jeudi 19 novembre 2020

Création d'une page dédiée à ma modélisation d'une société de la Bienveillance


 

Je vous signale la création ce jour d'une page dédiée à ma modélisation d'une société de la Bienveillance que je présente à travers l'utilisation de 20 mots. 

Venez découvrir le diaporama commenté présentant brièvement ces 20 mots.

Accès à la page Société de la Bienveillance.

dimanche 8 novembre 2020

Un grand-oncle d'Amérique bienveillant ? - Chronique sur la Bienveillance - Episode 10

 

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Il est inspiré d'une actualité mondiale qui pourrait changer la donne pour la planète : l'élection du duo Biden - Harris. Je le dis tout de go : comme beaucoup de personnes sur la planète j'imagine, j'ai ressenti à la fois du soulagement et de l'espoir à l'annonce de cette élection. Jusqu'au jour du vote, mon attente était principalement de l'ordre du soulagement : voir cette incroyable et destructrice parenthèse Trump se refermer. Et puis, j'ai suivi mot après mot les propos tenus par Joe Biden devant les caméras et les micros depuis la fermeture des urnes jusqu'aux discours des deux élus hier soir le 7 novembre 2020. J'avoue avoir été principalement intéressé dans ces élections par l'idée que Trump puisse être battu plutôt que par le programme et les personnalités de Joe Biden et Kamala Harris. Je me faisais simplement la réflexion, voire le jugement, qu'il était dommage que les démocrates ne choisissent pas un candidat plus jeune.

J'ai été impressionné par la forme et le fond des propos tenus par Joe Biden dans la période d'attente des résultats et par les deux discours hier (vidéo et texte des discours). J'ai vu dans ces deux discours de quoi croiser avec ma modélisation d'une société de la bienveillance. Alors bien-sûr, il s'agit des Etats-Unis, mot qui a été prononcé 36 fois sur la totalité des deux discours. Il a été peu question de l'international et de la planète, mais le peu qui a été dit laisse présager qu'un point central de ma modélisation de la bienveillance sera activé : la coopération. Voici deux extraits qui vont dans ce sens :

Joe Biden : "Mesdames et messieurs, jamais par le passé nous avons échoué lorsque nous travaillons ensemble." pour inscrire la coopération dans une trajectoire qui ne démarre pas demain mais qui a été active dans le passé, et nous français pouvons nous en souvenir, notamment par rapport à la 2ème guerre mondiale.

Joe Biden : "Nous pouvons travailler ensemble, c’est un choix que nous pouvons faire et nous pouvons décider de ne pas coopérer ou de coopérer. C’est un choix. Et je pense que ça fait partie du mandat qui nous a été confié par les américains. Les américains souhaitent que nous travaillions ensemble. Et c’est ce que je vais faire, le choix que je vais faire. Et j’en appelle au congrès, aux démocrates, aux républicains à faire ce choix, le même choix que moi". Cet extrait est très important car il exprime clairement que la coopération est un choix dont il s'agit d'être conscient, qu'il faut le manifester et qu'il faut inviter les autres parties prenantes à coopérer. Bien entendu, chaque partie prenante est décisionnaire de coopérer ou non, mais c'est déjà un grand pas que de tendre la perche. Un autre point essentiel qui m'apparaît est l'alignement entre son choix personnel (et du duo Biden - Harris) et le mandat qu'il considère avoir reçu de ses électeurs. Une aspiration partagée, un élan partagé qui pourrait rallier d'autres parties prenantes dans un environnement désuni. L'avenir dira à quel point cette perche sera saisie et en quoi une approche gagnant-gagnant pourra être utilisée. Une approche gagnant-gagnant en interne, mais aussi en externe avec la perspective du retour des USA à la fois dans l'accord de Paris et à l'OMS.

Dans le discours de Kamala Harris apparaît une notion évoquée par Sébastien Bohler dans son livre "Où est le sens ?" : le sacrifice, et qui a fait l'objet de mon article récent Question de sacrifices - Chronique sur la Bienveillance - Episode 5 :

"Protéger notre démocratie, cela nécessite de se battre, de faire des sacrifices. Mais c’est quelque chose que l’on fait avec joie, et on voit également un progrès. Pourquoi ? Et bien parce que nous, le peuple, avons le pouvoir de bâtir un plus bel avenir." Vous pouvez remplacer la partie "notre démocratie" par "nos démocraties et notre planète", et cela constituerait une belle formulation de l'enjeu auquel nous pourrions nous rallier, nous les humains sur cette planète. Avec un aspect qui me semble là-aussi essentiel : le fait de combiner "sacrifice" et "joie". Nous aurons besoin d'abandonner des habitudes, des besoins secondaires, peut-être aussi des choses auxquelles nous tenons mais dont l'avenir exige de nous de les faire lâcher. Le faire ensemble, dans la joie et dans un consentement libre et conscient nous facilitera grandement les choses. Un autre aspect important que j'ai traité dans ma modélisation est le principe de progrès : notre bien-être psychique est nourri des progrès que nous faisons et de toutes les formes de soutien pour accompagner nos progrès (à condition qu'il ne soit pas question d'une spirale conduisant au perfectionnisme ou/et au toujours plus).

