, penser, ressentir, ...). Ainsi l'interaction sera bienveillante et si cela devient récurrent, c'est la relation qui pourra être qualifiée de bienveillante.

Travailler la bienveillance sur ces différents verbes se réalise sur deux registres : la fréquence et l'intensité : augmenter la fréquence et l'intensité de la bienveillance, et diminuer la fréquence et la gravité de la malveillance. Ces différents fils à tirer pour améliorer la bienveillance sont résumés dans les deux tableaux suivants.



L'augmentation de la bienveillance et la diminution de la malveillance sont deux grands mouvements de la dynamique en 3 mouvement que j'ai décrite dans la diapositive ci-dessous que j'ai publiée récemment dans l'article Confinement, bienveillance et reconnaissance : fin de parcours


Et en cela, la bienveillance est exigeante car elle nécessite de jouer sur plusieurs fronts indissociables (les verbes évoqués précédemment). Inversement la malveillance peut venir de n'importe quel front que l'on n'aurait pas investi et de toute maladresse que l'on pourrait commettre. Sans oublier que bienveillance jouée et donnée n'est pas forcément bienveillance reçue. Ce qui n'est pas le moindre des enseignements à retenir sur la bienveillance : chacun voit midi à sa porte et chacun a sa propre conception, sa propre histoire, ses propres attentes, sa propre sensibilité de la bienveillance avec un grand malentendu de réciprocité : on juge la bienveillance des autres sur leurs actes alors qu'on voudrait qu'on juge la nôtre sur nos intentions !


(1) Il m'a fallu faire une recherche sur internet pour retrouver cette référence religieuse.


mercredi 15 avril 2020

Parallèle entre enjeux de confinement et enjeux de perte de poids


En cette période de confinement, et alors qu'on parle largement à la fois de déconfinement et de l'après-confinement qui pourrait ne plus être jamais ce qu'il a été avant le confinement, je vous propose de considérer le confinement comme l'opportunité d'opérer des changements durables sans attendre l'après-confinement.


Deux approches pour perdre du poids, dont la première ne fait pas le poids

Pour qui veut perdre du poids, existent grosso modo deux approches :
  • un régime pour un temps plus ou moins long
  • un changement des habitudes alimentaires couplé avec d'autres changements d'habitudes de vie
J'appelle le mode "régime" (qui par beaucoup de facettes relève aussi de la mode), le "mode apnée". En effet, on adopte un régime plus ou moins drastique le temps d'atteindre un poids donné. Une fois ce poids atteint (ou pas, parce qu'on peut abandonner avant), on revient aux "bonnes habitudes" avec un effet rebond important parce qu'on a été en manque d'un certain nombre de petits et grands plaisirs et qu'on a besoin de rattraper la période passée placée sous le poids de la frustration. Et ça procure énormément d'un plaisir éphémère de pouvoir compenser. A l'image d'une longue inspiration que l'on prendrait après avoir retenu sa respiration pendant quelques dizaines de secondes. D'où le terme "apnée". Vous me voyez probablement venir avec un parallèle avec la sortie du confinement, mais un peu de patience. Avant d'en arriver là, considérons que ce mode provoque très souvent un cercle vicieux ou une sinusoïde alternant période d'apnée, puis période de reprise de poids, puis apnée, ... Le corps est ballotté, le mental aussi dans ce yoyo qui a tendance aussi à donner le tournis à l'entourage. Par contre, c'est évidemment bon pour le chiffre d'affaire de toutes les activités économiques qui voient revenir vers elles périodiquement les clients qu'elles ont eus pendant un temps.

