mardi 28 septembre 2021

Santé mentale et bienveillance - Chronique sur la Bienveillance et la rentrée - Episode 35

 



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Voici le 35ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par la tenue depuis hier lundi 27/09/2021 jusqu'à aujourd'hui mardi 28/09 des Assises de la santé mentale voulues par le Président de la République en 2019, prévues en 2020 et reportées pour cause de confinement.

Santé et santé mentale

Je reprends une nouvelle fois dans mes articles la définition de la santé par l'OMS :

"La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité".

La santé mentale est donc une composante indissociable des deux autres composantes de la santé (physique et sociale). 

En s'inspirant de cette définition, la santé mentale ne se réduit pas à l'absence de maladie ou de trouble mental. L'enjeu en matière de santé mentale est donc non seulement la prise en charge et la prévention des maladies et troubles psychique mais aussi de promouvoir et de contribuer au bien-être psychique.

L'OMS ayant travaillé à une définition propre de la santé mentale :

"La santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté".

3 dimensions de la santé mentale sont énoncées sur Santé publique France :
  • la santé mentale positive (contribuant à l'état de complet bien-être physique, psychique et social) ;
  • la détresse psychologique réactionnelle ; c'est la réaction à un événement traumatique ou à une difficulté existentielle ;
  • les troubles psychiques de durée variable ; ils peuvent être liés à des facteurs génétiques.

Force est de constater que les systèmes de santé sur la planète sont très très loin du compte, avec déjà une véritable insuffisance de prise en charge des maladies et troubles dont le nombre s'est élevé avec la crise du Covid, notamment chez les jeunes et les personnes âgées.

A noter que 4 des 10 principales causes mondiales d'incapacité sont liées à des problèmes de santé mentale : la dépression (N°1), les problèmes d'alcool (N° 5), la schizophrénie (N°7), les troubles bipolaires (N°9).

Les idées toutes faites

La reconnaissance de la santé mentale et des malades se heurte à des idées toutes faites qu'il s'agit encore de déboulonner.

En voici quatre particulièrement fréquentes :
  • les maladies mentales assimilées à la folie ou à la démence ; le terme "malade mental" étant lui-même connoté "fou" ;
  • un certain nombre de maladies et de troubles, notamment la dépression et les troubles anxieux étant mis par beaucoup sur le compte d'un manque de volonté et de ne pas savoir prendre sur soi ;
  • psy = psychanalyse, avec une grande confusion sur les différences qu'il y a entre psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste. Et j'en profite pour les exposer car il n'est pas forcément facile de s'y retrouver :
    • un·e psychiatre est un médecin, avec une spécialisation "psychiatrie", dont les séances sont remboursées par la Sécurité Sociale. Il peut délivrer des médicaments et prescrire une hospitalisation ; et selon leur orientation, ils utilisent une ou plusieurs méthodes de psychothérapie (voire aucune, se limitant au diagnostic et à la prescription de médicaments)
    • un·e psychologue a un diplôme universitaire en psychologie. C'est une profession réglementée. Il peut exercer en libéral ou en hôpital. Il n'est pas remboursé par la Sécurité Sociale et ne peut pas délivrer d'ordonnance médicale. A noter qu'un docteur en psychologie n'est pas pour autant médecin (au même titre qu'un docteur en droit, ... ne l'est pas). Tous les psychologues ne s'adressent pas spécifiquement à la santé mentale. Il s'agit notamment des psychologues cliniciens ou clinique
    • "psychothérapeute" n'a pas été un titre encadré légalement pendant longtemps. On pouvait s'autoproclamer ainsi et ouvrir son cabinet. Il est maintenant nécessaire de suivre depuis 2010 une formation en psychopathologie clinique (cf page internet dédiée de l'ARS IDF)
      Mais en même temps, "psychothérapeute" est aussi un qualificatif porté par des médecins et psychologues cliniciens qui utilisent une ou plusieurs méthodes de psychothérapie dans leur activité (méthodes dont ils ont suivi aussi une formation)
    •  un·e psychanalyste n'est pas un titre encadré légalement. Un peu comme pour le qualificatif "psychothérapeute", le qualificatif "psychanalyste" fait référence à une activité de psychanalyse exercée par des psychiatres, des psychologues mais aussi par n'importe quel individu ayant suivi une cure analytique pendant plusieurs années et ayant décidé de pratiquer la psychanalyse pour autrui, sous la supervision d'un psychanalyste plus expérimenté. Historiquement, la psychanalyse s'est confondue avec la psychothérapie en France qui reste un des pays où elle est la plus présente alors que dans de nombreux pays, elle a fait place à d'autres psychothérapies dont certaines sont préconisées par l'OMS ; il s'agit notamment les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC), les Thérapies familiales, l'Art thérapie, ... . A noter que l'imagerie médicale a été fortement aidante pour faire la preuve que certaines thérapies donnent des résultats aussi bons voire meilleurs que des médicaments pour certains troubles, et notamment pour la dépression et les troubles anxieux (et la psychanalyse n'en fait pas partie à ma connaissance).
  • dépression =  antidépresseur et anxiété = anxiolytique ; on entend souvent que la France possède un triste record : celui d'être le pays le plus consommateur d'antidépresseurs. En réalité, la France se situe sous la moyenne, avec environ 60 cachets pour 1 000 habitants. Pour autant, c'est très interpellant de savoir que bon nombre de prescriptions pourraient être remplacées par plus d'écoute et par l'orientation vers des méthodes psychothérapeutiques, encore faudrait-il qu'il y ait suffisamment de professionnels exerçant des psychothérapies prises en charge par la Sécurité Sociale

Le besoin criant d'une vision holistique et d'un travail sur les préjugés

Tout au long de ma vie, j'ai été frappé autour de moi en quoi notre système de santé et notre culture est incapable de considérer de front et de manière indissociable la santé physique ET la santé mentale ET la santé sociale. Et même au sein d'une même catégorie (notamment la santé physique), en quoi le cloisonnement des spécialités de médecine fait considérer la santé et les troubles par un très petit bout de la lorgnette, et souvent avec une focalisation sur des symptômes. Et malheureusement, combien de fois j'ai vu des malades autour de moi se faire trimbaler comme des patates chaudes ou des balles de ping-pong d'un spécialiste à un autre, laissant au malade la responsabilité de faire un liant qui n'est pas toujours écouté.

Je ne veux pas en faire une généralité, mais que nous sommes loin d'une vision holistique où chaque professionnel de santé considère le patient et sa santé dans sa globalité et se considère comme une partie prenante faisant équipe avec d'autres pour aider le malade à faire face à sa maladie, la traiter et si possible la guérir.

Nous avons besoin aussi que l'individu lui-même et son entourage porte un œil bienveillant sur le possible trouble mental, sans honte, sans (auto-)culpabilisation, dans la compassion, dans le soutien.

Pourquoi n'aurions-nous pas autant de compassion envers quelqu'un dans notre entourage qui est en dépression qu'un autre qui a des problèmes cardiaques ? Au même titre que pourquoi avons-nous un frein intérieur très fort à faire face à une baisse de notre audition et à nous appareiller, alors que la baisse de notre vue nous conduit presque sans sourciller à foncer chez l'opticien, et plutôt deux fois qu'une (en faisant référence à la possibilité de s'équiper de deux paires de lunettes pour le prix d'une) ?

Une discipline de la psychologie pour aborder la santé mentale positive : la psychologie positive

Puisque je m'intéresse depuis plusieurs années à la psychologie positive, il ne m'est pas possible d'oublier cette discipline dans cette chronique concernant la dimension positive de la santé mentale et de la santé au sens le plus large.

La naissance de la psychologie positive date de la fin des années 1990. Elle s'intéresse aux facteurs qui créent le bien-être de l'individu et de nos sociétés, prenant le contre-pied de toutes les recherches précédentes de la psychologie s'intéressant aux maladies et aux troubles. 

L'intérêt de cette discipline est qu'elle a fait l'objet de nombreux ouvrages à destination du grand public et qu'il est possible de s'approprier des techniques sans faire forcément appel à un professionnel de la santé mentale. Voici quelques auteurs de référence : à l'international : Tal Ben Shahar, Martin Seligman, Robert Emmons (gratitude), Mihaly Csikszentmihalyi (notion de "flux"), Sonja Lyubomirsky, Gretchen Rubin, Barbara Fredrickson (émotions positives) et francophonie : Jacques Lecomte, Rébecca Shankland (notamment la gratitude), Ilios Kotsou, Florence Servan-Schreiber, Christophe André (par ailleurs spécialiste des TCC et de la méditation).