Je continue avec Kamala Harris qui a égrené des mots-clés de bienveillance qui ont fortement résonné avec ma modélisation et mes aspirations :

"... nous avons également observé du courage, votre courage, votre résilience, et la générosité de votre esprit. Pendant 4 ans, vous avez défilé pour promouvoir l’égalité, la justice, pour nos vies, pour notre planète. Et ensuite, vous avez voté. Et vous avez envoyé un message clair : vous avez choisi l’espoir, l’unité, la décence, la science, et oui … la vérité.". Je reprends quelques mots-clés pour en tirer la substance de bienveillance :

  • courage et détermination ; tels sont les ingrédients qui nous seront nécessaires pour cheminer vers une société de la bienveillance
  • générosité de l'esprit, ouverture de l'esprit, écoute, empathie sont autant de conditions pour connaître autrui, ses conditions de vie, ses perceptions et ses aspirations. Otto Scharmer, concepteur de la Théorie U évoque deux leviers à la transition que nous retrouvons en quelque sort ici : "Esprit ouvert" et "Cœur ouvert"
  • la référence à la science renvoie à la connaissance et à la lucidité qui nous sont nécessaires pour avoir une conscience juste des enjeux environnementaux, sociaux, démocratiques, sanitaires, ... 
  • la vérité pour ne pas rester figé dans la déni, pour ne pas se raconter des histoires, pour ne pas raconter des histoires. Il s'agit aussi de loyauté.
  • l'espoir est très important pour ne pas rester éventuellement dans le sentiment de peur qui peut soit paralyser, soit faire basculer dans la violence face aux dangers qui risquent de se multiplier à la fois du fait de l'emballement climatique, des pandémies, des impacts sociaux, ...
Je reviens à Joe Biden qui a expliqué en quelques mots ce sur quoi il bâtira sa stratégie face à la pandémie :
"Ce plan est basé sur la science ; il sera fait avec compassion et empathie." On a l'habitude en France d'opposer deux enjeux ou de vouloir les concilier : la santé humaine et la santé économique. On entend souvent l'idée selon laquelle les scientifiques proposent et les politiques disposent. Joe Biden introduit dans sa formulation une autre dimension : celle de la compassion et de l'empathie. Je ne dis pas qu'elle est absente des discours et des motivations en France face au covid-19, mais il m'a plu que Joe Biden présente les bases de son plan ainsi, en utilisant des mots qui fleurent bon la bienveillance.

Ces discours sont inspirants pour moi. Je pourrais reprendre de nombreuses phrases pour les analyser avec la grille de lecture de la bienveillance. Mais pour ne pas faire trop long, je termine par un dernier extrait du discours de Joe Biden :

"J’ai toujours pensé qu’il était possible de définir les Etats-Unis en un mot : possibilité. Tout le monde doit avoir une possibilité, une chance d’aller aussi loin que les rêves peuvent les pousser." Joe Biden évoque par ailleurs le mot "prospérité". Il est important de donner un sens aux mots. Si "possibilité" renvoie à l'idée de "réussite", il s'agit alors de considérer quel modèle de réussite est cultivé dans la société. Dans ma vision de la société de la bienveillance, la réussite n'est pas un mot que j'ai envie d'utiliser. Je lui préfère le mot "accomplissement", un accomplissement façon sobriété heureuse. Pour en revenir sur le mot "possibilité", il peut renvoyer à l'idée de "pouvoir d'agir".  Ce qui me permet de boucler la boucle avec les premiers extraits : celui de la coopération. Un des enjeux face à la pandémie, à l'emballement climatique, ... est selon moi ce que j'ai appelé la "puissance coopérative" dans ma série d'articles sur laqvt.fr De l’impuissance solitaire à la puissance coopérative. Une puissance coopérative qui permet de sortir de ce sentiment d'impuissance solitaire qui caractérise en partie le monde d'aujourd'hui.

Alors, oui le duo Biden - Harris a beaucoup parlé des Etats-Unis, mais ils ont parlé de raison d'être (âme des Etats-Unis), une raison d'être qui mériterait d'être co-construite en lien avec une raison d'être de l'humanité. Dans ma vision d'une société de la bienveillance, la raison d'être est capitale. Des raisons d'être aux différentes strates de la société (du niveau humanité jusqu'au niveau individuel) qui seraient alignées tout en assurant que chacune puisse avoir sa singularité.


lundi 2 novembre 2020

Donnons-nous du temps PAR la bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 9

 


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Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 9ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré d'une actualité récente et d'une ancienne actualité qui reste complètement d'actualité : ma lecture actuelle du livre "D'un monde à l'autre" de Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, croisée avec ma lecture d'un livre plus ancien "Résonance" du sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa (il a écrit auparavant le livre "Accélération").

Donnons-nous du temps POUR la bienveillance

Je partage depuis le début de mes travaux de modélisation sur la bienveillance en 2019 une conviction et un leitmotiv : "Donnons-nous du temps pour la bienveillance !". Une conviction qui s'appuie sur un constat et une idée directrice :

  1. une grande partie de l'absence de bienveillance que l'être humain manifeste envers la planète et envers ses habitants est liée à un manque de temps ("j'en suis conscient, mais je n'ai pas le temps !")
  2. pour prendre soin de la planète, des personnes que l'on aime, de la qualité de ce que l'on fait, pour prendre soin de nous-mêmes, de nos relations, ... nous devons nous donner du temps, un temps juste.
L'usage de la première personne du pluriel ("donnons-nous") plutôt que la deuxième personne du singulier ("donne-toi") pour être familier ou la 2ème personne du pluriel pour l'être moins ("donnez-vous") est volontaire. Elle exprime trois aspects complémentaires :
  1. chacun de nous peut se saisir de cet enjeu à sa propre échelle
  2. il s'agit d'être ni impératif ni culpabilisant
  3. si chacun de nous s'en saisit de son côté, ce sera largement insuffisant : il faut que collectivement nous nous donnions du temps, que nous le choisissions ensemble et que ce temps que nous voulons nous accorder nous le soit aussi par celles et ceux qui nous entourent, et par les collectifs et communautés auxquels nous appartenons et dont nous faisons plus au moins partie en fonction de notre sentiment d'appartenance. Il faut aussi que cela tienne d'une décision collective co construite.
Le verbe "donner" est capital : il s'agit d'un cadeau que l'on se fait, individuellement et collectivement. "Donnons-nous du temps" étant étroitement relié avec l'approche gagnant-gagnant, un autre principe premier de la société de la bienveillance telle que je l'ai modélisée. 

