dimanche 29 mars 2020

En cette période de confinement, la cellule familiale, territoire de bienveillance et de reconnaissance

Le confinement augmente les risques de violence dans la cellule familiale

Le ministre de l'intérieur, Christophe Castaner, a annoncé le 27 mars 2020 un augmentation significative des appels aux forces de l'ordre pour des violences conjugales :  +32% en zone de gendarmerie et + 36% à Paris. Face à cette augmentation, il a annoncé la mise en place d'un dispositif original : inviter les victimes à se rendre dans une pharmacie proche de leur domicile qui assurera le relais avec les forces de l'ordre.



On peut imaginer que cette augmentation de la violence contre les femmes au sein des foyers s'accompagne aussi d'une augmentation de la violence envers les enfants. Une augmentation de la violence qui nécessiterait une intervention urgente. Il y a aussi sûrement ce qu'on appelle communément depuis quelques années la VEO : Violence Educative Ordinaire, qui se traduit par des actes impactant la santé physique (gifles, tapes sur les doigts, oreilles tirées, coups, corps bousculés ...) et/ou la santé psychologique (cris, insultes, humiliations, punitions excessives, ...). En France, 85 % des enfants subiraient quotidiennement cette violence éducative ordinaire.

Pourtant, ce qui n'est probablement pas assez connu dans notre société, c'est que depuis le 2 juillet 2019, toutes les formes de violences éducatives ordinaires sont interdites par la Loi. Le projet de loi a été porté par la députée MoDem Maud Petit. Concrètement, le texte lu pendant les mariages à la Mairie comporte maintenant la mention suivante : "l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques".

La loi ne précise pas la notion de violence physique ou psychologique. S'il est relativement facile de considérer ce qui résulte de la violence physique, en revanche, il est plus difficile de cerner les frontières de la violence psychologique. Il manque donc un référentiel commun, chacun faisant à sa sauce.

Au-delà de ce flou, il faut noter que des personnes s'insurgent de voir la loi débarquer dans une sphère dans laquelle elles considèrent être les seuls maîtres à bord. En se référant à l'éducation qu'elles ont reçue, légitimant les actes envers leurs enfants, par les actes qu'elles ont subis pendant leur propre enfance. Avec un principe fort répandu : "personne n'est mort d'une gifle bien méritée" ; principe bien dans le déni du phénomène d'escalade de la violence.

Il nous faut donc combattre à toutes les strates de la société la violence au sein des familles, en s'intéressant de très près au sujet de la violence ordinaire qui mérite d'être appréhendée, discutée et traitée par toutes les familles en cette période de confinement.

Territoire de bienveillance et de reconnaissance

La meilleure façon de combattre soi-même la violence ordinaire à laquelle on pourrait céder dans sa cellule familiale ("céder" sous-entendant que c'est une forme de facilité), c'est de considérer la cellule familiale comme un territoire de bienveillance et de reconnaissance.



Je vais vous proposer pour chaque jour à partir de lundi 30 mars 2020 de saisir un geste de reconnaissance extrait de ma modélisation 13 gestes de reconnaissance au quotidien. Un 14ème geste "Je t'écoute" fait le compte rond de deux semaines. Il est inspiré de mes échanges presque quotidien avec mon ami Christian Bruneteau.



Chacun de ces gestes de reconnaissance sera exploré en le croisant avec les 4 axes de ma première modélisation de la bienveillance : soi, la nature, autrui et les collectifs et communautés auxquels on appartient.

Donc, pendant deux semaines, je vous propose de mettre chaque jour un geste de reconnaissance à l'honneur. De le décliner de manière multiple dans votre quotidien de confinement, pour vous-mêmes personnellement, pour vos proches pris individuellement, pour votre cellule familiale considérée comme un écosystème et pour les autres êtres vivants de votre foyer (animaux domestiques et végétaux).

Prendre soin de ses proches et leur apporter de la reconnaissance pendant cette période de confinement la rendra plus douce. Il s'agit de transformer une situation subie en une opportunité de renforcer la cellule familiale et les liens qui relient chacun de ses membres. Cela donne l'opportunité de comprendre que chacun des membres de la cellule familiale a besoin d'être reconnu :

  • comme être singulier, en valorisant la diversité des savoirs, des compétences, des expériences, des envies, des aspirations, ...
  • comme membre à part entière de la cellule familiale, contribuant à la fois à ce qu'elle est, aux décisions et aux tâches d'intérêt général
Chacun engageant sa responsabilité de manière multiple et en co-responsabilité :
  • prendre soin de moi,
  • prendre soin de chacun dans ma famille ... et être vigilant à ce que chacun de la famille soit bienveillant envers moi
  • prendre soin de ma famille (de la bonne santé de l'écosystème) ... et être vigilant à ce que la famille me traite comme membre à part entière de la famille
  • prendre soin des autres qu'humains dans ma famille (animaux, végétaux)

Bienveillance et bientraitance

La bienveillance ne doit s'entendre qu'associé avec la bientraitance. En effet, certaines personnes ont une conception de la bienveillance proche de l'idée "le fin justifie les moyens", à savoir : pour faire du bien à mes proches (conception unilatérale de la bienveillance), je dois savoir le faire à leur corps défendant. Ce qui renvoie à un proverbe malheureusement trop décliné dans les couples et les familles "Qui aime bien, châtie bien".

"Tu es la prunelle de mes yeux ... mais je n'arrête pas de te rabrouer, de te parler mal." Tel est le comportement que je constate trop souvent en côtoyant des familles et des couples. Or, je suis absolument convaincu que la qualité de nos interactions avec nos proches devrait être alignée avec le niveau élevé de l'amour que l'on ressent et que l'on exprime par ailleurs.



La conception de la bienveillance que je porte, met en lien la bienveillance avec la bientraitance. La bienveillance doit être à la fois dans l'intention et dans l'acte, dans le pourquoi et dans le comment.
Il faut prendre garde qu'un acte voulu comme bienveillant soit aussi reçu comme bienveillant. C'est tout l'enjeu aussi d'une bonne communication interpersonnelle. Et quand il y a de la friture sur la ligne, il faut savoir utiliser des outils comme la Communication Non Violente (CNV) pour fluidifier la communication et placer l'enjeu de la bienveillance au cœur des relations. La bienveillance se jouant des deux bouts de la relation : celui qui produit un acte (le produire avec bienveillance) et celui qui le reçoit (capacité à accueillir la bienveillance et à s'affirmer fermement et avec bienveillance en cas de malveillance ou d'absence de bienveillance perçue).

A demain, lundi 30 mars 2020 pour le premier épisode des 13 gestes de reconnaissance : regard et sourire.


Les épisodes :


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