dimanche 9 avril 2017

Des verbes du bonheur autour du Repair café

Le dispositif de Repair Café, vous connaissez ? Une idée née aux Pays-Bas en 2009. C'est Martine Postma qui en est à l'origine.

Aujourd'hui, il y a 1 252 Repair Cafés dans le monde avec plus de 400 aux Pays-Bas.

Je vous rassure le Repair Café n'est pas un repaire mal famé où l'on prend des risques à mettre les pieds.

Au contraire, on peut espérer entrer avec un objet qui ne fonctionne plus et qu'on s'apprêtait à jeter et en ressortir :


  1. avec l'objet qui sera peut-être devenu fonctionnel, et pas par l'opération du saint-esprit (quoi que, certains entrent pour montrer leur objet qui ne fonctionne pas et quand ils veulent montrer en quoi il ne fonctionne pas, il revient à la vie; c'est l'inverse de l'effet démo bien connu des informaticien-ne-s qui, quand elles-ils veulent faire une présentation de leur logiciel devant un public, le logiciel plante)
  2. avec peut-être de la confiance en plus et des savoirs en plus pour être en capacité la fois prochaine de pouvoir soi-même le réparer. Parce que le principe du Repair café, c'est d'essayer de réparer avec des experts bénévoles; il s'agit que la personne qui amène son objet soit tant que faire se peut partie prenante de la réparation. Maintenant, bien entendu, les gestes techniques qui nécessitent de l'expérience ne sont pas forcément à la porté de main du propriétaire de l'objet
  3. avec le plaisir de faire partie du camp "pot de terre" qui veut offrir une alternative à la société de consommation, "pot de fer", où l'on jette sans même réfléchir; pire que cela, puisque bon nombre de fabricants organisent l'obsolescence programmée
  4. avec le plaisir et la fierté d'avoir pu peut-être contribuer à la réparation
  5. avec de la gratitude sur plusieurs aspects : la personne qui  a accompagné à la réparation, les bénévoles qui étaient à l'accueil, les personnes qui ont lancé et qui animent le Repair café, l'initiatrice de ce mouvement, ...
Un Repair café a été monté récemment au sein de le Cabane à projets (Créon, 33) le centre social et culturel du Créonnais.

Je me suis rendu au Repair café, 2ème séance de sa toute jeune existence, pour amener une multiprise parafoudre de marque APC. Vous allez peut-être me dire qu'il n'est pas forcément utile de faire de la publicité pour une marque sur ce blog. En réalité, il s'agit plutôt d'une contre publicité et vous allez vite comprendre pourquoi.

Mais commençons par le commencement, j'arrive dans la salle des 1000 clubs à Créon hier, samedi 8 avril 2017. Je vois de loin des personnes s'affairer juste à l'extérieur. Un rotofil qui donnait visiblement du fil à retordre.
A l'entrée, un accueil avec 3 bénévoles pour enregistrer les demandes et faire signer le papier, à l'instar de l'entrée des cliniques et hôpitaux pour une intervention : une décharge pour éviter les malentendus avec les mauvais coucheurs ou mauvaises coucheuses qui viendraient au Repair Café en consommateur d'un service et qui pourraient porter plainte parce que leur objet ne leur serait pas rendu en fonctionnement ou s'il sortait de l'opération dans un état encore pire qu'à son entrée dans les lieux.

Des bénévoles à l'accueil qui se sont mobilisés, non pas parce qu'ils sont doués en bricolage, mais parce qu'ils apprécient le projet et qu'ils ont envie de donner du temps pour remplir un rôle administratif. Dans un Repair café comme dans beaucoup de dispositifs, on  a besoin de compétences diverses et pas seulement de compétences techniques liées au cœur du projet.
Et c'est bien la conjugaison de tous ces rôles qui font la réussite du projet et non l'efficacité de tel ou tel. Chacune et chacun apporte sa pierre à l'édifice.

Dans "Repair Café" il y a "Café". Un coin était donc réservé pour prendre un café ou un thé avec un petit gâteau, et même quelques magazines pour celles et ceux qui trouveraient le temps long à attendre leur tour. Une autre solution pouvant être de faire la curieuse ou le curieux pour faire le tour des opérations à cœur ouvert en cours.

Au bout d'une dizaine de minutes, arrive mon tour. Je suis pris en charge avec ma multiprise, le câble pendant lamentablement à mon bras, à l'image de l'état de fonctionnement du boîtier.