"Donner" est aussi un choix réfléchi pour remplacer deux formulations peu entraînantes que l'on entend très très souvent : "accepter de perdre du temps ... pour en gagner ensuite" et "prendre du temps". Deux formulations qui sentent fort le sacrifice. Il y a en quelque sorte un cheminement à parcourir décrit dans le schéma ci-dessous que j'ai réalisé il y a quelques années pour laqvt.fr dans le cadre de l'initiative "Le temps sur la table" :



Une question d'espace et de temps

Dans "D'un monde à l'autre", Frédéric Lenoir explique qu'avec la sédentarisation qui a débuté il y a environ 12 000 ans, la sacralisation s'est renversée entre deux conditionnements fondamentaux : l'espace et le temps. Avant la sédentarisation, l'espace, la nature, l'environnement étaient sacrés. Le temps étant considéré comme cyclique. Depuis et de plus en plus, - notamment avec l'apparition des religions monothéistes - l'espace est devenu un objet d'exploitation (maintenant y compris au niveau de l'espace et des astres au-dessus de nos têtes) et le temps est devenu sacrément sacré. Le temps devenant linéaire, défini par un début, une fin et surtout une fin dans le sens "objectif". 

Je considère que "temps" et "objectifs" sont devenus complètement imbriqués formant une double aliénation et un double sujet d'angoisse : "je n'ai pas le temps" et "je n'arrive pas à atteindre mes objectifs". Un couple d'autant plus infernal que le temps et les objectifs sont souvent unilatéralement imposés par des personnes ou autorités déconnectées des réalités du terrain. Ce qui provoque presque inévitablement des situations où dès le début de ce segment de temps (top départ - top fin) la personne embarquée dans cette course contre la montre sait que la chose n'est pas faisable sauf :
  • en dépassant les délais,
  • en faisant mal la chose ou/et en étant déloyal,
  • en mordant sur d'autres sphères de vie pour respecter les délais, avec tous les impacts négatifs possible en terme d'équilibre des sphères de vie et de fatigue
Ces trois stratégies pouvant en plus se conjuguer. Et croyez le spécialiste de la Qualité de Vie au Travail (QVT) et des risques psychosociaux (RPS) que je suis, on voit tous les effets délétères de cette hyperconnexion au temps, aux objectifs, à la croissance, à l'urgence, ... sur la santé humaine et et sur la santé de la planète.

Compte tenu de l'état alarmant de la planète et de l'état inquiétant de la santé physique, psychique et social des humains, il y a donc en quelque sorte un double enjeu, une double urgence :
  • prendre soin de nos écosystèmes : resacraliser l'espace
  • nous désaliéner du temps : désacraliser le temps ... et avec ... les urgences, les objectifs (à la mode du toujours plus, toujours plus vite, toujours moins coûteux), le progrès (à la mode sans conscience, ruine de l'âme), la croissance (vue comme seul paradigme, le cas échéant repeint en vert), la possession (façon "touche pas au grisbi"), l'expression exacerbée de l'ego, l'excellence à toutes les sauces, la jeunesse éternelle (et l'idée de corps augmenté), la satisfaction de plaisirs vides de sens, ...

Donnons-nous du temps PAR la bienveillance

Pour nous donner du temps POUR la bienveillance, il ne suffit pas de le dire. 

En quelque sorte, nous pouvons prendre le chemin de nous affranchir de la pression du temps selon les deux idées suivantes :

1/ Donnons-nous du temps pour faire le bien (bienveillance) et le faire bien (qualité) ; avec une petite musique relaxante dans l'air : "Ca prendra le temps que ça prendra"
2/ Et s'il devait vraiment y avoir une importance à le faire pour un délai donné qui n'est pas à notre portée ou faire face à un danger présent ou qui s'approche auquel on sent impuissant à notre échelle (notamment l'emballement climatique, les impacts sanitaires et sociaux de la pandémie covid-19), coopérons avec d'autres individus, collectifs, communautés, écosystèmes, organismes vivants, ...

Pour se désaliéner du temps, il s'agit 
  • plutôt que de pratiquer un corps à corps difficile, voire présomptueux, avec ce temps oppressant pour tenter de (re)gagner des marges de manœuvre (pression qui nous est infligée ou que nous nous auto-infligeons y compris quand on arrive à la retraite), 
  • il est plus agile, astucieux, malin, plaisant de changer de perspective et de priorité : (re)créer du sens et de la proximité avec ce qui nous entoure. C'est ce qu'Hartmut Rosa appelle la "résonance". En effet, selon lui, la solution face à l'accélération du temps n'est pas la décélération mais la résonance avec ce qui peut faire sens et relation autour de nous, ce qui peut nous toucher et que nous pouvons toucher. C'est aussi ce à quoi nous invite Sébastien Bohler dans son dernier livre "Où est le sens".
Je veux ici éclairer un enjeu capital de cercle vertueux : plus nous créons de la proximité avec un individu, un être vivant, un écosystème ou nous-mêmes, plus nous nous (re)connectons à lui, plus nous allons lui consacrer du temps, plus le temps que nous allons lui consacrer nous semblera juste, plus nous en tirerons des gratifications, plus nous le gratifierons, plus nous aurons envie de prendre soi de lui et ... plus nous nous libérerons de l'omniprésence et de la pression du temps.

Ainsi mon leitmotiv "Donnons-nous du temps POUR la bienveillance" se double d'un "Donnons-nous du temps PAR la bienveillance"

La bienveillance nous donnera du temps pour donner encore plus de bienveillance, non pas dans une fuite en avant de la bienveillance qui finirait par nous remettre de la pression, mais selon une spirale ascendante inspirante qui se renforce, sans forcer, pour le bénéfice de nos écosystèmes.

Consacrons-nous, chacun, et collectivement, à protéger, préserver, cultiver, sacraliser, gratifier ce et ceux qui contribuent vraiment à notre vie, à nos besoins essentiels : respirer, nous nourrir sainement, nous hydrater, maintenir notre température, notre sommeil, notre hygiène corporelle, notre bien-être physique, psychique et social (et donc notre besoin de liens sociaux), la paix en nous et au sein des différents écosystèmes auxquels nous appartenons.

