mardi 7 avril 2020

Confinement, bienveillance et reconnaissance - Episode 9 : Merci !

Bonjour ! Aujourd'hui, je commence par une ouverture un peu triviale : on en vient à du lourd, à du très lourd en matière de reconnaissance :



Comme annoncé dans ma publication En cette période de confinement, la cellule familiale, territoire de bienveillance et de reconnaissance de dimanche 29 mars 2020, voici donc le neuvième épisode d'une série de 14 articles autour des 13+1 gestes de reconnaissance au quotidien que je rappelle dans le schéma ci-dessous.



Je rappelle que ce "travail" de transition intérieure et intrafamiliale que je vous propose en cette période de confinement répond à deux motivations :
  • Une motivation par rapport à l'avenir : préparer et renforcer les bases d'une société de la bienveillance pour l'après confinement
  • une motivation immédiate renforcée par les chiffres évoqués par le ministre de l'intérieur sur l'augmentation des violences conjugales : le confinement fait porter des risques sur les femmes, les enfants, les relations et l'ambiance de la cellule familiale. Cultiver la bienveillance et la reconnaissance dans cette période est une action de prévention des tensions et des violences.
En ce mardi 7 avril 2020, 9ème jour de ce parcours, nous nous intéressons au 9ème geste, geste de valorisation : Merci

Mon invitation est que vous vous donniez du temps pour exprimer votre gratitude dans vos écosystèmes (notamment le foyer) et dans vos interactions. Comme je vais le développer dans le diaporama, exprimer la gratitude est l'aboutissement de tout un processus où celui qui va exprimer sa gratitude baigne dans une succession d'émotions positives.

"Merci" est présenté dans le diaporama suivant selon 4 axes de bienveillance :
  • autrui (axe le plus naturel quand on évoque la bienveillance)
  • soi-même
  • les collectifs et communautés auxquels ont appartient, et ici en particulier le foyer, en période de confinement
  • la nature




Ce diaporama au format pdf.

"Merci" est un signe de reconnaissance essentiel que l'on peut attendre en réaction notamment à nos actes altruistes. Un peu comme une balance qu'il s'agirait d'équilibrer. Effectivement, dans notre enfance nous avons été habitués à retourner un "merci" pour les choses qu'on nous donne, pour l'aide qu'on nous apporte. C'est aussi considéré comme une forme de politesse. Et en effet, beaucoup d'entre nous ont probablement une petite phrase dans la tête qui leur reste de leur enfance "Et on dit quoi ? ... Merci !"

Comme pour "bonjour", "merci" est à la fois simple et compliqué.
Simple comme "bonjour" (d'où l'expression, si si je vous assure ça vient de là ! ;-)) avec aussi deux syllabes et le fait que cela peut être intégré dans nos habitudes.

Compliqué, car certaines personnes sont mal à l'aise avec le "merci". Et pas seulement celui qui dit merci. En effet, on a toutes et tous croisé à un moment de notre vie des personnes qui montrent une gêne voire même quelques fois de la mauvaise humeur à être remerciées et encore plus si on veut leur donner en retour.

La gratitude est considérée par la psychologie positive comme un levier puissant et facilement activable du bien-être psychique ... pour celui qui ressent et donne de la gratitude.

Je reviens sur une diapositive du diaporama consacrée à une de mes deux modélisations du processus de gratitude :


Je décortique ce schéma pour celles et ceux qui ne sont pas friands des schémas :

