mercredi 27 janvier 2021

La Bienveillance en 2 mots : "Bien" et "Veillance"

NOUVEAU : désormais tous les contenus sur l'idée de Société et de Territoires de la Bienveillance sont publiés sur mon blog dédié autourdelabienveillance.fr qui reprend tous les éléments de modélisation présentés sur ce blog et je vous invite donc à vous rendre sur le dit blog pour tout ce qui a trait au sujet de la Bienveillance. Olivier Hoeffel

 

Cet article fait partie du dossier dédié à une Société et des territoires de la Bienveillance que j'ai modélisée depuis 2019. S'il s'intitule "en 2 mots", je le dis d'emblée : il comporte plus que 2 mots mais j'ai essayé de me focaliser sur l'essentiel. Pour celles et ceux qui courent après le temps, j'ai concocté une version résumée de cet article.


La bienveillance serait-elle autre chose, plus que de la gentillesse et/ou un mot affiché dans les valeurs d'une entreprise et/ou un mot affiché dans le cadre de sécurité que l'on fixe en début d'une réunion pour favoriser l'écoute et le respect de la diversité des points de vue ?

J'ai démarré mon travail de modélisation sur la bienveillance en 2019 avec la conviction que la réponse est positive et qu'en tirant les fils de la bienveillance, on arrive vite à comprendre que la bienveillance conduit à balayer une très grand majorité des enjeux actuels : écologiques, sociaux, sanitaires, économiques, éducatifs, démocratiques, humanitaires, humanistes, spirituels, culturels, ... Et c'est ce qui m'a fait considérer donc une vision très large de la bienveillance à travers l'idée d'une Société et de Territoires de la Bienveillance. 

Pour comprendre ce qui m'a conduit à cette vision large, je vous propose de décomposer le mot "Bienveillance" en deux "Bien" et "veillance" et de tirer des fils pour chacun de ces deux mots, ce qui me permettra en même temps de les relier avec quelques éléments de modélisation que j'ai élaborés.

La "veillance" puis le "bien", en un cercle vertueux

Mais avant de tirer ces fils, je veux expliquer en quoi il faut lire cet enchaînement de deux mots en commençant par le deuxième : pour prendre soin (de quelqu'un, d'un collectif, d'une communauté, d'un écosystème, d'un autre qu'humain, de la planète), il faut commencer par avoir une attention, par observer, par une forme de vigilance : "veillance". Tout ce qui est recueilli par ce mouvement d'attention, permet alors de nourrir un processus de décision qui conduira des actes qui prennent soin : "Bien". Le tout formant un cercle vertueux : le fait de prendre soin rapproche, rend le sujet du soin plus précieux, et donc renforce l'attention qu'on lui porte. La boucle étant bouclée quand la "veillance" conduit à l'action qui conduit elle-même à la "veillance" des impacts de l'action.



Où l'on découvre avec "veillance" en quoi la bienveillance nous amène loin

Quand on coupe un mot en deux, on ne se retrouve pas forcément avec deux mots qui ont la double caractéristique d'exister dans le dictionnaire et d'être signifiant. Il se trouve que c'est le cas avec le mot "bienveillance". "Veillance" signifie le fait de veiller (à), et c'est très exactement le sens qui m'intéresse pour la suite de mon propos.

Veiller sur quoi, sur qui ?

Je vous propose déjà de considérer que l'on peut se mettre à deux échelles différentes : celle d'un individu et celle d'un collectif ou d'une communauté. En remarquant qu'un collectif peut être encapsulé dans un collectif plus grand et inversement encapsuler lui-même des collectifs plus petits ou des être humains et des autres qu'humains. Le fait d'ajouter "autres qu'humains" me permet ainsi de considérer des enjeux écologiques au-delà d'enjeux sociaux. Il serait astucieux dès lors de trouver une modélisation de la bienveillance qui puissent considérer ces différentes échelles de la même façon. Ce que certains appellent de manière "fractale" (même compréhension de la bienveillance aux différentes échelles) et "holistique" (une entité fait partie d'un tout). Le mot "holistique" a la même racine que le mot "holon" considérant qu'une entité (individu ou collectif) est à la fois un "tout" et appartient à un ou plusieurs "tout".

A l'échelle individuelle, un être humain est un "tout" (un ensemble d'organes - qui eux-mêmes sont décomposables - et des microbiotes). Il fait partie de quantité de "tout" : une cellule familiale, une famille au sens large, un quartier, une commune, un département, une région, ... une équipe de travail (s'il n'est pas indépendant), une organisation, un ou des cercles amicaux, ...