Le temps (re)deviendra un repère cyclique, un peu comme une respiration bien présente que l'on oublie mais que l'on peut aussi vivre en conscience de temps en temps et que l'on peut remercier plutôt que maudire. Un temps avec qui vivre en paix et en symbiose.







vendredi 30 octobre 2020

Reconfinement et bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 8

 


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Voici le 8ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré d'une double actualité : la reconfinement et les attentats terroristes en France.

Michel Lejoyeux, chef du Service de psychiatrie et d'addictologie à l'Hôpital Bichat à Paris, professeur à l'Université Denis Diderot et auteur de plusieurs ouvrages à destination du grand public, était l'invité de la fin du journal de 20h de France2 hier jeudi 29 octobre 2020 (time code 44mn50 de l'émission en replay). De mon point de vue, c'était en quelque sorte une bouffée d'oxygène et d'espoir dans une actualité très sombre entre covid-19 et attentat dans la basilique Notre-Dame-de-l'Assomption de Nice.

En quelques mots, voici un résumé de son intervention dans lequel j'ai ajouté quelques grains de sel de complément : il ne faut pas lutter contre les émotions négatives qui nous envahissent dans ce type de contexte. Il faut les accueillir et surtout pas les considérer en première intention comme une anomalie de notre santé qu'il faudrait régler avec des prises de médicaments, d'alcool, de drogues. Nous vivons une situation anormale, avec un déclenchement d'une réaction de stress ; le stress étant un mécanisme d'adaptation naturel. Nous avons en nous des capacités de résilience et des stratégies pour faire face.

Un enjeu important expliqué par le professeur Lejoyeux est la capacité à jouer et distinguer le temps long et le temps court. Il nous faut prendre garde de ne pas nous laisser envahir par le temps court avec bien évidemment nos objectifs (individuels et collectifs) à court terme qui sont totalement bouleversés. Nous avons par ailleurs des valeurs à long terme : ce pourquoi on se lève le matin, ce qui nous pousse à travailler, les personnes qui comptent vraiment pour nous. En cette période troublée, il nous faut remettre de la perspective, retrouver nos valeurs essentielles, ce qui constituera un facteur de résilience. J'ajoute qu'en quelque sorte, il nous faut essayer de ne pas surjouer, surtout pour celles et ceux d'entre nous qui, en réalité, ne sont que peu touchés concrètement dans leur santé ou dans la santé de leur activité professionnelle. Un vrai enjeu, car il est si facile de surjouer, d'autant plus quand on se trouve à discuter avec d'autres personnes qui surjouent au diapason, faisant gonfler une grosse baudruche de pensées et paroles négatives bien inutiles et toxiques.

Pour en revenir au professeur Lejoyeux, il a fait référence à une expérience qui a montré que "Si on est en capacité de déconnecter son esprit pendant 10 minutes par jour (Mind-Wandering - vagabondage de l'esprit), avec un peu de musique, un texte qui nous détend, on augmente à la fois ses capacités de résistance et de résilience". Laissons donc vagabonder notre esprit de manière plaisante, surtout quand il se met à ruminer sur les amis qu'on ne pourra pas voir, les sorties restau/ciné interdites, les supposés incompétents qui nous gouvernent, les étrangers qu'il faudrait expulser dare-dare, ...

En cette période de reconfinement et d'attentat, la bienveillance est un enjeu capital selon moi. Un enjeu pour notre moral, pour l'ambiance générale, pour créer/renforcer des aptitudes et des actes de coopération, de solidarité, de juste réaction face aux événements. Le professeur Lejoyeux nous invite à (ré)investir nos valeurs essentielles, ce qui compte vraiment pour nous. Réinvestir le sens est aussi le message porté par Sébastien Bohler dans son dernier livre "Où est le sens ?". 

En répondant à cette invitation, il y a un risque qu'il faut clairement anticipé sinon, elle risque d'être contre-productive, cette invitation : si le sens nous ramène vers celles et ceux qui nous sont chers, et que le reconfinement fait exactement le contraire, à savoir nous en éloigner, il faut éviter de retomber encore plus dans la frustration, la rancœur. Trouvons d'autres moyens d'investir la relation aux proches : le téléphone, la visioconférence, les emails et un moyen d'un autre temps auquel on peut revenir : la correspondance avec du papier, un stylo, des enveloppes et des timbres. Et l'on s'aperçoit bien souvent que ce l'on écrit n'est pas ce que l'on dit, et que l'on écrit ce que l'on a oublié depuis tellement longtemps de se dire, notamment des sentiments. Et puis comme l'a suggéré Jean-Baptiste Marteau, le journaliste présentateur du journal, vivons le reconfinement si possible comme une parenthèse

Accueillir les émotions négatives ... mais quelle quantité, quel type ?

Si je suis absolument d'accord avec le professeur Lejoyeux sur le fait qu'il faut savoir accueillir les émotions négatives et ne pas lutter farouchement contre elles, notamment par des actions de compensation, je veux consacrer quelques lignes à un schéma que j'ai réalisé pour mettre en évidence les impacts de notre façon d'observer et de penser sur nos émotions et nos actes, selon que l'on est dans une approche bienveillante ou malveillante. Ce schéma m'a été inspiré des Techniques Comportementales et Cognitives.


Dans la situation que nous vivons, il est très facile de se trouver embarqué dans un cercle vicieux de malveillance : nous focalisons nos observations sur ce qui ne va pas, ce qui suscite des pensées négatives (notamment jugeantes) qui entraînent automatiquement des émotions négatives (colère - voire haine -, frustration, rancœur, peur, tristesse, ...). Ces émotions négatives induisent des comportements (des paroles, des actions) qui :

  • au mieux relèvent de l'absence de bienveillance (on ne dit pas des choses gentilles qui pourraient être dites, on ne fait pas des actes bienveillants qui seraient nécessaires)
  • au pire relèvent de la malveillance (on dit des choses méchantes, désagréables ou sur un ton désagréable, on réalise des actes malveillants, déloyaux, ...)
J'insiste sur le danger de périodes comme celle que l'on vit : ce cercle vicieux est celui de la facilité. Il nous faut de la vigilance pour ne pas nous laisser entraîner dès lors que l'on côtoie des personnes qui sont dans cette spirale descendante.