De la bienveillance dans toutes les directions

Nous avons besoin de cultiver la bienveillance dans plusieurs directions :
  • la bienveillance du malade envers lui-même ; on sait par exemple que pour une personne en dépression, il n'y a pas pire que s'autoflageller parce qu'on n'arrive pas à s'en sortir ;
  • la bienveillance de l'entourage vis-à-vis de la personne qui souffre d'un trouble ou d'une maladie mentale ; une bienveillance avec un équilibre pas toujours facile à trouver entre la compassion, la stimulation et une affirmation de soi bienveillante (notamment pour fixer des limites) ;
  • la bienveillance des professionnels de santé envers le malade, et en particulier le temps de l'écoute qu'ils peuvent accorder ;
  • la  bienveillance des professionnels de santé par rapport à eux-mêmes, et en particulier pour qu'ils prennent soin de leur propre santé ;
  • la bienveillance du système de santé envers les malades ; à savoir les moyens donnés pour une véritable prise en charge des malades et pour la prévention et pour la culture de la santé mentale positive ;
  • la bienveillance du système de santé et de la population envers les soignants ; à savoir les moyens et le temps donné pour qu'ils puissent aller au-delà que de donner des médicaments parce que c'est encore le moyen le plus économique en temps pour prendre en charge les malades ;
  • la bienveillance du citoyen envers le système santé ; il est facile de critiquer notre système de santé et je n'hésite pas à le faire. Mais il faut savoir aussi apprécier et gratifier ce qui est appréciable ; il faut savoir apporter sa contribution à une transformation du système de santé et ne pas s'enfermer dans une critique fortement teintée d'amertume, de ressentiment et de stigmatisation.






mardi 21 septembre 2021

Le "Je-Tu-Nous" pour arrêter de mettre le vivant à genoux - Chronique sur la Bienveillance et la rentrée - Episode 34

 


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Voici le 34ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par une interview au journal de 20H de France 2 dimanche dernier 19 septembre de Flore Vasseur et Marion Cotillard, respectivement réalisatrice/productrice et coproductrice du documentaire Bigger than us qui sort en salles ce mercredi 22 septembre 2021.




Un documentaire qui suit Melati jeune femme de 18 ans à la rencontre d'autres jeunes comme elle sur la planète qui ont pris l'initiative de créer leur propre projet pour répondre à un enjeu de société criant là où ils habitent. Justice environnementale, pouvoir de la jeunesse, droit des femmes, accueil et éducation des réfugiés, sécurité alimentaire, liberté d'expression sont les enjeux saisis par ces jeunes autour de la planète, acteurs et inspirateurs de bienveillance.

Partir du "Je"

Dans "Bigger than us", des jeunes, chacun dans son environnement, prennent l'initiative d'être et de faire le changement. Ils ne demandent pas la permission. Un élan, une audace les fait entrer en action à leur échelle. 
Faire à son échelle est probablement une façon de se lancer qui est facilitante. Commencer petit, avec les moyens du bord, sans accumuler des préalables à l'action ("pour démarrer il me faut ..., avoir le soutien de ..., l'autorisation de ...").

Se lancer dans une action transcendante et altruiste nécessite un égo équilibré
  • pas assez d'égo : la confiance en soi ne sera pas suffisante ;
  • trop d'égo : et le projet risque souffrir d'une motivation centrée sur la recherche de pouvoir, de reconnaissance, ... Si le projet devient collectif, il risque d'être centralisateur autour de la personne qui l'a lancé.

Inspiré par un "Nous"

Tout le monde ne se sent pas posséder - suffisamment -  l'audace, les capacités la disponibilité, la forme, ... pour créer un projet soi-même.  Il est alors possible de rejoindre un projet inspirant.

Pour ceux potentiellement en capacité de créer un projet, il peut être néanmoins pertinent de rejoindre une initiative collective plutôt que naviguer seul ou de vouloir créer un navire. C'est d'autant plus pertinent quand l'union fait la force. Quelques fois, il est inutile de s'épuiser à vouloir construire à partir de rien quelque chose qui existe déjà pas très loin et qui accueillerait avec enthousiasme l'énergie, les compétences et les valeurs humaines d'une personne de bonne volonté.
S'impliquer dans un "Nous" alors qu'on se sent capable de créer soi-même un projet fait appel à de la curiosité exploratrice (voir se ce qui se fait aux alentours) et à de l'humilité (comportant sa dose essentielle de lucidité).

Il me semble important de préciser que ce qui nous inspire dans le "Nous" est probablement plus souvent le projet lui-même (certains disent même "La cause") que le collectif et sa façon de fonctionner. Et c'est d'ailleurs ce qui peut poser problème ensuite : quand on rejoint un projet (une cause) inspirant et que l'on s'aperçoit que son mode de fonctionnement est antinomique. Typiquement en matière de bienveillance, quand le projet est centré sur la bienveillance à autrui ou à un écosystème, et qu'en interne, règne soit la malveillance, soit une absence de considération et d'attention aux membres.

Embarqué avec un "Tu"

Tout le monde n'a pas l'audace (ne pas oser par timidité) de frapper à la porte d'un "Nous" pour apporter sa contribution et essayer d'y trouver une place où bien se sentir. 
Et ce n'est pas un problème car il y a plusieurs portes d'entrée pour l'engagement. L'audace n'étant pas une condition indispensable pour trouver sa propre place au sein d'un vaste mouvement de transition. Transition qui devient de plus en plus nécessaire qui s'imposera à nous d'une façon ou d'une autre.

Il y a donc une 3ème porte possible : suivre ou se faire embarquer par quelqu'un de notre connaissance, lui-même engagé dans un projet (individuel ou collectif) portant attention et soin à des individus, à la planète, à des espèces vivantes, à la paix, ...

L'intégration dans le projet pouvant être facilitée du fait du niveau de proximité avec la personne concernée. Pour autant, rejoindre le projet d'un proche ou un proche dans un projet collectif amène souvent à découvrir ce proche dans un autre contexte qu'habituellement, et éventuellement sous un autre éclairage qui peut ne pas plaire, voire déplaire.

Des complémentarités

Il y a donc plusieurs portes d'entrée dans l'engagement dans un projet transcendant. Elles sont donc complémentaires, et les projets ont besoin de chacune de ces portes d'entrée tout au long de leur vie :
  • une ou quelques personnes qui créent ;
  • des personnes qui rejoignent le projet, inspirées par le projet et/ou par l'équipe constituée ;
  • des personnes qui s'embarquent ou sont embarquées par une personne de leur connaissance impliquée dans le projet.
Et puis il faut ajouter le soutien au projet que l'on peut apporter sans y être impliqué directement : en parler autour de soi, relayer sur les réseaux sociaux, soutenir par un don, ...

Il y a une autre forme de complémentarité qui mérite d'être jouée aussi entre projets, collectifs, communautés pour éviter des tensions inutiles et pour, au contraire, créer des synergies et de l'efficacité à des transformations. Je m'appuie sur l'excellent MOOC du mouvement des colibris sur la démocratie :

Il y est présenté l'idée de la complémentarité de 3 postures, 3 positionnements des projets, collectifs, communautés :
  • "avec" : quand on essaye de faire le changement à l'intérieur d'un système dominant
  • "contre" : quand on essaye de provoquer le changement en combattant le système dominant (ma préconisation allant bien évidemment vers une opposition non violente)
  • "à côté" : quand on développe des alternatives au système dominant, indépendamment de lui
Le dit MOOC insiste sur l'avantage que chaque positionnement peut tirer de l'efficacité des autres positionnements. Par exemple : ceux qui font avec peuvent s'inspirer de ceux qui font à côté pour essayer de faire bouger les lignes.


Trois pieds d'un tabouret qui en font sa stabilité, plutôt que trois camps qui se font la guerre, ou au mieux se regardent en chiens de faïence et se délégitimisent mutuellement. Notons qu'un même projet ou un même individu peut alterner ces 3 postures en fonction du sujet et du contexte du moment. Par exemple, moi-même, dans mes articles, j'alterne des articles où je dénonce, d'autres ou je propose des alternatives (notamment par ma modélisation d'une société et des territoires de la bienveillance) ; par ailleurs, j'ai essayé de faire bouger des choses dans des organisations enfermées dans des cercles vicieux de l'absence de bienveillance.

Il y a un 3ème niveau de complémentarité qui demande selon moi une certaine vigilance : la complémentarité façon "La tête et les jambes" entre les personnes cérébrales (penser) et celles qui mettent les mains dans le cambouis (faire). Bien évidemment les projets, collectifs et communautés ont besoin de ces deux types de capacité. Mais il ne suffit pas qu'ils se respectent et se reconnaissent mutuellement, sans chercher à se comparer de manière incessante, sans que le collectif valorise plus explicitement et implicitement les uns ou les autres. Je suis convaincu qu'il faut essayer tant que faire se peut décloisonner : inviter ceux qui font à venir aussi participer au travail de ceux qui pensent, et inversement, ceux qui pensent à venir participer sur le terrain avec ceux qui font. Les avantages sont multiples, et notamment :
  • une meilleure appréciation et reconnaissance mutuelle ;
  • une réduction des risques de déconnexion entre la façon dont on conçoit et organise le projet et la réalité sur le terrain ;
  • un développement des capacités de curiosité et d'apprentissage.