Dans la deuxième approche, il ne s'agit pas de se mettre en mode guerrier pendant un temps mais de changer plus ou moins profondément son rapport à la nourriture, à son hygiène de vie, à la nature, à soi, possiblement selon 4 axes de ma deuxième modélisation de la bienveillance :
  • moi, l'image que j'ai de moi-même et mes aspirations les plus profondes,
  • moi en tant que tout : mes organes,
  • moi en tant que membre de "tout" : notamment les impacts sur mon entourage familial et ma prise de conscience de faire partie de la nature qui m'offre des produits dont certains peuvent être cultivés sans pesticides
  • autrui : l'image que je donne aux autres.
Le changement opéré ne se veut pas éphémère : il se veut comme un tournant dans la vie et constituera une nouvelle façon de vivre sa vie, notamment au niveau de son hygiène de vie. Il s'agira aussi de la découverte de nouveaux plaisirs, notamment gustatifs, à travers des produits sains.
On découvre ainsi que les anciennes habitudes alimentaires tournaient avec quelques produits et recettes toujours les mêmes, et qu'en éliminant des produits malsains et en réduisant les quantités, en réalité on ouvre une palette beaucoup plus large en mettant la curiosité dans la boucle. Et si le cas échéant est intégrée une dimension d'activité physique qui était absente ou insuffisante, il y a aussi le plaisir de se bouger, de se dépenser et de détendre le corps et l'esprit.

Ces deux mêmes types d'approche pour la confinement ?

Pendant le confinement, il y a des modifications, des adaptations de nos modes de vie qui s'imposent d'elles-mêmes en quelque sorte. D'autres relèvent de notre choix entre plusieurs façons de faire dont certaines peuvent résulter de notre créativité, de l'inspiration de ce que font d'autres personnes (de notre entourage ou à travers des pratiques recensées sur Internet). Sachant que le risque dans une telle période est de chercher des compensations (notamment la nourriture - sucré, salé, gras - , l'alcool, la cigarette, ...). En notant que dans "confinement", il y a la même racine que dans confis, confiture, confiserie.

La question fondamentale que je vous propose de vous poser est la suivante : modifications et adaptations pour combien de temps ? Le temps du confinement ? Et que va-t-il se passer dès le déconfinement ? Un effet rebond, une grande inspiration après une apnée ? Reviendrons-nous à nos bonnes et moins bonnes habitudes ?

Je vous propose de considérer ce confinement comme l'opportunité de changer certaines habitudes de votre vie, non pas le temps du confinement, mais de manière durable, à l'instar de la deuxième approche pour perdre du poids.

Dans quels domaines ? Ils peuvent être très diverses et à chacun de profiter du confinement pour :
  1. se relier à ses aspirations les plus profondes et à envisager quels changements pourraient être initiés pendant ce confinement ou renforcés ; peut-être les avez-vous déjà initiés à l'occasion du confinement ?
  2. interroger dans vos habitudes de vie ce qui constituent des petits cailloux dans vos chaussures et/ou les petits cailloux que vous mettez dans les chaussures de vos proches ; des petits cailloux qui sont d'autant plus irritants dans un contexte de promiscuité
Je donne quelques exemples, un peu sous la forme d'une liste à la Prévert :
  • changer mon mode d'approvisionnement des fruits et légumes en privilégiant le local, les circuits courts, la saisonnalité, le bio, ... ce qui aurait un impact sur la qualité de l'alimentation
  • mutualiser des outils avec des voisins
  • prendre à bras le corps ma tendance à m'énerver pour un rien
  • donner plus d'autonomie à mon enfant et être moins sur son dos
  • créer mon potager
  • arrêter d'acheter des bouteilles d'eau
  • composter les restes de mes fruits et légumes
  • arrêter d'acheter des vêtements et des objets décoratifs tous les 4 matins ; régulièrement, je m'aperçois que je jette des choses qui sont encore réutilisables simplement parce que je n'ai plus de place pour les stocker et il faut que j'en crée pour des choses que je vais acheter dont une partie ne sera guère utilisée
  • je m'aperçois que je peux faire mes courses qu'une fois par semaine et que je n'ai pas besoin d'y aller tous les deux jours
  • je vais garder l'habitude d'appeler ma mère très régulièrement et d'utiliser la vidéo
  • j'ai découvert les joies de faire un journal de gratitude ; il n'y a pas de raison que je l'arrête à la fin du confinement
  • j'apprends à faire une seule chose à la fois et je me sens moins stressé
  • chaque matin, j'ai décidé de me programmer dans la journée une ou deux activités plaisir et de les vivre pleinement
  • cette période de confinement me fait poser question sur le sens et l'utilité de mon métier ; en tout cas, je ne veux plus jamais le faire comme avant
  • ...
Si l'après-confinement s'entend souvent au niveau sociétal, nous pouvons chacun de nous nous saisir de cette période de confinement pour initier et renforcer des changements durables d'habitudes de vie.
En cela, cela fait écho à la signification du mot "crise" en chinois : la combinaison de deux idéogrammes : danger et opportunité. L'opportunité à saisir non pas seulement demain par la société, mais dès aujourd'hui au niveau individuel et familial.


