jeudi 19 novembre 2020

Création d'une page dédiée à ma modélisation d'une société de la Bienveillance


 

Je vous signale la création ce jour d'une page dédiée à ma modélisation d'une société de la Bienveillance que je présente à travers l'utilisation de 20 mots. 

Venez découvrir le diaporama commenté présentant brièvement ces 20 mots.

Accès à la page Société de la Bienveillance.

dimanche 8 novembre 2020

Un grand-oncle d'Amérique bienveillant ? - Chronique sur la Bienveillance - Episode 10

 

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Il est inspiré d'une actualité mondiale qui pourrait changer la donne pour la planète : l'élection du duo Biden - Harris. Je le dis tout de go : comme beaucoup de personnes sur la planète j'imagine, j'ai ressenti à la fois du soulagement et de l'espoir à l'annonce de cette élection. Jusqu'au jour du vote, mon attente était principalement de l'ordre du soulagement : voir cette incroyable et destructrice parenthèse Trump se refermer. Et puis, j'ai suivi mot après mot les propos tenus par Joe Biden devant les caméras et les micros depuis la fermeture des urnes jusqu'aux discours des deux élus hier soir le 7 novembre 2020. J'avoue avoir été principalement intéressé dans ces élections par l'idée que Trump puisse être battu plutôt que par le programme et les personnalités de Joe Biden et Kamala Harris. Je me faisais simplement la réflexion, voire le jugement, qu'il était dommage que les démocrates ne choisissent pas un candidat plus jeune.

J'ai été impressionné par la forme et le fond des propos tenus par Joe Biden dans la période d'attente des résultats et par les deux discours hier (vidéo et texte des discours). J'ai vu dans ces deux discours de quoi croiser avec ma modélisation d'une société de la bienveillance. Alors bien-sûr, il s'agit des Etats-Unis, mot qui a été prononcé 36 fois sur la totalité des deux discours. Il a été peu question de l'international et de la planète, mais le peu qui a été dit laisse présager qu'un point central de ma modélisation de la bienveillance sera activé : la coopération. Voici deux extraits qui vont dans ce sens :

Joe Biden : "Mesdames et messieurs, jamais par le passé nous avons échoué lorsque nous travaillons ensemble." pour inscrire la coopération dans une trajectoire qui ne démarre pas demain mais qui a été active dans le passé, et nous français pouvons nous en souvenir, notamment par rapport à la 2ème guerre mondiale.

Joe Biden : "Nous pouvons travailler ensemble, c’est un choix que nous pouvons faire et nous pouvons décider de ne pas coopérer ou de coopérer. C’est un choix. Et je pense que ça fait partie du mandat qui nous a été confié par les américains. Les américains souhaitent que nous travaillions ensemble. Et c’est ce que je vais faire, le choix que je vais faire. Et j’en appelle au congrès, aux démocrates, aux républicains à faire ce choix, le même choix que moi". Cet extrait est très important car il exprime clairement que la coopération est un choix dont il s'agit d'être conscient, qu'il faut le manifester et qu'il faut inviter les autres parties prenantes à coopérer. Bien entendu, chaque partie prenante est décisionnaire de coopérer ou non, mais c'est déjà un grand pas que de tendre la perche. Un autre point essentiel qui m'apparaît est l'alignement entre son choix personnel (et du duo Biden - Harris) et le mandat qu'il considère avoir reçu de ses électeurs. Une aspiration partagée, un élan partagé qui pourrait rallier d'autres parties prenantes dans un environnement désuni. L'avenir dira à quel point cette perche sera saisie et en quoi une approche gagnant-gagnant pourra être utilisée. Une approche gagnant-gagnant en interne, mais aussi en externe avec la perspective du retour des USA à la fois dans l'accord de Paris et à l'OMS.

Dans le discours de Kamala Harris apparaît une notion évoquée par Sébastien Bohler dans son livre "Où est le sens ?" : le sacrifice, et qui a fait l'objet de mon article récent Question de sacrifices - Chronique sur la Bienveillance - Episode 5 :

"Protéger notre démocratie, cela nécessite de se battre, de faire des sacrifices. Mais c’est quelque chose que l’on fait avec joie, et on voit également un progrès. Pourquoi ? Et bien parce que nous, le peuple, avons le pouvoir de bâtir un plus bel avenir." Vous pouvez remplacer la partie "notre démocratie" par "nos démocraties et notre planète", et cela constituerait une belle formulation de l'enjeu auquel nous pourrions nous rallier, nous les humains sur cette planète. Avec un aspect qui me semble là-aussi essentiel : le fait de combiner "sacrifice" et "joie". Nous aurons besoin d'abandonner des habitudes, des besoins secondaires, peut-être aussi des choses auxquelles nous tenons mais dont l'avenir exige de nous de les faire lâcher. Le faire ensemble, dans la joie et dans un consentement libre et conscient nous facilitera grandement les choses. Un autre aspect important que j'ai traité dans ma modélisation est le principe de progrès : notre bien-être psychique est nourri des progrès que nous faisons et de toutes les formes de soutien pour accompagner nos progrès (à condition qu'il ne soit pas question d'une spirale conduisant au perfectionnisme ou/et au toujours plus).