A l'inverse, le cercle vertueux bienveillant nous invite à nous intéresser à ce qui va bien, aux merveilles du quotidien (notamment celles que procure la nature) - sans pour autant être dans le déni de ce qui ne va pas -. La curiosité (saine) est génératrice de pensées agréables qui vont déclencher des émotions positives (joie, amusement, gratitude, espoir, ... cf mon article 9 émotions positives au service de la QVT sur laqvt.fr). Comme il l'est expliqué dans l'article, les émotions positives augmentent nos capacités cognitives et sociales. Nos paroles et nos actes vont dans le sens de la bienveillance, pour prendre soin des personnes avec qui on interagit.

Les émotions, qu'elles soient négatives ou positives, ont un effet contagieux qui a été étudié et a fait l'objet de nombreuses expériences, notamment grâce à l'imagerie médicale. En cette période de reconfinement et de risques d'attentats, il est facile de comprendre en quoi non seulement individuellement, nous risquons de tourner en rond dans le cercle vicieux de la malveillance, mais aussi que cette malveillance peut se propager aussi vite, voire plus vite que la covid-19.

Donc s'il y a un enjeu de savoir accueillir les émotions négatives, il y a tout autant un enjeu de ne pas nous polluer nous-mêmes et mutuellement par des émotions négatives issues de pensées jugeantes, de pensées de discrimination, de pensées focalisées sur nous-mêmes, et encore pire de pensées haineuses et meurtrières.

Des marches de la bienveillance

Face à cette situation et aux enjeux climatiques qui restent tout autant présents, la préservation de l'humanité et de notre planète doivent passer selon moi par notre engagement dans une société de la bienveillance. Un engagement qui ne sera possible qu'avec un niveau de lucidité sur les symptômes, les problèmes et les solutions. Ce que j'ai décrit dans ce que j'ai appelé "Des marches de la bienveillance".


Une société de la bienveillance doit être vue comme un cheminement. Chacune et chacun a sa propre progression et est motivé et soutenu collectivement et dans ses relations interpersonnelles. Une progression qui donne de fortes gratifications, renforçant l'engagement dans cette société de la bienveillance.

Je nous souhaite que cette période, qui sera bien entendu de l'ordre de l'enfermement, soit par ailleurs, et encore plus, une ouverture vers autrui, vers des écosystèmes bienveillants, vers nos valeurs essentielles.



jeudi 29 octobre 2020

Cordonnier bien chaussé de la bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 7

 


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Voici le 7ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré de ma lecture de l'article La bienveillance au cœur de l’enseignement de Pascale Vézina-Gagnon sur le site d'actualité de l'Université de Montréal.

Pascale Vézina-Gagnon, qui est à la fois doctorante en psychologie clinique et chargée de cours depuis quatre ans au Département de psychologie de l'Université de Montréal, a reçu un beau signe de reconnaissance : le Prix d’excellence en enseignement aux doctorants et stagiaires postdoctoraux chargés de cours.

L'article qui lui est consacré donne quelques explications sur ce qui a motivé cette reconnaissance. Mon dernier article Conjuguer le verbe "Prendre soin" - Chronique sur la Bienveillance - Episode 6 a un double point commun avec cette présente chronique : le sujet touche aussi le fait de prendre soin de soi et nous restons au Québec. Et ce n'était pas un choix prémédité de ma part.

Dans la précédente chronique, je faisais référence à une invitation de Sara Marie-Jo Bastien (directrice générale de la Table de concertation jeunesse Bordeaux-Cartierville) aux professionnels du secteur à prendre soin d'eux.

Ici, nous escaladons en quelque sorte une marche supplémentaire : on apprend à des professionnels de la santé psychologique à prendre soin d'eux-mêmes. Pascale Vézina-Gagnon le fait selon un principe que je tiens à souligner et qui m'avais marqué quand j'ai eu la chance de participer à une formation de Claire Héber-Suffrin la cofondatrice des Réseaux d'Echanges Réciproques de Savoirs ; ce principe étant : "on apprend de ce qu'on vit". 

Selon Otto Scharmer, fondateur de la Théorie U, quand on s’observe de l’extérieur, qu’on soit un individu ou une organisation ou une société, on a fait un grand pas vers le changement. C'est 50% du chemin. Il indique dans ses écrits que ces travaux ont été inspirés notamment par la citation suivante : "Le succès d'une intervention dépend des conditions intérieures de l'intervenant." de Bill O'Brien ex PDG d'Hanover Insurance. Prendre soin de soi, écouter ses propres émotions, ses propres aspirations, son corps est donc doublement bénéfique ; c'est bon pour sa propre santé et cela procure de l'efficacité à ses actions (c'est donc gagnant aussi pour le bénéficiaire de l'action). En quelque sorte, je résume par "Quand je prends soin de moi, je me fais du bien et je me donne les moyens de prendre soin de toi efficacement". Il est grand temps de mettre fin à une fausse croyance selon laquelle les métiers du soin et de la relation d'aide devraient se faire de manière déconnecté de ses propres émotions, voire dans l'oubli de soi. Prendre soin de soi tout en prenant soin des autres n'est pas du tout incompatible et ne relève pas de l'égoïsme. Il s'agit d'une bienveillance équilibrée et ... quelque part ... de bon sens, dans une approche gagnant-gagnant.

Et c'est une excellente nouvelle de voir qu'un tel principe fait l'objet d'un apprentissage guidé par une enseignante. Une nouvelle qui m'a apporté de la joie et de l'espoir dans la mesure où cette bienveillance au cœur de l'enseignement a été reconnue par l'institution à laquelle appartient l'enseignante. 