Coopération et "Je-Tu-Nous"

Je suis absolument convaincu qu'une saine coopération au sein d'un collectif ou d'une communauté se cultive autour de 3 dimensions :
  • intrapersonnelle, le "Je" : chaque être impliqué dans un collectif est un être singulier avec son état de santé, ses aspirations, ses capacités, son vécu, ses valeurs, ses habitudes, sa gestion des émotions, sa disponibilité, ses préférences, ... Il y a une relation bidirectionnelle entre la personne impliquée et le collectif, chacune des parties étant en responsabilité d'affirmer ses besoins, ses tensions et de prendre soin à la fois de l'autre et de la relation elle-même.
  • interpersonnelle, le "Tu" : au sein du collectif et dans le cadre des interactions avec d'autres personnes ne faisant pas partie du collectif, il y a le même type de relation bidirectionnelle, notamment avec les clients ou usagers, les fournisseurs et les partenaires. 
  • collective, le(s) "Nous" : "Nous" au pluriel, car souvent le collectif est composé de sous-collectifs et que par ailleurs, il fait partie d'écosystèmes plus vastes.
Autant de relations qui méritent d'être considérées avec le prisme de la bienveillance et de la réciprocité : je porte attention et soin à toi, à notre relation et j'attends que tu fasses de même, sachant que je suis aussi bienveillant avec moi-même et avec tout ce qui m'entoure. Des relations que l'on peut appréhender avec 4 dimensions de la bienveillance, élément de modélisation central de mes travaux sur la bienveillance.


J'ai particulièrement évoqué la question des responsabilités dans une relation dans l'article 6 responsabilités de bienveillance dans une relation.

Je suis tout autant convaincu que la construction d'une saine coopération s'articule autour du "Je-Tu-Nous", en 3 étapes :
  1. Je réalise un travail d'introspection pour être au clair avec moi-même sur mes aspirations, mes capacités, mes disponibilités, ... ;
  2. puis Je partage avec les autres membres qui ont l'intention de s'impliquer dans la coopération pour VOIR (voir et entendre ce qu'ils sont, ce qu'ils voudraient faire, comment le faire, apporter, vivre, ...) et ETRE VU (dire que ce je suis, ce que je voudrais faire, comment le faire, apporter, vivre, ...) ;
  3. puis Nous construisons ensemble une coopération qui cultivera les 3 dimensions du "Je-Tu-Nous".
Une telle construction de la coopération me semble une bonne façon de ne pas tomber dans le travers que l'on trouve dans beaucoup de collectifs visant le "Bigger than us" : le projet prend le pas sur les personnes qui le portent, avec très souvent un épuisement des personnes les plus impliquées. Les dites personnes qui laissent la place alors à d'autres personnes qui finiront elles aussi épuisées, ... constituant une boucle sans fin, un peu comme dans le mythe de Sisyphe. Une boucle sans fin que l'on banalise avec un sacré manque de lucidité :  "C'est normal, ça fait partie de la règle du jeu, on s'engage, on se désengage, c'est ce qui fait la vitalité du système !???" (cf mon article Juste engagement dans l'ESS et dans les mouvements de transitionS)

Une construction de la coopération dans laquelle on réfléchit à l'alignement entre le "Pourquoi", le "Quoi" et le "Comment". Un alignement notamment sur le plan de la bienveillance, qui doit ensuite être cultivé tout au long de la vie du projet pour que l'on puisse se sentir bien dans le collectif, dans la cohérence.

Agissons, quelle que soit la porte d'entrée

Alors, oui, ces jeunes admirables et admirés que l'on voit dans les documentaires comme "Bigger than us", dans des reportages, dans la vraie vie, ...doivent nous inspirer pour nous impliquer nous aussi.

Pas forcément comme eux en créant notre propre initiative, mais aussi en rejoignant une initiative collective déjà existante qui nous inspire, ou aussi en nous laissant embarqué par une personne de notre connaissance dans son projet individuel ou collectif.

Extirpons-nous du sentiment d'impuissance solitaire face à une situation où le vivant est mis à genoux et où bon nombre de personnes sont à genoux devant les diktats de la consommation, de la croissance, de l'urgence, de l'estime de soi façon baudruche, de l'argent comme valeur suprême, du pouvoir, du plaisir, du court terme, ... autant de diktats que l'on peut résumer par les caractéristiques déviantes d'une partie de notre cerveau, le striatum :


Passons donc de l'impuissance solitaire à la puissance coopérative bienveillante !

jeudi 2 septembre 2021

Du "faire" au "vivre pleinement" - Chronique sur la Bienveillance et la rentrée - Episode 33

 


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Voici le 33ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par la rentrée où un sacré enjeu pour beaucoup de monde est de faire entrer le maximum de choses dans son agenda et dans sa vie à la mode frénésie, y compris chez celles et ceux pour qui la chose pourrait sembler plus simple : les retraité·es.

Faire, et y croire dur comme fer

Je reviens dans cette chronique sur la genèse de ce blog : aborder le bonheur à travers des verbes.
Et il est vrai que le "faire" occupe une place énorme dans notre société. Un "faire" qui prend presque toute la place et même de plus en plus de place du fait de la conjugaison de deux phénomènes :

  • une partie de notre cerveau - le striatum - qui nous pousse à vouloir faire et avoir toujours plus, sans limite. Je vous renvoie au schéma ci-dessous et à mon article L'insoupçonnable et l'insoutenable. Insoutenable étant le qualificatif de la situation dans laquelle le "faire" a conduit l'humanité en seulement une poignée de dizaines d'années.


  • Notre société de consommation non seulement laisse le champ libre au striatum, mais aussi valorise ses dérives, notamment à travers ses normes sociales et ce vers quoi l'intelligence humaine est investie le plus (par exemple explorer l'espace et les planètes, de plus en plus loin alors même qu'on sous-investit notre intelligence pour prendre soin de notre planète et du vivant).
Un "faire" qui met la pression sur notre planète, sur les écosystèmes et sur beaucoup d'entre nous. Stress, anxiété, burnout, sentiment d'impuissance se propagent à tous les étages et à tous les âges.

Et pourtant des anciens nous ont averti : Voltaire avec "Le mieux est l'ennemi du bien" et en remontant beaucoup plus loin "Rien de trop" gravé sur le fronton du Temple de Delphes. Un autre conseil/principe gravé sur ce fronton mérite de faire une belle paire pour cette rentrée "Connais-toi toi-même" que je me permets de compléter par "... autrui et tes écosystèmes d'appartenance". De la lucidité, de la sagesse, de la curiosité exploratrice et du réalisme au programme de cette rentrée de septembre 2021.

D'autres verbes pour vivre pleinement

Je veux promouvoir ici brièvement et de manière non exhaustive quelques verbes qui me tiennent à cœur et qui sont, il me semble, au cœur des grands enjeux complexes auxquels l'humanité fait face. Enjeux qui se compliquent de plus en plus puisque les réactions individuelles et collectives ne sont pas du tout à la hauteur. Voici donc ces quelques verbes :
  • Être : vivre l'instant présent en lâchant prise régulièrement avec le passé et l'avenir
  • Penser : en essayant de sortir des habitudes, des schémas, des croyances, des aprioris, des jugements, des biais cognitifs (notamment la vision noire et blanc, la généralisation); Penser pour poser des intentions et des objectifs bienveillants pour soi, pour autrui, pour les systèmes d'appartenance 
  • Observer, écouter, sentir, ressentir : en utilisant tous les sens qui nous ont été donnés. 
  • Explorer : développer nos capacités à la curiosité exploratrice qui nous permet de découvrir, de nous relier, de créer de la proximité, de comprendre, d'apprécier, de nous émerveiller, ...
  • Expérimenter : en redonnant ses lettres de noblesse au droit à l'erreur, au tâtonnement, à l'apprentissage, et concernant le domaine scientifique : une expérimentation dans l'éthique ("Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", Rabelais)
  • Décider : en intégrant le court, le moyen et le long terme, en valorisant la pratique des délibérations et d'une démocratie favorisant la contribution de chacun·e ; décider en conscience pour ne pas laisser le "faire" et le déficit de responsabilité conduire à la non-décision dans des situations où ne rien faire peut être assimilé à non assistance à personne/écosystème en danger
  • Apprécier : donner de la valeur à ce que l'on vit à chaque instant, à tout ce que nous recevons et dont nous profitons sans nous en apercevoir, notamment du fait d'un principe premier : l'interdépendance, du lever au coucher
  • Gratifier : la gratitude est déjà un cadeau que l'on se fait à soi-même puisque c'est une émotion positive. Bien loin du "Dis merci à la dame !" faisant que de nombreuses générations ont appréhendé (peut-être jusqu'à la lecture de cet article ?) la gratitude comme une obligation ou un rappel à l'ordre ou une politesse.
  • Se donner du temps : comme un cadeau que l'on se fait à soi, et mutuellement ; et surtout pas dans une logique négative ou sacrificielle (je prends du temps voire pire : "j'accepte de perdre du temps"). En prenant conscience que la bienveillance, l'attention, la reconnaissance, l'équilibre, la prévention, la perspective long terme ... rien n'est possible si on ne se donne pas du temps, individuellement et collectivement
  • Prendre du recul : comme contre-poids indispensable au "faire"
  • Se relier : avec soi-même et ses aspirations profondes (intériorité), avec ses émotions, avec son corps, avec autrui, avec ce qui est plus grand que nous, avec le vivant, avec nos écosystèmes d'appartenance. Contribuer à la création de résonance.
  • Communiquer : la précipitation du "faire" se faisant souvent au sacrifice d'une communication bilatérale ou multilatérale, communiquer nous économise combien de malentendus et de tensions à un "faire" frénétique qui tape à côté des vrais enjeux et/ou crée des victimes collatérales évitables.