lundi 13 avril 2020

Reconnaissance et société de la Bienveillance

Article révisé et complété le 23/4/2020 suite à la nouvelle édition des gestes de reconnaissance avec 15 gestes.



En cette période de confinement, j'ai une pensée pour celles et ceux qui n'ont personne pour les aimer (15), qui ne reçoivent pas de sourire (1), à qui l'on ne dit pas bonjour (2), qui sont dans des collectifs - notamment de travail - où ils·elles ne se sentent pas les bienvenu·es (3), dans un climat de défiance (4), sans attention portée à eux·elles (5), sans acte altruiste à leur bénéfice (6), sans personne voulant travailler ou jouer avec elles·eux (7), personne pour tenir compte de leur avis (8), personne pour apprécier ce qu'ils·elles font (9), personne pour les remercier (10) ou les féliciter (11), personne pour leur faire des retours constructifs (12), personne pour partager leurs publications sur les réseaux sociaux (13), sans signe qu'on peut être d'accord avec eux·elles (14) et personne qui ne rit quand ils·elles essayent d'être drôles (14).



Certaines personnes sont effectivement privées de tous signes de reconnaissance ou de beaucoup de ces gestes. Heureusement que pour beaucoup, s'il y a manque de reconnaissance ou non reconnaissance, elle ne concerne pas tous les gestes de reconnaissance ni l'ensemble des écosystèmes d'appartenance (famille, travail, amis, quartier, association, ...).

D'autres ne sont pas en capacité de voir les signes de reconnaissance qui leur sont envoyés et ont l'impression d'être sous-reconnus. Et c'est important de prendre conscience que la reconnaissance revêt une dimension objective et une dimension subjective. On peut aussi voir la reconnaissance comme un signal envoyé par un émetteur et reçu par un récepteur. Il peut y avoir une distorsion ou une perte de signal : la reconnaissance n'est pas forcément reçue au niveau où elle a été émise. Maintenant, ce n'est pas parce qu'elle n'est pas accueillie à sa juste mesure qu'elle n'a pas produit un effet positif (éventuellement inconscient).
Il en est de même pour la bienveillance :


D'autres encore vont focaliser sur les signes de reconnaissance qui leur manquent et occulter la reconnaissance dont ils·elles bénéficient. Les feedbacks ont été analysés par un économiste italien ; c'est le concept de ligne de Losada (nom de cet économiste) qui met en évidence que les feedbacks  négatifs pèsent 3 fois plus que les feedbacks positifs. Il faut donc délivrer dans une équipe de travail au moins 3 fois plus de feedbacks positifs que de feedbacks négatifs (et vous serez probablement d'accord avec moi qu'il y a du boulot en la matière dans le monde du travail d'aujourd'hui). Dans le même ordre d'idée, on sait que l'être humain est plus marqué par des perspectives de perte que de gain (une perspective de perte de 100€ pèse autant qu'un gain de 200€). Donc un signe de non reconnaissance ou le manque de reconnaissance peuvent marquer significativement notre moral alors que par ailleurs la vie nous offre de belles choses.

Et c'est bien une conscience juste, une forme de lucidité, une capacité à l'appréciation et à la gratitude, et la régulation des émotions et de l'humeur qui permettent d'avoir un panorama plus juste de la reconnaissance qui nous est donnée. Cela nous permet aussi de relativiser.

Evaluation de la reconnaissance

Il y a aussi besoin de sortir d'une vision noir ou blanc qui ferait que notre situation de reconnaissance serait merveilleuse ou nulle. On pourrait se dire que la reconnaissance se mesure sur 10 et que chacun pourrait évaluer son niveau de reconnaissance entre 0 et 10.