Le qualificatif  "visionnaire" a été utilisé pour motiver ce geste de reconnaissance. Et j'aimerais qu'un tel apprentissage puisse être répliqué largement dans l'enseignement des métiers de la santé, et plus globalement dans tous les métiers où le professionnel est en relation avec un bénéficiaire, usager, client, ... 

Un apprentissage de la bienveillance qui mérite d'être démarré dès le plus jeune âge dans toutes les sphères de vie des enfants (notamment la famille et l'école). Un apprentissage à l'échelle mondiale car il faut avoir cette ambition-là en perspective du cheminement vers une société mondiale de la bienveillance. Une telle société qui sera apte à faire face aux énormes problèmes actuels et à venir (notamment l'emballement climatique, l'appauvrissement de la planète, les pandémies, la perte de sens, la pauvreté, la sous-alimentation, la sur-alimentation, les addictions de tous type, la violence sous toutes ses formes, les inégalités de tous types, ...) dont les causes sont pour la plupart à mettre sur le compte soit de l'absence de bienveillance soit de la malveillance des êtres humains envers la nature et mutuellement entre eux.

Prendre soin de soi pour mieux prendre soin d'autrui : une responsabilité individuelle ?

Enseigner la bienveillance à soi-même est essentiel comme je l'ai exprimé précédemment. Mais attention, une société de la bienveillance ne peut se résumer à inviter les personnes en activité à prendre soin d'elle-même. Cela pourrait être même contre-productif voire manipulateur que de renvoyer à la seule responsabilité individuelle. Comme je l'ai décrit dans l'épisode précédent Conjuguer le verbe "Prendre soin" - Chronique sur la Bienveillance - Episode 6 , il s'agit de coupler la responsabilité individuelle et la responsabilité de l'Etat et des institutions d'enseignement avec celle des collectifs de travail. Collectifs qui se doivent de considérer la bienveillance envers les individus contribuant aux collectifs dans leur rôle de préservation de la santé et de Qualité de Vie au Travail.



Les autres chroniques sur la bienveillance

mercredi 7 octobre 2020

Conjuguer le verbe "Prendre soin" - Chronique sur la Bienveillance - Episode 6

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Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 6 ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré de ma lecture de l'article Plaidoyer pour un peu de bienveillance de Sara Marie-Jo Bastien sur le site journalmetro.com

Sara Marie-Jo Bastien est directrice générale de la Table de concertation jeunesse Bordeaux-Cartierville. En tant que Girondin habitant à une trentaine de km de Bordeaux, je me suis dit que c'était en quelque sorte une voisine qui s'exprimait. Je me suis aperçu un peu plus tard que Bordeaux-Cartierville n'est pas un quartier de Bordeaux comme je le pensais (je connais très mal Bordeaux, pour tout dire) mais un quartier de Montréal. Donc ce n'est pas une voisine de Bordeaux mais une cousine du Québec.

Le Québec est aussi touché par la pandémie. Et dans cet article, Sara Marie-Jo Bastien rend hommage aux personnes qui travaillent dans le "milieu communautaire et du développement social", un secteur habitué à être en déficit de reconnaissance si je traduis bien ses propos. Elle lance aussi un appel aux personnes de ce milieu pour qu'elles prennent soin d'elles en cette période de pandémie. Elle mentionne un risque qu'elle ne nomme pas mais que je vais faire à sa place dans ma chronique : le burnout. Elle pose l'enjeu de la manière suivante : 

"Dans ce milieu dont le quotidien atteint des sommets d’intensité, nous sommes beaucoup à vouloir tout donner. Mais là où plusieurs étaient déjà sur le point de frapper un gros mur, le contexte actuel accélère le véhicule et il y a un danger réel que le mur arrive plus tôt, plus fort.

Alors je vous en prie, faites attention. Car aller plus loin que le bout de vous-même n’aidera personne."

Elle appelle donc les professionnelles et les professionnels de ce milieu à prendre soin de leur propre personne. Dans une approche gagnant-gagnant : en prenant soin de soi, cela permet de garder ses capacités physiques, psychiques et social pour essayer de mener à bien ses missions (je dis essayer, car il faut s'assurer d'avoir le temps et les moyens de bien faire son travail).

Puisque ce blog est parti de l'idée de décliner des verbes autour du bonheur, je vous propose de décliner le verbe "prendre soin", en m'appuyant sur ma modélisation en 4 dimensions présentée spécifiquement dans mon article récent 4 dimensions indissociables de bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 4.

Je redonne le schéma générique de ces 4 dimensions :


Si on connecte le niveau individuel avec le niveau du collectif du travail, on peut mettre en exergue une articulation de responsabilités :

Conjuguons donc "Prendre soin".

  • Je prends soin ... de moi. De deux manières : d'abord (1), de ma santé physique, psychique et sociale. En faisant attention à l'articulation entre ma sphère professionnelle et les autres sphères de vie, à mon alimentation, à mon activité physique, à mon sommeil, aux temps de récupération et de relaxation. Et (2), je m'assure régulièrement que mon travail est en ligne avec mes aspirations les plus profondes afin de ne pas laisser se creuser un écart, voire un fossé entre ce que je veux vraiment faire et ce qui se passe réellement dans mon travail. Je prends soin aussi de moi par ma capacité l'affirmation de soi bienveillante pour faire remonter mes tensions dans mon collectif pour chercher à les résoudre
  • Je prends soin ... de mes collègues (3), au-delà des personnes dont je prends soin dans le cadre de mes missions.
  • Toi, mon collègue, dans une logique de réciprocité, je t'invite aussi à prendre soin de moi. C'est aussi (et d'abord) au collectif à instaurer cette solidarité et cette bienveillance entre collègues
  • Je prends soin ... de mon collectif de travail (4) et j'apporte ma pierre à l'édifice pour la co-construction d'un écosystème bienveillant et pour que la Qualité de Vie au Travail (QVT) soit au cœur de cet écosystème
  • Mon collectif de travail prend soin ... de moi (5). Il soutient mon activité, il me soutient en tant qu'individu, prend en compte mes émotions, mes éventuels états d'âme, mes aspirations, mes attentes et est vigilant à la préservation de ma santé physique, psychique et sociale
Dans la sphère professionnelle, on peut raisonner plus large et intégrer la responsabilité de la médecine du travail, des clients/bénéficiaires/usagers/consommateurs, des pouvoirs publics, ...