Alors, c'est comme chez le médecin "Qu'est-ce qui vous arrive ?" Oui, parce que, qui irait au Repair Café pour présenter un objet en bon état ?

Et je raconte alors le son et lumière vécu quelques semaines plus tôt : des étincelles et des bruits de feu d'artifice qui sortent de la multiprise alors que j'étais en train d'actionner le bouton 0/1.

J'aurais pu mettre l'objet à la déchetterie, voire pire : la mettre dans ma poubelle. Que nenni ! J'ai tout de suite eu l'idée de l'amener à la prochaine séance du Repair Café et je n'ai même pas pris le temps de regarder si je pouvais éventuellement essayer de regarder l'intérieur de plus près.

Et c'est là que va démarrer la partie contre publicité de cet article. Quand nous jetons un coup d'oeil avec mon binôme de réparation sur l'objet malade, nous nous apercevons que le boitier est fermé avec 6 vis, dont 3 vicieuses fabriquées dans le même moule tordu.

Je ne vous ferai pas un dessin. En revanche, je peux vous montrer une photo, et aussitôt dit, aussitôt fait, voici une photo du vice incarné en vis :



Tous les experts de l'équipe technique ont beau faire le tour de leurs boites à embouts : pas le moindre bout d'embout à l'horizon qui correspond à la vis. En passant, je signale la solidarité de l'équipe technique auquel a fait appel mon binôme pour essayer de relever le défi d'ouverture du boitier.

Mon binôme s'empare à défaut d'un tournevis plat bien classique et commence à triturer une des 3 vis. Je ne vous cache pas que j'étais tout dans mes pensées qui me voyaient prendre le chemin du retour bredouille quand je le vois passer à une 2ème vis sans aucun signe particulier sur son visage.
Je l'interroge : "vous y êtes arrivé". Non seulement, il y est arrivé mais les 2 autres vis vicieuses ont droit au même sort, toujours avec la même placidité du déplombeur de vis APC. Je dois dire que si j'y étais moi-même arrivé, il est clair que je ne serai certainement pas resté dans la même placidité.

A votre avis : la vicieuseté d'APC s'arrête-t-elle à 3 vis ? Vous devinez que non. Car une fois les entrailles à l'air libre et 2 autres vis - pas vicieuses cette fois - enlevées pour retirer la carte électronique contenue, en fait, il s'est avéré impossible de l'enlever réellement car probablement des soudures devaient la maintenir au boitier, au-delà des 2 vis.

2ème pensée négative de ma part pour un retour bredouille, d'autant plus qu'un des experts qui passe par là fait l'hypothèse qu'un composant serait mort.

Seulement voilà, mon binôme est non seulement placide mais aussi tenace. Il m'entraîne à l'extérieur où successivement il projette de l'huile spéciale pour composants électroniques sur la carte électronique puis à l'aide d'un compresseur envoie de l'air sous pression à l'intérieur du boitier.

"Ca se tente" me dis-je, pas complètement convaincu.

Je vous passe la suite, pour arriver au résultat : la tentative était la bonne et la multiprise est à nouveau fonctionnelle, avec 3 vis vicieuses en moins que je remplacerai d'ici peu par 3 vis normales. Ce qui constituera, soit dit en passant, ma plus grande part à cette réparation dans laquelle finalement j'ai laissé faire le maître.

Quels sont les verbes du bonheur que j'évoque dans le titre de cet article à propos de ma première expérience au Repair Café de La cabane à projets ?

Apprendre : J'ai appris plusieurs choses et j'ai retenu une leçon : la prochaine fois, si cela devait se reproduire, je pense pouvoir être capable de faire la même opération, d'autant plus que je n'aurai plus les vis vicieuses sur mon chemin. Je me suis aussi fait la réflexion que dès lors que je fais une opération à cœur ouvert, j'ai intérêt à prendre des photos au fur et à mesure du démontage. Ca peut servir au remontage.

Partager : j'ai fortement senti le partage à plusieurs niveaux : celui des compétences, celui d'un projet commun entre les personnes engagées bénévolement dans le projet; mais aussi avec les bénéficiaires du dispositif qui partagent une vision alternative à la société de consommation

Interagir : contrairement à une autre possibilité qui serait de déposer son objet chez un réparateur qui ferait lui-même la réparation ou serait un point de dépôt pour une réparation dans un autre lieu, l'interaction n'a rien à voir avec la basique relation client-fournisseur. Nous avons interagi avec mon binôme, nous avons progressé en interaction dans le processus de diagnostic et de réparation, même si c'est essentiellement lui qui a mis la main à la pâte.


