lundi 20 avril 2020

La bienveillance en pensées, en paroles, en actions, ...


« J'ai péché en pensée, en parole, par action, et par omission ... ». La séquence "pensée, parole, action"  de cet extrait de "Je confesse à Dieu (Confiteor Deo)" (1)  m'est revenue en tête il y a quelques jours, réminiscence de l'enfant de chœur que j'ai été pendant quelques années - il y a fort longtemps.

J'y ai vu un rapprochement avec un processus de base des techniques comportementales et cognitives (TCC)  décrivant un cheminement entre pensées, émotions et comportements. Un cheminement dont je me suis inspiré pour un schéma montrant en quoi la bienveillance d'une part et la malveillance d'autre part pouvaient se construire à partir d'une même situation :


Le cheminement de la bienveillance démarre par l'observation d'une situation à travers ce qu'elle a de positif et aussi de ce en quoi elle nécessite que je prête attention : à autrui, à ma santé, aux communautés et collectifs auxquels j'appartiens, et à la nature. Cette observation me conduit à avoir une pensée non-jugeante qui accueille. Ce qui conduit plus facilement à une émotion positive qui me mettra dans les meilleurs conditions pour un comportement bienveillant et bientraitant.

A l'inverse, le cheminement de la malveillance commence par une observation qui relève d'une mauvaise habitude : je ne vois que les choses qui me déplaisent et qui vont m'amener à des pensées jugeantes et négatives. En conséquence, des émotions négatives (colère, peur, tristesses) vont surgir induisant des comportements négatifs ayant souvent des impacts négatifs pour autrui et pour moi.

Je vous propose de placer l'enjeu de la bienveillance sur un processus étendu par rapport à celui inspiré des TCC : il introduit la prise de décision et décompose le comportement en deux : la parole et l'action :


Quelques mots sur chaque étape de ce processus, caractérisée chacune par un verbe (pour mettre de la résonance avec le titre de ce blog : les verbes du bonheur) :

  • Observer : imaginez-vous regarder le paysage devant vous : le ciel est tout bleu, sauf au loin à droite où un nuage tirant vers le noir fait contraste. Le risque est de focaliser sur ce nuage malgré le reste du paysage. Une observation bienveillante relève de deux logiques : prendre en compte les aspects positifs à leur juste mesure, voire focaliser sur le positif. La deuxième logique est d'observer ce qui nécessite de prendre soin (la partie "veille" du mot "bienveillance")
  • Penser : l'être humain cherchant bien souvent à donner du sens, à interpréter ce qu'il voit, la pensée bienveillante s'efforce déjà de ne pas être jugeante (jugement négatif). Elle est indulgente si l'observation relève objectivement quelque chose qui ne va pas. Un enjeu est de trouver le bon équilibre entre indulgence et complaisance. La bienveillance n'étant pas complaisance, ni avec autrui, ni avec soi-même. Elle comporte une dimension d'exigence ; d'ailleurs qui cherche à incarner la bienveillance, comprend en quoi la bienveillance est exigeante en soi.
  • Ressentir : Une pensée bienveillante amène à ressentir une émotion positive. Cela peut-être de l'amour dans un élan qui vient du cœur et qui pourrait se concrétiser afin de prendre soin d'autrui. Cela peut-être aussi un sentiment de gratitude qui pourra conduire à un comportement d'expression de la gratitude.
  • Décider : Quand on est dans une émotion positive, il est plus facile de prendre une décision qui prend en compte les parties prenantes concernées en adoptant une approche gagnant-gagnant ; une approche qui prend aussi en compte soi-même. Prendre en compte est une chose, co-décider, c'est encore mieux car cela permet à chaque partie prenante d'exprimer sa réalité, sa perception, ses attentes, ses besoins, ses aspirations (lien avec l'Attention Réciproque), C'est pour beaucoup avec le verbe "décider" que les 4 axes indissociables de bienveillance sont investis avec conscience (moi, autrui, communautés et collectifs, la nature)
  • Dire : le premier des 4 accords toltèques est  : "Que votre parole soit impeccable". Une parole sincère, qui dit vraiment les choses, qui crée de la résonance entre ce que l'on pense et ce que l'on dit, en y mettant les formes. Quand on sent que l'interaction par la parole pourra créer une tension pour soi ou pour l'autre, il est fortement conseillé d'utiliser des outils comme la Communication Non Violente (CNV). Il faut prendre garde d'une dérive classique dans les relations de proximité : plus on se sent proche de quelqu'un, plus on s'autorise à dire les choses vertement, sans gants, à rabrouer, à utiliser des mots crus, ... Dire avec bienveillance permet de prendre soin à la fois de l'autre, de soi et de la relation.
  • Agir : "Dire" et "Agir" ne se suivent pas systématiquement : quelques fois, la décision se traduit directement par un acte. Quelques fois, la parole ne débouche pas sur une action. C'est notamment quand la parole exprime une intention et que finalement l'acte ne suit pas. En cela, il faut dire qu'une intention bienveillante qui ne se traduit pas par un acte (faute de temps, faute d'attention, oubli, ...) ou qui se traduit par un acte malveillant ou sans bienveillance est un raté de la bienveillance.

Un enjeu important que l'on peut déduire de ce processus est que la façon dont nous observons et pensons est déterminant sur le niveau de bienveillance de nos paroles et de nos actes. Autrement dit, la qualité de nos paroles et de nos actes dépend de la qualité de notre attention et de nos pensées (et de nos croyances qui créent des pensées automatiques puis possiblement des émotions et des comportements automatiques).

Lorsque le comportement est une interaction avec autrui, la personne en face peut être invitée (formellement ou non) à réagir (notion de "feedback") en mettant de la bienveillance dans le même type de processus (observer, penser, ressentir, ...). Ainsi l'interaction sera bienveillante et si cela devient récurrent, c'est la relation qui pourra être qualifiée de bienveillante.

Travailler la bienveillance sur ces différents verbes se réalise sur deux registres : la fréquence et l'intensité : augmenter la fréquence et l'intensité de la bienveillance, et diminuer la fréquence et la gravité de la malveillance. Ces différents fils à tirer pour améliorer la bienveillance sont résumés dans les deux tableaux suivants.





L'augmentation de la bienveillance et la diminution de la malveillance sont deux grands mouvements de la dynamique en 3 mouvement que j'ai décrite dans la diapositive ci-dessous que j'ai publiée récemment dans l'article Confinement, bienveillance et reconnaissance : fin de parcours


Et en cela, la bienveillance est exigeante car elle nécessite de jouer sur plusieurs fronts indissociables (les verbes évoqués précédemment). Inversement la malveillance peut venir de n'importe quel front que l'on n'aurait pas investi et de toute maladresse que l'on pourrait commettre. Sans oublier que bienveillance jouée et donnée n'est pas forcément bienveillance reçue. Ce qui n'est pas le moindre des enseignements à retenir sur la bienveillance : chacun voit midi à sa porte et chacun a sa propre conception, sa propre histoire, ses propres attentes, sa propre sensibilité de la bienveillance avec un grand malentendu de réciprocité : on juge la bienveillance des autres sur leurs actes alors qu'on voudrait qu'on juge la nôtre sur nos intentions !


(1) Il m'a fallu faire une recherche sur internet pour retrouver cette référence religieuse.


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