Au-delà de la sphère professionnelle, on peut aussi ajouter le rôle du conjoint, des parents, des enfants, des amis qui prennent aussi soin de moi et qui m'envoient quelques fois des signaux d'alerte qu'il faut que je sache voir.

Si un nombre suffisant de ces niveaux est actif, ma conviction est que nos sociétés seront en capacité d'éradiquer le burnout. Inversement, ma conviction est tout aussi grande qu'un tel niveau de burnout aujourd'hui dans nos sociétés est la preuve d'une faillite de nos sociétés en matière de bienveillance. En effet, quand on sait que le burnout est un processus long qui s'émaille de nombreux symptômes visibles, l'atteinte du point de décompensation dans un tel processus est clairement à mettre sur le compte d'un déficit de bienveillance à bien des niveaux qui ne sont pas ou pas assez activés.

Alors, œuvrons ensemble pour construire une société de la bienveillance qui permettra à chacune et chacun de se sentir bien à sa place, bien dans son corps, bien dans sa tête, serein parce qu'il se sait entouré, respecté, reconnu, protégé. Et réciproquement, d'entourer, de respecter, de reconnaître et de prendre soin.

Et j'emboite le pas à Sara Marie-Jo Bastien, avec un grand merci aux professionnels et bénévoles des associations qui ne sont pas directement des acteurs œuvrant pour soigner les malades de covid-19, mais qui, du fait de la pandémie, se trouvent avec des conditions de travail très difficiles. Des conditions encore plus compliquées du fait de l'augmentation de nombre de bénéficiaires et de mesures sanitaires qui demandent plus de temps, d'énergie, de charge mentale et de charge émotionnelle. En souhaitant que non seulement vous preniez soin de vous individuellement mais aussi que les autres niveaux que j'ai évoqués dans cette chronique puissent s'activer avec détermination.

Les autres chroniques sur la bienveillance

jeudi 1 octobre 2020

Question de sacrifices - Chronique sur la Bienveillance - Episode 5

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Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 5ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré de ma lecture du livre très récent Où est le sens ? de Sébastien Bohler (présenté par son éditeur comme "essai lumineux"), une forme de suite - de mon point de vue - de son précédent livre ayant suscité beaucoup d'intérêt et d'appréciation : Le bug Humain. Deux livres que je vous recommande très très vivement et qui mériteraient d'être dans toutes les bibliothèques individuelles et collectives ... pour être lus et partagés dans l'esprit "Maintenant, on en fait quoi ensemble ?".

Dans le "Bug humain", la star était le striatum, partie de notre cerveau qui a pour but principal d'assurer notre survie, notre reproduction et un statut social. Avec 5 grandes dérives que je résume par la phrase "Tout de suite, encore, et encore plus, sans limite et après moi le déluge". Toute similitude avec le monde d'aujourd'hui est ... parfaitement assumée de ma part et de l'auteur également.



Dans "Où est le sens ?", la star est le Cortex Cingulaire Antérieur (j'utilise le sigle CCA dans la suite de l'article), siège dans le cerveau du sens et du contrôle de l'ordre et de la réalisation des prédictions. On peut le présenter comme un organe de contrôle qui lance un signal d'alarme chaque fois que les choses ne se passent pas comme prévues. Et dans le monde d'aujourd'hui, dans bon nombres de situations du quotidien, dans les différentes sphères de vie, l'incertitude et les aléas font foison. J'aurai très probablement l'occasion de revenir sur les principaux enseignements de ce livre.

Dans la dernière partie du livre, l'auteur dresse quelques contours d'une société susceptible de faire réellement face aux défis gigantesques de transition écologique et environnementale. Défis qui sont reliés de manière indissociable selon moi avec les transitions intérieure, spirituelle, sociale, démocratique (plus globalement sur la façon dont nous prenons les décisions dans les différentes strates de la société), de conception de la santé physique, psychique et sociale, et économique. Des défis face en premier lieu à l'emballement climatique et un appauvrissement sans cesse croissant des ressources de la planète.

Des défis pour reconstituer (ce qui peut l'être encore) et préserver les écosystèmes de la planète, et pour faire que les générations futures aient une vie meilleure que la nôtre, pour le moins, meilleure que ce qui est inexorablement annoncé par de très nombres scientifiques du monde entier si l'humanité continue à vivre à un tel rythme de destruction de la planète et des équilibres.

Sébastien Bohler évoque dans cette dernière partie, et également plus tôt dans son livre, l'idée de sacrifice. Dans l'histoire de l'humanité, les efforts consentis par les individus pour coopérer, pour appartenir à un groupe ou à une société ne le sont que sous conditions que les autres individus fassent les mêmes efforts. On peut remarquer qu'à l'inverse, et notamment pour les comportements écologiques, on entend souvent des personnes refuser de suivre de tels comportements sous prétexte que d'autres ne le font pas, ou que leur implication à leur niveau ne servirait à rien si tout le monde ici et ailleurs ne sont pas dans le même ... sacrifice. Je veux bien faire un sacrifice, mais seulement si tout le monde y consent également. Sébastien Bohler présente d'ailleurs le sacrifice comme une sorte de ciment de la société qui a le pouvoir de satisfaire au plus haut point le CCA.

Alors, sommes-nous prêts, êtes-vous prêts à faire des sacrifices pour la planète et les générations futures (et même présente, car il y a urgence) ?

Comparaison avec les sacrifices en tant que parent

Je lance une question qui pourra sembler abrupte, non pertinente à certains : pensez-vous que les sacrifices que nous pourrions/devrions consentir pour la planète seront plus lourds que les sacrifices que vous avez consentis dès lors que vous avez choisi d'avoir un (des) enfant(s) ?