Relier ces verbes entre eux avec ma modélisation de la bienveillance

Un certain nombre de ces verbes s'influencent les uns les autres tout au long du processus décrit ci-dessous. Démarrer ce processus dans la bienveillance aidera d'autant plus facilement à le dérouler ensuite dans la bienveillance, formant ainsi un cercle vertueux. Inversement, le démarrer en prêtant une attention privilégiée voire focalisée sur ce qui ne va pas ou nous déplaît a forte probabilité de conduire à de la malveillance, dans un cercle vicieux.



Je préconise de baigner les verbes suivants dans la bienveillance de bout en bout, en prenant conscience de l'enseignement du schéma précédent : notre façon d'observer est capitale et peut conditionner fortement successivement nos façons de penser, de ressentir, de décider, de dire et d'agir.
Nos actions bienveillantes peuvent susciter des feedbacks des personnes bénéficiaires, partenaires ou observatrices. Feedbacks qui pourront dépendre du niveau de bienveillance de ces personnes, de leur niveau de lecture bienveillante de nos actions et du caractère contagieux de la bienveillance dans nos actions.



Je finis par un schéma qui est antérieur à mes travaux sur la bienveillance mais qui s'intègre aisément dans ces travaux : il concerne l'enjeu capital de la gratitude qui découle aussi d'un processus enchaînant plusieurs verbes (observer, apprécier, attribuer, ressentir, ...). Un processus où le facteur "temps" est essentiel à chaque étape.



Alors, bonne rentrée à toutes et à tous, en mettant à votre programme - que je vous souhaite allégé et juste - des verbes qui vous iront bien et qui feront du bien autour de vous.
Donnons du temps pour la bienveillance ! 
Redonnons-nous du temps PAR la bienveillance !

mardi 24 août 2021

Santé, altruisme et bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 32

 


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Voici le 32ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
Cette chronique m'a été inspirée par la préparation d'une rencontre portant sur la santé à laquelle j'apporte ma petite contribution, et par ma relecture du formidable et volumineux "Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard (sous-titre : "La force de la bienveillance")

Altruisme et bienveillance

Je commence par l'approche différente que nous avons Matthieu Ricard et moi-même pour positionner la bienveillance par rapport à l'altruisme.

Pour Matthieu Ricard, l'altruisme comporte deux composantes : la compassion face aux situations de souffrance d'autrui et l'amour bienveillant pour contribuer au bien-être d'autrui.

De mon côté, avec mes 4 dimensions indissociables et réplicables de la bienveillance, l'altruisme correspond à la bienveillance qui porte à ce qui n'est pas soi (autrui et les écosystèmes d'appartenance, dont la nature dont nous faisons partie intégrante). Si le travail de Matthieu Ricard à travers ce livre vise la promotion de la Bienveillance à autrui, le mien vise à la promotion de la bienveillance globale (y compris à soi-même), dont on voit bien en quoi effectivement les déficits de bienveillance à autrui et à la planète ont des conséquences désastreuses. Mais quoi qu'il en soit, l'altruisme participe aussi à la bienveillance à soi-même puisqu'elle relève d'un enjeu gagnant-gagnant : quand je cherche à te faire du bien, je travaille aussi à mon bien-être, formant ainsi un cercle vertueux ou une spirale positive.

Compassion, amour bienveillant et continuum de la santé

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)  a produit en 1946 dans le cadre de sa constitution une définition de la santé que je trouve lumineuse :

"La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité".

On peut faire un judicieux rapprochement entre cette définition et les deux composantes de l'altruisme : la maladie et l'infirmité, correspondant à la souffrance (compassion), et la recherche d'un état de complet bien-être au-delà de l'absence de maladie, correspondant à l'amour bienveillant.

Notre système de santé est largement centré sur la partie gauche d'un continuum où il s'agit de soigner, de réparer et au mieux de prévenir maladie et souffrance.





La définition de l'OMS nous invite à explorer plusieurs zones grises :
  1. la partie droite du continuum (ce que certains appellent la santé positive, qui peut se baser sur la salutogenèse, à savoir les facteurs favorisant le complet bien-être) ;
  2. les liens forts entre santé physique, mentale et sociale et des approches systémiques permettant d'adresser ces 3 dimensions en même temps et non isolément (le pire étant des professionnels de santé qui se renvoient la balle ou le malade comme une patate chaude), et d'en comprendre les interactions ;
  3. considérer les maladies et troubles mentaux avec le même niveau de compassion que pour les maladies et troubles physiques.
Concernant la souffrance et la compassion qui mérite d'être cultivée de manière étendue (au delà de nos proches), Matthieu Ricard fait une juste distinction entre la souffrance et les causes de la souffrance.

Je fais un croisement de regard avec la matrice de méconnaissances de l'analyse transactionnelle. J'en fais une simplification ci-dessous qui met en évidence 4 niveaux qui se superposent :

  1. les symptômes rencontrés par un individu ;
  2. les causes de ces symptômes ou l'indentification d'un problème ;
  3. les solutions pouvant être activées ;
  4. les solutions qui semblent à la portée et activables par cet individu.


Un individu face à problème de santé peut se trouver immobilisé à un de ces 4 niveaux et il lui faut surmonter les méconnaissances liées à ce niveau pour pouvoir passer au niveau suivant. Et un enseignement important est que toute aide adressée à un niveau supérieur est souvent inefficace

Je donne un exemple : mon conjoint fume et tousse beaucoup. Je l'invite à utiliser des patchs pour s'arrêter de fumer. Seulement mon conjoint est dans le déni de sa toux et me dit qu'il a la crève depuis quelques jours. Donc, il est dans la méconnaissance de ses symptômes (niveau 1) et voit encore moins en quoi fumer est (vraiment) un problème (niveau 2). Et donc la proposition de solution (niveau 3) fait un flop.

Je donne un exemple proche plus complet dans le tableau ci-dessous :



D'une manière plus générale, face à une maladie, il est important de savoir si soi-même ou toute autre personne aidant (soignant, proche, ...) agit sur le bon niveau de méconnaissance et contribue à la bonne information pour faciliter la lucidité, la juste conscience et la bonne prise de décision écologique (prenant en compte l'environnement, le contexte et les impacts sur l'environnement).

Des enjeux éclairés par l'OMS et par Matthieu Ricard

En recherchant les écrits de l'OMS liés à sa définition de la santé, j'ai pris connaissance des principes énoncés dans le préambule de sa Constitution. Certains sont intéressants à croiser avec les propos de Matthieu Ricard sur l'altruisme.

"L'admission de tous les peuples au bénéfice des connaissances acquises par les sciences médicales, psychologiques et apparentées est essentielle pour atteindre le plus haut degré de santé."
L'ignorance est la source première de la souffrance selon les propos de Matthieu Ricard inspirés du bouddhisme. Une ignorance qui est plutôt évoquée concernant nos schémas mentaux et nos habitudes à voir la réalité à travers nos projections et nos filtres. Mais étendons l'idée d'ignorance à la méconnaissance que j'ai évoquée dans la section précédente ; on voit plusieurs enjeux :  bien se connaître, bien connaître son corps, bien entendre son corps, bien reconnaître des symptômes, ne pas différer, bien connaître l'état de l'art de toutes les disciplines de santé aptes à faire face aux symptômes, aux causes, comprendre leurs potentiels de transversalité ET PROBABLEMENT LE PLUS IMPORTANT : savoir utiliser une approche holistique. A travers l'altruisme se joue un autre niveau de connaissance : la (re)connaissance des vrais besoins de la personne que l'on veut aider (et pas seulement ses désirs/caprices ou la simple projection de ses propres besoins ou de ses propre façons de répondre aux besoins "je sais ce qui est bon pour toi parce que c'est bon pour moi"). Une (re)connaissance qui s'appuie sur l'humilité.