Mes deux schémas sur les gestes du quotidien - 15 gestes de reconnaissance (cf image ci-dessous) et 15 gestes antithèses(cf image en début d'article) - permettent déjà de discriminer en fonction des types de gestes. Par exemple : on me dit facilement bonjour, on me fait confiance, mais personne ne vient m'aider quand je suis en surcharge.




Par ailleurs, il est possible d'évaluer les 15 gestes dans chacune des sphères de vie. Dans certaines sphères les gestes de reconnaissance seront plus nombreux et/ou plus significatifs que dans d'autres.

Reconnaissance attendue, reçue - Reconnaissance donnée

Comme vous le constatez, je m'exprime dans cette publication sous l'angle de la reconnaissance que l'on reçoit (qui nous est donnée). L'évaluation mérite aussi d'être réalisée sous l'angle de la reconnaissance que l'on donne (en se posant la question de la façon dont elle est reçue). Concernant l'évaluation de la reconnaissance l'on pourrait donner et que l'on ne donne pas, il est intéressant de se demander quels sont les freins : manque de temps ? manque d'attention ? manque d'entrain ? logique comptable (je ne veux pas en donner parce qu'on ne m'en donne pas) ? ...

Une évaluation posée et sans complaisance sur soi-même de la reconnaissance qu'on donne permet souvent de relativiser ses propres frustrations de reconnaissance. Quand on prendre conscience qu'on a des marges de progrès plus ou moins importantes de distribution de sa reconnaissance à autrui, on devient probablement plus indulgent par rapport aux marges de progrès des autres vis-à-vis de soi-même. Autrement dit, mes frustrations de manque de reconnaissance sont peut-être à la hauteur de la frustration que je te crée en ne me donnant pas le temps de te donner plus de reconnaissance.

Il est important de remarquer que la reconnaissance que l'on attend dépend peu de nous (malgré nos gesticulations quelques fois maladroites) alors que bien évidemment la reconnaissance que l'on donne est très souvent à notre portée.

Et donc plutôt que de focaliser chacun sur notre manque de reconnaissance, consacrons-nous à la reconnaissance que l'on donne. Si cette dynamique est généralisée : toute reconnaissance donnée a le potentiel de devenir de la reconnaissance reçue. Dans une telle dynamique généralisée, tout individu est potentiellement à la fois distributeur de reconnaissance et receveur de reconnaissance.
Le deuxième avantage très substantiel d'une telle culture étant, qu'à de rares exceptions près, les gestes de reconnaissance donnés procurent du bien-être pour son auteur. Autrement dit, quand tu distribues un geste de reconnaissance, tu te fais déjà du bien à toi-même. Il s'agit donc d'une logique gagnant-gagnant et d'un cercle vertueux (ou spirale ascendante) :

  • gagnant pour le distributeur de reconnaissance
  • gagnant pour le receveur de reconnaissance
  • gagnant pour l'écosystème dont le climat va s'en ressentir et dans lequel les interactions seront stimulées et valorisées
  • gagnant pour les écosystèmes voisins par effet de contagion
Chaque gagnant se trouvant motivé à délivrer de plus en plus de gestes de reconnaissance et à apprécier de plus en plus ceux qu'il reçoit.

Reconnaissance et lien avec la société de la Bienveillance

En quoi la reconnaissance contribue-t-elle à la constitution d'une société de la Bienveillance ? Les 15 gestes de reconnaissance au quotidien sont autant de manières diverses de veiller concrètement au bien sur 4 axes de bienveillance indissociables : autrui, communautés et collectifs auxquels on appartient, autres qu'humains (nature) et soi-même.