Il me semble pertinent juste après avoir posé cette question d'introduire une forme de logique comptable : celle qui fait peser les coûts (pas seulement en terme d'argent, mais de fatigue, de temps, de nuits de sommeil impactées, d'inquiétude, de désillusions, ...) par rapport aux bénéfices (amour, proximité, confiance, reconnaissance, joie, ...) , ou les avantages par rapport aux inconvénients.

Quand on prend la décision d'avoir un bébé, ma conviction est qu'on a tendance à surestimer les bénéfices et à sous-estimer les coûts.

Pour la planète, il me semble que la tendance soit inverse : on a va plutôt penser aux coûts qu'aux bénéfices, avec un obstacle majeur pour une décision individuelle et collective gagnant-gagnant : l'insuffisance de la connaissance et de la pratique à la fois sur les coûts et sur les bénéfices. Dans ces conditions, pourquoi bougerions-nous nos comportements ?

Quels bénéfices, quels coûts ?

Concernant les bénéfices, nous souffrons (en fait, c'est surtout la situation d'urgence, la planète et quantité d'humains impactés par le changement climatique qui souffrent) de ne pas suffisamment observer, contempler, connaître, apprécier, nous émerveiller des écosystèmes de la nature. Nous n'avons pas suffisamment conscience de l'interdépendance, entre humains, et entre humains et autres qu'humains. Nous sommes déconnectés des autres qu'humains. Nous ne mesurons pas du tout à la bonne hauteur notre chance à recevoir/exploiter tous les bienfaits des écosystèmes. Seules la curiosité ( cf mon article Zone de confort et curiosité exploratrice) et l'appréciation nous permettront de créer de la proximité avec ces écosystèmes. Et plus on est proche, plus on apprécie, plus on aura envie de prendre soin, et probablement de faire des efforts, faire des sacrifices. Nous ne rêvons pas suffisamment un monde de demain où nous nous sentirions bien dans la paix individuelle et collective, en harmonie avec ce qui compose la nature et qui n'est pas humain. Par ailleurs, nous n'activons pas assez nos capacités à la gratitude.



Concernant les coûts, nous souffrons de ne pas savoir en quelque sorte à quelle sauce on va être mangé ? Quel sera le niveau des sacrifices ? Sur l'accessoire ? Aussi sur l'essentiel ? Quels sacrifices si on commence demain et quels sacrifices si on attend encore 10 ans ? Et puis il y a le même niveau d'incertitude entre les scientifiques que pour la covid-19 : ils ne sont pas tous d'accord (même si la balance penche très fortement du côté de ceux qui allument les clignotants). Il n'y a pas que cette incertitude : il y a aussi celle que nous connaissons également pour la covid-19 : la connaissance évolue très vite et les enseignements et les conseils voire les injonctions évoluent en même temps, voire se contredisent. (Ré)interrogeant pour certains la foi en la science et la fiabilité de ses prédictions, d'autant plus quand ces prédictions appellent à des sacrifices. Du côté des coûts, il manque manifestement de la connaissance, de la construction et de la visibilité concernant la concrétisation d'une transition aux dimensions multiples et indissociables.

Quel avenir pour nos enfants : ? ou !

Quelques paragraphes au-dessus, j'ai introduit un parallèle entre parentalité et écologie. Y a-t-il un lien entre ces deux enjeux ? Les parents qui ont une conscience écologique le voient certainement.

A assez court terme, ma crainte est que de plus en plus de parents et futurs parents passent du déni à l'incertitude puis à la certitude du moins bien, voire du pire : passer du questionnement interrogatif "Quel avenir pour nos enfants ?" au désolant, impuissant donc angoissant "Quel avenir pour nos enfants !" Un passage du point d'interrogation au point d'exclamation qui pèse particulièrement lourd.

Je ne souhaite pas que dans le monde de demain, des couples aient à se poser des questions de conscience dès lors qu'ils voudront avoir des enfants. Je veux encore moins qu'ils soient dans une certitude qui serait largement partagée que leur enfant aura certainement une vie chaotique. Idem pour celles et ceux qui sont déjà parents par rapport à leurs enfants.

C'est donc de notre responsabilité individuelle et collective de prendre les décisions de sacrifice, avec détermination, sans frustration pour celles qui touchent notre confort et des commodités ; et même au contraire, dans l'enthousiasme de construire ensemble un monde plus chargé de sens et plus favorable au développement du bien-être psychique et du bonheur. Envisager la sacrifice écologique au même titre que le sacrifice en tant que parent : il existe bien, il ne faut pas le nier, mais quel bonheur !

C'est de la responsabilité de nos élus d'arrêter de caricaturer les enjeux écologiques et toutes les oppositions à la mise en place de nouvelles technologies dont l'humanité n'a pas un besoin essentiel. Je fais référence ici particulièrement aux propos du Président de la République à propos de la 5G : il a  assimilé les opposants à des réfractaires au progrès qui refuseraient de se conforter au monde qui les entoure (qui, soit dit en passant, est en partie conçu et décidé par une poignées de personnes, puis approprié plus ou moins bien par la population).

Puisque le sujet du livre de Sébastien Bohler est le sens, voici une question qui n'en est pas vraiment une dans mon esprit : qu'est-ce qui a le plus de sens : implémenter massivement la 5G et les compteurs Linky parce que ce serait le sens de l'histoire et de la modernité (opposé caricaturalement à une forme d'obscurantisme ou d'extrémisme), ou s'activer d'arrache-pied à inverser la tendance à la destruction de notre planète et pour la bien portance des écosystèmes dont l'humain est partie prenante et principal responsable ?

En réalité, il nous faut opérer individuellement et collectivement des justes sacrifices en appréciant et reconnaissant les bénéfices sur les 4 dimensions de bienveillance que j'ai présentées dans mon précédent article 4 dimensions indissociables de bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 4. Des sacrifices qui fleureront bon le gagnant-gagnant - plutôt que la frustration - pour toutes les parties prenantes, y compris les autres qu'humains et les ressources de la planète. 

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