Je continue avec Kamala Harris qui a égrené des mots-clés de bienveillance qui ont fortement résonné avec ma modélisation et mes aspirations :

"... nous avons également observé du courage, votre courage, votre résilience, et la générosité de votre esprit. Pendant 4 ans, vous avez défilé pour promouvoir l’égalité, la justice, pour nos vies, pour notre planète. Et ensuite, vous avez voté. Et vous avez envoyé un message clair : vous avez choisi l’espoir, l’unité, la décence, la science, et oui … la vérité.". Je reprends quelques mots-clés pour en tirer la substance de bienveillance :

  • courage et détermination ; tels sont les ingrédients qui nous seront nécessaires pour cheminer vers une société de la bienveillance
  • générosité de l'esprit, ouverture de l'esprit, écoute, empathie sont autant de conditions pour connaître autrui, ses conditions de vie, ses perceptions et ses aspirations. Otto Scharmer, concepteur de la Théorie U évoque deux leviers à la transition que nous retrouvons en quelque sort ici : "Esprit ouvert" et "Cœur ouvert"
  • la référence à la science renvoie à la connaissance et à la lucidité qui nous sont nécessaires pour avoir une conscience juste des enjeux environnementaux, sociaux, démocratiques, sanitaires, ... 
  • la vérité pour ne pas rester figé dans la déni, pour ne pas se raconter des histoires, pour ne pas raconter des histoires. Il s'agit aussi de loyauté.
  • l'espoir est très important pour ne pas rester éventuellement dans le sentiment de peur qui peut soit paralyser, soit faire basculer dans la violence face aux dangers qui risquent de se multiplier à la fois du fait de l'emballement climatique, des pandémies, des impacts sociaux, ...
Je reviens à Joe Biden qui a expliqué en quelques mots ce sur quoi il bâtira sa stratégie face à la pandémie :
"Ce plan est basé sur la science ; il sera fait avec compassion et empathie." On a l'habitude en France d'opposer deux enjeux ou de vouloir les concilier : la santé humaine et la santé économique. On entend souvent l'idée selon laquelle les scientifiques proposent et les politiques disposent. Joe Biden introduit dans sa formulation une autre dimension : celle de la compassion et de l'empathie. Je ne dis pas qu'elle est absente des discours et des motivations en France face au covid-19, mais il m'a plu que Joe Biden présente les bases de son plan ainsi, en utilisant des mots qui fleurent bon la bienveillance.

Ces discours sont inspirants pour moi. Je pourrais reprendre de nombreuses phrases pour les analyser avec la grille de lecture de la bienveillance. Mais pour ne pas faire trop long, je termine par un dernier extrait du discours de Joe Biden :

"J’ai toujours pensé qu’il était possible de définir les Etats-Unis en un mot : possibilité. Tout le monde doit avoir une possibilité, une chance d’aller aussi loin que les rêves peuvent les pousser." Joe Biden évoque par ailleurs le mot "prospérité". Il est important de donner un sens aux mots. Si "possibilité" renvoie à l'idée de "réussite", il s'agit alors de considérer quel modèle de réussite est cultivé dans la société. Dans ma vision de la société de la bienveillance, la réussite n'est pas un mot que j'ai envie d'utiliser. Je lui préfère le mot "accomplissement", un accomplissement façon sobriété heureuse. Pour en revenir sur le mot "possibilité", il peut renvoyer à l'idée de "pouvoir d'agir".  Ce qui me permet de boucler la boucle avec les premiers extraits : celui de la coopération. Un des enjeux face à la pandémie, à l'emballement climatique, ... est selon moi ce que j'ai appelé la "puissance coopérative" dans ma série d'articles sur laqvt.fr De l’impuissance solitaire à la puissance coopérative. Une puissance coopérative qui permet de sortir de ce sentiment d'impuissance solitaire qui caractérise en partie le monde d'aujourd'hui.