J'ai classé les 15 gestes dans 4 catégories qui constituent des enjeux de bienveillance (avec 4 verbes) :

  • bien vivre ensemble : avec des gestes qui sont à la base de tout : regard, sourire et bonjour pour amorcer une interaction et signifier à l'autre qu'il·elle existe et qu'il·elle mérite qu'on s'arrête pour lui·elle
  • coopérer : ma conviction est que la société de la Bienveillance sera forcément et fortement coopérative ; des collectifs et communautés où l'on sait accueillir, intégrer, faire confiance, porter attention, s'entraider, exprimer l'envie de travailler mutuellement les uns avec les autres.
  • valoriser : la culture du feedback est complètement indissociable de celle de la bienveillance ; tous les gestes de valorisation naissent de l'attention et de la curiosité qu'on porte aux actes d'autrui, d'une appréciation, de la gratitude qui vont donner l'impulsion de l'expression d'un "j'aime", d'un "merci", d'un "bravo", d'un avis constructif et l'envie de faire connaître autour de soi les belles choses que l'on a vu et qui nous ont marqué
  • unir : nous avons besoin de relation de proximité, de nous sentir en harmonie, en accord et d'exprimer notre amour, notre amitié et de l'accompagner par des actes d'attention et de soin pour celles et ceux que nous aimons.

Autant de gestes de reconnaissance qui nécessitent une prise de conscience majeure qui fera l'enjeu central d'une société de la Bienveillance : la nécessité et le plaisir de se donner du temps pour apprécier le moment présent et ce qu'il nous apporte, et pour délivrer des gestes de reconnaissance de toutes sortes, en ne laissant de côté aucun de ces types de gestes, chacun ayant une véritable utilité.

La culture de la distribution de la reconnaissance et de l'appréciation de la reconnaissance reçue font clairement partie du socle de la société de la Bienveillance à laquelle j'aspire.

dimanche 12 avril 2020

Confinement, bienveillance et reconnaissance : fin de parcours

Ce dimanche 12 avril 2020 s'achève le parcours que je vous ai proposé il y a deux semaines jour pour jour, le dimanche 29 mars 2020 autour de la reconnaissance et de la bienveillance En cette période de confinement, la cellule familiale, territoire de bienveillance et de reconnaissance.



Je l'ai moi-même décliné dans mes écosystèmes d'appartenance, jour après jour, et j'espère qu'il vous aura donné des petits trucs, des stimulations pour apporter de la fluidité dans cette période propices aux tensions intrapersonnelles et interpersonnelles. L'objectif étant aussi de commencer ou de poursuivre un cheminement de transition, en souhaitant que vraiment l'après confinement s'ouvre sur un monde avec plus d'humanité et plus de coopération au sein de la biosphère, avec les autres qu'humains et une utilisation raisonnable et respectueuse des ressources de la nature.

En janvier 2019, j'avais réalisé un schéma donnant l'antithèse des 13 gestes de reconnaissance au quotidien. La voici mise à jour avec le 14ème geste :


Ce schéma met en évidence que l'antithèse de la reconnaissance relève de deux types :

  • l'absence de reconnaissance et donc l'absence des gestes promus dans les 13+1 gestes de reconnaissance ; une absence non intentionnelle qui est souvent causée par le manque de temps 
  • la non reconnaissance ou le déni de reconnaissance qui consiste à refuser ostensiblement la reconnaissance : refuser de remercier, refuser de faire confiance, ne pas vouloir aider voire mettre des bâtons dans les roues, ...
On peut ainsi tracer un continuum allant du moins reconnaissant au plus reconnaissant, avec 3 segments : 
  • la non reconnaissance et le feedback négatif
  • l'absence de reconnaissance et l'absence de feedback ; ce segment n'étant absolument pas neutre et créant clairement des risques à la santé mentale
  • la reconnaissance et le feedback positif.
Puisque ce parcours m'a permis de croiser la reconnaissance et la bienveillance, je veux mettre en évidence ici que s'agissant de la bienveillance, nous retrouvons dans ma modélisation de la bienveillance le même type de continuum avec les 3 segments :

  • la malveillance
  • l'absence de bienveillance ; ce segment étant lui aussi non neutre et porteur de risques pour la santé mentale
  • la bienveillance.


Et puisqu'une de mes motivations à la création de ce parcours était de réduire les risques de tensions et d'agressivité (voire de violences) au sein des foyers, il me semble important en cette fin de parcours de situer les enjeux de la bienveillance, qui vont au-delà de ne pas franchir le terrain de la malveillance, de la maltraitance, de la violence ... 

