jeudi 25 juillet 2019

Pourquoi la colère est-elle un obstacle à la bienveillance ?

Cet article constitue la quatrième partie du mini dossier La colère en obstacle de la bienveillance

En me référant au schéma ci-dessous, on voit bien le cercle vicieux qui se renforce entre les croyances, les pensées face à un événement, la colère, le comportement agressif et ses conséquences.


Dans un tel cercle vicieux, les croyances sur les autres sont souvent négatives. Pour dire les choses clairement : un certain nombre de personnes (voire la presque totalité de l'humanité pour les personnes misanthropes) ne méritent pas notre bienveillance. Soit la colère sera sans véritable conséquence, faute d'avoir les moyens de les atteindre, soit elle se transformera en acte agressif. Comme évoqué dans la liste à la Prévert des types de comportement, la colère est susceptible de se déporter sur un souffre-douleur si l'objet de la colère est hors d'atteinte au moment de la colère. N'oublions pas en effet que la colère est quelques fois explosive et qu'alors, elle n'attendra pas que l'objet de la colère soit présent pour s'exprimer. Elle explosera sur la première personne acceptable à portée de main ou de voix.

Un des problèmes du lien entre colère et croyances est celui de la généralisation : on ressent de la colère pour telle personne et le risque c'est que l'on associe tout une catégorie de personnes à la colère. Voici quelques exemples :

  • X a eu altercation avec un enseignant de mon fils; depuis, chaque fois qu'il voit un reportage sur les enseignants, sa première pensée est "de quoi se plaignent-ils ?". D'ailleurs, plus globalement, il a le même type de réaction pour tous les fonctionnaires.
  • "Mon voisin a été cambriolé la semaine dernière. Il paraît que le voleur est un immigré. J'ai entendu les chiffres sur la délinquance : la plupart sont immigrés. Il faudrait refuser l'entrée aux immigrés, ce sont tous des voleurs." A noter en passant les erreurs de raisonnement statistique qui conduisent à des confusions : "X% des délits de droit communs sont commis par des étrangers" (1) est mis faussement en équivalence avec "X% des personnes d'origine étrangère commettent des délits" (notez aussi le basculement abusif de "étranger" à "personne d'origine étrangère")
  • "Vous avez entendu ce scandale avec de Rugy et ces homards et grands crus à volonté pour sa famille et ses copains, payés par nos impôts ? Les politiques sont vraiment tous des pourris !"
Et ce faisant, si on n'y prend pas garde, on va considérer que de plus en plus de gens ne méritent pas notre attention et que leurs besoins, attentes, aspirations sont illégitimes (pour le moins, sacrément moins légitimes que les nôtres).

Il y a aussi un objet de la colère qui constitue un obstacle majeur à la bienveillance : la colère qui porte sur notre sacré liberté : tout ce qui entrave notre liberté risque de nous mettre en colère et de nous faire tomber dans la malveillance ou l'absence de bienveillance : 

  • liberté de la vitesse au volant et de pouvoir boire ET conduire
  • liberté de désherber son jardin avec un produit à base de glyphosate, seul (supposé) efficace
  • liberté de s'exprimer sans censure sur Internet et de dire "vraiment" ce qu'on pense
  • liberté de manger, boire, fumer jusqu'à plus faim, coma éthylique et cancer, parce que c'est notre choix, qu'on n'a qu'une vie, ou "après moi, le déluge", ...
  • et tant d'autres ...

Une colère qui rend sourd ou agressif face aux messages respectifs de prévention routière, de préservation de la planète, de respect vis-à-vis d'autrui, d'attention à soi ...

Une colère qui est donc un obstacle à la bienveillance par rapport à soi, à autrui, aux collectifs et communautés auxquels on appartient et à la planète (la nature).

(1) Les statistiques en France n'étant pas ethniques, il n'est pas question de statistiques par origine

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