Inventer et réinventer : Le Repair Café est un dispositif qui réinvente ce que les générations précédentes faisaient naturellement : réparer les objets cassés tant qu'il était possible de le faire et jouer la solidarité et la gratuité.
Le Repair Café est donc à la fois une réinvention et une invention. Une invention parce que le dispositif est original et qu'il profite à plein de l'internet pour se propager dans le monde entier.


Ressentir : Pour peu qu'on utilise ses capacités à ressentir des émotions, elles sont bien présentes : l'espoir de réparer un objet (d'autant plus s'il peut y avoir un rapport sentimental avec cet objet - ce qui n'était pas le cas pour mon objet), l'intérêt porté à la façon dont les experts diagnostiquent et réparent, la joie des uns et des autres (voire l'émerveillement) quand un objet est réparé, la fierté de la réparation et de participer à ce modèle alternatif, l'inspiration qui nous est donnée pour faire face aux prochaines pannes d'objets, 

Apprécier : Il s'agit ici à la fois du lien qu'il y a avec le fait de ressentir des émotions parce qu'on est dans la conscience de tout ce qui se passe dans ce cadre. Apprécier, c'est aussi dans le sens "donner de la valeur". Implicitement, venir au Repair Café, c'est donner de la valeur à l'objet qu'on amène. Sinon, il aurait été jeté. C'est donner de la valeur à ce que chacun apporte au projet Repair Café et pas seulement aux experts bénévoles (il y a  les bénévoles jouant un rôle administratif, les salariés de La cabane à projet qui soutiennent ce projet - avec un coucou à Fred en passant -, ...).

Gratifier et reconnaître : L'appréciation est un préalable à la gratitude (je renvoie à mon article récent "Merci !" naît de l'attention, avec un feu d'artifice d'émotions positives). L'appréciation conduit à une émotion : la gratitude. Le ressenti de la gratitude fait du bien, mais elle mérite d'être complétée par l'expression de la gratitude. Puisque le Repair Café est gratuit, c'est bien la moindre des choses  - et pas seulement en terme de politesse comme on nous l'a appris enfant) de remercier, que la réparation ait pu être réalisée ou pas. Et si elle ne l'a pas été, évitons cette expression tout faite qui a tendance à sortir à l'insu de notre plein gré : "Merci ... quand même".

Et donc à travers cet article, j'exprime ma gratitude à l'initiatrice des Repair Café, à celles et ceux qui ont monté et soutenu le Repair Café à La cabane à projets, celles et ceux qui y participent en tant que bénévoles, aux salariés de la Cabanes à projets qui soutiennent le projet, aux personnes qui m'ont accueilli, à Jean Loup qui m'a expliqué avec enthousiasme ce qui s'était joué avant ma venue, aux experts bénévoles qui ont contribué de près ou de loin à la réparation de ma multiprise et évidemment à mon binôme qui en toute placidité et humilité a mené son action avec efficacité et convivialité.

Longue vie aux Repair Cafés, et en particulier à celui de la Cabane à projets !








Le sens de l'essentiel pour les échéances électorales qui se rapprochent

Le 23 février dernier, je publiais sur ce blog l'article Et si tout ce dont j'ai réellement besoin était déjà là ? dans lequel je faisais référence aux 14 besoins fondamentaux du modèle proposé par Virginia Henderson en 1947. Elle était infirmière, enseignante et chercheuse américaine.

Je les redonne ci-dessous :
L'élection présidentielle est dans deux  semaines, puis viendront les élections législatives.

J'ai décidé de partager avec vous ma réflexion par rapport à ce que nous pourrions attendre des programmes et des candidats.

D'abord en une phrase "Centrer nos réflexions et nos actions par rapport aux besoins fondamentaux des êtres humains".

Je dis bien des êtres humains et pas seulement des françaises et des français. Car le bonheur des uns ne devrait pas se construire dans l'ignorance ou sur le dos des personnes qui n'ont pas le même modèle de Carte Nationale  d'Identité ou de passeport.

Quels sont ces besoins fondamentaux ?