Et pour ce faire je m'appuie sur le tableau suivant de ma conception :

Je distingue 3 types d'actes :
  • faire du bien
  • faire du mal
  • signaler/dénoncer le mal (notamment fait à autrui, mais aussi à soi-même)
Et il y a l'antithèse :
  • ne pas faire le bien que l'on pourrait faire
  • ne pas faire du mal alors qu'on pourrait être tenté de le faire parce que c'est la facilité (s'énerver verbalement contre quelqu'un, donner une gifle à un enfant, ...)
  • ne pas signaler/dénoncer le mal (par exemple des violences apparemment commises chez les voisins du dessus)
De ce tableau j'ai déduit 3 dimensions ou 3 dynamiques indissociables de la bienveillance (Bienveillance 3D) :


En notant bien que la bienveillance ne saurait se limiter à ne pas être malveillant. Ces trois dimensions étant présentées dans une logique du "ET" : il faut travailler à la bienveillance sur ces trois dimensions, en n'en laissant de côté aucune.

Et j'ai déduis 3 types d'accro possibles de la bienveillance :


Je les ai rangés par ordre décroissant de gravité. Ils apparaissent dans une logique de "OU" : une quelconque de ces situations pose un problème de bienveillance.

Et la bienveillance maintenant, c'est le déconfinement ?

En cette période de confinement, j'espère avoir toute la lucidité et la reconnaissance suffisante pour avoir suffisamment conscience de ce en quoi ma situation de confinement est facile.

Une partie de moi me fait espérer que cette période de confinement inscrira dans notre société et dans notre quotidien des habitudes de comportements coopératifs suffisamment fortement pour qu'ils se substituent à d'autres habitudes caractéristiques de la société de consommation et de la compétition. Et pour ce faire, il faut que cette période dure suffisamment longtemps. Par ailleurs, il y a ma bienveillance pour les soignants qui me fait être convaincu que cette période doit durer le temps qu'il faut pour ne pas les mettre dans des situations encore plus difficiles et dramatiques que maintenant, et notamment ne pas créer de situations où ils seraient obligés de sélectionner les personnes qui pourraient être sauvées (les autres ne pouvant l'être faute notamment de respirateurs).

Et une autre partie de moi pense à toutes les personnes qui souffrent par peur du virus, par angoisse face à l'avenir, en difficulté financière, en tension dans un quotidien de promiscuité, éloignées de leurs proches, loin de chez elles (notamment celles bloquées à l'étranger), dans la solitude, dans la faim, qui voient jour après jour se rapprocher la menace d'une faillite, qui sont en attente d'une opération jugée non urgente ou d'une consultation qui leur permettrait de soulager leur quotidien ... Ma bienveillance voudrait que le déconfinement démarre le plus vite possible.

Cette ambivalence montre que la bienveillance n'est pas chose facile et qu'il faut savoir hiérarchiser. La hiérarchisation amenant à des prises de décisions qui ne sont jamais neutres et font souvent des victimes directes ou collatérales.

La bienveillance doit aller aussi envers celles et ceux qui doivent prendre des décisions au nom d'une communauté (local, régionale, nationale, internationale) : il est tellement facile de critiquer dans son fauteuil. Bien que très vigilant à mettre le juste niveau d'indulgence, je me surprend moi aussi à émettre des jugements sans indulgence vis-à-vis de certaines décisions qui me semblent peu rationnelles. C'est donc un vrai effort d'indulgence dont nous avons besoin. Ce qui ne veut pas dire non plus que nous ne devons pas avoir un esprit critique.

J'aurai l'occasion de publier d'autres articles autour de la bienveillance et n'hésitez pas à exprimer vos avis, questions, attentes, témoignages, ... sur le sujet en mettant un commentaire à cet article.

Confinement, bienveillance et reconnaissance - Episode 14 : Je t'écoute

Bonjour, nous voici arrivés à la fin de ces deux semaines.



Comme annoncé dans ma publication En cette période de confinement, la cellule familiale, territoire de bienveillance et de reconnaissance de dimanche 29 mars 2020, voici donc le dernier épisode d'une série de 14 articles autour des 13+1 gestes de reconnaissance au quotidien que je rappelle dans le schéma ci-dessous.