"La possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soit sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale"

Je croise ce principe de fraternité et d'égalité avec l'idée d'altruisme étendu de Matthieu Ricard. Il s'agit d'étendre notre altruisme "biologique", naturel, spontanée qui nous pousse à porter attention et soin à nos proches. L'altruisme étendu étend donc l'altruisme aux personnes moins proches, aux personnes qui peuvent être malveillantes avec nous et aux inconnus. Un altruisme qui nécessite de l'impartialité et du discernement pour porter attention et soins à ceux qui en ont le plus besoin et pas (seulement) à ceux de notre préférence ou de notre proximité. On peut voir l'appel de l'OMS à vacciner l'ensemble des populations sur la planète contre la covid-19 avant de démarrer une campagne de 3ème injection comme relevant  de cette approche (nonobstant le niveau de réflexion que chacun de nous peut avoir sur la vaccination, le passe sanitaire et les politiques associées).
On peut étendre cet altruisme au-delà des humains : aux autres qu'humains et en cela on met alors étroitement en lien l'état de santé des humains avec l'état de santé de la planète, deux aspects qui sont indissociables dans mon esprit. Un enjeu capital selon moi face à l'emballement climatique où les humains font porter un énorme risque à la planète et à eux-mêmes dans une logique d'autodestruction, favorisée notamment par une partie de notre cerveau : le striatum.

"L'inégalité des divers pays en ce qui concerne l'amélioration de la santé et la lutte contre les maladies, en particulier les maladies transmissibles, est un péril pour tous."
S'inspirant du bouddhisme, Matthieu Ricard évoque, entre autres, deux idées fondamentales - qui sont aussi fondatrices d'une potentielle société de la bienveillance - : l'interdépendance et la lucidité. En effet, en réalité, l'altruisme n'est pas seulement une question d'éthique ou de morale, c'est aussi finalement une question de bon sens : l'absence de bienveillance ou la malveillance revient tôt ou tard comme un boomerang. Ne pas prendre en compte la santé d'autrui relève du perdant-perdant si on regarde un peu plus loin que son nez.

De multiples questions de confiance

La confiance me semble être au centre de la santé, et de bien des façons. Voici une petite liste non exhaustive :
  • la confiance en soi ;
  • la confiance en ses proches pour ne pas atteindre négativement à sa santé et pour soutenir dans ses élans à améliorer sa santé ;
  • la confiance envers les données médicales et scientifiques ;
  • la confiance envers le système de santé ;
  • la confiance envers les politiques de santé du gouvernement ;
  • la confiance envers un professionnel de santé (diagnostic, geste technique, empathie, intégrité, confidentialité, ...) ;
  • la confiance envers des produits de santé ;
  • la confiance envers des établissements de santé ;
  • la confiance envers les organisations qui emploient, dans leur capacité à préserver et assurer la santé ;
  • la confiance envers les produits alimentaires et ceux qui cultivent, produisent, transforment et commercialisent ;
  • la confiance envers tous les produits de consommation qui pourraient avoir un impact sur notre santé (notamment ceux comportant des nanoparticules, des produits chimiques nocifs, ...) ;
  • la confiance envers des infrastructures et technologies (émetteurs pour les mobiles, proximité d'industrie à risque, proximité de lignes à très hautes tension, barrages, centrales nucléaires, ...).
Je vois plusieurs enjeux concernant ces questions de confiance :
  • considérer la relation avec les professionnels de santé au-delà du geste technique, en introduisant un minimum de réciprocité de bienveillance malgré le côté asymétrique par essence de la relation (patient et soignant) ;
  • jouer l'alliance thérapeutique entre soignant, patient et entourage ;
  • jouer la transversalité et la coopération entre professionnels de santé ;
  • sortir d'une dichotomie médecine classique et médecine alternative pour envisager et valoriser la complémentarité ;
  • se donner les moyens des ambitions, et donner les moyens et le temps aux professionnels de santé pour exercer sereinement leur activités (là aussi, au-delà du geste technique) ;
  • la nécessaire humilité où chaque professionnel est en mesure de reconnaître les limites de ses compétences et d'en informer le patient ;
  • toujours considérer que l'individu est le premier acteur de sa santé, et réduire au maximum les cas où le sujet devient objet ou passif ;
  • la plus grande transparence possible bilatérale : le patient sur ses symptômes et le professionnel sur son diagnostic, les solutions qu'il préconise ;
  • l'existence d'un professionnel coordonnateur.

Notre santé, un vaste sujet qui interroge l'individu pour lui-même, pour ses proches, en tant que citoyen, en tant que cohabitant d'une même planète, dans sa spiritualité. Un système de santé probablement à l'image de l'état de notre démocratie : on en est à la fois bien content sous le sceau de la relativité (par rapport à d'autres pays) et à la fois on est en insatisfait avec des sentiments de colère, de peur, de doute et beaucoup d'impuissance.

Alors sortons de notre impuissance solitaire pour envisager une puissance coopérative !

vendredi 13 août 2021

6 responsabilités de bienveillance dans une relation - Chronique sur la Bienveillance - Episode 31

 




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Voici le 31ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.
La bienveillance au sein d'une relation mérite qu'on s'y arrête car pour qu'elle vive pleinement, elle recouvre plusieurs niveaux de responsabilité, et suppose une bonne dose de réciprocité. Elle a un fort risque d'être compliquée à mettre en œuvre dans les relations asymétriques (par exemple : parent - enfant, soignant - patient, ...) où l'une des deux parties a par essence un rôle de bienveillance (attention et/ou soin) envers l'autre, une bienveillance qui pourrait s'entendre à sens unique.

Commençons par 3 premiers niveaux de responsabilité :

  1. La responsabilité de bienveillance la plus commune dans une relation est de porter attention et prendre soin de l'autre
  2. La deuxième, à laquelle les personnes les plus investies dans la bienveillance à autrui sont quelques fois invitées (souvent à la mode "t'as qu'à"), est d'être bienveillant envers soi-même. Cette responsabilité est essentielle car toute personne qui s'oublie dans une relation fait peser un risque d'épuisement sur la relation et la qualité de la bienveillance envers l'autre. Par ailleurs, elle peut révéler une relation déséquilibrée gagnant-perdant, voire perdant-perdant. C'est le cas en particulier par exemple des parents qui confondent faire du bien à leurs enfants et leur faire plaisir (cf ma chronique Attention, plaisir - Le dessous des cartes : tu vas halluciner !)
  3. Et puis, il y en a une que j'entends assez peu souvent évoquée en tant que telle autour de moi, c'est la bienveillance envers la relation elle-même
Nous voici donc à 3 niveaux de responsabilités qui explorent 3 zones d'attention et de soin :
  • toi,
  • moi,
  • notre relation.
Quelles sont les 3 autres ? Il suffit de reprendre les 3 premières et de considérer qu'elles sont du ressort de l'autre partie dans la relation.

Ces 3 responsabilités sont schématisées ci-dessous avec la mise en évidence d'une logique de symétrie et de réciprocité (3 flèches en orange) :



Cette conception de la bienveillance dans une relation concerne aussi bien les individus que les collectifs, et croise aussi individu et collectif. Par exemple :

  • Ma mère et moi (individu - individu)
  • Une société cliente et un de ses fournisseurs (collectif - collectif)
  • Moi et l'entreprise qui me salarie (individu - collectif)
  • Une administration avec une administrée (collectif - individu)

Je pourrais m'arrêter là et en rester sur l'idée que chacune des parties a sa part à faire dans la relation, avec 3 responsabilités pour assurer un bon équilibre de la relation. Comme évoqué en début de chronique, cela représente déjà un enjeu pour les relations asymétriques et pour les relations qui sont apparemment sous le sceau de la parité, mais qui dans la pratique ne le seraient pas (je pense notamment aux relations conjugales).

En réalité, chaque partie a potentiellement des rôle à jouer par rapport aux 3 niveaux de responsabilité  de l'autre partie. En effet :

  • si l'autre partie dans la relation doit être bienveillant avec lui-même, il me faut accepter qu'il peut prendre le temps et l'énergie de prendre soin de lui ; il me faut le reconnaître dans sa bienveillance à lui-même et le valoriser pour cela. Inversement, s'il ne semble pas assumer cette responsabilité envers lui-même, je peux l'y inviter, le stimuler, l'aider, ... 
  • si l'autre partie dans la relation doit être bienveillant avec moi, il me faut accepter ses gestes de bienveillance (notamment la gratitude, et vous avez forcément croisé autour de vous dans votre vie des personnes qui ont du mal à recevoir des compliments et/ou des cadeaux) ; il me faut le reconnaître (gratitude) et le valoriser pour cela. Cela renforce la relation et donne du carburant à la bienveillance. Inversement, si je sens que l'autre partie ne fait pas (suffisamment) sa part envers moi, je vais l'inviter à être plus bienveillant avec moi. Je peux utiliser notamment la Communication Non Violente (CNV) pour baser ma demande sur des faits, mes ressentis, mes besoins. Je vais utiliser mes capacités d'affirmation de soi bienveillante (que certains appellent Assertivité). Et peut-être faudra-t-il que je me pose des questions sur ma façon d'être bienveillant avec lui ; il est possible qu'elle ne laisse pas la place à l'autre partie pour manifester sa bienveillance envers moi.
  • si l'autre partie dans la relation doit porter attention et soin à la relation, il me faut accepter ses contributions, les reconnaître et les valoriser. Il contribue comme moi à la force de la relation, et je peux l'encourager à persévérer, notamment face aux risques de lassitude. Inversement, si je sens que je suis seul à cultiver la relation, je peux interpeler l'autre partie pour qu'il fasse sa part. Là aussi, je peux m'interroger pour voir si ma façon de cultiver la relation ne dissuaderait pas l'autre de faire sa part (par exemple si je prends systématiquement les devants dans une fuite en avant).
Chacun de nous a donc dans chacune de ses relations 6 niveaux de responsabilités de bienveillance : 3 par rapport à ses rôles en première intention (toi, moi et notre relation) et 3 par rapport aux responsabilités de l'autre partie ; soit dans une logique de reconnaissance et d'encouragement ("super ! merci ! continue !"), soit dans une logique d'affirmation bienveillante d'un manque qu'il serait bon de combler pour la bonne santé de la relation :



Et dans la logique, plus une relation nous est précieuse, plus une personne nous est précieuse, et plus on investit ces 6 niveaux de responsabilités. En cela, la relation est vivante avec deux êtres vivants à chaque bout. Une relation qui relie et non qui lie (emprisonne). Une relation qui meut, qui sait faire vivre les émotions qui font avancer chaque partie et la relation elle-même. Une dynamique qui tire vers le haut chaque partie et la relation elle-même. Une conception de la bienveillance basée sur des relations qui tirent vers le haut - avec douceur, détermination et appréciation - individus, collectifs et communautés.