Je vais m'arrêter sur les deux premiers du modèle de Virginia Henderson qui en réalité fait référence à trois besoins : respirer, boire et manger. Je pourrais aussi en prendre d'autres dans la liste, mais ces trois premiers suffiront dans un premier temps pour évoquer l'idée de fond.

Respirer

Respirer nous semble tellement évident, facile, implicite, dû qu'on oublie facilement des évidences et quelques constats :

  • il ne peut pas survivre à plus de 3 minutes sans respirer (variable selon ses capacités pulmonaires)
  • la pollution dans le villes accroît les allergies et les crises d'asthme
  • dans certaines vallées alpines, le taux de pollution est inquiétant et récurrent; je vous engage à utiliser votre moteur de recherche préféré sur internet pour voir l'abondante matière sur le sujet
  • pour sortir de l'hexagone, nous avons probablement tous vu des images montrant la pollution dans les grandes métropoles chinoises et la population qui doit circuler avec des masques sur le visage.
La priorité N° 1 devrait être d'assurer à toutes et à tous de pouvoir respirer dans de bonnes conditions et de ne pas prendre de risque pour sa santé dans ce geste basique : la respiration

Boire

Avez-vous conscience que personne ne peut survivre sans boire au-delà de 3 jours (là aussi ,c'est une moyenne qui dépend de l'individu et de l'environnement où l'on se trouve) ?

L'eau comme l'air sont des biens communs dont nous sommes collectivement dépositaires vis-à-vis des générations futures.

Une autre priorité N°1 devrait être de faire de l'eau un bien commun, gestion à partager avec toutes les autres personnes de la planètes, avec tous les Etats de la planète. L'eau ne devrait pas être une marchandise et ne devrait pas donner lieu à profits.

Se nourrir

Pour la nourriture, on a un peu plus de marge : environ 30 jours en moyenne.
Les 3 chiffres que j'ai évoqué reprennent ce que certains appellent "la règle des 3" : la vie s'arrête au bout de 3 minutes sans respirer ou 3 jours sans boire ou 30 jours sans manger.

A l'instar de l'air et de l'eau, il faut considérer ce besoin, comme celui de la survie.
Mais pas seulement : l'air, l'eau et les aliments que nous consommons ne doivent pas créer  à court, moyen ou long terme des dégâts pour notre santé. Et l'enjeu essentiel est donc sur deux dimensions : survie et préservation de la santé.

Une autre priorité N°1 est donc que chacune et chacun puisse manger pour survivre et préserver sa santé.

Quelques mots sur le "comment"

Dans la plupart des pays démocratiques, nous procédons à travers notre vote à une délégation de pouvoirs. C'est la cas en France : nous élisons un-e Président-e, des député-e-s, (indirectement des sénatrices et sénateurs), des conseillères et conseillers régionaux, des conseillères et conseillers départementaux, des conseillères et conseillers municipaux.

Dans le monde du travail, où la démocratie est assez balbutiante, nous élisons des délégué-e-s du personnel, des membres du CE. Dans les coopératives, on élit des administratrices et administrateurs.

A tous les niveaux, par notre vote, et d'une certaine manière, nous donnons notre pouvoir à une personne ou un groupe de personnes qui pendant une période donnée vont prendre des décisions et mener des actions. Et ce, bien souvent, sans concertation.

En simplifiant, par notre vote, non seulement nous donnons notre pouvoir, mais en quelque sorte nous abandonnons notre pouvoir. Nous le récupérons le temps de nous trouver dans un bureau de vote pour l'élection suivante et quelques heures après nous l'avons abandonné une nouvelle fois.

De mon point de vue, ce système, qui se reproduit depuis des années, a deux gros inconvénients :
  • donner un pouvoir à des personnes qui deviennent des professionnels de ce pouvoir et qui pour certains les déconnectent des réalités et leur font prendre la grosse tête; pouvoir qu'ils ne peuvent plus quitter dans une logique de "la fin justifie les moyens"
  • mettre l'électeur et citoyen dans un rôle de consommateur : je veux dire par là que la responsabilité est transférée au politique et il est attendu de lui qu'il fasse tout; et quand ça n'est pas à la hauteur des attentes et des promesses (souvent légères), il se plaint et se dit, au mieux qu'il va voter la prochaine fois pour quelqu'un d'autres, au pire se dire que les politiques sont tous pourris et basculer dans l'indifférence, le cynisme, le fatalisme ou l'amertume.
Je trouve qu'il est  temps de passer à une démocratie carrément participative qui mette chacune et chacun dans la co-responsabilité, et par exemple déjà sur l'essentiel : sur la gestion de l'air, de l'eau et de notre nourriture.