Je rappelle que ce "travail" de transition intérieure et intrafamiliale que je vous propose en cette période de confinement répond à deux motivations :
  • Une motivation par rapport à l'avenir : préparer et renforcer les bases d'une société de la bienveillance pour l'après confinement
  • une motivation immédiate renforcée par les chiffres évoqués par le ministre de l'intérieur sur l'augmentation des violences conjugales : le confinement fait porter des risques sur les femmes, les enfants, les relations et l'ambiance de la cellule familiale. Cultiver la bienveillance et la reconnaissance dans cette période est une action de prévention des tensions et des violences.
En ce dimanche 12 avril 2020, 14ème et dernier jour de ce parcours, nous nous intéressons au 14ème geste : Je t'écoute

Mon invitation est que vous vous donniez du temps pour écouter avec empathie et aussi à revenir vers les personnes qui vous ont inspiré et de les remercier ... dans vos écosystèmes (notamment le foyer) et dans vos interactions.

"Je t'écoute" est présenté dans le diaporama suivant selon 4 axes de bienveillance :
  • autrui (axe le plus naturel quand on évoque la bienveillance)
  • soi-même
  • les collectifs et communautés auxquels ont appartient, et ici en particulier le foyer, en période de confinement
  • la nature





Ce diaporama au format pdf.

Je donne une précision sur ce 14ème geste qui s'ajoute à l'édition d'octobre 2017 promouvant 13 gestes de reconnaissance au quotidien : à l'occasion des nombreux échanges avec mon ami Christian Bruneteau, et grâce à lui, m'est venue l'idée de ce 14ème geste. Mutuellement nous avons échangé des avis, des conseils, et régulièrement ils ont été inspirants, guidants et nous nous sommes apportés le geste de reconnaissance de dire l'un à l'autre que nous les avions écouté et qu'ils avaient été bénéfiques. Le fait de dire à une personne que l'on a pris en compte son avis est un geste de reconnaissance de valorisation. Pour autant, il ne faut pas que cela relève d'une obligation : la personne qui donne un avis, un conseil, une suggestion, ... n'a pas à attendre ni à exiger que la personne à laquelle elle s'adresse lui rapporte si (quand) elle en a tenu compte, complètement ou partiellement. Selon moi, c'est un geste qui ne peut s'entendre que spontané.

En voulant intégrer ce geste, j'ai aussi mentionné le verbe "Ecouter" dans son sens premier : celui de l'empathie qui bien évidemment est un geste de reconnaissance ; c'est un cas particulier du geste "Je porte attention à toi".

L'écoute est un exercice qui n'a rien de simple. Même le conseil le plus banal que l'on prodigue en la matière ne l'est pas : "Se mettre à la place de ...". Oui, mais pas n'importe comment. Parce que si c'est pour dire après avoir écouté : "moi à ta place, je n'aurais jamais fait ..." le risque est fort que très pertinemment la personne écouté fasse le retour "Oui, mais justement, tu n'es pas à ma place".
Se mettre à la place, c'est essayer de comprendre la réalité de la situation, la perception et les aspirations de la personne en face. Ce n'est pas poser un regard sur un bout de la situation, de la voir à travers son propre prisme puis de passer dans la foulée en mode jugeant.

Dans le deuxième sens, il est important de valoriser les personnes qui ont pu nous inspirer directement par des conseils, avis, ... demandés ou proposés. Il y a constitution d'un cercle vertueux : la personne valorisée sur les apports qu'elle aura fait, sera plus encline à le faire la fois suivante.
A l'inverse, une personne qui aura l'impression que systématiquement les avis qu'on lui demande ne sont pas pris en compte aura tendance à ne plus en donner, voire à s'éloigner d'une relation qu'il finira par considérer comme relation poison ou polluante.
J'ajoute qu'écouter c'est aussi voir : non seulement on peut prendre en compte ce que quelqu'un nous a dit, mais aussi ce que quelqu'un nous a montré ou que nous avons pu observer sans intention de la personne inspiratrice de vouloir nous guider. Autrement dit : je t'ai écouté parce que je t'ai vu. Par exemple : "J'ai vu que tu avais paillé ton potager. Çà m'a donné l'idée de faire la même chose, et je t'en remercie".