Qui a dit que la bienveillance rime avec complaisance ? On voit bien avec cette modélisation de la bienveillance au sein d'une relation qu'au contraire la bienveillance est exigeante et responsabilisante.
Un cheminement pour chacun de nous que j'ai évoqué dans les premiers mots de ma vision de la bienveillance :

La bienveillance est un cheminement exigeant et responsabilisant pour nous individus, collectifs et communautés à toutes les strates de la société jusqu'à l'échelle planétaire. 

Une bienveillance qui porte attention et soin tout à la fois à nous-même dans notre singularité, à tous nos écosystèmes d'appartenance, et à autrui qu'il soit humain ou autre qu'humain. En cela, elle répond aux principaux enjeux et défis de notre société d’aujourd’hui et de demain.
Une réponse aux déséquilibres et aux destructions causés par les actes malveillants et par l'absence d'actes bienveillants.

Une bienveillance qui nous guide dans nos façons d'observer, de penser, de ressentir, de nous exprimer, de prendre des décisions, de conduire nos actions et de réagir face aux tensions et aux difficultés. Des actions pour tantôt faire du bien, éviter de faire du mal, ou signaler, faire face et réparer le mal.

Un cheminement qui transcende notre humanité et nous (re)connecte étroitement à nos aspirations les plus profondes, à nos émotions, à tout ce qui nous est cher et à nos capacités de confiance, de curiosité, d'appréciation, d'inspiration, d'émerveillement et de gratitude. Une (re)connexion à notre nature et à la nature dont nous faisons partie intégrante. Un cheminement basé sur la relation.

Un cheminement singulier qui fait appel à une culture individuelle et collective de l'intériorité, de l'acceptation et valorisation de la différence, de l'humilité et d'une coopération ouverte dans une approche gagnant-gagnant.

Donnons-nous du temps POUR une telle bienveillance.
Redonnons-nous du temps PAR une telle bienveillance. 




vendredi 30 juillet 2021

29 juillet 2021 - Jour du dépassement : gardons-nous de ne pas nous manger le mur !



Jeudi 29 juillet 2021, nous humains avons déjà consommé les ressources de la planète que nous ne devrions pas dépasser pour une année entière. Il s'agit du dépassement des capacités de régénération de notre planète sur une année. C'est ce qu'on appelle communément le "Jour du dépassement".

L'année dernière, avec les deux premières vagues du Covid et les impacts sur les activités économiques, le jour du dépassement était un peu plus tard dans l'année (22 août, niveau de 2012) ce dont on s'était réjoui. Malheureusement, d'une part les activités économiques extractrices ont repris de plus belle et d'autre part les puits de CO2 (notamment la forêt amazonienne) sont victimes de destruction. Résultat : cette année, le jour du dépassement revient au niveau de 2019. On imagine ce qu'aurait pu être ce jour du dépassement en 2021 sans la crise du Covid-19 ; à savoir, survenir encore plus tôt dans l'année.

La métaphore du garde manger

Voici une métaphore de ma composition pour aborder ce sujet du jour du dépassement : imaginez que l'on vous donne votre réserve alimentaire pour une année en début d'année et à vous de la gérer pour tenir jusqu'au 31 décembre. Vous avez dans vos réserves 365 parts.
Une personne responsable utilisera grosso modo une part par jour, et les jours où elle dépassera sa part quotidienne seront compensés par des jours où elle s'alimentera moins.
Une personne peu prévoyante consommerait peut-être plus pendant les premiers mois, mais finirait par s'apercevoir au bout d'un moment que les réserves risquent de manquer. Elle s'astreindrait alors à réduire sa consommation pour les jours restants.

Seulement, à l'image de ce que fait un humain en moyenne sur terre, il utilise 1,75 parts par jour au lieu d'une part, se désintéressant totalement de l'état du stock. Et le 29 juillet, elle se trouve avec sa réserve vide. Et la différence qu'il y a entre ce garde manger vide et les ressources de la planète, c'est qu'en fait, l'humain va tranquillement s'autoriser à puiser dans les ressources qui ne lui sont pas allouées, faisant fi des lois de la nature, et en particulier des lois de la régénération et des cycles de la nature. Ce qui constitue à la fois un manque de connaissance, d'éducation, de responsabilité, de clairvoyance, de gestion, de bienveillance, d'appréciation, de gratitude,...

Et nous françaises et français faisons encore pire que la moyenne des humains sur terre : nous consommons 2,9 parts au lieu d'une chaque jour. Et en réalité notre jour du dépassement en France est le 6 mai (le jour du dépassement tel qu'il serait si tous les humains consommaient les ressources de la planète à l'image de la population française).




La métaphore du mur

Depuis maintenant de nombreuses années à l'échelle d'une génération, le GIEC (dont le prochain rapport s'annonce encore plus inquiétant) compile des données à travers le monde entier pour tirer un constat qui, au fil des années, non seulement montre que la situation s'empire, mais que les échéances se profilent plus tôt que prévues précédemment.

Voici une métaphore de ma composition pour figurer une partie des enjeux autour des émissions des GES (Gaz à Effet de Serre) :

  • nous roulons à grande vitesse en direction d'un mur
  • nous savons que nous nous approchons du mur mais nous nous disons que nous avons largement temps de freiner, malgré l'avis de la plupart des scientifiques compétents sur les sujets concernés ; de nombreux d'entre eux sont affolés, affligés voire désespérés
  • non seulement nous ne freinons pas, mais en plus nous continuons à appuyer sur l'accélérateur, à la fois trop sûr de nous-mêmes et de notre voiture, et trop inconséquent face au danger
  • et ce que j'appellerai trivialement le pompon : le mur lui-même s'avance vers nous en même temps qu'on s'avance vers lui à une vitesse non constante et avec de fortes accélérations (points de basculement).
Un sentiment de certitude commence à dépasser largement le cercle des collapsologues (cf collapsologie) : nous allons nous prendre le mur.

Je résume la situation : nous faisons la razzia sur notre garde manger chaque jour, et depuis des années. Par ailleurs, nous allons à grande vitesse droit dans un mur qui lui-même se rapproche de nous. Mais heureusement, d'autres planètes nous attendent que nous nous hâtons d'aller explorer alors même qu'il nous suffirait de prendre soin de celle où nous vivons.
Nous avons besoin indéniablement de nous appuyer sur deux principes qui étaient gravé sur le fronton du Temple de Delphes : "Connais-toi toi-même !" et "Rien de trop !".

Selon moi, l'idée de Société et de Territoires de la Bienveillance peut contribuer à faire face de manière responsable et bienveillante à ces enjeux.

Du dépassement des lois de la nature au dépassement des intérêts égoïstes et court termistes

Pour faire face à ce dépassement que nous humains nous nous octroyons maintenant largement en toutes connaissances de cause, il nous faut selon moi aborder une autre forme de dépassement : le dépassement des intérêts individuels et collectifs égoïstes et court terme. Il nous faut aussi sortir du déni et de la passivité.

Il nous faut aborder la bienveillance en plusieurs directions :

  • la bienveillance envers la terre précieuse qui nous abrite, nous nourrit,
  • la bienveillance envers nous-mêmes car nous jouons notre propre vie et notre propre avenir
  • la bienveillance envers les humains loin de chez nous qui sont les premiers confrontés aux conséquences du dérèglement climatique (causé par nous humains et non par la fatalité)
  • la bienveillance envers les générations futures pour qu'ils ne paient pas la note salée voire mortelle de nos comportements
  • la bienveillance envers le vivant dans son sens le plus large
Une bienveillance qui porte attention et soin à tout ce qui nous est (ou devrait être) précieux, en pleine conscience et en pleine responsabilité. Je vous renvoie à ma vision de la bienveillance.