Vous allez peut-être me dire : "Quel lien avec le bonheur, puisque c'est le sujet de votre blog ?".

Pour moi, il est clair : le bonheur se nourrit de petits riens ... à partir du moment où nous pouvons nous donner collectivement et individuellement l'essentiel. 
Plusieurs études ont confirmé l'adage "l'argent ne fait pas le bonheur" ... avec la précision suivante : au-delà d'un seuil plancher, celui qui nous fait avoir l'essentiel pour vivre en bonne santé (respirer, boire, manger) et aussi avoir un toit sur la tête.

Et pour rebondir sur le titre de mon article du 23 février : et si l'enjeu essentiel des prochaines élections était que la démocratie à laquelle on aspire devrait nous permettre de co-gérer ce dont nous avons réellement besoin, en tant que communs, et de cultiver l'appréciation et la gratitude par rapport à cette sobriété que Pierre Rahbi appelle la "sobriété heureuse".

Sur le sujet politique et bonheur, je rappelle que la Fabrique Spinoza a interpellé les candidations à l'élection présidentielle à travers 14 propositions.

dimanche 2 avril 2017

La gratitude vue comme une rencontre et une succession d'attentions

Dimanche dernier 27 mars 2017, je vous proposais l'article "Merci !" naît de l'attention, avec un feu d'artifice d'émotions positives centré sur un schéma pour le processus de gratitude; avec la prise de conscience que c'est un chemin avec des obstacles, mais aussi avec de belles émotions à vivre, avec un effet gagnant-gagnant et un cercle vertueux indéniables.

Je continue ce dimanche 2 avril 2017 sur le sujet de la gratitude et toujours autour du processus de gratitude en mettant en évidence en quoi ce processus met en jeu la rencontre d'attentions entre le donneur et le bénéficiaire d'un acte altruiste, que ce soit un cadeau ou une aide apportée.

Voici un nouveau schéma, décliné du précédent :


Sont indiqués en couleur verte toutes les attentions qui sont mises en jeu, que ce soit du côté du donneur que du côté du bénéficiaire.

Dans le schéma de la semaine dernière, je mettais en évidence que du côté du bénéficiaire, la gratitude naît de l'attention.
Du côté du donneur, c'est aussi l'attention qui est à l'origine de son acte altruiste. Sans attention portée au futur bénéficiaire, il n'y a pas d'acte altruiste.

En passant, je signale le processus au niveau du donneur attention --> intention altruiste --> action altruiste.

En matière de reconnaissance, il est très important de prendre conscience que l'acte altruiste est en soi une attention et un signe de reconnaissance envers le bénéficiaire.

L'acte altruiste est un geste qui réclame de l'attention à la fois du donneur et du bénéficiaire. Pourquoi ?

  • parce que le bénéficiaire n'est pas forcément demandeur
  • parce que le donneur, même si son geste est désintéressé, peut être en attente d'un signe de reconnaissance, ou ou moins d'un feedback; par exemple, il n'attend pas forcément un "merci", mais s'il voit que le bénéficiaire est content et/ou que son geste a été utile, cela peut lui suffire
  • parce que si le bénéficiaire se trouve trop en position basse (ex : il a peut-être l'impression de ne plus avoir son mot à dire, ou le cadeau qu'il reçoit est démesuré) et le donneur trop en position haute (ex : il prend le pouvoir ou son geste est trop ostentatoire) , l'acte altruiste peut avoir un effet contre-productif : créer de la distance entre les deux protagonistes alors que l'acte devrait avoir comme bénéfice secondaire de les rapprocher ou de solidifier la relation.
C'est la raison pour laquelle, toutes les indications en vert sont importantes car pour peu que l'attention soit insuffisante, de part ou d'autre, les effets de l'acte altruiste peuvent être amoindris, voire négatifs.

Par contre, quand l'attention est présente chez le donneur et le bénéficiaire, que le donneur réalise son acte altruiste avec respect, bienveillance et humilité, alors les émotions positives sont au rendez-vous, et pour l'un et pour l'autre, et de manière multiple, comme je l'ai indiqué dans le schéma précédent.