Alors, oui le duo Biden - Harris a beaucoup parlé des Etats-Unis, mais ils ont parlé de raison d'être (âme des Etats-Unis), une raison d'être qui mériterait d'être co-construite en lien avec une raison d'être de l'humanité. Dans ma vision d'une société de la bienveillance, la raison d'être est capitale. Des raisons d'être aux différentes strates de la société (du niveau humanité jusqu'au niveau individuel) qui seraient alignées tout en assurant que chacune puisse avoir sa singularité.


lundi 2 novembre 2020

Donnons-nous du temps PAR la bienveillance - Chronique sur la Bienveillance - Episode 9

 


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Cet article contient une (des) ressource(s) mise(s) en commun par Olivier Hoeffel

Voici le 9ème épisode de mes chroniques sur la bienveillance inspirées de l'actualité.

Il est inspiré d'une actualité récente et d'une ancienne actualité qui reste complètement d'actualité : ma lecture actuelle du livre "D'un monde à l'autre" de Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, croisée avec ma lecture d'un livre plus ancien "Résonance" du sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa (il a écrit auparavant le livre "Accélération").

Donnons-nous du temps POUR la bienveillance

Je partage depuis le début de mes travaux de modélisation sur la bienveillance en 2019 une conviction et un leitmotiv : "Donnons-nous du temps pour la bienveillance !". Une conviction qui s'appuie sur un constat et une idée directrice :

  1. une grande partie de l'absence de bienveillance que l'être humain manifeste envers la planète et envers ses habitants est liée à un manque de temps ("j'en suis conscient, mais je n'ai pas le temps !")
  2. pour prendre soin de la planète, des personnes que l'on aime, de la qualité de ce que l'on fait, pour prendre soin de nous-mêmes, de nos relations, ... nous devons nous donner du temps, un temps juste.
L'usage de la première personne du pluriel ("donnons-nous") plutôt que la deuxième personne du singulier ("donne-toi") pour être familier ou la 2ème personne du pluriel pour l'être moins ("donnez-vous") est volontaire. Elle exprime trois aspects complémentaires :
  1. chacun de nous peut se saisir de cet enjeu à sa propre échelle
  2. il s'agit d'être ni impératif ni culpabilisant
  3. si chacun de nous s'en saisit de son côté, ce sera largement insuffisant : il faut que collectivement nous nous donnions du temps, que nous le choisissions ensemble et que ce temps que nous voulons nous accorder nous le soit aussi par celles et ceux qui nous entourent, et par les collectifs et communautés auxquels nous appartenons et dont nous faisons plus au moins partie en fonction de notre sentiment d'appartenance. Il faut aussi que cela tienne d'une décision collective co construite.
Le verbe "donner" est capital : il s'agit d'un cadeau que l'on se fait, individuellement et collectivement. "Donnons-nous du temps" étant étroitement relié avec l'approche gagnant-gagnant, un autre principe premier de la société de la bienveillance telle que je l'ai modélisée. 

"Donner" est aussi un choix réfléchi pour remplacer deux formulations peu entraînantes que l'on entend très très souvent : "accepter de perdre du temps ... pour en gagner ensuite" et "prendre du temps". Deux formulations qui sentent fort le sacrifice. Il y a en quelque sorte un cheminement à parcourir décrit dans le schéma ci-dessous que j'ai réalisé il y a quelques années pour laqvt.fr dans le cadre de l'initiative "Le temps sur la table" :



Une question d'espace et de temps

Dans "D'un monde à l'autre", Frédéric Lenoir explique qu'avec la sédentarisation qui a débuté il y a environ 12 000 ans, la sacralisation s'est renversée entre deux conditionnements fondamentaux : l'espace et le temps. Avant la sédentarisation, l'espace, la nature, l'environnement étaient sacrés. Le temps étant considéré comme cyclique. Depuis et de plus en plus, - notamment avec l'apparition des religions monothéistes - l'espace est devenu un objet d'exploitation (maintenant y compris au niveau de l'espace et des astres au-dessus de nos têtes) et le temps est devenu sacrément sacré. Le temps devenant linéaire, défini par un début, une fin et surtout une fin dans le sens "objectif". 

Je considère que "temps" et "objectifs" sont devenus complètement imbriqués formant une double aliénation et un double sujet d'angoisse : "je n'ai pas le temps" et "je n'arrive pas à atteindre mes objectifs". Un couple d'autant plus infernal que le temps et les objectifs sont souvent unilatéralement imposés par des personnes ou autorités déconnectées des réalités du terrain. Ce qui provoque presque inévitablement des situations où dès le début de ce segment de temps (top départ - top fin) la personne embarquée dans cette course contre la montre sait que la chose n'est pas faisable sauf :
  • en dépassant les délais,
  • en faisant mal la chose ou/et en étant déloyal,
  • en mordant sur d'autres sphères de vie pour respecter les délais, avec tous les impacts négatifs possible en terme d'équilibre des sphères de vie et de fatigue
Ces trois stratégies pouvant en plus se conjuguer. Et croyez le spécialiste de la Qualité de Vie au Travail (QVT) et des risques psychosociaux (RPS) que je suis, on voit tous les effets délétères de cette hyperconnexion au temps, aux objectifs, à la croissance, à l'urgence, ... sur la santé humaine et et sur la santé de la planète.