A l'échelle collective, je prends l'exemple d'une entreprise ; elle est un tout : un ensemble de personnes voire aussi d'autres qu'humains pour les activités mettant en jeu des animaux, des plantes, des arbres, .... Elle fait partie de plusieurs "tout" : éventuellement un groupe, un territoire naturel, un territoire d'activités économiques, un secteur d'activité, elle a un rôle sociétale, ...

C'est cette vision large qui m'a conduit à une modélisation sur 4 dimensions qui sont réplicables et interconnectées :


Je renvoie à l'article 4 dimensions indissociables de bienveillance pour expliquer quelles sont ces 4 dimensions.

Un article beaucoup plus détaillé  Bienveillance et cellule familiale présente ce modèle en 4 dimensions pour l'individu dans sa cellule familiale. J'y décris aussi brièvement un premier modèle que j'ai développé et qui a été remplacé par celui ci-dessus. Dans le premier modèle une dimension spécifique était dédié à la planète (à l'environnement). Dans ce deuxième modèle, la planète n'apparaît plus explicitement en tant que telle car elle est en filigrane dans toutes les dimensions. Donc la nature, loin d'être abandonnée, est dans l'ADN de ce modèle qui cherche à mettre fin à la déconnexion entre l'humain et la nature, parce que l'humain fait partie de la nature, est nature et contient de la nature en lui.

Donc pour reprendre la question titre de cette section, on veille sur quoi et sur qui ? A l'être humain, à ses aspirations, à sa recherche de singularité, à sa recherche d'appartenance, à sa recherche de liberté, d'autonomie, d'accomplissement, de bien-être, à sa santé, à son hygiène de vie, à ses relations à autrui (humain et autre qu'humain), à sa citoyenneté, à sa contribution à ses différents collectifs et communautés d'appartenance. Au niveau collectif et communautaire, on s'intéresse aux individus qui les composent (notamment la responsabilité des organisations de préserver la sécurité et la santé des salariés), aux écosystèmes d'appartenance, à l'interdépendance, à la coopération et l'intercoopération, à la responsabilité sociétale, à l'égalité, l'équité, aux modes de prises de décisions, au réalisme des objectifs, à la façon dont on délivre de la reconnaissance, ... et à tous les écosystèmes de la nature (humains et autres qu'humains).

On veille au bon discernement ; en particulier on veille à ce qui nous est précieux, ce qui compte vraiment, dans un monde où l'on compte mais avec des chiffres, beaucoup de chiffres, beaucoup trop de chiffres (cf l'article 2020 sous la pression des chiffres. En 2021, défrichons un monde qui se libère des chiffres). Un enjeu considérable de bienveillance : moins de quantitatif, moins d'urgence, moins de Mr Plus, et en revanche plus de qualitatif, plus de temps que l'on se donne, plus de Sam'Vabien.

Attention, curiosité exploratrice et accueil

Veiller fait appel à nos différents sens : voir, écouter, toucher (et être touché), sentir, goûter.
On peut considérer 3 dynamiques qui sont aussi des enjeux :
  • l'enjeu de la vigilance à ce qui ne se porte pas bien autour de nous ; une dynamique sans mouvement autre que celui de se rapprocher pour mieux cerner ce qui ne va pas
  • l'enjeu d'aller explorer le monde, le monde d'autrui pour apprendre à le connaître, le découvrir, mieux comprendre sa réalité. Quand le sujet d'intérêt est un humain, on peut aussi s'intéresser à ses perceptions, ses émotions et à ses aspirations et attentes ; une dynamique en mouvement qui fait face à de l'ambivalence : le beau, le bien, l'admirable, la coopération, ... côtoient le mal, la malfaisance, la maltraitance, la violence, la compétition, l'égoïsme, ... d (en ne s'arrêtant pas à une vision binaire car en réalité, il y a tout un spectre)
  • l'enjeu de bien accueillir les sollicitations et les alertes émises à notre attention ; ne pas détourner le regard, ne pas faire la sourde oreille, ne pas entrer/rester dans le déni, ne pas minimiser, ne pas dégager en touche, ... En passant, je précise que si la bienveillance tient beaucoup dans notre capacité à bien accueillir des alertes, elle se joue aussi à travers notre capacité à savoir signaler dans la bienveillance quand ça ne va pas.
Outre le fait que l'attention nous permet de mieux être connecté avec la vie et ce qui fait la vie, l'attention a une autre vertu considérable : elle est la source de la gratitude comme je l'ai mis en évidence il y a quelques années à travers un processus de la gratitude. Cette vertu est considérable parce qu'elle nourrit quelque chose d'aussi considérable, d'autant plus dans des périodes perturbées comme celle que nous vivons depuis 2020 : la joie de vivre ensemble.