Il nous faut connaître le fonctionnement de notre cerveau et notamment la force considérable du striatum, et les façons artificielles dont nous comblons notre besoin de sens.

Il nous faut arrêter de considérer que c'est toujours à d'autres de faire leur part en premier.

Il nous faut articuler la responsabilité individuelle et les responsabilités collectives.

Il nous faut regarder sans complaisance nos comportements à l'aune d'un extra-terrestre qui viendrait découvrir nos modes de vie à la Pac-Man alors que de nombreux feux clignotent au rouge.

Il nous faut savoir considérer les sacrifices qui sont absolument nécessaires selon moi, à la sauce bienveillance (cf ma chronique Des sacrifices bienveillants qui nous libèrent). Des sacrifices pour nous faire revenir à consommer notre stricte part et pas plus, et pour commencer à freiner afin d'amortir tant soit peu le choc avec le mur.

Il s'agit pour nous humains de faire exactement le contraire de ce que nous avons fait depuis quelques générations : nous dépasser et dépasser l'appétit gargantuesque de notre striatum et de notre société de consommation, pour être des acteurs de bienveillance plutôt que des acteurs de destruction. Aussi bien envers la planète et le vivant, qu'envers nous-mêmes, nos proches, les autres humains à tous les coins de la planète, et les générations futures.

lundi 21 juin 2021

Parlons réciprocité de la bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 30

 


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Voici le 30ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité dans le cadre de mon travail de modélisation d'une Société de la Bienveillance.

Il suffit de regarder l'actualité jour après jour pour constater des déficits de réciprocité : la destruction de la planète alors qu'elle nous nourrit, les violences ou l'indifférence envers celles et ceux qui nous aiment - notamment envers les femmes et les enfants -, ... où se croisent des (présumés) coupables d'actes malveillants, des complices, des témoins qui ne pipent mot, tournent leur regard, font les morts, des personnes indifférentes, des individus et collectifs qui n'ont pas le temps de porter leur attention ou qui sont focalisés sur leurs propres besoins et intérêts, ...

Voyons en quoi ma modélisation de la bienveillance en 4 dimensions indissociables et réplicables tisse un maillage de responsabilités de bienveillance qui fait mieux jouer la réciprocité.

4 dimensions de bienveillance indissociables et réplicables

Je rappelle brièvement les 4 dimensions indissociables et réplicables de la bienveillance que l'on peut considérer tout à la fois pour un individu, un collectif ou une communauté :


Pour plus de précisions sur cette modélisation que j'ai évoquée de nombreuses fois dans mes chroniques, je vous invite à prendre connaissance de la page dédiée à la modélisation en 4 dimensions.

Une interconnexion qui induit la réciprocité

Comme le montre le schéma suivant, si l'on relie les responsabilités de bienveillance en 4 dimensions d'une personne avec les responsabilités du collectif de travail auquel il appartient et les responsabilités de chacun de ses collègues, apparaissent naturellement des logiques de réciprocité. 


En effet, si je contribue à mon collectif et à la prise en compte de la bienveillance (relation 4, couleur bleue), et si je suis bienveillant avec chacun·e de mes collègues (relation 3, couleur bleue), par effet de réciprocité, je peux/dois attendre que :
  • mon collectif de travail prenne soin de moi (relation 5 en marron clair) du fait de sa responsabilité de bienveillance envers ses membres (Vous en Moi)
  • mes collègues (chacun individuellement) prennent soin de moi (relation 6 en marron clair) du fait de leur responsabilité de bienveillance envers autrui (Toi et Moi)
Je décline le même type de réciprocité pour la cellule familiale : 

Si je contribue activement à ma cellule familiale et à la prise en compte de la bienveillance (relation 4, couleur bleue), et si je suis bienveillant avec chacun de ses membres (relation 3, couleur bleue), par effet de réciprocité, je peux attendre que :
  • ma cellule familiale prenne soin de moi (relation 5 en marron clair) du fait de sa responsabilité de bienveillance envers ses membres (Vous en Moi)
  • les membre de la cellule familiale (chacun individuellement) prennent soin de moi (relation 6 en marron clair) du fait de leur responsabilité de bienveillance envers autrui (Toi et Moi), d'autant plus que je leur suis cher - chère.

Quelle réciprocité ?

Pour caractériser la réciprocité dont je parle pour une Société et des Territoires de la Bienveillance, je vais commencer par dire quelques mots sur ce dont il ne s'agit pas : une logique donnant-donnant ou comptable. Il ne s'agit pas non plus de considérer la réciprocité comme un sentiment d'obligation qui nous fait grogner et irrite notre sens de la liberté ("J'ai horreur des obligations !").

Il s'agit plutôt de gérer de grands équilibres, chacun utilisant les capacités qui lui sont propres pour porter attention et soin par divers moyens. C'est un élan authentique et responsable qui nous pousse à être bienveillant à ce qui nous entoure, à ce qui nous est cher, et aussi à ce qui est différent, parce que c'est notre responsabilité et aussi parce qu'on ressent de la gratitude pour toute la bienveillance que l'on reçoit.

La logique donnant-donnant/comptable pousse invariablement à la comparaison et à nous dessaisir de notre responsabilité de réciprocité de la bienveillance dès lors qu'il semblerait (dimension subjective forte) qu'on serait "victime" de malveillance ou d'insuffisance de bienveillance. Elle nous pousse aussi à voir la bienveillance qui nous serait donnée comme artificielle, calculatrice, intéressée pour nous forcer à une réciprocité qui serait perdante ou déséquilibrée en notre défaveur.

Un enjeu central : réduire asymétries et dichotomies dans les relations

Dans ma chronique N°21 Gare à la comparaison biaisée !, j'ai évoqué les dangers de la comparaison biaisée. Comparaison biaisée que l'on trouve particulièrement dans les relations influencées fortement par l'asymétrie ou par la dichotomie.

Comment se caractérisent-elles :
  • dans les relations asymétriques se joue souvent l'autorité d'une partie par rapport à l'autre ; exemples : entre parent et enfant, maître et élève, sachant et apprenant, médecin et patient, aidant et aidé, élus et citoyens, ...
  • dans les relations dichotomiques, des groupes sans relation hiérarchique ou d'autorité s'opposent ... souvent inutilement ; d'autant plus quand chacun a son utilité et qu'ils sont complémentaires. Exemple : privé et public, automobilistes et piétons, citadins et ruraux, technique et commercial, parents et enseignants, différentes communautés (religion, pays, région, race, supporters de clubs sportifs, ...)
Dans les relations asymétriques, une des deux parties est le sujet d'attention de l'autre par essence : l'enfant par le parent, l'élève par l'enseignant, le patient par le soignant, ... Ce qui ne veut pas dire pour autant que l'attention soit toujours présente ; notamment quand l'acte technique prend le pas sur la relation (par exemple, un médecin qui ausculterait un patient sans vraiment s'intéresser à lui ou un enseignant qui délivrerait un enseignement sans considérer les élèves). Dans notre société, on a du mal à comprendre la réciprocité dans les relations asymétriques : un enfant (non adulte) qui prendrait soin de ses parents, un patient qui veillerait sur son médecin, un subordonné qui veillerait sur son supérieur hiérarchique, un citoyen qui s'inquiéterait du surengagement d'un élu, ... (au masculin et au féminin).

Dans les relations dichotomiques, la réciprocité ne se joue pas car la comparaison biaisée a tendance à délégitimer les besoins de l'autre partie. Par exemple : "Pourquoi faudrait-il que nous, techniciens, prenions soin des commerciaux alors qu'ils sont largement mieux payés que nous et valorisés par la direction alors que nous sommes les 5èmes roues du carrosse ?" ou alors "Et puis quoi encore ! Une augmentation pour les fonctionnaires ? Avec tous les avantages qu'ils ont : sécurité de l'emploi, 30 heures par semaine, les vacances scolaires, ... C'est indécent par rapport à nous qui nous tuons au travail dans le privé !"

Réduire les asymétries et les dichotomies, tel était un des enjeux de l'Attention Réciproque que j'ai modélisée en 2017 pour le site internet laqvt.fr, site d'actualité (en sommeil) sur la Qualité de Vie au Travail (QVT).

Je vous propose de considérer la double relation suivante entre réciprocité de la bienveillance et réduction de l'asymétrie et de la dichotomie dans les relations :
  • en réduisant les asymétries et dichotomies, on peut faire vivre plus facilement la réciprocité de la bienveillance
  • en cultivant la réciprocité de la bienveillance, on peut réduire l'asymétrie et la dichotomie, rendant les relations plus équilibrées, plus saines et plus aptes à créer de la coopération gagnant-gagnant.

La réciprocité dans les relations asymétriques

Pour les relations qui sont asymétriques par essence (par exemple parent-enfant, employeur-salarié, soignant-patient, enseignant-élève, élu-administré) et pour lesquelles une des deux parties porte une responsabilité légale et/ou une autorité envers l'autre, la réciprocité de la bienveillance peut éclairer la relation d'un nouveau jour : la personne qui bénéficie par essence de la bienveillance de l'autre enfile elle-aussi la bienveillance pour porter attention, voire soin, en retour.