Ainsi s'achève cette série qui, bien que cadencée sur des jours précis pendant ce confinement, peut aussi bien s'explorer pour les retardataires et à leur rythme, à n'importe quel moment à venir.

samedi 11 avril 2020

Confinement, bienveillance et reconnaissance - Episode 13 : Propagation

Bonjour, nous voici presque à la fin de ces deux semaines.



Comme annoncé dans ma publication En cette période de confinement, la cellule familiale, territoire de bienveillance et de reconnaissance de dimanche 29 mars 2020, voici donc le 13ème épisode d'une série de 14 articles autour des 13+1 gestes de reconnaissance au quotidien que je rappelle dans le schéma ci-dessous.



Je rappelle que ce "travail" de transition intérieure et intrafamiliale que je vous propose en cette période de confinement répond à deux motivations :
  • Une motivation par rapport à l'avenir : préparer et renforcer les bases d'une société de la bienveillance pour l'après confinement
  • une motivation immédiate renforcée par les chiffres évoqués par le ministre de l'intérieur sur l'augmentation des violences conjugales : le confinement fait porter des risques sur les femmes, les enfants, les relations et l'ambiance de la cellule familiale. Cultiver la bienveillance et la reconnaissance dans cette période est une action de prévention des tensions et des violences.
En ce samedi 11 avril 2020, 13ème jour de ce parcours, nous nous intéressons au 13ème geste : Propagation

Mon invitation est que vous vous donniez du temps pour relayer autour de vous les belles choses que vous voyez, qui vous sont arrivées, dont on vous a parlé ... dans vos écosystèmes (notamment le foyer) et dans vos interactions.

"Propagation" est présenté dans le diaporama suivant selon 4 axes de bienveillance :
  • autrui (axe le plus naturel quand on évoque la bienveillance)
  • soi-même
  • les collectifs et communautés auxquels ont appartient, et ici en particulier le foyer, en période de confinement
  • la nature





Ce diaporama au format pdf.

Il me semble que s'il y a un signe de reconnaissance que l'on évoquera le moins facilement si on interroge quelqu'un sur la reconnaissance, c'est celui de la propagation.
Ce sont tous les gestes dont on va faire bénéficier autrui en parlant de lui·elle, de ses idées, de ses actes, de ses réussites, de ses talents, de ses qualités humaines, ... Avec Internet et en particulier avec les réseaux sociaux, cette forme de reconnaissance prend une ampleur considérable : chaque fois que l'on va relayer un des contenus de quelqu'un ou d'une organisation, y compris un contenu qui nous a été relayé(on sera donc un maillon d'une chaîne), c'est un signe qu'on manifeste de notre intérêt.

Evidemment un simple clic pour relayer n'aura pas le même impact que relayer une information en explicitant la raison pour laquelle on la relaie. C'est un point que j'ai déjà mentionné pour les gestes "J'aime", "Bravo !" et "Merci".

Ne minimisons pas ce geste en cette période particulière où la population s'interroge et pourrait se saisir de modèles alternatif au modèle dominant capitaliste et autodestructeur. Nous pouvons relayer des informations, nos témoignages, nos enthousiasmes, de belles histoires, des portraits de belles personnes, ...

Il est en particulier important que le plus grand monde s'aperçoive qu'il y a une aspiration qui se généralise à une transition intérieure, écologique, sociale et démocratique. Une prise de conscience que de multitudes d'initiatives germent à l'occasion de cette épreuve, dont une grande partie est basée sur la bienveillance et la coopération, VS quelques comportements carnassiers, déloyaux ou poussés par le seul intérêt particulier.

Il me semble qu'il faut aussi prendre conscience de l'impact relatif d'un tel relais sur internet à l'occasion de ce confinement : il y a une profusion d'informations qui circulent (infobésité) qui fait que très certainement beaucoup d'informations sont noyées dans ce déferlement. Et je pense y compris à ma propre initiative avec cette série. Mais il me semble opportun de s'inspirer en la matière de la parabole du colibri utilisée par le mouvement du même nom : chacun essaye de faire sa part modestement mais avec détermination.