Veiller dans les prises de décisions

La "veillance" ne concerne pas seulement celle portée sur des personnes (y compris soi-même), des autres qu'humain, des collectifs, des écosystèmes, ... Il s'agit aussi de veiller à s'engager dans des actions qui vont prendre soin. Et en amont de l'action, il y a la prise de décision.

Dans les prises de décision, la "veillance" porte sur une diversité d'aspects :
  • Veiller à se donner le juste temps pour décider, et notamment celui pour la délibération.
  • Veiller à bien identifier les parties prenantes concernées par la prise de décisions, et les impacts directs et indirects sur ces parties prenantes (veiller à ne pas faire de mal et mieux encore à leur faire du bien).
  • Veiller à intégrer les signaux faibles et les signaux forts (en s'inspirant du proverbe africain "L'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse"). Sans "veillance", on ne voit ni n'entend la forêt qui pousse. Prendre en compte les signalements dans le cadre d'une gestion des tensions.
  • Veiller au maximum à les associer en favorisant des prises de parole acceptant et se nourrissant de la diversité tout en recherchant de la convergence.
  • Veiller à ce que le mode de décision privilégie la démocratie et/ou la confiance.
  • Veiller à ne pas surjouer ni les enjeux, ni le je (Ego). Inversement, veiller à ne pas évacuer les enjeux qui ne seraient pas facilement jouables. Accepter la complexité et l'incertitude, et activer l'intelligence collective pour y faire face.
  • Veiller à articuler judicieusement les 4 dimensions que j'ai évoquées précédemment.
  • Veiller à ne pas se laisser enfermer dans le piégeux OU (on fait A ou B ; on oppose inutilement les positions des uns et des autres) et à activer chaque fois que cela est pertinent le ET (ne pourrait-on pas faire A ou B, ou A en mettant un bout de B, ou B en mettant un bout de A ; chacun s'exprime de son point d'observation, et probablement pour éclairer une même réalité).
  • Veiller à prendre en compte les émotions et à bien distinguer les éléments objectifs et subjectifs.
  • Veiller à une approche gagnant-gagnant.
  • Veiller à une bonne communication de la décision.

Le "Bien" de "Bienveillance"

Cette partie est plus légère car je viens de dresser avec "veillance" une très grande partie de mon argumentaire sur les raisons d'envisager la bienveillance dans une vision très large permettant d'aborder les grands enjeux de notre société.

Une action bienveillante peut-être de trois types :
  • une action dont l'intention première est l'altruisme : faire le bien
  • une action dont l'intention première n'est pas forcément l'altruisme, mais qui s'efforce de ne pas altérer la santé des parties prenantes (humains, autres qu'humains, de collectifs).
  • et c'est aussi de dénoncer et de résister face à des comportements malveillants, voire des comportements qui manquent de bienveillance.





Le "Bien" fait référence tout à la fois à :

1/ faire du bien autour de soi (humains, autres qu'humains, collectifs, communautés, écosystèmes)

2/ se faire du bien : à ne pas assimiler avec se faire plaisir. Non pas que le plaisir serait à proscrire, mais qu'il ne faut pas limiter le bien au plaisir. Quelques fois, le plaisir n'est pas au rendez-vous. Je vais chez le dentiste. Je me fais du bien, et pas franchement plaisir. Cette non assimilation entre bien et plaisir mérite aussi d'être considérée pour la dimension précédente : faire du bien à autrui. Je pense en particulier à l'éducation des enfants : confondre faire du bien et faire plaisir a certainement des impacts négatifs sur le bien-être des parents et des enfants, et plus globalement sur la société

3/le faire bien : je veux mettre en exergue qu'il est très important de considérer la bienveillance à la fois sur le "quoi" et sur le "comment". On connaît tous le proverbe "qui aime bien, châtie bien". Pour faire du bien, on s'autorise des moyens malveillants. Il faut donc porter de mon point de vue une très grande vigilance à être bienveillant dans ses intentions et à être bienveillant dans la façon dont on mène l'action. Je suis frappé par exemple de voir des accrocs de bienveillance lors de réunions de groupes qui ont des intentions bienveillantes sur des sujets écologiques, sociaux, démocratiques, humanitaires .... Et quand il ne s'agit pas forcément de comportements malveillants (souvent en interne), on peut aussi déplorer une autre forme d'accroc à la bienveillance : l'absence de bienveillance, l'absence de "veillance" : on ne prend pas soin des personnes du collectifs dont certains peuvent être mal physiquement et/ou psychologiquement, notamment parce qu'ils sont dans le surengagement. Cette distinction entre malveillance et absence de bienveillance a fait l'objet d'un autre élément de modélisation central pour une Société et des Territoires de la Bienveillance : une échelle de la bienveillance avec 3 segments :