Compte tenu de l'état alarmant de la planète et de l'état inquiétant de la santé physique, psychique et social des humains, il y a donc en quelque sorte un double enjeu, une double urgence :
  • prendre soin de nos écosystèmes : resacraliser l'espace
  • nous désaliéner du temps : désacraliser le temps ... et avec ... les urgences, les objectifs (à la mode du toujours plus, toujours plus vite, toujours moins coûteux), le progrès (à la mode sans conscience, ruine de l'âme), la croissance (vue comme seul paradigme, le cas échéant repeint en vert), la possession (façon "touche pas au grisbi"), l'expression exacerbée de l'ego, l'excellence à toutes les sauces, la jeunesse éternelle (et l'idée de corps augmenté), la satisfaction de plaisirs vides de sens, ...

Donnons-nous du temps PAR la bienveillance

Pour nous donner du temps POUR la bienveillance, il ne suffit pas de le dire. 

En quelque sorte, nous pouvons prendre le chemin de nous affranchir de la pression du temps selon les deux idées suivantes :

1/ Donnons-nous du temps pour faire le bien (bienveillance) et le faire bien (qualité) ; avec une petite musique relaxante dans l'air : "Ca prendra le temps que ça prendra"
2/ Et s'il devait vraiment y avoir une importance à le faire pour un délai donné qui n'est pas à notre portée ou faire face à un danger présent ou qui s'approche auquel on sent impuissant à notre échelle (notamment l'emballement climatique, les impacts sanitaires et sociaux de la pandémie covid-19), coopérons avec d'autres individus, collectifs, communautés, écosystèmes, organismes vivants, ...

Pour se désaliéner du temps, il s'agit 
  • plutôt que de pratiquer un corps à corps difficile, voire présomptueux, avec ce temps oppressant pour tenter de (re)gagner des marges de manœuvre (pression qui nous est infligée ou que nous nous auto-infligeons y compris quand on arrive à la retraite), 
  • il est plus agile, astucieux, malin, plaisant de changer de perspective et de priorité : (re)créer du sens et de la proximité avec ce qui nous entoure. C'est ce qu'Hartmut Rosa appelle la "résonance". En effet, selon lui, la solution face à l'accélération du temps n'est pas la décélération mais la résonance avec ce qui peut faire sens et relation autour de nous, ce qui peut nous toucher et que nous pouvons toucher. C'est aussi ce à quoi nous invite Sébastien Bohler dans son dernier livre "Où est le sens".
Je veux ici éclairer un enjeu capital de cercle vertueux : plus nous créons de la proximité avec un individu, un être vivant, un écosystème ou nous-mêmes, plus nous nous (re)connectons à lui, plus nous allons lui consacrer du temps, plus le temps que nous allons lui consacrer nous semblera juste, plus nous en tirerons des gratifications, plus nous le gratifierons, plus nous aurons envie de prendre soi de lui et ... plus nous nous libérerons de l'omniprésence et de la pression du temps.

Ainsi mon leitmotiv "Donnons-nous du temps POUR la bienveillance" se double d'un "Donnons-nous du temps PAR la bienveillance"

La bienveillance nous donnera du temps pour donner encore plus de bienveillance, non pas dans une fuite en avant de la bienveillance qui finirait par nous remettre de la pression, mais selon une spirale ascendante inspirante qui se renforce, sans forcer, pour le bénéfice de nos écosystèmes.

Consacrons-nous, chacun, et collectivement, à protéger, préserver, cultiver, sacraliser, gratifier ce et ceux qui contribuent vraiment à notre vie, à nos besoins essentiels : respirer, nous nourrir sainement, nous hydrater, maintenir notre température, notre sommeil, notre hygiène corporelle, notre bien-être physique, psychique et social (et donc notre besoin de liens sociaux), la paix en nous et au sein des différents écosystèmes auxquels nous appartenons.

Le temps (re)deviendra un repère cyclique, un peu comme une respiration bien présente que l'on oublie mais que l'on peut aussi vivre en conscience de temps en temps et que l'on peut remercier plutôt que maudire. Un temps avec qui vivre en paix et en symbiose.