  • La gratitude naît de l'attention : sans attention portée au moment présent, à ce que la vie nous donne et à ce qu'autrui nous donne, il n'y a pas de gratitude possible. Ce qui met en évidence la nécessité de la conjonction de deux conditions essentielles à la gratitude : se donner du temps et avoir l'esprit dans l'ici et maintenant
  • (1) Si mon attention est portée à ce qui se passe ici et maintenant, je vais pouvoir (2) apprécier des aspects de ce moment présent. L'appréciation étant une émotion positive, donc premier impact émotionnel positif
  • Il est fréquent que le moment apprécié soit attribuable pour tout ou partie à autrui. Il s'agit donc de (3) prendre conscience de la personne ou des personnes à qui attribuer ce bon moment. A noter que l'attribution n'est pas forcément instantanée et qu'il me faut mener une "petite enquête". Je donne un exemple : ce matin quelqu'un est venu ouvrir la fenêtre de mon bureau pour faire entrer de la fraîcheur dans cette période de canicule. Mais qui remercier ?
  • Maintenant que je sais à qui je peux attribuer ce bon moment ou ce geste, je vais peut-être (4) apprécier particulièrement les conditions particulières sous lesquelles la personne ou les personnes ont contribué. Par exemple, je vais comprendre qu'elle a passé ou qu'elles ont passé beaucoup de temps et d'énergie. Je vais donc "apprécier" aussi dans le sens de donner une valeur à leur contribution. Deuxième impact positif émotionnel.
  • Une émotion va alors m'envahir, plus ou moins puissante selon la contribution, l'impact sur ma vie, l'historique relationnel, ... : (5) le ressenti de gratitude. Pour ma part, j'ai pu ressentir physiquement dans les moments de gratitude les plus forts un frisson qui est remonté tout au long de ma colonne vertébrale jusque dans la nuque. A cette étape du processus, il faut donc bien comprendre le côté gagnant-gagnant de la gratitude : non seulement le bénéficiaire de l'expression de la gratitude devrait être impacté positivement, mais aussi la personne qui exprime sa gratitude. Et c'est d'ailleurs la première gagnante dans ce processus. Le premier gagnant chronologiquement dans la gratitude, c'est celui qui l'exprime. Autrement dit, en remerciant, c'est déjà moi le premier servi en émotions positives ; en remerciant, je me vais du bien. On prend conscience que la gratitude est loin d'être seulement une question de savoir-vivre, de politique, de justice et de morale. Selon moi, c'est en premier lieu un enjeu de bien-être psychique pour soi-même.
  • Si on s'en arrêtait là, la gratitude serait égoïste. Pour que le processus soit complet et porte tout le sens de la reconnaissance, il faut que la gratitude soit (6) exprimée. Et je reviens à une des conditions de la gratitude : se donner du temps. J'imagine que vous êtes comme moi et que vous vous dites quelques fois a posteriori "J'ai oublié de le·la remercier" ou "Je ne l'ai pas assez remercié". Tout l'intérêt de la culture de la gratitude, c'est que plus on développe une attitude de gratitude, plus on arrive à exprimer la gratitude "en direct live". Notez aussi que plus on progresse en gratitude plus on relève les occasions de ressentir et d'exprimer la gratitude. Et plus s'installe la joie de vivre car on construit une image du monde et d'autrui qui devient de plus en plus belle.
  • Remercier n'est pas l'étape finale. Pourquoi ? Parce que le bénéficiaire de la gratitude va  (7) réagir à cela : le plus souvent avec émotion positive ; quelques fois en recevant mal le "Merci" (certaines personnes sont mal à l'aise avec la réception de remerciement). Ce que l'on peut constater fréquemment, c'est que se met en place une forme de jeu de ping-pong de gratitude : la personne en face va renvoyer un merci à son tour ("Mais il n'y a pas de quoi. C'est plutôt moi à te remercier, parce que ..."). Le processus de gratitude s'inscrit en réalité dans un cercle vertueux gagnant-gagnant où tour à tour les personnes concernées sont émetteur puis récepteur de reconnaissance.
Si vous voulez faire entrer ou développer la gratitude dans votre quotidien, je vous renvoie sur l'usage d'un cahier de gratitude et sur mon article Le journal AGIR pour pratiquer l'appréciation, la gratitude, l'inspiration et l'expression de la reconnaissance. Vous accéderez à un modèle de journal de gratitude que j'ai élaboré, en m'inspirant de la psychologie positive.

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