Je donne des explications sur cette échelle dans la chronique Un "Salut, ça va" qui parle beaucoup pour introduire une échelle de la bienveillance.
"Le faire bien" renvoie à un deuxième aspect que l'ancien qualiticien puis promoteur de la Qualité de Vie au Travail que je suis croise avec ces deux anciennes casquettes : la qualité du travail. Nous avons besoin d'être fier non seulement du résultat de nos actions mais aussi des conditions dans lesquelles nous avons réalisés nos actions. Je pense à la fois à la fluidité de l'action (bons outils, bonnes méthodes, beaux gestes, le temps pour bien faire les chose, les bonnes compétences, le bon soutien) et à la dimension éthique : je peux me regarder dans la glace, on m'a fait confiance et je pense avoir mérité cette confiance, j'ai travaillé de manière loyale envers moi, mon client, mon entreprise, l'environnement.
Et donc, je mets ici en évidence un des enjeux de cette vision large de la bienveillance : la Qualité de Vie au Travail. Ce qui n'est pas une surprise non plus puisque cela a été mon point de départ de ce travail de modélisation (cf la genèse).

"Bienveillance" : des enjeux multiples

La bienveillance telle que je l'ai explorée permet donc d'aborder de multiples enjeux qui s'entrecroisent dont je vais donner une petite liste non exhaustive :
  • la Qualité de Vie au Travail (QVT), les risques psychosociaux (RPS), la santé au travail, la gouvernance partagée, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), l'égalité homme-femme, le harcèlement, l'échelle des rémunérations, la bienveillance, le télétravail, la coopération, ...
  • la qualité de vie, le bien-être, le bonheur, la santé, la santé positive, la santé mentale, l'hygiène de vie, la prévention de la santé, ...
  • l'écologie, l'emballement climatique, la pollution, la biodiversité, l'utilisation des ressources, la sobriété énergétique, l'agriculture bio, la permaculture, l'agroécologie, la déforestation, la bétonisation, les relations entre l'humain et les animaux domestiques, d'élevage, sauvages, ...
  • la société de consommation et alternatives, développement et gestion des communs, impacts et usages du numérique, sobriété heureuse, ...
  • l'éducation familiale, les violences familiales, l'inceste, la répartition des tâches domestiques, les prises de décision au sein de la cellule familiale, ...
  • la citoyenneté, démocratie ouverte/contributive, démocratie participative, la pauvreté, les écarts de richesse, l'égalité, la fraternité, la solidarité, ...
  • les places essentielles de l'éducation (à tous les âges) et de la culture non seulement comme sujet de transition mais comme support de transition
  • les diktats de l'urgence, des chiffres, de l'immédiateté, du contrôle de gestion, avec un double enjeu central : se donner du temps en se faisant confiance
  • la simplification, la vision binaire, le déni, les méconnaissances, la tendance à vouloir donner une opinion sur tout, le complotisme, ... nécessitant une culture de la réflexivité, de la lucidité, du discernement, de l'humilité.
  • toutes les conséquences du patriarcat dont un bon nombre a été évoqué dans les points précédents et qui font probablement du déboulonnement du patriarcat un enjeu majeur

Une triple ambition pour ces travaux sur la Bienveillance

Je vois une triple ambition pour ces travaux de modélisation qui pourraient être amendés, amplifiés :

  • fournir une grille de lecture d'analyse de notre société et des enjeux actuels qui la traversent
  • poser les bases d'une vision partagée du bien-vivre individuel et du vivre ensemble, humains et autres qu'humains (ce que j'ai appelé une Société et des Territoires de la Bienveillance) et de ce en quoi consisterait une "attitude bienveillante"
  • fournir des éléments aidants pour les prises de décisions, la mise en action et l'analyse des impacts des actions.
Des travaux de modélisation qui s'inscrivent dans le vaste mouvement de transitionS très au pluriel.

Ci-dessous, un résumé de cet article sous forme de carte heuristique :



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