Pour la relation parent-enfant, le parent peut apprendre à l'enfant à porter attention et soin à ses parents dès le plus jeune âge, selon ses capacités et sans lui faire surjouer la responsabilité de bienveillance. La plupart des parents savent que le métier de parent est difficile, alors pourquoi ne pas se faire aider par les enfants pour que ce métier ne pèse pas trop. Je suis convaincu de l'effet gagnant-gagnant d'un bon jeu de réciprocité. A l'inverse, une relation parent-enfant centrée sur le plaisir de l'enfant a un fort risque de basculer dans le perdant-perdant (cf mon article Attention, plaisir - Le dessous des cartes : tu vas halluciner !)

Pour la relation chef·fe-subordonné·e, l'organisation peut se saisir collectivement de l'enjeu de la Qualité de Vie au Travail (QVT) en considérant que chacun·e est concerné, quels que soient sa fonction, son statut, ... C'est un sacré changement de culture qu'encadrement et salariés sans responsabilité d'encadrement acceptent les uns et les autres que les personnes de l'encadrement soient aussi le sujet de bienveillance par l'ensemble du collectif et par chaque personne du collectif  ; y compris pour l'encadrant d'accepter que ses subordonnées portent attention et soin à lui. En effet, pour prendre une métaphore maritime : qui songerait naturellement qu'un matelot puisse demander au capitaine s'il ne se sent pas trop stressé par la tempête ?
Evidemment, pour qu'une telle culture soit entendable et puisse se développer, il faut que la bienveillance du collectif et des encadrants envers les équipiers soit déjà suffisamment au rendez-vous, ou au minimum qu'elle soit sérieusement en intention.

Interrogeons des rôles

Il y a des relations asymétriques et/ou dichotomiques qui nécessitent d'être interrogées, discutées, remises en cause, et en particulier celles qui sont ancrées depuis des générations, notamment du fait du patriarcat.
J'en donne quelques exemples :
  • la femme dans un couple qui devrait prendre soin des enfants, du conjoint, du ménage ;
  • les filles, voire particulièrement, la fille ainée qui devrait prendre soin des parents une fois qu'ils sont âgés ;
  • les médecins de famille dont certains patients se plaignent qu'ils ne soient plus aussi mobilisables jours et nuits qu'avant ;
  • les maires dans les petites communes que l'on pourrait déranger à toute heure du jour et de la nuit ;
  • un certain nombre de métiers pour lesquels on ne trouve pas anormal que le travail occupe 365 jours par an (notamment dans l'agriculture)
Et si on commençait par ce qui nous est le plus proche ? Par exemple, la façon de fonctionner dans notre foyer : la répartition des responsabilités et des tâches, la façon dont sont prises les décisions, l'appréciation de la contribution de chacun, ... Quiconque dans le foyer peut être à l'initiative d'un cheminement vers un fonctionnement et des relations plus équilibrées et bienveillantes.

Tendons vers la bienveillance aussi en tendant la perche de la réciprocité

Vous avez entendu parler de l'assertivité ? J'utilise pour ma part aussi le terme "affirmation de soi bienveillante". Certaines personnes l'assimilent au fait de savoir dire "Non".
L'assertivité appelle à conjuguer respecter à autrui et à soi-même. Ce qui met en évidence la bienveillance à soi-même et la bienveillance à autrui (deux des dimensions de mon modèle à 4 dimensions).

L'assertivité consiste non seulement à dire "Non", mais aussi à tendre la perche de la réciprocité de la bienveillance : je suis bienveillant avec toi, je suis bienveillant avec moi, certes ... et aussi je t'appelle à l'être aussi avec moi. Une dynamique que l'on a tendance à oublier, notamment dans les cas de surengagement. 
C'est souvent le cas dans le surengagement dans les activités associatives. J'ai maintes et maintes fois observé des situations où des personnes sont surengagées dans une association jusqu'à émettre des signaux plus ou moins forts montrant que la situation ne leur convient plus. Et le plus souvent, la seule réaction qu'elles obtiennent est un renvoi à leur responsabilité de bienveillance par rapport à elle-même : "Tu en fais trop. Fais en moins ! Prends soin de toi !". 
Pour autant, j'ai rarement entendu une réaction du type "En quoi peut-on aider à trouver une solution ?".
Pire que cela : je ne me souviens pas avoir entendu une seule fois une personne surengagée demander explicitement à ce que l'on prenne soin d'elle, individuellement et collectivement. 
En cela, elle tendrait une perche de la réciprocité : "Je suis bienveillant envers l'association, ses membres, ses bénéficiaires. J'attends que l'association, ses membres et ses bénéficiaires prennent aussi soin de moi, et en particulier actuellement où la situation est difficile pour moi".

Je mets ici en évidence 3 dynamiques de responsabilités de bienveillance, dont une qui fait appel à la réciprocité :
  • je suis bienveillant avec toi (ou envers un écosystème),
  • je suis bienveillant avec moi,
  • je t'appelle (j'appelle l'écosystème) à être bienveillant avec moi-même (un juste retour des choses, non ?)
Cette troisième dynamique devrait être indissociable des deux premières en matière de bienveillance et d'assertivité.

6 dynamiques indissociables de Bienveillance dans une relation

Raisonnons autour de l'idée de relation. La bienveillance dans une relation entre A et B se jouant à 3 niveaux pour A : 
  • A est bienveillant envers B
  • A est bienveillant envers lui-même
  • A prend soin de la relation qui relie A et B
Ces 3 niveaux de responsabilités mettent en évidence 6 dynamiques indissociable de bienveillance dans une relation si l'on ajoute en effet miroir les responsabilités de B :


Les flèches et textes en marron indiquent les responsabilités de réciprocité de B envers A.

Comme indiqué dans la partie sur l'assertivité, en réalité toute personne devrait aussi se saisir si nécessaire d'une insuffisance de bienveillance ou de présence de malveillance.



Concernant la relation particulière parent-enfant, même si elle est asymétrique par essence, on peut s'appuyer sur le schéma général des 6 dynamiques de bienveillance pour une relation, pour interpeler et cultiver la bienveillance dans ce type de relation, et notamment la bienveillance de l'enfant envers ses parents.


Cheminement de l'obligation vers la responsabilité

La réciprocité de la bienveillance vue sous le prisme de l'obligation, de la seule morale est/serait une mauvaise voie selon moi. J'ai évoqué dans la partie précédente "Quelle réciprocité ?" en quoi elle pouvait être urticante.

Par contre, une réciprocité de la bienveillance abordée sous l'angle de la responsabilité permet d'y mettre un élan, de l'enthousiasme, de l'envie et, quand cela est possible : du plaisir. Une responsabilité qui fleure bon la joie de vivre et ... la gratitude.

Vivons pleinement la gratitude

La réciprocité de la bienveillance peut être vue comme un remerciement, l'expression d'une gratitude pour la bienveillance qui nous est donnée. Or la gratitude a la particularité d'être une émotion positive qui fait donc déjà du bien à soi-même. Je vous renvoie à mon article rapportant ma modélisation d'un processus de la  gratitude.
Donc aborder la réciprocité de la bienveillance par la gratitude a l'énorme avantage de nous l'amener via une émotion positive qui fort naturellement nous donne un élan bien loin du sentiment d'obligation. Plus nous prenons conscience de la bienveillance qui nous est donnée, plus nous nous sentons heureux reconnaissant et plus nous avons envie de rendre la pareille (ou presque puisqu'il ne s'agit pas de réciprocité comptable).

La culture de l'appréciation et de la gratitude constitue un levier central, pertinent et efficace pour jouer pleinement et joyeusement la réciprocité de la bienveillance.

Aïe ... quand la réciprocité n'est pas là !

Mais est-ce si grave, si préjudiciable pour les humains et pour notre société que la réciprocité de bienveillance ne soit pas à la hauteur qu'elle devrait/pourrait l'être ?

Ma conviction est que l'insuffisance de réciprocité de bienveillance crée un spectre large de conséquences négatives, en partant de petits déséquilibres dans les relations jusqu'à des relations destructrices, notamment dans les couples, dans les familles, dans les organisations et dans ce qui nous relie avec la planète.
La matrice suivante en 4 lignes et 4 colonnes montre que 12 combinaisons sur 16 posent plus ou moins problème, et une seule relève du gagnant-gagnant, à savoir une relation où chacune des parties prend à la fois soin d'elle-même et de l'autre partie.



La réciprocité de la bienveillance est selon moi un enjeu central qui nécessite d'être cultivé individuellement et collectivement, notamment à travers l'apprentissage de l'assertivité (affirmation de soi bienveillante). Une réciprocité qui s'appréhende d'autant plus facilement qu'elle se comprend à travers l'interconnexion des 4 dimensions de la bienveillance entre personnes, et entre personne et collectif et communauté d'appartenance.